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mars 29, 2007

Vita continuat

Mais qu’y a-t-il franchement de plus bobo, de plus gauche caviar, que de fêter la crise constitutionnelle à venir en dînant avec des amis dans un restaurant coûteux et branché ? Rien, sûrement, mais je m’en fous – bobo ou pas, il fallait fêter le début du printemps et le commencement (on l’espère) de la chute du régime Bush. C’est ce que nous avons fait mercredi il y a une semaine, le copain et moi, en invitant des amis à venir chez nous prendre un verre avant de nous installer sur les banquettes et les chaises de Sant Ambrœus, sous l’œil attentif d’Enzo, qui nous a salués dans un mélange hypercosmopolite et spirituel d’italien, de français et d’anglais – cet argot mâtiné et particulier pratiqué dans les meilleurs restaurants new-yorkais.

Le dimanche suivant, l’oncle du copain a prononcé dans son sermon la phrase suggestive et poétique de « l’opprobre d’Égypte » qu’on trouve au chapitre 5, vers 9 du livre de Josué (« opprobrium Ægypti » de la Vulgate, « the reproach of Egypt » dans l’anglais de la bible du Roi Jacques de 1611 – le mot « reproach » étant assez rare, élevé, et d’un ton un peu vieilli). Assis sur un banc peu confortable de l’Église avec des gens qui, à genoux, priaient et respiraient assez fort juste derrière moi, je me suis tout de suite demandé « Mais, qu’est-ce l’opprobre d’Égypte ? ». J’ai fait des recherches. Cela se comprend que les significations proposées pour la phrase sont pour le moins diverses. L’opprobre d’Égypte semble consister pour certains en « idolâtrie et immoralité » égyptiennes. Pour d’autres, c’est le fait que les Israélites avaient oublié de faire circoncire (merci, KOKY) leurs enfants mâles pendant les quarante ans qu’ils erraient dans le désert – une faute qu’ils ont vite rectifiée, avec des « couteaux de pierre » (ouch !), dans les « plaines de Jéricho ». Mais la phrase, et sa construction, me plaisent – je m’amuse à imaginer un énorme tableau allégorique intitulé « L’opprobre de Paris » ou « L’opprobre de New-York » dans lesquels on verrait exposées, démasqués, tous les vices si célèbres pratiqués par tant d’habitants de chaque ville. Une sorte de « Shortbus » sur toile, quoi !

On a assisté à un dîner un peu particulier samedi dernier chez l’amie écrivain – tout s’est passé exactement comme dans d’autres dîners chez elle – sauf qu’elle était absente ! Elle avait dû se faire admettre à l’hôpital local jeudi soir à cause d’une infection pulmonaire implacable mais elle avait refusé d’annuler pour une deuxième fois son dîner. Donc nous les invités nous nous sommes assis à sa belle table et nous avons trinqué à sa santé tandis que la bonne, qui est charmante et que nous connaissons tous depuis des années, nous a servi les assiettes de bœuf bourguignon, ayant refusé de s’asseoir à table avec nous (« Madame n’approuverait pas ») – c’était tout sorti de « Les Bonnes » de Genet !

Le copain, qui était crevé et qui aurait préféré rester à New-York, a trop bu et on s’est querellé à propos de rien d’important en rentrant à l’appartement. Il s’en est excusé le lendemain mais il n’est toujours pas facile de vivre en ménage domestique ! On est rentré à New-York dimanche après-midi.

J’étais allé chercher l’amie marchande de tableaux à l’hôpital Columbia Presbyterian dans la 168e rue jeudi dernier où elle avait subi certains tests pour déterminer l’état de sa vésicule biliaire, qui ne fonctionne pas correctement et dans laquelle on a mis un truc artificiel assez pénible pour drainer l’organe. C’est vraiment la maladie à la mode à présent – le porte-parole de Bush, Tony Snow, en souffre lui aussi. Les pronostics, dans les deux cas, ne sont pas favorables.

On aurait dû le deviner – l’ordinateur, c’est la machine diabolique à pédé, créée par Alan Turing ( « homo’s devil machine » sonne bien en anglais).

Ce soir on dîne avec un couple dont l’un est galeriste et il cherche à me faire travailler pour lui dans une nouvelle foire d’art qui s’organise à Miami en décembre. Rien que pour l’argent je devrais accepter, mais je le connais depuis des années – il est souvent impossible, ne comprend pas toujours bien les règles du snobisme des milieux du monde de l’art. En plus, je n’aime pas la Floride (c’est vrai, je ne la connais presque pas). On verra ce que ça donne.

Plus marrante pour moi (mais sûrement moins payante) sera la « mise en voix » d’une petite bouffonnerie que je viens de remanier pour un ami acteur. L’ami galeriste cherche à devenir producteur de pièces de théâtre pour les pires (ou les meilleures) raisons – pour pouvoir se servir, maintenant en célibataire, du fameux « canapé à distribution » cher aux producteurs. [Je viens de déouvrir, merci à Fredo, l'expression « promotion canapé » qui est la traduction correcte de « casting couch ». On apprend plein de choses dans les carnets. ] On fera la première lecture chez lui. Il faut trouver, à part la « vedette », cinq comédiens et deux comédiennes.

mars 21, 2007

Discrimenes

Nous continuons notre marche, lente mais délibérée, vers une vraie bonne crise constitutionnelle (qui remonterait, selon certains commentateurs instruits chez Glenn Greenwald, au 12 septembre 2001), au sujet en principe des procureurs renvoyés, plus ou moins consciemment, par le ministre de la Justice Alberto Gonzales. Mais tout le monde sait qu’il s’agit surtout d’une première investigation publique des activités discutables du conseiller politique de Bush, Karl Rove, un « serviteur public honorable » d’après le Buisson dans sa conférence de presse d'hier. Si, comme on l’attend, le comité judiciaire du Sénat, présidé par le sénateur Leahy du Vermont, envoie des citations à comparaître à Rove, à Harriet Miers et à deux assistants, la Maison blanche invoquera immédiatement le principe du privilège exécutif pour justifier son refus de leur permettre de témoigner sous serment en public avec un enregistrement de leurs réponses. On s’attend donc à de féroces batailles juridiques entre les démocrates du Congrès et les bataillons d’avocats conservateurs et loyaux de l’administration. Goutte à goutte, le courant de la justice (bien attardé, c’est certain) commence à dissoudre la bâtisse de la Busherie.

