« juin 2007 | Main | août 2007 »

juillet 31, 2007

Nihil

Petits riens :

J’ai l’impression d’avoir déjà commenté sur la Cantate qu’un compositeur a créée à partir de déclarations officielles faites pour un procès par M. Bill O’Reilly et une femme travaillant alors pour (ou avec) lui à la chaîne Fox, Mlle Mackris, à qui on a versé pas mal de blé (elle avait ensuite acheté un grand appartement dans le Parc Central Ouest) mais tant pis, cela vaut qu’on y repasse.

La mort de Michel Serrault m’a fait de la peine. C’était un acteur superbe. Et je dirais que sa représentation géniale, touchante et à la fin éthique de Zaza Napoli dans la Cage aux Folles a drôlement (et efficacement) aidé les mouvements pour l’égalité des homos partout dans le monde. (En passant, c’est dommage qu’il n’y ait plus de petit demi-monde gai à Saint-Tropez. Mais Saint-Tropez a beaucoup, beaucoup changé, mes anges – trop d’Anglais friqués, trop de restaux Joseph tous pareils et tous chers !)

Le pétrole monte, la bourse baisse. Je n’ai rien entendu de mon proprio de l’appartement à Pierreville donc je suppose qu’on va reconduire notre bail pour un an de plus. J’ai pas envie de déménager, c’est certain, surtout par cette chaleur et cette humidité.

On dîne ce soir avec l’ami galeriste, qui part demain pour Kansas-City, où il a de grands amis – mais c’est vrai que ça ne me tente pas trop, KC, par cette saison, où il fait chaud, humide et lourd, sans trace de mer. Le lendemain, c’est les parents du copain. Et jeudi, c’est l’amie marchande de tableaux — on est vraiment comme des chiens, après une absence il faut renouer les liens de la meute en dînant avec tous les membres (au lieu de les sentir le cul).

Bon août à toutes et à tous !

juillet 29, 2007

Frustratio

piscines.jpg
La belle piscine chez les amis à Vence

Vexations politiques habituelles : je le trouve bien curieux que, ce matin, à six heures heure d’été de l’Est, sur les unes des sites de la BBC et du Monde, on trouve de grands articles sur la hausse importante de vingt-cinq pour cent de l’aide militaire américaine à Israël, et pas un mot à ce sujet sur la une du New York Times.

groscitron.jpg
C'est la première fois que je voie un citron dans la nature

Qui parmi nous a lu en entier le texte de cet « ordre exécutif » promulgué le 17 juillet 2007 unilatéralement par l’empereur Bush ? Ben, moi, je l’ai fait, et j’étais bien étonné (ben, pas vraiment, mais c'est tout de même énervant) de trouver que Bush et Cie se donnent le droit de « geler » (ou saisir, si vous préférez), sans préavis et sans recours en justice, les biens de toute personne physique ou morale qui chercherait à nuire à la « paix ou à la stabilité de l’Irak ou du gouvernement irakien » ou à « saper les efforts de promouvoir la reconstruction économique et la réforme politique [ndlr : ce qui signifierait pour la Maison blanche, selon toute apparence, la création d’un état néo-con soumis à cent pour cent à Washington]ou à fournir de l’assistance humanitaire au peuple irakien (texte en anglais : undermining efforts to promote economic reconstruction and political reform in Iraq or to provide humanitarian assistance to the Iraqi people).

placeBiot.jpg
La jolie place des Arcades dans le vieux village de Biot

lejarrierbiot.jpg
On a très bien déjeuné au restaurant Le Jarrier – notez les verres bleus de Biot sur la table

Donc, toute personne qui proteste contre l’invasion et l’occupation illégale de ce pays ou contre son régime fantoche installé par les envahisseurs pourrait en principe, si les Bushistes et le ministère de la Justice, sous la main complaisante du laquais de famille et menteur Alberto Gonzales, se trouver la cible de redoutables actions « en justice » contre lesquelles il n’y aurait aucun recours. Charmant, non ? L’auteur dramatique Christopher Durang en parle avec son talent usuel dans cet article publié au Huffington Post – le silence des médias sur ces usurpations quotidiennes de pouvoir comme celui-ci par Bush n’est plus choquant, c’est la règle chez ces putes de la presse grand public qui sont évidemment plus fidèles aux actionnaires des sociétés qui les ont embauchés à de confortables salaires qu’à une vérité qui inquiéterait et les masses et les hommes politiques qui profitent du statu quo.

verreriedebiot.jpg
On est allé visiter la verrerie

lefourbiot.jpg
Il faisait une de ces chaleurs, et il n'a pas dû faire bien frais à côté du four

verre.jpg
L'artisan verrier finit un verre à vin

museeleger.jpg
Le musée Fernand Léger est toujours (et cela depuis deux ans déjà) en cours de travaux de restauration, au grand déplaisir de beaucoup d'habitants du « Grand Biot » qui voudraient accueillir plus de touristes chez eux

Le peuple américain est devenu un peuple lâche, lent, béat, incurieux, désinformé, peureux, désorienté – pourtant, si les mandarins de l’économie américaine n’arrivent pas à régler le déséquilibre monétaire dont on a vu les conséquences initiales jeudi et vendredi derniers (histoire d’un taux d’intérêt trop bas au Japon et d’un dollar qui chute, en partie), le public américain pourrait se réveiller sur le désastre que Bush a permis et laissé dégénérer pour ne pas troubler ses chefs d’entreprises républicains si bien payés. Avec une dégringolade boursière, ajoutée à la débâcle en Irak – pour la sauvegarde de la République (ou, du moins, pour la sauvegarde de partisans républicains et de leur désir de rester au pouvoir (la volonté de Dieu, après tout, il ne faut pas l'oublier), il serait peut-être temps qu’il y ait un nouvel attentat terroriste pour fixer l’attention d’un public qui « s’égarerait » du bon chemin ?

