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octobre 31, 2007

Vexatus ego

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Les fleurs fanées dans le salon de l'appartement à la campagne, où je me suis rendu cette fin de semaine pour dîner avec l'amie écrivain, avec qui je m'étais brouillé

Je suis de mauvaise humeur : après la réussite si « brillante » que nous connaissons en Irak, il est bien difficile à comprendre comment 52 % de nous Américains approuverions une nouvelle intervention militaire contre l’Iran mais l’enquêteur Zogby a annoncé cette statistique fatigante avant-hier.

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On est allé dîner dans un restaurant dans le village – notre groupe s'ést augmenté de trois personnes, on était donc six à table, à discuter politique et n'importe quoi – dans le bar à côté on regardait le 4e match de la Série mondiale de baseball

On dénonce depuis Eisenhower l’arrivée au pouvoir (un pouvoir caché, parce que devenu systémique) du complexe militaro-industriel aux États-Unis. S’il est difficile à apprendre l’étendue réelle des budgets militaires, c’est encore pire pour les budgets relatifs à la surveillance et aux multiples services de renseignements, qui ont tous prétendu que la simple mention d’un centime payé pour quoi que ce soit mettrait la république en danger mortel. (Les budgets des services de renseignements seraient plutôt des « budgets noirs », officiellement invisibles.) Après une grande pression politique, on a finalement révélé le total des budgets pour l’année 2007 pour la surveillance non militaire, et cette somme reviendrait à 43,5 milliards de dollars pour l’année 2007. Si l’on ajoute les budgets militaires, le chiffre pourrait monter jusqu’à 50 milliards. Par an. Secret. Sans supervision et donc ouvert à la corruption. Chouette, non ?

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Tout le monde dans ce petit coin de la Nouvelle-Angleterre est supporteur de l'équipe de Boston, les Red Sox, à l'exception d'un jeune homme super beau qu'on me présente et qui me dit qu'il préfère toujours les Yankees – j'aime aussi le serveur juste au milieu

Le dernier candidat nommé au poste de ministre de la Justice Michael Mukasey n’a pas pu déclarer avec certitude devant le Comité judiciaire du Sénat si la « cure par l’eau », pratique d’investigation forcée connue en anglais sous le terme à l’allure plus sportive de « waterboarding », ne serait pas effectivement de la torture. Ici je vous renvoie à cet article sur la cure par l’eau notée par hilzoy, du carnet politique Obsidian Wings, où l’on dit sans hésitation que cette pratique est de la torture, dont je cite avec dégoût ces passages :

« Waterboarding is a controlled drowning that, in the American model, occurs under the watch of a doctor, a psychologist, an interrogator and a trained strap-in/strap-out team. It does not simulate drowning, as the lungs are actually filling with water. There is no way to simulate that. The victim is drowning. How much the victim is to drown depends on the desired result (in the form of answers to questions shouted into the victim’s face) and the obstinacy of the subject. A team doctor watches the quantity of water that is ingested and for the physiological signs which show when the drowning effect goes from painful psychological experience, to horrific suffocating punishment to the final death spiral.

Waterboarding is slow motion suffocation with enough time to contemplate the inevitability of black out and expiration –usually the person goes into hysterics on the board. For the uninitiated, it is horrifying to watch and if it goes wrong, it can lead straight to terminal hypoxia. When done right it is controlled death. Its lack of physical scarring allows the victim to recover and be threaten with its use again and again. »

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C'est la victoire de Boston ! Tout le monde applaudit, y compris ce jeune homme en bonnet, qui m'a expliqué, plus tard dans la soirée, que son appartement était hanté par le son de gémissements d'une jeune femme qui se branle ! (si, si!) – et non, je n'ai rien demandé de plus !

M. Mukasey dit que cette technique lui semble personnellement « répugnante » et « excessive » (« over the line » en anglais) mais il ne peut pas affirmer qu’elle soit de la torture « illégale » – comme s’il y avait bien de la torture « légale ».