Un ami marchand de tableaux m’a informé hier soir qu’un tableau que j’avais exposé dans ma galerie a été vendu au Moderna Museet de Stockholm pour 750 000 $ – chez moi cela se vendait pour 25 000 $, et alors on aurait encore marchandé !

mars 20, 2007

Festæ

Lundi soir on est allé, le copain et moi, à un gala organisé par des amis en faveur du bateau-pompier John J. Harvey, bâti à New-York en 1931, qu’on est en train de restaurer en cale sèche à Bridgeport, au Connecticut. La soirée a eu lieu dans un ex-appartement réaménagé en espace « party » en haut d’un énorme bâtiment voué en majeure partie à l’emmagasinage (effets personnels, documents, etc.).

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Les tables sont dressées

D’en haut il y avait des vues agréables sur le fleuve Hudson et sur la base hélicoptère du Côté Ouest, ainsi que sur un drôle d’appartement bâti en style de « bateau-maison ».

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La vue à travers les fenêtres, vers le nord

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Le bar (avec les pichers de limonade « empoisonnée » de vodka)

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Le bateau-maison en l'air !

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Les fameux « châteaux d'eaux » new-yorkais en bois

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L'autoroute du Côté Ouest et la base hélicoptère (vide) et les cotes du Nouveau-Jersey de l'autre côté du fleuve

Pendant le dîner (pas extra) on nous a présenté une sorte de cabaret narrant l’histoire du bateau qu’on fêtait. Moi j’ai bu pendant la soirée une étrange concoction qu’on a appelée un « cosmo blond » – ça avait l’air d’être de la limonade avec de la vodka, donc très buvable. On s’est assis à des places à notre table désignée (numéro 4) où il y avait un célèbre organisateur de fêtes qui habite dans le Village et un jeune avocat qui le draguait. On est rentré chez nous à pied, à travers Chelsea.

Voici quelques image du cabaret:

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Le bateau devant les Tours jumelles un beau jour de septembre

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Le bateau a aidé les pompiers à combattre les incendies en pompant l'eau du fleuve aux voitures des pompiers

Un peu curieusement, on nous a présenté sur scène une sorte de cérémonie de purification indienne silencieuse entre les deux dernières scènes du cabaret – cela m'a vraiment touché. On devrait purifier la ville des horreurs de cette date-là.

Ce soir on est sorti dîner à la taverne de Minetta avec l’amie marchande de tableaux et deux autres amis – elle aura des tests supplémentaires jeudi. Selon les résultats, elle se fera opérer la semaine prochaine ou un peu plus tard. Ses parents arrivent au début avril – ah ! elle est peut-être déjà morte et se trouve déjà, avec les fac-similés de ses amis, en enfer. Elle ne compte pas vivre deux mois. On en rit – en quelque sorte. Qu’y a-t-il à faire ?

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Dans la salle à manger de la taverne de Minetta – un véritable restaurant new-yorkais à l'ancienne

mars 19, 2007

Separationis gradus

C’est curieux – l’ami ex-Marine a connu l’assassin David Garvin qui a tué trois personnes le 15 mars au Village. Il avait travaillé comme barman à l’ancien Raccoon Lounge, et c’est là où l’ami ex-Marine et ses amis l’ont connu. Il était aussi scénariste manqué.

Moi, je suis peu pratique, et c’est peut-être pour cela que j’admire tant le bon sens de Liane de Pougy, dont je continue ma lecture de ses Cahiers bleus. (Elle aurait dû avoir un carnet Web !) Voici un exemple délicieux de sa fine intelligence :

(Billet du 4 janvier 1924)

« On profane la tombe de Marie Bashkirtseff. L’héritière actuelle, Russe affamée sans doute, déloge tous les bibelots, les vend et veut transférer les restes de Marie pour vendre ce terrain du cimetière de Passy qui vaut cher. Des délicats s’en émeuvent. Moi, que l’on m’enterre comme les pauvres et que l’on me jette dans la fosse commune, ça m’est bien égal, mais je n’aime pas voyager en troisième classe. »

Addendum :

Ah, mais le billet de première classe n’évitera pas, on l’apprend aujourd’hui, la possibilité, au moins sur la British Airways, de voyager en tout confort à côté d’un mort !

Morceau le plus séduisant de l’article (à mon avis) : [Le passager] a ajouté que, « à cause de la turbulence, il [le corps] a continué à plusieurs reprises à glisser par terre. C’était horrible. » Indéniable, j'en suis certain.

mars 18, 2007

In urbe

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Voiture coincée par la neige dans la 11e rue ouest

C’était le copain qui avait fixé le rendez-vous à l’église, à la messe de 11 heures et demie. On y est allé par le métro jusqu’à la station de la 96e rue et Broadway, d’où on a continué notre chemin en se faufilant entre les couples aux poussettes flâneurs vers le sanctuaire, qui se trouve dans la 90e rue ouest.

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La façade de l'église St-Grégoire-le-Grand dans la 90e rue ouest

Il y avait du monde ! L’assistance était assez bruyante, il y avait beaucoup d’écoliers (grâce aux efforts de la Confraternité de la doctrine chrétienne, communément appelée en anglais le « CCD », une sorte d’école du dimanche pour les catholiques) et d’enfants qui pleurent. L’amie partenaire en course et son mari financier sont croyants et ils avaient voulu faire la connaissance de l’oncle du copain, qui est curé à St-Grégoire, et c’est pour cela qu’on s’est convenu d’aller à la messe. (L’oncle a offert une prière pour la fin de la guerre en Irak, à l’occasion du 4e anniversaire de cette grosse erreur.)