juillet 27, 2007

Domi

bougainvillee.jpg
On en voit de la bougainvillée à la Côte d'Azur – cette maison se trouve à quelques pas de la chapelle conçue par Matisse

Cette fois il fait plutôt bon d’être de retour chez nous – notre séjour sur la Côte d’Azur, quoique trop court pour nous avoir permis de vraiment nous reposer, a été formidable – on a eu la chance de découvrir de nouveaux coins (par exemple Biot et St-Paul-de-Vence) et d’en revoir d’autres avec plaisir et intérêt, tels Villefranche et Beaulieu-sur-Mer. Qu’est-ce qu’on a bien mangé (l'accueil et la cuisine chez Josyjo à Cagnes-sur-mer étaient inoubliables (pigeon grillé, miam) et Mme Bandecchi est une femme formidable) ! Les prunes jaunes et les abricots, du loup de mer merveilleux grillé à deux pas, vraiment, de la mer à L’Esquinade dans un crépuscule aussi doux et soyeux que du velours rose pâle. Une fraîcheur délicieuse chaque matin, quand le soleil venait réveiller les vignes devant nos fenêtres. Ce vin rosé couleur pêche de chez le château des Marres à quelques kilomètres seulement de la maison, et celui, encore plus pâle, qu’on achetait en boîtes chez les caves coopératives des Celliers de Ramatuelle. Ces incroyables chants d’oiseaux (rossignol ?) le matin que le copain a cru au début venir d’un réveille-matin élégant mais invisible.

miroauxpins.jpg
Une statue Mirò parmi les pins de la Fondation MaeghtM à St-Paul-de-Vence

stpauldevence.jpg
Une vieille fontaine dans une place à St-Paul-de-Vence, où j'ai bu ma première mauresque !

ruellestpauldevence.jpg
Du pittoresque, il y en a presque trop ! Voici une ruelle de St-Paul

Mystères divers de là-bas : Pourquoi personne ne sait-il comment jouer correctement au kadima (jeu de tennis de plage, non pas le parti politique israélien) ? Les joueurs sur la plage de Pampelonne sont pour la plupart péniblement maladroits – à côté d’eux, les tennismen de plage de l’Île du Feu auraient droit à se présenter à Wimbledon (et en Speedo, ça serait super, non ?)

beaulieubldg.jpg
Je sais bien que je fais preuve ici d'un affligeant manque de goût architectural mais j'avoue adorer ce genre de bâtiments super français de la Belle Époque, même « gâteau de mariage » , comme celui-ci face au port à Beaulieu-sur-mer

bassindebeaulieu.jpg
La marina de Beaulieu, avec au fond la Villa Kérylos, maison « néo-grecque » construite par Théodore Reinach

leperistylekerylos.jpg
Le péristyle sobre de la Villa Kérylos, avec un bel oléandre rose

L’un de mes amis m’a donné une petite nouvelle d’été rédigée sans doute en deux secondes par une fille très très maligne et drôle qui s’appelle Alix Girod de l’Ain – ce petit tract – une Bildungsroman à la Legally Blond – était joint à un numéro d’Elle et il s’appelle Une Blonde au Cap Ferret (on en trouvera un commentaire intéressant ici, chez une carnetière qui connaît la région). Dans cette histoire, la belle Tropézienne Lucie, junior manager des relations publiques pour D&G et qui vit à Paris avec son homme Pierre, va passer quelques jours chez les parents de celui-là, qui ont une grande maison dans les Landes, au bord de la mer et des dunes. Elle s’y prépare :

« Elle y venait pour la première fois, mais ses amis l’avaient mise en garde : c’était l’Atlantique, les familles de quatorze enfants, le vent glacial, le crachin, les cabans, les jupes au genou, gare au fashion faux pas. » Mlle Girod de l’Ain a du talent et elle m’a fait beaucoup rire, allongé sur le sable de Pampelonne à lire son œuvre, comme je l’étais, sur ma serviette de plage élimée de chez Hermès et habillé en Vilebrequin rayé bleu « vintage » comme les maudits Bordelais.

salonneogrec.jpg
Le salon super néo-grec de la Villa Kérylos – serait-elle acceptable, je me demande, dans les Landes, cette décoration un peu, euh, dure ? Il va falloir y aller pour savoir.

On est rentré à temps pour entendre parler (voir ? participer ? fêter ? déplorer ?) du mini-krach boursier d’hier. Jérôme le banquier a publié un article détaillé là-dessus chez European Tribune. Notre tiers-mondisation procède de jour en jour – mes excuses à Patrick, qui vit dans un Buenos-Aires de rêve, il me semble, on en viendra bientôt à notre propre niveau « argentin » – c’est-à-dire, devise sans valeur réelle, taux d’intérêt élevés, de riches profiteurs qui garderont leur argent à l’étranger, dans des paradis fiscaux amis (quoi !!! vous dites qu’on le fait déjà!!?? Comment cela ??), et tout le reste. Cela me rend malade de souffrir la pagaille inutile qu’on nous fait tous endurer à l’immigration à JFK et des autoroutes toutes bouchées pour aller à Manhattan (on devrait ajouter un tunnel ou un pont) tout en me rendant compte du gaspillage d’argent, à peine calculable, mais approuvé et dépensé par une grande majorité de nos représentants pour « payer » (euh, emprunter de l’argent aux Chinois) cette fantaisie illégale et autodestructrice qu’est la « guerre » en Irak. Les empires peuvent tomber de la fatigue structurale de leurs sujets, poussés par les faits à un égoïsme préventif qui dénoue finalement la société.

toitsdecapferrat.jpg
La mer Méditerranée et les toits de quelques propriétés de luxe au Cap Ferrat – est-ce là où, comme les ex-dictateurs africains, les milliardaires américains vont se réfugier contre les foules enragées ?