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Ailleurs dans le bar, on taille des citrouilles pour la fête de Hallowe'en

En Virgine, la Cour d’appel du 4e circuit réentendra, en session plénière (« en banc » en anglais légal) à Richmond, en Virginie, le dossier d’Ali Saleh Kahlah al-Marri, étudiant qatari à l’université Bradley saisi le 12 décembre 2001 au champ de bataille de… Peoria, dans l’Illinois, et envoyé pour une période indéterminée en prison (« détention militaire indéfinie ») à Guantanamo en tant que « combattant ennemi » – disposition que lui a réservée le régime Bush le 23 juin 2003 sans lui permettre de l’opposer en audience publique. C’est donc un dossier dans lequel on va discuter sur de droits constitutionnels importants. Un panel de trois juges de ce tribunal a déjà décidé que le régime Bush n’avait pas le droit de garder les gens « indéfiniment » et qu’al-Marri avait droit aux protections d’habeas corpus.

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Vont-ils effectivement chasser les mauvais esprits de cet endroit ?

Le mégamilliardaire Warren Buffet annonce qu’il prévoit la possibilité « assez significative » d’une récession économique bientôt aux États-Unis – la perte par la banque d’affaires Merrill Lynch de presque 8 milliards de dollars, annoncée la semaine dernière, à cause de prêts hypothécaires impayés et des « obligations de dette collatéralisées » (ah ! c’est si beau le jargon des « grands » de la finance et de la politique, surtout quand ils cherchent à détourner les regards de leur incompétence ou de leur ignorance !) a certainement agi sur les nerfs des rentiers, qui regardent avec horreur les dépenses en Irak et la montée du prix du baril de pétrole (hier à 91,09 $).

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On ouvre du champagne pour fêter la victoire de Boston – la banqueroute nationale sera pour demain !

Le commentateur pessimiste James Kunstler note avec acidité : One of the stupidest assumptions made by the educated salient of adults these days is that we are guaranteed a smooth transition between the cancerous hypertrophy of our current economic environment and the harsher conditions that we are barreling toward. The university profs and the tech sector worker bees are still absolutely confident that some hypothetical “they” will “come up with” magical rescue remedies for running the Happy Motoring system without gasoline. »Une attaque sur l’Iran ne fera qu’accélérer la fin de ces « hypothèses les plus stupides ».

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On trinque à la victoire de l'équipe plus ou moins locale

Et puis, ce soir c’est Hallowe’en – ici au Village on fête la veille de la Toussaint en nous enferment dans nos appartements pour essayer de n’avoir rien à faire avec les foules de jeunes et de moins jeunes qui viennent de la banlieue et infestent les bars et les restaurants du quartier. On les entendra hurler et crier jusqu’à l’aube. À l’époque ça faisait aboyer Betty. Et si je sortais pour faire du trick or treat en Dog-Boy ?...

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Habillé comme ceci, je me ferais traiter sans doute de « combattant canin ennemi » et foutu sur le champ à Guantanamo

octobre 28, 2007

Mors connardusque magnus

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La Mort à la recherche un gros connard, ici un peu en avance sur la veille de la Toussaint

Je suis, il est vrai, beaucoup plus connard qu’on ne le sait en général – je m’efforce, par simple vanité, d’être un peu réticent à en parler trop devant n'importe qui et j’hésite aussi à présenter des preuves concrètes plus souvent qu’il n’en faut absolument, sinon je trouve que c’est un peu gaspiller mon pouvoir. Mais puisque mon caractère secret vient d’être révélé par un commentateur anonyme, allons-y. Pour vous donner un petit et récent exemple de ma connerie jusqu’ici cachée, j’ai dû conduire à la campagne cet après-midi superbe – trajet d’un ennui à peine supportable, même avec le feuillage qui s’allume d’éclats de rouge, de jaune et d’orange et en écoutant l’iPod (que j’ai du mal à manipuler au volant – c’est pire qu’un mobile, ma foi !) – voyage obligatoire afin d’essayer de détendre une petite brouille qui s’était levée entre l’amie écrivain et moi il y a quelques semaines, ce qui avait été en quelque sorte rendue plus compliquée encore par la mort en même temps de l’amie marchande de tableaux. Oui, je suis un gros connard. Je vais chez elle prendre un apéritif vers 18 heures 30 et ensuite on ira au restaurant – mais connard que je suis, j’ai demandé à l’amie partenaire en course de m’accompagner, son mari l’ayant quitté pour rentrer tôt ce soir à New-York. L’amie écrivain sera, je l’espère, moins difficile envers moi devant un public. Connard et lâche, voilà du bien beau, n'est-ce pas ?