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L'oncle du copain prononce l'homélie

L’oncle monseigneur du copain nous a rejoint au restaurant Aix, où on avait réservé une table à une heure.

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La table, et le coca à gauche appartient à l'oncle !

C’était agréable et l’oncle et nos amis se sont amusés à se raconter des histoires d’ecclésiastiques amis (nos amis sont paroissiens de l’église jésuite, élégante et mondaine, St-Ignace Loyola dans l’avenue du Parc).

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L'intérieur du restaurant Aix

Les amis nous ont quittés pour rentrer à pied chez eux au Côté oriental supérieur en traversant le Parc central (avec une courte déviation au Musée Guggenheim pour voir les tableaux espagnols) et nous avons profité de la température relativement modérée pour nous promener lentement le long de Broadway jusqu’à la 72e rue.

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Vue de Broadway vers le nord dans le Côté occidental supérieur

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On a ajouté des étages supplémentaires à cet immeuble

On est même allé voir mon ancien appartement dans la 75e rue ouest – ah, tout change, et l’ancien, et profondément bizarre et louche, bar gai « The Bike Stop » où l’on nous offrait des boissons gratuites seulement parce qu’on était si jeunes n’est plus (on peut en découvrir plus sur le Bike Stop et sur d’autres lieux mythiques de la vie homo à Manhattan dans cette histoire très personnelle et fascinante que j’ai trouvé ici).

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J'ai habité dans cet immeuble un petit studio au 16e étage pendant des années

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Voici l'entrée de mon ancien immeuble, où l'on avait des liftiers yougoslaves

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Quelques exemples des grands immeubles classiques d'avant-guerre de l'avenue du West End (je laisse aux autres le soin de traduire le nom de cette voie en français correct, ce n'est pas facile)

De retour chez nous, l’ami ex-Marine nous téléphone. Il vient de terminer le triathlon d’intérieur pour les champions des précédents. On va dîner avec lui dans le quartier.

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La vitrine de chez Marc Jacobs Men dans la rue Bleecker, prête pour Pâques et un printemps bien coloré

mars 17, 2007

Vita simplex

Le soleil est retourné ce matin, froid mais brillant, et le son rugueux de chasse-neige municipaux passant devant chez nous a envahi exclusivement la rue. La tempête d’hier a terminé hier soir et, notre dîner à la campagne ayant été annulé par l’amie écrivain, faute d’invités spéciaux en provenance de Washington bloqués chez eux à cause du mauvais temps, on n’a pas été obligés de faire route vers Pierreville ce matin. Ce qui nous a permis de rester au lit jusqu’à 10 h 15. Le copain est allé au bureau et moi je suis en train de glander tout en suivant d’un œil peu fixe Le retour du Jedi sur HBO.

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L'avenue Madison enneigée vendredi après-midi

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On traverse la rue Hudson pour aller au restau

On s’était couché un peu tard, après une soirée qui a commencé par un dîner d’anniversaire à Chanterelle en pleine tempête de neige et de verglas (le restaurant était pourtant plein toute la soirée) et a terminé avec une bouteille de champagne consommée (toujours en pleine tempête) au http://www.bubblelounge.com/nyabout.shtml Bubble Lounge avant de prendre le métro (pas de taxis) pour rentrer chez nous.

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Dans la salle à manger du restaurant Chanterelle

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On traverse le West Broadway pour aller au Bubble Lounge

Jeudi soir, la pluie n’avait pas encore commencé lorsqu’on a quitté l’appartement pour le métro, mais arrivé à la 7e avenue on a pu sentir sur nos fronts les fines gouttes d’un crachin d’hiver. On était seulement à deux pas de l’entrée de métro, donc pas besoin d’ouvrir le parapluie.

Il est facile à se rendre à Brooklyn mais il est moins facile, une fois là, de s’y reconnaître ! En dépit d’une véritable panoplie d’affiches collées un peu partout dans la grande station de métro de l’avenue Atlantic et la gare de Flatbush on a réussi à se tromper de sortie en quittant le hall d’entrée d’où l’on s’est traîné sous la pluie devant les façades de grands magasins qu’on ne trouve pas à Manhattan, tel Target. Un coup de téléphone de l’ami galeriste, avec qui on avait rendez-vous dans le café de l’Opéra, ne nous a rien renseigné sur la bonne voie à prendre – hop, on a fait volte-face et finalement, en traversant plusieurs terrains de travaux sans aucune indication utile, on a reconnu la façade beaux-arts couleur crème de l’Académie de musique. On a soupiré de soulagement.

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Devant l'Académie de musique de Brooklyn, défigurée, comme le sont trop d'édifices new-yorkais en ce moment, par un échafaudage laid

Au 1er étage on a retrouvé l’ami galeriste et une amie à lui, professeur de l’histoire de l’art à Orlando, en Floride. J’ai réussi à nous procurer deux verres de vin rouge et l’on a examiné la foule et noté les différences – par exemple, il y avait beaucoup plus de lesbiennes aux cheveux coupés ras qu’à Manhattan. Pas mal de pédés, ce qui n’avait rien de surprenant, vu le chorégraphe de l’œuvre qu’on allait voir. Nos places étaient au deuxième rang, à deux places du couloir central. On a donc pu voir Sam Archer danser le rôle d’Edward Scissorhands sans obstruction. C’est un corps de ballet un peu différent de ceux auxquels nous sommes habitués ici – les danseurs étaient surtout plus, euh, corpulents que ceux qu’on voit à New York City Ballet ou à l’American Ballet Theatre. Je n’ai pas adoré le film sur lequel ce ballet est basé, et le sujet n’avait pas pour moi la force de l’autre ballet de Bourne que je connais, le Lac aux cygnes. Mais c’était divertissant et intéressant.