Dans la politique des accusations ici, on pose la question aujourd’hui sur qui a finalement téléphoné à l’épouse du ministre de la Justice lors de l’hospitalisation de celui-ci pour lui demander permission d’aller à l’hôpital pour discuter d’un sujet d’écoutes (plus ou moins) légales (et qui sait, en fait, puisque c'est toujours « top secret » surtout quand il s'agit de crimes, n'est-ce pas) ?

villefrancheport.jpg
Le petit port de Villefranche-sur-mer, un peu perdu dans l'explosion immobilière des environs

welcomehotel.jpg
Vue d'une partie du Welcome Hotel à Villefranche, où Cocteau et compagnie sont descendus avant de rester chez Mme Weisweiler à Santo Sospir – on peut voir la petite chapelle St-Pierre, entièrement décorée à l'intérieur par Cocteau, sur la page d'acceuil du site de l'hôtel

bustedecocteau.jpg
Buste de Cocteau qui se trouve au port – la légende est ceci: « Quand je regarde Villefranche, je vois ma jeunesse – fassent les hommes qu'elle ne change jamais. » Dommage qu'on n'ait pas vraiment écouté ses conseils (sur sa jeunesse ainsi que sur la ville).

On ment mais, pour l’apparatchik républicain comme Gonzalez et la plupart des autres, mentir pour le bien du Leader n’a rien de problématique – c’est toujours okay. (Sinon les sales démocrates, traîtres et homos et athées et on ne sait plus trop, tellement ils sont contaminés d’idées dégoûtantes, gagneront et ce sera l’Apocalypse, mais non pas celle qu’on recherche et qu’on attend – mais le règne apocalyptique de la Bête de Babylone, c’est-à-dire, de Hillary !)

casinogeant.jpg
On ne faisait pas seulement des visites super culturelles et tout et tout, mais il y avait aussi des escales chez le Casino Géant de Vence, où l'on était très gentil mais où il a fallu nous battre avec des Néerlandais intransigeants qui ne voulaient pas faire la queue comme tout le monde (ou presque) – et il y avait aussi cette femme qui, tout d'un coup, voit qu'elle avait oublié son porte-feuille – du culot, non?

juillet 26, 2007

Reditus

aquaclub.jpg

Hier après-midi, sur la plage de Pampelonne...

promenadedesanglais.jpg
Ce matin on a pris l'avion de retour – voici la promenade des Anglais à Nice, à travers un hublot dont le verre (ou plastique plutôt) était un peu flou

capferrat.jpg
Vue du Cap Ferrat

capdantibes.jpg
Et ensuite on voit le Cap d'Antibes avant de monter vers Paris (et les nuages)

iledegardner.jpg
De l'autre côté de l'Atlantique et au bout de l'île Longue – l'île de Gardner, toujours propriété privée de la famille Gardner depuis 1639

lespinsetlaceriseraie.jpg
À quelques minutes de notre atterrisage à l'aéroport JF Kennedy, on passe à côté de l'Île du Feu, dont on voit ici les deux communautés gaies – les Pins de l'île du Feu et la Ceriseraie – on peut voir les ferries qui les desservent de Sayville, dans l'île Longue

juillet 25, 2007

Imagines Galliæ (I)

tarteauxfruits.jpg
Pendant que le dollar chute, on mange des tartes aux fruits délicieuses, comme celle-ci achetée chez un pâtissier à Vence

giacomettipourchase.jpg
Après une visite quasi guidée de la chapelle du Rosaire conçue par Henri Matisse, nous sommes allés apprécier les œuvres déposées à la Fondation Maeght, dont cette statue par Giacometti destinée à la Chase Manhattan Bank à New-York

vuesurmonaco.jpg
Vue sur Monaco depuis
">La Turbie>

cotedebeaulieu.jpg
Vue de la côte à Beaulieu-sur-mer

ephrussideroth.jpg
La villa Ephrussi de Rothschild à Cap-Ferrat

juillet 24, 2007

Ignis

incendie1.jpg

On a vu notre premier incendie dans le Midi cet après-midi, qui a eu lieu près de l'Escalet. Beaucoup de hélicoptères et de Canadair et même quelques pompiers pas laids du tout. On a évacué à peu près 3 000 personnes.

juillet 22, 2007

Mons regis (pars secunda)

depanneur.jpg
Institution montréalaise super commode

Samedi soir il a commncé à pleuvoir mais on s’est rendu quand même au Village pour prendre un verre avant d’aller dîner dans un restaurant dans la rue St-Denis, dans le quartier du Plateau. L’Express nous avait été recommandés par des amis new-yorkais, et c’était vraiment très bien. J’ai eu un jarret d’agneau excellent.

macontempojardin.jpg
Dans le jardin de sculpture du Musée d'art contemporain

magasinlabaie.jpg
Le très beau bâtiment du grand magasin La Baie

prepa14juillet07.jpg
Dans un restaurant français du centre-ville on prépare la fête du 14 juillet

collmodernebeauxarts.jpg
Dans les salles d'art contemporain du Musée des Beaux-Arts

droledetableau.jpg
Le tableau ironique de Mark Tansey, qui s'appelle « Action Painting II »

anglosruecrescent.jpg
Les anglophones se saoulent dans la rue Crescent

ruestecatherine.jpg
Et l'on se promène dans la rue Ste-Catherine

hotelclub.jpg
Ancienne demeure de financier devenue club privé

entreeunimcgill.jpg
Entrée de l'université McGill en plein centre de Montréal

Dimanche on a rencontré des amis qui nous ont fait découvrir le Vieux Montréal (merci, Yves !), qui ressemble, à nos yeux, un peu à notre Soho.