Le copain, qui avait laissé ses clefs au bureau, est venu me chercher au restaurant hier soir où je dînais au bar avec l’ami galeriste. On est rentré chez nous la main dans la main (bon, c’est vrai, j’avais bu), comme pas mal d’autres couples homos qui flânaient dans la 8e avenue à Chelsea. Un grand musclé à la voix assez flûtée remarque tout haut à son compagnon, qui attendait avec nous et plusieurs autres personnes le feu rouge : D’ya think we’re in a gay neighborhood much ? Tout le monde en a ri. Puis le feu a changé et l'on a tous continué nos routes.

octobre 27, 2007

Bonus eventus

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Cherchant désespérément Emmanuel

Il y a des fois où ça marche comme on l’aura espéré – cela m’est arrivé hier après-midi, quand je suis reparti à la recherche de l’album de mon petit Emmanuel Moire (on a l’air un rien obsédé par lui, j’y conviens), cette fois vers le magasin Virgin de la place de l’Union. Je suis allé tout à fait au fond, où j’ai trouvé le rayon France et j’ai commencé à fouiller – je comptais ne pas le trouver, mais je me suis dit qu’il fallait faire l’effort une dernière fois, et puis tout d’un coup je reconnais, parmi les trois CDs sous la lettre M, cette couverture verte sur laquelle sort un jeune homme très grave, les bras ouverts, d’une étendue d’eau placide. Je l’avais trouvé !

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Quartier: World – Section: Europe – Rayon: France (pas visible)

Mais le succès a son prix, bien sûr, et celui-ci m’a coûté 31 $, que j’ai quand même payé avec bonheur – c’est quand même un coup de bol pour mon cœur de petite fille enamourachée (et tant pis pour Nick Lachey, ma dernière flamme, qui s’est laissé aller désagréablement depuis qu’il sort avec cette Vanessa Minnillo, je trouve).

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L'église St François Xavier dans la 15e rue ouest, une église libérale qui a souvent des ennuis avec les grands de l'archidiocèse

Je me dirige, tout content – même par ce temps dégueulasse, vers les galeries de Chelsea, où l’on m’offre sans me demander des Cocas Light pour alléger ma fièvre – la belle comptable qui imprime des factures s’écrie « Mais c’est si eighties ! I love it ! » Mmm, est-ce que j’ai vraiment des goûts si démodés ? C’est possible. (Elle est chanteuse folk, la comptable.)

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Je traverse une 6e avenue bien morne

Je rentre chez nous – le copain est toujours en train d’installer tout un système d’informatique et d’internet dans un bureau tout près de la rue du Mur – l’ami angélène, en visite à New-York pour un colloque sur les techniques de film en trois dimensions (problèmes de sous-titrage, par exemple), arrive, je lui sers un whisky (il adore le Macallan, qu’on ne touche jamais, nous), et mon ex-moniteur de la salle de sport qui fait le marathon de New-York le week-end prochain et un ami à lui – on allait tous dîner ensemble quelque part dans le quartier. L’ex-moniteur prend un vin blanc, l’ami du rouge, comme moi. Le copain nous surprend en arrivant plus tôt que prévu – après nos apéritifs on se rend dans un restau de quartier pas trop bondé.

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Pas de francophobie à Chelsea, où l'on vous propose « Yves » — le grand jeune homme au torse nu devant la piscine à droite, je suppose — comme résidence de choix dans la 7e avenue

L’ami de l’ex-moniteur est assistant social et il nous raconte plein d’histoires touchantes, drôles, pénibles sur son travail. On rentre chez nous pas trop tard. Il pleut toujours, et dans mon lit je continue ma lecture de Lettres choisies d’Oscar Wilde, qui, tout en soulignant que « le vice suprême, c’est la superficialité », note avec une certaine mélancolie que « the fool in the eyes of the gods and the fool in the eyes of man are very different. » (De De Profundis, la longue et triste lettre écrite par Wilde en prison à Reading à son ex-ami Lord Alfred Douglas.)

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Encore un exemple de la francophilie immobilière un peu débile – moi aussi je veux habiter dans un immeuble AVANT – je suppose que c'est mieux qu'APRÈS, non ?

octobre 26, 2007

Dii monstraque

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Du monde dans le métro aux heures de pointe (ici, on essaie de quitter le quai des trains 1, 2 et 3 à la place du Temps)

A dix-sept heures trente, la pluie avait terminé, mais des nuages sombres flottaient toujours juste au-dessus, pour nous rappeler la menace de mauvais temps. On se dirige vers l’entrée de station de métro de la 12e rue. Le train express est bondé – ah ! les heures de pointe ! je les avais oubliées – j’attends le suivant, lui aussi plein de monde. On pousse, on entre, il y a un grand et jeune blond qui presse ses fesses contre mon bras droit qui, allongé, tient le poteau métallique du centre – il a des écoutes aux oreilles qui jouent du rock. Il sort à la gare de Pennsylvanie, sans doute pour rentrer à la maison de banlieue de ses parents. Moi je quitte la voiture à la prochaine station, celle de la place du Temps, où il y a une nouvelle foule qui attend monter. Il est difficile de se frayer un sentier vers l’escalier.