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Dans le café/bar au 1er étage de l'Académie de musique de Brooklyn

De retour à Manhattan, on s’est dirigé sous la pluie froide vers ce qui est depuis quelque temps devenu notre bistroquet « de secours », c'est-à-dire où l'on va quand on n'a aucune idée originale, Sant Ambrœus, où nous avons été accueillis – par le bel Enzo habillé en chemise bleu nuit qui lui allait à merveille. Des pâtes à la bolognaise m’ont restauré parfaitement, ainsi que plusieurs verres de rouge italien excellent.

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Une sculpture murale intéressante chez nos amis brooklynais

Sur le plan politique, le scandale des procureurs fédéraux renvoyés, comme tout le monde le croit, pour des raisons purement politiques par les ordres de Rove, continue à s’aggraver pour les « Bushies » (c’est bien le nom qu’ils se sont donné dans ce courriel aux « fidèles » partisans, procureurs et autres, de Bush). En passant, cet article dans le Los Angeles Times d’aujourd’hui félicite les efforts d’un des grands de la carnetosphère politique américaine Josh Marshall du carnet Talking Points Memo (qui se fait dans un petit bureau dans le quartier des fleuristes en gros à quelques stations de métro de chez nous ici au Village) dans le déroulement de cette actualité dans les médias traditionnels. Le pouvoir particulier des carnets Web devient de plus en plus reconnu par tout le monde.

Il y a aussi l’affaire Plame, qu’on met sur tous les écrans de télévision (même si certains n’ont aucune envie de regarder). On commence à sentir l’âcre odeur de petits feux à présent séparés qui pourront bientôt s’unir en un grand incendie constitutionnel.

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Devant le magasin Apple de la 5e avenue

Aujourd’hui c’est la Saint-Patrick et ici à New-York ce n’est pas une fête appréciée par toute la population. Le mauvais temps a certainement diminué les foules de banlieusards qui s’installent d’habitude aux deux côtés de la 5e avenue entre les 42e et 86e rues pour regarder passer les pompiers, les flics et les hommes et femmes politiques. Il est à noter pourtant que la femme d’origine irlandaise la plus importante à New-York n’a pas voulu participer dans le défilé d’aujourd’hui parce que les organisateurs ont refusé aux gais et aux lesbiennes la permission de défiler sous leurs bannières à eux. Christine Quinn a donc défilé à Dublin au lieu de New-York, où elle est chef du Conseil municipal et le numéro deux après le maire Bloomberg pour protester contre la discrimination à New-York, où le défilé irlandais est un événement privé, et non public.

Je n’arrive toujours pas à lire les commentaires chez Phersu ? J’utilise Safari et ça fait des semaines que je suis bloqué. Qu’y a-t-il, je me demande ?

mars 15, 2007

Nuntius tristis

Je lui téléphonais pour la remercier pour le dîner qu’elle nous avait offert mardi soir au club Salmagundi, où l'on se serait presque cru dans le Cedar Bar de l’époque héroïque de l’expressionnisme abstrait le plus musculaire, le plus américain et le plus picoleur – six peintres hétéros assis à une table à boire des quantités impressionnantes de vodka et de whisky et à bavarder de tout : d'expos anciennes et futures, d'anciens amis, d'exploits réels et imaginaires, d'anciens employeurs (dont les peintres Helen Frankenthaler et Robert Rauschenberg). L’amie marchande de tableaux n’avait pas tout de même l’air très en forme mais elle cherchait à être partante. Son frère est arrivé du théâtre et nous sommes, elle et lui, moi et le copain, rentré à pied chez nous dans l’Ouest-Village.

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Un gros chien dans une boutique dans l'Est-Village

Il est des questions qu’on ne saurait comment répondre. L’amie marchande de tableaux s’en est posée une cet après-midi au téléphone : subir une nouvelle opération très grave et poursuivre ensuite une chimiothérapie défigurante (si l’on n’est pas défiguré, c’est que la thérapie n’a pas marché) qui n’ajoutera que six mois à son espérance de vie ou ne rien faire et attendre la fin. Elle a déjà une histoire avec une voie biliaire qui ne draine pas correctement, ce qui a provoqué chez elle une jaunisse grisâtre. Je lui ai conseillé, un peu bêtement mais que peut-on dire ou faire de vraiment utile, d’appeler un ami médecin oncologue qui travaille à l’hôpital Columbia Presbyterian et chez qui on a dîné hier soir à Brooklyn. Il pourra peut-être lui offrir de nouveaux choix de traitement, mais ses médecins n’ont pas beaucoup d’espoir. Que faire ? Quelle décision prendre ? Il n’est plus question de guérir son cancer, mais seulement de le gérer, et la période éventuelle de gestion ne serait que d’une durée limitée. Est-ce que l’effort vaut la peine ?

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L'artiste et la galeriste

Lundi soir on est allé à l'Est-Village – la galeriste de The Phatory est adorable, très drôle et elle a du goût. On a dîné dans un restaurant brésilien à quelques pas de la galerie dans l’avenue C qui s’appelle Esperanto. Il y avait du monde et les jeunes serveurs et serveuses étaient tous très beaux – et très occupés. On s’est sagement abstenu de la folie des mojitos en faveur d’une bouteille de malbec argentin très correct et pas cher. On est rentré chez nous à pied.

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La 5e avenue, à ses débuts au nord du parc de la place Washington

Hier je suis allé au magasin Apple pour chercher un sac à portable dans lequel je pourrai transporter la nouvelle machine. (À présent je continue à me servir de l’emballage en carton dans lequel il est arrivé, ce qui énerve le copain.) Puis, vers 15 heures, je suis allé assister à une lecture de pièce de théâtre « spéciale » qui a eu lieu dans le quartier des théâtres – il s’agit d’une pièce à deux personnages qui s’appelle Syncopation par Allan Knee et qui ne s’est jamais produite sur Broadway. L’acteur John Turturro s’y intéresse et on a trouvé une actrice pour l’accompagner dans cette « lecture » de la pièce devant une salle d’invités, dont moi et l’amie marchande de tableaux, dont le frère est le metteur en scène. Tout cela s’est bien passé, M. Turturro a très bien joué, l’actrice aussi. La pièce, il faut bien le dire, n’est pas un chef-d'œuvre, mais elle est passable, quoique sentimentale, mélodramatique et en fin de compte banale. J’ai félicité l’acteur à la petite réception qui a suivi la lecture.