cathedrale.jpg
La cathédrale Marie-Reine-du-Monde

placevillemarie.jpg
Photo obligatoire de la tour Place Ville Marie

danslaruestjames.jpg
Dans la rue Saint-James, ancien « Wall Street » du Canada

basilique.jpg
La basilique Notre-Dame-de-Montréal

maisonneuve.jpg
Statue de Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve, qui a fondé la ville de Montréal

viedecafe.jpg
La vie de café au bord du fleuve Saint-Laurent (ben, c'est assez près)

On a déjeuné au restaurant du musée d’archéologie de d’histoire de Montréal – bonne compagnie, excellente cuisine, serveur très divertissant (à la demande d’un Coca Light par le copain, il a répondu avec une hauteur comique : « Mais nous ne sommes pas en Europe, monsieur – ici on boit du Diet Coke. »

museevieuxmontreal.jpg
Une partie ancienne du Musée archéologique

pontjacquescartier.jpg
Le pont Jacques Cartier vu du haut du musée

hallsdexpo.jpg
Le musée de la science et des halls d'exposition au bord du fleuve

lessilos.jpg
D'énormes silos pour produits agricoles de l'Ouest canadien destinés à l'Europe

habitat.jpg
Habitat, constuit en 1967 pour l'Exposition mondiale par Moshe Safdie

hoteldeville.jpg
L'hôtel de ville, où le général de Gaulle a prononcé son célèbre « Vive le Québec libre » du balcon

bellesfacades.jpg
Le Vieux Montréal est connu pour ses belles façades

lagarewindsor.jpg
La gare Windsor, dont la première partie (celle dans cette photo) a été construite en 1889

On est rentré à New-York vers 23 heures – un trajet assez long, en effet, avec des retards ennuyants dus aux contrôles frontaliers.

Mardi soir on est parti pour Nice et la Côte d’Azur.

vuedemafenetre.jpg
La vue de la fenêtre dans la chambre où j'écris ce billet – un champ de vignes aux environs du village perché de Ramatuelle

Mons regis (pars prima)

pastisexterieur.jpg
L'extérieur du restaurant Pastis à New-York

On court, on court dans ces jours de mi-été — ayant passé un excellent après-midi à boire et à bavarder avec l'un des carnetiers les plus virtuoses de New-York dans l’équivalent new-yorkais du Café de Flore, c’est-à-dire le restaurant Pastis (je plaisante, bien sûr, mais en fait, on y trouvera pas mal de ressemblances tant sur le côté cuisine que sur le côté public) après quoi je me suis dépêché chez l’ami galeriste avec qui on allait au théâtre – l’un de ses multiples favoris jouait le rôle principal.

pastisinterieur.jpg
L'intérieur confortable du restaurant Pastis

La pièce a eu lieu dans un loft transformé en théâtre, au 6e étage d’un immeuble commercial en plein Chelsea. À ma grande surprise, la pièce, une adaptation dramatique de la nouvelle d’horreur de Henry James, The Turn of the Screw, a été très bien jouée et le candidat au cœur de l’ami galeriste, tout jeune et tout beau, a montré beaucoup de talent. Une star en devenir ? Peut-être. De toute façon, c’était bien pour lui.

esbenfleur.jpg
Le bâtiment de l'État-Empire vu de la terrasse de l'ami galeriste

theatredomestique.jpg
Loft à Chelsea transformé en théâtre

Vendredi après-midi (il y a une semaine) on est parti, le copain et moi, à Montréal – en voiture. Il a fallu d’abord passer le tunnel de Lincoln, qui est parfois bourré, surtout les vendredis d’été – heureusement on a eu de la chance – mais après le tunnel il nous restait à traverser le vide du Nouveau-Jersey avant de gagner l’autoroute à péage de l’état du New-York qui monte vers le Canada. Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’on arrive à la frontière québécoise, quand tout d’un coup on s’est trouvé dans une longue queue de plusieurs douzaines de voitures et de camions à attendre le contrôle frontalier. On a attendu deux heures !

attendantladouane.jpg
La queue pour passer la frontière canadienne

Une fois dans le contrôle, le copain s’est énervé avec l’agente (pas très malin, vous vous en douterez !) qui nous a ensuite fait passer chez d’autres agents dans un bureau un peu plus loin, où le copain a dû expliquer à une autre agente pourquoi il n’avait pas pensé à prendre son passeport. Elle nous a laissé entrer, pourtant, et nous avons continué notre route vers Montréal.

immeublemontreal.jpg
L'immeuble juste devant notre chambre

L’hôtel était très bien, on avait une chambre énorme et une salle de bain des plus luxueuses.

couloirduritz.jpg
Le couloir du 9e étage

salonritz.jpg
J'ai un faible pour les palmiers dans les salons ; )

oiseauvoleur.jpg
Des oiseaux téméraires piquaient des assiettes des morceaux de croissants de petit déjeuner dans le Café de Paris

Samedi matin on a commencé notre découverte de la ville, en passant d’abord dans la rue Ste-Catherine vers le Village.

beauxarts.jpg
Le beau pavillon canadien du Musée des Beaux-Arts de Montréal dans la rue Sherbrooke Ouest

holtrenfrew.jpg
La belle façade art déco du magasin de luxe Holt Renfrew

ritzmontreal.jpg
L'hôtel Ritz-Carlton, construit en 1912

ruesherbrookeouest.jpg
La rue Sherbrooke Ouest, vers l'est

exdomicile.jpg
C'est possible que j'aie vécu trois mois dans un appartement dans l'une de ces deux maisons – je ne m'en souviens plus de laquelle

On est ensuite allé au Musée d’art contemporain de Montréal, à côté de la place des Arts, où il y avait une excellente expo d’œuvres de l’artiste Bruce Naumann. Plus tard on est allé visiter le musée des Beaux-Arts de Montréal, où il y a de bien beaux tableaux anciens et modernes,dont celui-ci de Mark Tansey, ami de l’amie marchande de tableaux, qui s’appelle très ironiquement « Action Painting II ».