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Ça a presque l'air d'un décor sorti de Batman, n'est-ce pas ?

Je sors et je fonce, tête élevée, dans la place du Temps, où je tiens à passer d’abord chez le Virgin Megastore avant de rejoindre l’ami galeriste et une amie à lui au restaurant Joe Allen.

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En route vers le magasin

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Et puis, le voilà !

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Au rez-de-chaussée - il faut descendre au 1er sous-sol pour la musique

Je suis là pour essayer de trouver l’album de mon nouveau chanteur chouchou Emmanuel Moire (décidément trop populaire – dans tous les sens – pour certains d’entre vous, mais bon, je ne suis pas Français et je me permets donc des tas de fautes de goût de « culture » française). Il faut passer au rayon World Music tout à fait au fond du 1er sous-sol. Il y a un type, un Asiatique, qui inspecte chacun des CDs dans la section France tout en bavardant en chinois au portable – c’est emmerdant ! Qu’est-ce qu’il fout là, à jacasser sans cesse en chinois –ça m’énerve encore plus de ne pas pouvoir comprendre ce qu’il raconte – parmi les Sylvie Vartan, les Johnny Halliday, les Juliette Gréco, les Françoise Hardy, les Michel Polniareff, à m’empêcher de retrouver mon Emmanuel ! Je réussis finalement, avec mon gros corps de diable blanc de le pousser vers l’Espagne, mais malheureusement il n’y a rien sous M. Tout d’un coup je vois, un peu n’importe où, le CD de la comédie musicale Le Roi Soleil et c’était bien lui, mon Emmanuel, qui avait joué, je crois, le rôle-titre. C’est pas trop cher, je le prends et je pars vers les caisses – on est en train de jouer le nouveau Bruce Springsteen, une belle chanson mélancolique qui s’appelle « Long Way Home », qui me fait penser, en écoutant le refrain « It’s gonna be a long walk home, Hey pretty Darling, don’t wait up for me », à la distance qu’il nous va falloir pour retrouver le pays qu’on a été avant Bush et me demander aussi s’il va être même possible. (La chanson « The Devil’s Arcade » est très belle aussi.) Je paie et je sors dans le crépuscule mouvementé. Je marche au restaurant parmi les foules de touristes. Je suis un peu tôt, et j’attends sur le trottoir, à regarder passer les gens.

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Malgré la sensation fréquente d'habiter un pays en pleine décadence morale et économique, c'est fou ce que New-York me plaît

L’ami galeriste arrive bientôt et l’on nous donne notre table dans le bar – son amie arrive peu après. On commande. Le copain, qui est très occupé par un nouveau client, des négociants en pétrole, qui déménage à de nouveaux locaux cette fin de semaine, arrive le dernier. On mange, on boit, on rit. L’ami galeriste passe l’Action de grâce à St-Barth, comme il fait depuis des années. Son amie sera avec ses enfants.

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Devant le restaurant Joe Allen dans la 46e rue ouest

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Et dans le restaurant – notez les deux cosmopolitans sur la table

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L'entrée du théâtre Hilton dans la 42e rue

Young Frankenstein se passe dans l’énorme théâtre Hilton – c’est vraiment, à mon avis, bien trop grand comme théâtre pour une petite comédie musicale en fin de compte assez limitée. À l’opposé de Laurent, dont on peut lire la critique ici, on n’a pas du tout aimé Young Frankenstein – c’est lent, les paroles et la musique, toutes de M. Brooks, sont d’une médiocrité pénible (on devine facilement les rimes des couplets, par exemple, ce qui n’émerveille pas), le numéro avec le monstre qui grogne, à peine compréhensible, ressemble au début bien trop aux mugissements embarrassants d’un mongoloïde – il y avait des mouvements de gêne autour de nous, ça ne se fait plus ici de se moquer, même légèrement, de gens handicapés, et le goût en général y fait défaut – trop de plaisanteries débiles sur le sexe, niveau « third grade » ou pire. C’est lourd, sans esprit, et même les meilleurs efforts de Mlle Mullaly, excellente comédienne qui ne fait que reprendre ici son rôle de salope nantie Karen de la série Will & Grace, déçoivent – et elle peut même chanter, avec une voix correcte.