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La façade de New Stages, anciennement des salles de cinéma qui ont fait faillite

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La scène sur laquelle a eu lieu la lecture

Déposant l’amie marchande et son frère chez elle, le copain et moi, nous avons fait un tour chez Marie’s Crisis, où il y avait un jeune étudiant en philo qui connaissait mais toutes les chansons de comédies musicales les plus obscures ! Un jeune Schopenhauer de la scène. Le gros pianiste aimait le copain, dont il caressait le genou pendant toute la soirée.

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Le philosophe chanteur devant le piano

Ce soir c’est le nouveau ballet de l’Anglais Matthew Bourne, Edward Scissorhands, à l’opéra Howard Gilman de l’Académie de musique de Brooklyn (deux soirées de suite à Brooklyn !).

Ici on est complètement indifférent à la tournée de Bush en Amérique latine – on en parle à peine, on s’amuse à constater que Chávez semble le poursuivre de pays en pays. Mais comme il ne prononce que des platitudes, on traite tout son voyage avec la plus grande indifférence.

Je m'excuse pour les photos – Patrick, j'ai essayé iPhoto mais je n'ai pas, par exemple, trouver comment les sauvegarder dans un fichier correct – je suis retourné à Photoshop, qui n'est pas facile mais que je sais plus ou moins faire marcher d'une façon toutefois très élémentaire.

mars 12, 2007

Rudimenta

Bon, je me bats à comprendre tous mes nouveaux logiciels – je pense avoir réussi à télécharger les photos de l’appareil Fuji (mais cela ne va pas de soi). La seconde étape était de les « soumettre » aux exigences byzantines de Photoshop afin de les préparer à être publiées. Oh, qu’est-ce que ça me manque, l’époque longtemps disparue du Photoshop pour les nuls qu’on nous donnait autrefois avec nos vieux appareils photo !

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Roses achetées à l'épicerie A&P – elles n'ont pas duré, mais elles étaient belles pour quelques heures, surtout dans la lumière matinale

Je vais au Village-Est ce soir pour revoir l’expo de Robert Schatz et de dîner ensuite avec lui, le copain et la galeriste. Il fait très doux aujourd’hui, on s’y rendra à pied, peut-être.

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L'une des tables de dégustation de vin – ce marchand nous a offert un bourgogne blanc 2005 excellent ainsi qu'un Alvarinho portugais rafraîchissant – mon favori était un Château Commanderie de Bardelet 2005, tout à fait agréable et qui ne coûte que 10,99 $ la bouteille

C’est l’anniversaire de ma sœur (la bonne) et je viens de lui téléphoner – pas de réponse, elle doit être en train de faire la fête, autant que cela soit possible à Philadelphie…

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Dans la cuisine on préparait les canapés

Mon moniteur est revenu des plages de Costa Rica tout noir – il a, c’est vrai, un peu d’avance, puisqu’il a normalement la peau couleur chocolat au lait.

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Une partie du rayon de fromages chez le magasin Balducci's dans la 8e avenue

L’ami galeriste m’a invité de l’accompagner à l’avant-première de la Biennale de Venise cet été parce qu’il connaît assez bien le conservateur américain Robert Storr qui s’occupe cette année de la 52e exposition d’art international qui s’intitule (un peu prétentieusement d’accord, mais bon, que voulez-vous, c’est de l’art et il faut que cela ait l’air profond et difficile) « Pensez avec les sens, sentez avec l’esprit » (attention, c’est ma traduction à moi, et non pas l’officielle de la Biennale). Ça fait des années que j’aie pas mis les pieds à Venise, ville en grand danger d’être tout à fait disneyifiée surtout lors des grandes expositions internationales à la mode comme la Biennale, quand la Sérénissime est submergée par des foules de collectionneurs riches venus de partout dans le monde. Le copain me pousse à y aller. J’ai laissé un message chez mon agente de voyage.

mars 10, 2007

Indiligentia

Il m’est impossible de travailler ici quand le copain s’installe — le bruit incessant de la télé me vide le cerveau de toute l’intelligence qui me reste, ce qui n’est déjà pas énorme. Le copain est arrivé hier soir par le train. Je suis allé le chercher à la gare de la Nouvelle-Londres et on a dîné au village – une douzaine d’huîtres de l’Île-du-Prince-Édouard (des « coupes du Canada » et des « points du nord » et une soupe aux lentilles à la ménagère, le tout arrosé d’une bouteille de Pouilly-Fuissé bien fraîche.

Ce matin on s’est levé bien lentement – le copain a dû faire une « visite à domicile » pour un ordinateur malade. Tournée des sites politiques, dont le meilleur, à mon avis, ainsi que le plus déprimant, serait le nouveau carnet de Glenn Greenwald, installé depuis quelques semaines au sein du magazine Internet Salon. Il est le nouveau Billmon, une voix dans le désert. Voici les titres de quelques billets récents : The FBI's lawbreaking is tied directly to President Bush; Blind faith in the Bush administration; et What happened to the Padilla interrogation videos ?

Ce soir on va à une dégustation de vins organisée en faveur de la petite bibliothèque locale sous les auspices d'un type de la section Vins de la maison de vente aux enchères Christie’s. Cela se passe dans l’appartement élégant d’un couple ami assez âgé. Je ne sais pas ce qu’on va faire pour le dîner – encore des pâtes chez nous, peut-être.