montrealtypique.jpg
Vue montréalaise typique – église et gratte-ciel

museedartcontempomtl.jpg
Entrée du musée d'art contemporain de Montréal

artplacedesarts.jpg
De la sculpture dans la place des Arts qui a quelque peu surpris nos yeux de New-Yorkais

montrealhollywood.jpg
Montréal-Hollywood

balanceporno.jpg
Tout semble très équilibré à Montréal, c'est vrai

hommageacocteau.jpg
Hommage à l'écrivain français Cocteau dans le Village

Pour la suite de notre week-end montréalais, veuillez passer au prochain billet.

juillet 12, 2007

Pro sensus

anonymat.jpg
Ce n'est ni contre la pluie, ni contre le soleil qu'on protège les principaux dans cette scène qu'on photographie sur la terrasse du restaurant Pastis – c'est contre les yeux indiscrets des papparazzi et du public appareilophore (comme moi, hi hi)

La chaleur et l’humidité d’hier soir m’ont poussé à me préparer une mauresque bien fraîche que j’ai sirotée en attendant le retour au domicile du copain, qui s’amusait à regarder passer l’orage depuis sa fenêtre au 49e étage du Bâtiment de l’État-Empire au lieu de préparer les deux devis qu’on lui avait demandés (mais je ne dis rien, je m’occupe de mes affaires exclusivement, comme ça on ne se fait pas engueuler !). J’avais été obligé de quitter la fraîcheur, toute relative, de l’appartement pour aller chercher la voiture au garage et la déposer ensuite chez les mécaniciens dans la 60e rue ouest, où l’on va réparer l’antenne, cassée depuis quelques semaines on ne sait pas trop comment. Il nous faut l’antenne pour écouter la radio (les podcasts assomment après un certain moment et il me faut comme un tonique la niaiserie sonore de la pop music), et il nous faut la radio surtout parce que nous comptons faire six heures de route vendredi après-midi, quand nous partons pour Montréal, où nous allons passer le week-end du 14 juillet.

revedeparis.jpg
On rêve de Paris à travers les livres dans cette vitrine de la librairie 192 Books dans la 10e avenue à Chelsea, et qui appartient à la galeriste célèbre Paula Cooper, qui adore Paris (elle me l'a dit)

En route au garage dans la 25e rue je suis passé voir une expo intéressante par de nombreux points de vue : il s’agit de l’expo au titre provocateur (pris du titre d’un roman d’Alain Robbe-Grillet paru en 1972) « Project for a Revolution in New York » organisée par un de mes amis Mitchell Algus, qui est super intelligent (il a sa propre galerie dont le site n'est que rarement mis à jour – on le gronde mais il hausse les épaules) dans une autre galerie, celle de Matthew Marks, grande puissance dans le monde de l’art, à New-York comme ailleurs (je l’ai vu à Venise et il expose à Bâle, par exemple).

project.jpg

Mitchell est l’un des rares galeristes qui font leur travail par amour de l’art – il devrait être conservateur en chef dans un grand musée, mais il préfère être enseignant de lycée en géologie ( ! ) et de garder son indépendance esthétique, même quand cela lui coûte. C’est un peu le chouchou de la critique new-yorkaise, qui apprécie et l’intelligence profonde et le côté très spirituel de ses expos, mais trop d’intelligence fait peur aux collecteurs, qui cherchent en général à s’acquérir des « marques » reconnues et non pas des « œuvres intéressantes ».

oeil.jpg
Détail d'un tableau de Harold Stevenson, Américain qui travaillait à cette époque à Paris

Dans cette expo, M. Algus a fixé son regard sur des artistes européens travaillant dans les années 60 et 70 qu’on connaît à peine ici (Peter Klasen) ou qu’on ne voit maintenant que très rarement (Jacques Monory). Mitchell cherche à réfuter l’américanocentrisme en nous obligeant de voir d’autres tendances, dérivées par exemple d’un surréalisme toujours transgressif à l’époque, qui n’ont pas toujours reçu la bénédiction (financière) du marché de l’art (la seule qui compte pour beaucoup de monde). Un type en costume élégant, à l’air d’un grand banquier, était avec moi dans la galerie hier. Tout souriant comme un homme politique, il a dit à la belle assistante, qui lui avait demandé son opinion, « Well, I’ve been through it twice and I don’t yet get it. » Non, c’est vrai, cela ne puait pas le fric.

juillet 11, 2007

Transformationes

rosesroses.jpg
De belles roses chez l'amie écrivain

Hier soir on est allé voir Transformers hier soir aux cinémas Loews de la 34e rue – le copain et son ami étaient tous les deux en retard (grrrr) et l’on a donc été d’obliger de nous asseoir au premier rang de places dans la salle – presque complète – mais à ma grande surprise, notre placement n’a pas trop nui à notre appréciation du film, qui n’est, au fond, qu’une grande bande dessinée/pub pour jouets Hasbro en GIO (génération d’images par ordinateur) assez réussie, avec en plus la belle gueule de Josh Duhamel.

harrypottersoldout.jpg
C'est complet pour M. Potier

On est sorti à 21 h 30 (c’est un peu long) et l’on faisait la queue pour les séances à minuit d’Henri Potier et l’Ordre du Phénix. Nous, on est allé trouver un restaurant mexicain climatisé pour boire des margaritas. En principe, la vague de chaleur se termine aujourd’hui.

laqueueharrypotter.jpg
En dehors du cinéma, on fait la queue pour la première séance du dernier Henri Potier

Bien que le Times n’en parle pas sur la une, il est intéressant de noter que la Zone Verte a été atteinte d’une trentaine de tirs de mortier hier, et que trois personnes ont été tuées.

juillet 10, 2007

Epistula pro Clementem

Le lecteur Clément m'a demandé de lui fournir quelques bonnes adresses gaies pour sa prochaine visite à New-York avec son copain. Voilà ce que j'ai pondu (et je sais que cela n'a pas beacoup à voir avec la question, toute simple, que Clément m'a posée, mais j'espère qu'il y trouvera les coordonnées nécessaires (par des liens) pour passer un séjour bien divertissant à New-York.)