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Vue de l'entresol du hall central du théâtre Hilton

En regardant le public autour de nous, l’ami galeriste a noté qu’il se serait sûrement plu aussi bien à DisneyWorld à Orlando. En effet, ce n’était pas un public très new-yorkais (oui, oui, je sais, c’est infiniment snob de dire cela) – Young Frankenstein aura peut-être un certain succès, financier sinon critique, auprès d’un certain public, mais moi, je suis très content de ne pas avoir investi un centime dans cette affaire. Très décevant.

octobre 25, 2007

Pro musica (plebeia)

Le chauffage s’est allumé hier soir pour la première fois. Il tombe une légère bruine, et c’est enfin un début d’automne réel. On est en train de réparer les tuyaux de gaz devant chez nous, c’est toujours gai d’être assommé par le son des marteaux pneumatiques à huit heures du matin. Le concierge vient de me remettre le paquet de journaux qu’on avait déposé à sept heures sur le trottoir pour être recyclé – « Vous étiez trop tard » il me dit en souriant avec méchanceté. « Ils sont passés très tôt ce matin. »

J’aime la musique pop. Beaucoup. Mes amis se moquent bien volontiers de ce goût « malsain » de midinette, mais j’assume. Bon, quand je fais le ménage dans l’appartement (ce qui est assez rare, d'accord), j’écoute la plupart du temps les émissions politiques ou la BBC à la radio publique new-yorkaise (WNYC-AM), mais aujourd’hui, tout à fait par hasard, j’ai fait une recherche Google sur les radios françaises et j’ai donc trouvé la station de radio Chante France, que j’écoutais tout en rangeant mon bureau – c'est peut-être péniblement ringard pour le public français, mais étant anglophone et habitant un monde presque exclusivement anglophone, j’ai moins d’intérêt à n’écouter que les derniers tubes anglo-américains qu’on passe et repasse infiniment à la salle de sport ou sur les radios. Bon, j’écoute donc une série de chansons, tout en français, que je comprends plus ou moins bien (y compris Hier encore d’Aznavour, qu’on avait entendu dans le film CRAZY). Tout d’un coup j’entends ces paroles intrigantes : « Je fais de toi mon essentiel » chanté dans un style super romantique, sentimental, le tout accompagné d’une musique pop des plus poignantes, siropeuse même (exactement comme je les aime) – vite, une rapide recherche Google et voilà, il s’agit d’une chanson interprétée par Emmanuel Moire, nom qui m’est jusqu’à cet instant inconnu. Je trouve un clip chez YouTube – une petite vidéo style XVIIIe siècle (chose qu’on ne verrait jamais, mais jamais !, chez nous – l'histoire, c'est les vieux et les vieux, ça ne vend pas la musique, voyons ! ). La vidéo me laisse plutôt froid, je suis sans doute plus accoutumé à des protestations d’amour chantées en-dessous de palmiers de Los-Angeles, mais bon… j’aime beaucoup la chanson. Je vais sur le site du chanteur, où l’on nous offre son nouveau « single » - Là où je pars – que j’adore aussi. (Et en plus, il est mignon.)

Ce soir on va voir la comédie musicale Young Frankenstein. (J’espérais y croiser peut-être le péripatétique Laurent de Paris-Broadway qui passait quelques jours à Manhattan, mais il semble à présent de retour à Paris). J’irai donc chez Virgin Records de la place du Temps pour essayer de trouver le CD de M. Moire. Il est vraiment le Nick Lachey de la chanson française, vous ne trouvez pas ?

octobre 24, 2007

Adsecuta

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Police et pompiers dans la 42e rue ouest

Excusez-moi du silence radio de ces derniers jours – c’est tout à fait la faute de l’ami galeriste, qui a toujours l’énergie anarchique d’un ado sous, euh, des influences chimiques. Mais avant de me plonger dans la folie de masse sous le bâton de l’ami galeriste, jeudi après-midi j’ai eu le plaisir de faire la connaissance d’une carnetière francophone de New-York, Maria Pia Mascaro, dans le parc Bryant, où l’on a pris un café et une limonade et où l’on a discuté d’un projet qu’elle propose sur les élections présidentielles en 2008. Ceux qui s’intéressent à la politique, version américaine, doivent absolument ajouter son site West Wing 2008 à leurs signets.