Le copain m’a rapporté tous mes nouveaux logiciels – je vais essayer de les installer demain matin. J'espère pouvoir alors publier de nouveau des photos !

mars 06, 2007

De legibus Gallorum

Les francophobes de chez « Les petits ballons de foot verts » (non, je ne fais pas de lien), qui sont tout navrés par les dernières nouvelles du procès de Scooter Libby, se réjouissent comme ils peuvent de la nouvelle que le Conseil constitutionnel de la République française vient d’approuver un projet de loi dont certains articles interdiraient, selon cet article paru dans Macworld, tout reportage électronique de toute « violence » par des citoyens journalistes, par les hébergeurs de sites Web ou par les fournisseurs de services Internet serait interdit et punissable par l’emprisonnement (jusqu’à cinq ans) et une amende (jusqu’à 75 000 €). Je suis allé voir moi-même. Voilà ce que j’ai trouvé ici, dans le texte du projet de loi au site du Sénat :

« Section 3 ter « De l’enregistrement et de la diffusion d’images de violence

« Art. 222-33-3. – Est constitutif d’un acte de complicité des atteintes volontaires à l’intégrité de la personne prévues par les articles 222-1 à 222-14-1 et 222-23 à 222-31 et est puni des peines prévues par ces articles le fait d’enregistrer sciemment, par quelque moyen que ce soit, sur tout support que ce soit, des images relatives à la commission de ces infractions.

« Le fait de diffuser l’enregistrement de telles images est puni de cinq ans d’emprisonnement et de 75 000 € d’amende.

« Le présent article n’est pas applicable lorsque l’enregistrement ou la diffusion résulte de l’exercice normal d’une profession ayant pour objet d’informer le public ou est réalisé afin de servir de preuve en justice. »

En ce qui concerne les articles, il s’agit d’articles faisant partie du Code pénal. À ce que je comprends de la législation promulguée et en vigueur, il ne s’agit pas d’interdire des enregistrements de ‘délits’ faits par des personnes « privées » au hasard, mais d’interdire seulement des enregistrements de violence organisés à l’avance – ce qui n’est pas du tout la même chose. Mais on crie « La France supprime les droits de ses citoyens ! » Sarkozy cherche-t-il à éviter au plus possible les événements embarrassants tel le cas de Rodney King chez nous, pour ne citer que le plus célèbre ? Où est-ce que les francophobes de droite cherchent à exagérer ou à falsifier la législation française avec l’appui d’un journaliste qui ne serait peut-être pas tout à fait au courant de la loi française ? Qu’en pensez-vous ?

Ici, dans les milieux de gauche, on fait la fête depuis l’annonce cet après-midi du verdict de culpabilité dans le procès Libby. J’ai entendu la nouvelle à la radio dans la voiture, au milieu de l’autoroute du Côté ouest.

J’ai passé trois heures chez l’amie écrivain à lui lire le dernier journal du compositeur Ned Rorem, qu’on connaît un peu tous les deux. C’est difficile à lire à haute voix – trop de blagues visuelles, trop de parenthèses et d’italiques qui sont difficiles à indiquer seulement par la voix (« parenthèse ouverte » et « parenthèse fermée » sont des phrases bien lourdes à répéter encore et encore). On s’est un peu querellé sur la qualité du chef d’orchestre James Levine – elle l’adore ; moi, je résiste, incertain. Mais on a pu continuer quand même jusqu’à 19 heures, quand l’assistante est arrivée pour réchauffer son dîner. L’amie écrivain s’intéresse au journal de l’écrivain dramatique Tennessee Williams (« Cahiers ») dont l’écrivain francophile Edmund White a publié une longue critique dans la « Revue des livres » du Times de ce dimanche. Elle aime bien le commérage littéraire, l’amie écrivain, et elle a connu Williams, dont elle n’apprécie pas les pièces – « Oh, I know, you gays all love him, but I’ve always thought it’s all too much. » C’est vrai – moi, j’aime Tennessee Williams à cause de son excès, de son mélodrame, de son « romantisme lunatique » qui me soulèvent poétiquement hors de l’ordinaire – « All rooms are lonely where there is only one person » explique le personnage d’Alma Winemiller, vieille fille pathétique, dans la pièce « Summer and Smoke » à l’inconnu qu’elle vient d’emballer dans un parc au centre de la petite ville conservatrice dans le Mississippi.

Demain je tape à l’ordinateur toute la matinée – c’est mieux que de sortir, par ce temps-ci !

Exitus

Je me prépare pour rentrer à la campagne — il faut d’abord poster le chèque pour le loyer, acheter de la l-glutamine en poudre chez l’épicerie bio de la rue Hudson, aller chercher les chemises à la blanchisserie. La météo nous dit qu’il va faire très froid ici (il fait à présent -11º C, brrrr) dans les jours à venir, c’est une des raisons pour lesquelles le copain me permet de m’enfuir à la chaleur relative de l’appartement là-bas, où le chauffage électrique, quoique ruineux, est quand même fonctionnant, ce qui n’est pas le cas dans le taudis qu’on habite à Manhattan. Là je vais aussi essayer d’apprendre à publier une photo prise par le nouvel appareil et je viens de commander, par le copain qui y gagne quelques sous, le nouveau paquet de logiciels Adobe, Creative Suite 2.3 Premium où l’on met le logiciel Dreamweaver en plus de Photoshop, Illustrator, InDesign et GoLive – je ne le connais pas, mais j’ai des amis créateurs de sites qui s’en servent et qui l’aiment bien. J’espère l’avoir la semaine prochaine.