Petit guide super idiosyncrasique de la Gaîté new-yorkaise (édition estivale 2007)

Il y a quatre quartiers principaux pour les homos new-yorkais. Le plus ancien, c’est le « ghetto gai » du Greenwich Village, dont la rue haute est la célèbre rue Christopher, assez décevant par ces temps-ci (boutiques T-shirt, pornos, etc.), mais bon… Il y reste quelques bars qui sont fréquentés, je suis désolé de le dire si crûment, par des reliques de la vie gaie d’autrefois – cela peut présenter, bien sûr, de l’intérêt anthropologique et on y trouvera certains goûts particuliers (ours, noirs, etc.) mais pour le homo moyen qui a de vingt-cinq à quarante ans en quête d’amis comme lui, c’est devenu un quartier marginal.

Chelsea, c’est le centre agréé de la vie gaie à New-York – là on trouvera les bars, les restaurants, les salles de sport, les magasins de vêtements et les garçons au look « Chelsea » qui dominent la vie gaie. C’est un peu le Castro de San-Francisco, le West-Hollywood de Los-Angeles, l’Old Compton Street de Londres et le Marais de Paris tous mêlés. En été, s’il y a un peu moins de mecs super canon à flâner dans la 8e avenue les week-ends, c’est qu’ils ont tous décampé pour l’ île du Feu et les délices diverses (mer, sexe, danse, convivialité, sexe, rencontres prévues et imprévues, sexe) des Pins, communauté de gais plutôt nantis à 50 milles de Manhattan. C’est à Chelsea que les deux hebdos gratuits gais ont leurs sièges sociaux : HX et Next et dans leurs pages (et sur leurs sites) on trouvera presque tout (le bon, le mauvais, le débile, l'incroyable, etc.) sur le monde gai manhattanais (et de banlieue, si cela vous tente – et non, ce n'est pas comme à Paris, ici c'est le Queens, le Brooklyn, le Nouveau-Jersey).

L’East Village, c’était les punks, les rebelles, les jeunes sans argent et sans emploi, et il l’est toujours un peu, en dépit des forces immobilières qui ont chassé les plus sales et les plus dévergondés du quartier. Les jeunes homos qui n’aiment pas trop passer la moitié de leur vie à perfectionner leurs biceps (entre autres) ont depuis des décennies préféré la bohème artistique et zolienne de ce quartier en principe défavorisé (mais nettement moins maintenant).

New York, c'est aussi la comédie musicale, presque synonyme de la « gaîté » – voici une merveilleuse interprétation de la chanson, hypercélèbre chez les gais de New-York, « Being Alive », du plus célèbre des compositeurs new-yorkais gais actuels, Stephen Sondheim, chantée par un acteur gai Raul Esparza, devant le public des prix Tony (prix pour Broadway), la plus gaie des grandes émissions TV de remises de prix

Le quartier gai qui monte le plus, et le quatrième de notre liste, c’est le Hell’s Kitchen, la Cuisine du Diable, qu’on essaie (gare aux promoteurs !) de convertir en Clinton, qui fait plus chic, moins dangereux. La Cuisine du diable se trouve à l’ouest du quartier des théâtres, dans les rues 40s et 50s. Et c’est normal que cela soit un quartier gai puisque les petits appartements qu’on y trouve ont été occupés depuis des décennies par de jeunes danseurs, acteurs, comédiens gais, qui travaillaient dans la place du Temps, ainsi que les retraités de l’industrie du spectacle qui ont voulu rester proches de ce milieu particulier, parmi les Puertoricains et les autres. Maintenant on trouve d’excellents restaurants gais (c’est-à-dire, où la plupart des serveurs sont ouvertement gais ou qui s’en fichent) et de bars.

Voilà. Ce n’est pas dire qu’on ne trouvera pas de traces gaies dans l’Upper West Side ou dans l’Upper East Side – c’est la drague perpétuelle, par exemple, dans les salles du musée Métropolitain (« Mais je m’en fous de ce sale tableau de David ! Qu'est-ce qu’il est mignon, ce petit Norvégien-là ! ») et on n’a qu’à assister à une séance de ballet au New York State Theater ou à une représentation d’opéra au Met (vu l’ambiguïté du mot « Met », il vaut mieux toujours préciser « Met Museum » ou « Met – the opera » – c’est bête mais c’est comme ça !) pour pouvoir se retrouver parmi les homos BCBG de tous les âges et pour (presque) tous les goûts.

L’habit gai pour pays chauds (bon, je plaisante un peu)