mars 05, 2007

De exspectationibus

Samedi soir on est rentré chez nous (à la campagne) pour terminer la soirée en bavardant et en buvant du bordeaux. Là on a eu une discussion assez vive entre nous sur ce qui sont devenus les États-Unis depuis les attentats du 11 septembre 2001. Je noterai en passant que notre petit groupe n’était pas du tout typique, ni par son éducation ni par son revenu (bien que ce fût le mien qui abaissait la moyenne, et de beaucoup !) – l’un parmi nous avait passé la soirée précédente à son ancienne université Harvard, où son fils est inscrit et où la fille cherche à s’inscrire, à papoter avec le PDG de Goldman Sachs (53,4 $ millions de prime l’année dernière) dans un club privé de cette université – c’est bien comme ça que ça marche chez l’élite américaine – et un autre est directeur associé d’une banque d’investissement plus petite que la géante Goldman mais importante elle aussi. De la conversation qu’on a eue, j’ai été étonné par plusieurs sujets qu’on a soulevés : la frontière canado-américaine est un danger pour les États-Unis, car les assassins du 11 septembre seraient arrivés chez nous en passant d’abord par le Canada (c’est tout à fait faux mais je n'ai pas voulu le prouver en faisant une recherche Google dans le salon); les Américains ont des bases militaires au Nigeria (?!?), d’où ils sont partis pour écraser les seigneurs de la guerre en Somalie le mois dernier (à mon avis, c’est très douteux, puisqu’il y a déjà une énorme base américaine à Djibouti, qui est beaucoup plus proche et commode) ; et que la population américaine aurait dû se soulever pour protester en 2000 la décision entièrement politique et illégale du choix de George W. Bush comme président par la Cour suprême (et ce point de vue d’un avocat tout ce qu’il y a de plus conventionnel !) Le banquier se plaignait de la faiblesse des démocrates devant les dévastations multiples de la loi et de la société américaines encouragées par les républicains – il les a même accusés de trahison, les démocrates, pour avoir failli à leur rôle d’ « opposant loyal » à la britannique. Voici où nous en sommes, un certain groupe d’Américains assez aisés, bien éduqués, et de toute apparence toujours perplexes sur comment il faudra réparer les dommages causés par Bush. (On était tous d’accord qu’une crise boursière grave pourrait décourager même les plus fervents des derniers partisans de Bush.) Mais on ne voyait aucun espoir dans la sélection de candidats présidentiels démocrates – M. Obama a du charme mais il manque d’expérience ; la Clinton en a peut-être trop ! C’est la morosité et l’attente — va-t-on vraiment attaquer l’Iran ? Va-t-on enfin examiner toute la corruption politique (ie, le scandale de Walter Reed, hôpital militaire « privatisé »), financière (contrats octroyés sans concurrence à Halliburton) et morale (la « reddition extraordinaire », la torture, les prisons secrètes, et cetera) de cette administration ?

Donc, nous attendons tous — les républicains ont peur (surtout des enquêtes entamées par la Chambre démocrate sur toutes sortes d’affaires louches), les démocrates sont lâches (« Oh, on est aussi belliqueux qu’eux, promis, juré ! »), les capitalistes craignent une crise financière mondiale, les gauchistes se méfient d’une guerre préemptive engagée contre l’Iran afin de déconcerter les critiques de Bush, et ainsi de suite.

On a déjeuné hier avec un ami âgé qui nous a appris deux nouvelles qui nous ont chagrinés : la première, c’est qu’il avait rompu avec une femme avec qui il avait entamé une petite aventure sentimentale ; la seconde, c’est que le médecin a découvert un anévrisme dans l’estomac. On va l’opérer la semaine prochaine, après une suite d’examens cardiaques. Mais une fois ces nouvelles communiquées, on a passé un moment très agréable – il est divorcé, veuf, charmant, spirituel. On a tous les trois pris des œufs Bénédicte dans lesquels on avait substitué le jambon de la Forêt noire pour le bacon canadien de la recette originale.

De retour à New-York on a regardé le dernier Battlestar Galactica tout en mangeant de la soupe chinoise (le rhume de la semaine passée du copain s’est transformé en mal à la gorge, donc il faut de la soupe) livrée chez nous, ce qui était commode puisqu’il fait froid.

Je cherche partout mes disques pour GoLive – ça m’embêterait d’être obligé à me l’acheter de nouveau tout simplement par manque d’organisation. (Ô miracle ! Je viens de les trouver, mais j’ai complètement perdu le numéro de série. Aïe !) Je pense qu’il va falloir bientôt me débarrasser de tout ce débris qui nous encombre dans cet appartement. Trop de livres, trop de vieilles paperasses, trop de « choses » sentimentales, personnelles. Il me faudrait un petit ouragan Katrina personnel pour tout abîmer, ce qui m’obligerait à jeter tout !

Désolé pour le manque de photos persistant – je viens d’installer le logiciel pour l’appareil Fuji mais ça a l’air tellement compliqué que je ne sais pas quand je vais être tenté de l’essayer.

mars 04, 2007

De bonis malisque

Je suis rentré à New-York par un temps de déluge – au moins trois pouces de pluie – et sur l’autoroute on avait du mal à voir les voitures et les camions dont la plupart continuaient à rouler à des vitesses incroyables, vu les conditions de conduite. Mais bon, le soleil a réapparu vers Bridgeport et je suis arrivé dans la 25e rue sans difficulté particulière, à part la circulation débile normale. J’étais, je l’avoue, tout content de voir un accident de trois véhicules (deux taxis new-yorkais et un VTT avec une plaque nouveau-jersiaise) au milieu de la 8e avenue à l’angle de la 20e rue – pas grave, mais impliquant des réparations coûteuses, hi hi hi !

J’étais rentré à New-York pour essayer de voir les œuvres d’un artiste ami et une fois dans l’appartement j’ai appelé la galeriste au téléphone. On a pris rendez-vous pour 19 heures à sa galerie dans le Village-Est. C’est assez loin de chez nous et donc j’ai pris un taxi pour m’y rendre. Curieusement, il n’a fallu au taxi que quinze minutes pour me déposer au Parc de la place Tompkins. J’ai donc dû traîner quelque quinze minutes avant qu’on n’arrive à la galerie. Heureusement qu’il faisait plutôt beau.