On n’est pas, je trouve, aussi fous d’étiquettes et de marques de luxe que le sont nos confrères européens. Oh, non, cela ne veut pas dire que vous ne trouverez pas ici une folle qui ne s’habille qu’en Prada, à la Madame Sarkozy, mais le style gai new-yorkais, voire américain, est plus décontracté qu’en Europe – c’est parce que, ici, les gais cherchent souvent à ressembler à de jeunes beaufs hétéros (c’est à l’origine de la mode Abercrombie). Donc, pouvoir s’habiller comme un mécano inculte (mais sexy) du Nouveau-Jersey est le nec plus ultra d’une certaine mode gaie. Il y aura toujours, comme il est dit des pauvres, des minets prêts à porter n’importe quoi (et l’on en trouvera chez Ralph Lauren et sa nouvelle boutique/ligne qui essaie de concurrencer Hackett de Londres, Rugby, mais c’est pénible combien c’est ersatz, copie vulgaire, etc.), mais en général, et quand il fait chaud, comme maintenant, homo homo typicus portera le jour des shorts cargo (le style pantacourt n’a pas vraiment pris ici, je ne sais pas pourquoi), kaki ou treillis de préférence, t-shirt ou débardeur si l’on a envie de faire valoir ses tétons et ses bras musclés, des chaussures de sport ou des tongs – les chaussettes ne se voient plus, ne couvrant que le pied et non pas la cheville, qui doit rester nue, et surtout pas avec les tongs. Le soir, si l’on va au théâtre, on portera des pantalons (les jeans sont acceptables) et une chemise à manche courte, avec ou sans col. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’amuser à s’habiller plus élégamment ou avec plus de recherche, mais il y a moins de raisons en été pour porter le smoking en ville (et à la campagne, c’est la veste de smoking blanche qui est de rigueur). Il est toujours correct de porter un complet gris ou sombre pour des déjeuners dans les grands restaurants (Le Cirque, Le Bernardin, etc.) – rappelez-vous qu’aux dîners on trouvera plutôt des touristes américains venus exprès pour manger dans ces grands restaurants, et eux ils s’habillent beaucoup plus traditionnellement que les New-Yorkais. Dans les discos, c’est jeans et t-shirt, qu’on enlève aussi tôt que possible. Mais ici, on comprend la chaleur, on l’accepte, et l’on n’est pas censé être tout frais, tout beau quand il fait 35º.

J’espère que ces quelques lignes vous aideront à passer d’excellentes vacances chez nous, par n’importe quel temps. Et il ne faut pas oublier non plus que, comme à Paris et comme à d’autres grandes villes du monde, la gaîté fait partie intrinsèque de la vie de la ville – il n’est plus nécessaire de « faire » homo pour le vivre tout simplement. Bon voyage, Clément.

Mundus meus

La fin de la semaine dernière s’est déroulée normalement – j’ai dîné jeudi soir avec l’amie écrivain (du homard froid, salade de concombres et d’oignons rouges, du maïs, fruits à la glace et pendant que nous mangions, j’ai vu une petite souris grise et noire qui s’empressait de fureter un peu partout dans la cuisine, y compris autour des pieds de l’amie écrivain [ndlr - elle est presque aveugle, et par la lumière limitée d'une petite lampe suspendue au-dessus de la table où l'on mange, elle ne voit rien.] Je n’ai rien dit. J’ai fait du bruit avec mon pied pour lui faire peur, mais l’amie écrivain m’a alors demandé ce que je faisais, et pourquoi. J’ai menti.

Le jour suivant, à mon arrivée chez elle, elle m’annonce solennellement la présence d’un « rongeur ». « Ah ! Une souris ? Comment ça ? » je m’écrie, feignant une surprise des plus vives. « Il faut que tu la tues. » « Moi ? » « Mais oui, bien sûr. » « Mais pourquoi ? Je n’ai rien (ou peu) contre les souris (sotto voce) qui n’habitent pas chez moi. » « Parce que tu es un homme. » « Et vous, vous êtes la dernière des sexistes, non ? » Elle s’en fiche complètement, et cherche seulement la « disparition immédiate » de la bête.

Le copain veut vendre son voilier. C’est son côté masochiste (janséniste ?) – tant que son affaire ne gagne pas « assez » d’argent, il n’a pas le droit de s’amuser. Inutile d’objecter, donc je me tais.

La paralysie politique américaine (ou états-unienne) me dégoûte toujours – Bush fait ce qu’il veut, les démocrates répondent en gloussant comme des poules avant de procéder à une nouvelle levée de fonds pour leurs candidats présidentiels préférés. Dans le Times on continue à publier les « communiqués de presse de l’armée US » en guise d’articles d’analyse et d’actualités. Par hasard, je suis en train de lire la biographie de Marie-Antoinette de Stefan Zweig – l’ambiance résolument irréelle autour de cette jeune femme ne peut que rappeler celle qui règne aujourd’hui à Washington.

C’est l’été et l’on n’a donc pas le droit de se plaindre de la chaleur – on a la climatisation dans la chambre à coucher, c’est le plus important. Je m’inquiète un peu de ce qui se passe actuellement à Islamabad, dans la mosquée Rouge. On n’oubliera pas que le Pakistan a la bombe atomique.

juillet 05, 2007

Feriatus ego (responsum ad Vincentum)

Ici à la campagne on a fêté la Déclaration de l’Indépendance avec un défilé assez bon enfant à travers les deux rues principales du village – on descend la rue de l’Eau jusqu’à la place aux Canons (utilisés dans la guerre contre les Anglais en 1814) et l’on remonte la rue Haute jusqu’à la bibliothèque, devant laquelle on lit la Déclaration. Il y a plein d’enfants et de chiens. Dans la foule on y trouve des « hedge fund managers » et des femmes de ménage, des éditeurs en chef retraités de grands magazines d’actualités et des jardiniers paysagistes, des librettistes et des carnetiers. Un peu de tout, quoi.

Une chose curieuse m’est arrivée hier au gymnase. Ouverte seulement jusqu’à midi et demi, la salle était pleine de gens qui voulaient, comme moi, faire un peu d’exercice avant de passer aux barbecues traditionnels du 4 juillet. Il y avait un type qui s’exerçait avec une monitrice (ce qui est assez rare à la campagne, à l’opposé de ce qu’on voit à New-York) mais je n'ai pas fait beaucoup d’attention. Tout d’un coup, le type, un petit brun aux cheveux assez longs, vient vers moi, me dit bonjour et me demande si j’habite « ici ». « Non » je lui réponds, « j’habite New-York mais je loue un appartement à Pierreville, où je passe pas mal de week-ends avec mon copain. » « Ah, c’est bien ça, je vous connais de New-York, » il me dit. « J’habitais la maison dans la 4e rue ouest et c’est là je vous voyais passer souvent. » « Ah, c’est donc vous qui avez vendu la maison particulière devant le restaurant Extra Virgin ? » « Oui, c’est moi. Et je viens d’acheter une ferme, grande et vieille, à Pierreville-Nord… avec mon copain. » (Voilà, il se dévoile un peu, le malin, mais j’avoue que mon gaydar, qui est hélas loin d’être fiable, ne fonctionnait pas de toute façon.) « Ah. Mais comment se fait-il que vous vous êtes installés dans ce coin assez perdu, où il n’y a peu de beau monde, peu de pédés, et qui en plus est assez éloigné de Manhattan ? » « Ben, nous, on n’est pas très grégaire, et je connais la région parce que j’ai fait mes études à l’université de Brown, à Providence, et l’on venait par ici pour aller à la plage. » Ah. On s’est dit au revoir sans trop le croire. Que le monde est petit !

Le soir, après avoir fait un peu de lecture à haute voix pour l’amie écrivain, je suis passé au phare, où, sur la pelouse qui l’entoure, on a une sorte de pique-nique local. Je n’avais pas envie de manger, mais j’avais apporté une bouteille de bordeaux, que j’ai partagé avec des gens venus d’Atlanta, des Îles Vierges, et du Japon. La pluie est devenue plus insistante, et j’ai remis mon tire-bouchon dans le sac en canevas avec le tapis de plage acheté à la boutique de l’Assemblée nationale et je suis passé chez une amie qui a profité de ma visite imprévue pour nous faire des martinis à la pomme. Légèrement intoxiqué donc, je suis enfin rentré chez moi par une pluie assez forte. Il est très agréable de dormir en écoutant la pluie contre le toit.

juillet 04, 2007

Dubius

maisonpatriotique.jpg
Une maison « patriotique » – l'extérieur est maintenu à merveille, c'est du fond qu'il faut s'inquiéter

Je trouve qu’il m’est particulièrement difficile cette année de fêter « l’expérience américaine » que représente le 4 juillet. La commutation par le fantoche Bush de l’emprisonnement du chef de cabinet du dictateur Cheney, Lewis Libby, bien qu’elle fût prévue, m’a tout de même considérablement déprimé au sujet de l’avenir de ce pays. Non, je ne m’attends pas à m’installer à l’étranger – je suis trop vieux, trop établi ici – sauf si l’on nous menace de répression, contre les gais, contre les « libéraux » ou contre une autre catégorie inacceptable dont on fait partie. Mais à part cela, on continuera à nous énerver inutilement contre un régime qui se fout de nous tout à fait.

notrepamplonne.jpg
On ira toujours à la plage, pour regarder la mer et les goélands

hortensias.jpg
On ferait mieux de cultiver son jardin, surtout quand il y a des arbrisseaux d'hortensia bleu cobalt

Il fait gris aujourd’hui, et un peu frais, ce qui ne me déplaît pas. On a eu notre défilé de village, ouvert à tout le monde, à la fin duquel on lit à haute voix la déclaration de l’Indépendance sur le perron de la petite bibliothèque publique. Avant de la lire, le maître de cérémonie, un Républicain solide, a même demandé à l’assistance de bien vouloir se souvenir de bienfaits historiques de « notre république » et de ne pas insister seulement sur les méfaits qu’on « aurait pu avoir commis » en son nom à l’époque actuelle. (C’est pour dire combien la grande majorité des habitants de ce petit village au nord-est du pays, en Nouvelle-Angleterre, se sentent mal à l’aise avec tout ce qui se passe à Washington et dans le monde extérieur.)

defiledu4juillet07.jpg
Et pour eux, l'Amérique, ça va être comment ?

Voici quelques extraits de la Déclaration (une énumération des griefs auxquels la Déclaration est la réponse) qui ont fait froncer les sourcils chez plusieurs dans la foule :

He [le roi Georges III d’Angleterre] has made Judges dependent on his Will alone for the tenure of their offices, and the amount and payment of their salaries.

For depriving us in many cases, of the benefit of Trial by Jury:

For transporting us beyond Seas to be tried for pretended offences:

For taking away our Charters, abolishing our most valuable Laws and altering fundamentally the Forms of our Governments:

For suspending our own Legislatures, and declaring themselves invested with power to legislate for us in all cases whatsoever.

Les éditorialistes n’ont pas manqué à faire le rapport entre le roi Georges III d’Angleterre et le Garçon-Roi Georges II des États-Unis. Extrait de l'éditorial paru ce matin dans le Day de New-London, le journal du coin:

President Bush's commuting of the Libby sentence is just the latest example of his disregard for the rule of law. He has used signing statements to challenge more than 1,100 sections of bills passed by Congress, more than all 42 presidents before him combined. Administration e-mails have disappeared in apparent violation of record-keeping laws. Efforts by Congress to uncover the truth about prosecutor firings have been stonewalled. And the list goes on.

The day cannot come soon enough when the nation gains its independence from this George as well.

Extrait de ce billet de John Rogers:

We are faced with utterly shameless men. Cheney and the rest are looking our representatives right in the eye and saying "You don't have the balls to take down a government. You don't have the sheer testicular fortitude to call us lying sonuvabitches when we lie, to stop us from kicking the rule of law and the Constitution in the ass. You just don't. What's beyond that abyss -- what that would do to our government and our identity as a nation -- terrifies you too much. So get the fuck out of our way."

Et puis Glenn Greenwald le dit sans fard:

We have decided to be a country in which our highest Republican political officials can break the law freely, without any real consequence. In the United States, the law does not apply to the President and his closest aides. And there is one fact after the next which proves that.

Mais on sait tout cela déjà, et par cœur. Et encore rien ne change.