C’était l’artiste lui-même qui m’a accueilli. La galeriste est arrivée quelques minutes plus tard. Ses tableaux et dessins étaient très beaux, et sa galeriste une merveille d’intelligence et de sympathie artistique. Je suis tout de suite tombé sous son charme considérable. Une galeriste née, elle expose des artistes vraiment exceptionnels (dont deux Irakiens de talent et un Pakistanais qui fait de la peinture dans la mode exquise de la miniature moghule tout en se servant de sujets contemporains pakistanais). Mon ami artiste a vraiment de la chance d’être exposé chez elle (le site de la galerie est ici).

Je souligne le plaisir que j’ai pris dans cette rencontre inattendue parce que je suis de plus en plus déprimé par ce qui se passe ici, autour de moi, dans la vie de tous les jours – la Cour d’appel du 4e circuit vient de rejeter le procès d’un citoyen allemand Khaled el-Masri saisi illégalement (on le croit) par la CIA et emprisonné en Afghanistan avant d’être relâché en Albanie pour raisons de secrets d’état. Pour les avocats parmi vous, je recommande ce billet.

À l’époque actuelle, je ne peux qu’espérer que l’Europe demandera, d’une voix, les explications qu’il faut.

L’abominable Ann Coulter,républicaine pure et dure, vient d’accuser John Edwards d’être un « pédé » — plus spécifiquement un « faggot », ce qui est peut-être plus insultant en anglais que « pédé » en français. La foule de petits « conservateurs » – que signifie-t-il vraiment, ce terme ? – l’a applaudi vivement. Les pontifes « modérés » du média, tels Joe Klein, déplorent les gros mots et l’excitation, mais chez la soi-disant « gauche » seulement. La droite peut dire n’importe quelles grossièretés sans craindre la foudre vengeresse de la « modération ».

On est rentré à la campagne assez tôt samedi matin pour pouvoir assister à une remise de prix aux « marins » de la flotte de plaisance de Pierreville pour les courses effectuées l’année dernière. Tout s’est passé dans les salons privés du yacht-club local et en dépit du fait que je suis tout ce qu’il y a de moins marin je me suis amusé à entendre les histoires drôles de mâts cassés, d’eaux froides, de vents forts qu’on y a racontées.

Pour le reste, on apprend ce matin que les troupes américaines sont en train de « nettoyer » Sadr-Ville à Bagdad, le grand faubourg chiite de la capitale aux mains des amis de Mouqtada al-Sadr.

mars 02, 2007

Vita simplex

Il est six heures et demie du matin et il pleut des cordes, avec un vent fort qui arrive de l’est – il s’agit d’une tempête « nor’easter » typique. C’est mon quatrième jour dans l’appartement à la campagne, et c’est agréable de constater combien il me va. On a eu le beau temps, c’est vrai, et de la porte-fenêtre au salon qui donne sur le petit balcon on ne voit que de l’eau, ce qui donne l’effet d’habiter à bord un bateau-maison. J’aime l’ordre du jour de mes journées ici – je me lève tôt, j’allume l’ordinateur, je fais le café et je travaille pendant plusieurs heures. Puis, vers onze heures et demie, je me prépare pour aller faire de l’exercice dans la salle de sport qui se trouve dans l’île de Rhode, à vingt minutes de voiture d’ici.

Par comparaison aux salles de sport new-yorkais, celle-ci est énorme et surtout déserte. C’est rare qu’on y voie plus de trois ou quatre autres personnes en train d’exercer en même temps. Cette semaine il m’a fallu passer chez l’avocat pour les histoires de succession – hier j’ai appris par exemple que, la lettre du fisc fédéral reçue, il faut maintenant demander une quittance officielle du fisc de l’état du Rhode-Island, ce qui devrait nous être fourni en trois ou quatre semaines. Ah ! la bureaucratie ! Puis, de retour à l’appartement, je m’assieds de nouveau devant l’ordinateur pour un peu de travail avant d’aller chez l’amie écrivain, à sept minutes de marche (j’ai bien compté !) de chez moi. Elle m’attend dans sa cuisine comiquement obsolète et après avoir allumé la cafetière électronique pour me préparer un café (elle ne boit qu’une tasse de cacao tous les matins), nous reprenons notre lecture des dernières mémoires de son ami Gore Vidal, ce qui l’agace souvent parce qu’il ne dit pas toute la vérité sur les sujets qu’il traite. Mais bon, nous révisons nos vies comme bon nous semble. Je la quitte vers sept heures du soir, quand l’assistante du soir arrive pour réchauffer son dîner, préparé à l’avance. Moi je me fais des pâtes ou je réchauffe un morceau de poulet rôti – il ne m’en faut pas grand-chose et je ne suis point gourmet. La télé se regarde à travers le Tivo et sur un écran d’ordinateur dans le petit bureau, lieu privilégié du copain, donc je m’en prive d’habitude. Je me couche tôt, je donne un coup de téléphone au cellulaire du copain – il est souvent chez des clients, à redémarrer leurs serveurs nettoyés et remis à jour hors des heures ouvrables. Je lis et puis je m’endors. Voilà une journée presque idéale.

La pluie arrive horizontalement, à cause du vent de plus en plus fort, et je viens de mettre un petit bol en verre pour attraper les gouttes d’eau venant d’une fuite au coin du plafond. Ça ressemble curieusement, le son de la goutte qui tombe dans le bol, au pépiement régulier d’un oiseau.

Je rentre cet après-midi à New-York – j’ai envie de voir les derniers tableaux d’un artiste ami dont l’expo aura son vernissage samedi soir, dans une galerie du Village de l’est le plus lointain (ben, c’est entre les avenues B et C, ce qui est déjà très, très — euh, à l’est !) J’aime beaucoup ce qu’il fait et j’espère pouvoir m’en procurer une œuvre récente que je payerai avec ma solde de petit boutiquier de tableaux gagnée à la foire de la semaine dernière.