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Chantier de la nouvelle tour de la Bank of America, à l'angle de la 42e rue et la 6e avenue

Quelques minutes auparavant, en sortant du métro pour la rejoindre, j’ai découvert une masse de pompiers et de policiers qui s’agitaient au milieu de l’intersection de la 42e rue et de la 6e avenue – un seau de déchets était tombé dans la rue du haut du chantier de la tour Bank of America – il avait cassé aussi quelques fenêtres en tombant, il y avait donc des morceaux de verre qui pleuvait pour un instant sur les piétons.

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Mais la pluie de débris n'a, de toute apparence, pas gêné ces joueurs aux boules dans le parc Bryant

Jeudi soir l’ami galeriste m’a dit de l’attendre dans la 7e avenue, à l’angle du chapeau de la sorcière, ce qui signifie l’immeuble curieux qui domine l’angle de la 7e avenue et de la rue Perry.

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L'immeuble au toit en « chapeau de sorcière » à l'angle de la rue Perry et la 7e avenue

L’ami galeriste est venu me chercher dans sa petite VW dans laquelle il y avait déjà du monde et nous nous sommes dirigés vers le Côté oriental inférieur, nouveau quartier branché, où l’on avait des billets pour Cauchemar : Histoires de fantômes à 20 heures – on a par miracle trouvé une place pour la voiture dans la rue Essex, à deux pas de Schiller’s Liquors où l’on allait rencontrer d’autres amis.

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L'entrée au restaurant Schiller's Liquors

Il a fallu, bien sûr, boire en les attendant – il y avait déjà du monde, des jeunes tatoués et percés aux cheveux teints allaient et venaient. Après plusieurs carafes de « cheap » – le rouge de maison s’appelle comme ça, et c’est le « meilleur » des trois vins proposés ! – on est parti pour la Chambre d’horreurs, un ancien lycée réaménagé en « espace artistique ».

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L'intérieur du restaurant Schiller's est plutôt agréable

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Notre carburant

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Un acteur s'explique devant son public

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Devant l'entrée à la Maison hantée

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Il y avait aussi une petite salle d'attente/café où l'on a encore pris du rouge

C’était assez drôle – il a fallu marcher sur du sable dans le noir, par exemple, il y avait des gens déguisés qui sortaient on ne savait pas trop d’où, beaucoup de cris et de hurlements – mais finalement assez bon enfant et drôle.

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L'extérieur du restaurant Essex

Ayant fait la visite, on est allé au restaurant Essex, très à la mode, où l’on avait réservé une grande table pour 20 heures.

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Dans le restaurant Essex

Encore du vin, des beignets de crabe, un morceau de porc rôti plutôt immangeable (heureusement que je n’avais plus faim) et après un repas arrosé et bruyant on est sorti pour nous retrouver, toujours à l’insistance de l’ami galeriste, à Centro.

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Pour aller à Centro, on est passé devant mon ancienne galerie, maintenant salon de coiffure

Là, au milieu d'une foule de jeunes, une bouteille de rouge avalée, il nous déclare : « Look around – I think this place is over ! » Et l’on sort de nouveau, cette fois à un bar hétéro dans la 14e rue ouest – il s’appelle Honey’s et c’est un drôle d’endroit pour les jeunes hétéros un peu BCBG qui ne cherchent pourtant pas la mode costume-cravate des mêmes endroits un peu plus au nord. (On était avec deux jeunes femmes, très grandes et très belles, qui sont pour le moment célibataires – et l’ami galeriste jouait à la Dolly Levy, marieuse, d’Hello Dolly.) Mais à la longue il y faisait bien trop hétéro pour l’ami galeriste, qui nous a poussés vers Shag, où l’on a plutôt choqué les jeunes homos bien pensants par notre ivresse unisexe.

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Chez Shag

Mais on ne s'est pas arrêté là – mais non, il a fallu, selon l’ami galeriste, essayer de franchir les portes très fermées du Beatrice Inn dans la 12e rue ouest – là, un énorme videur (ou portier, comme on veut) noir nous dit tout poliment que le club est fermé. « Mais non » lui répond l’ami galeriste. « Mais si, c’est fermé » il dit avec fermeté. Tout d’un coup on voit un jeune noir, pas très grand, qui sort et se met en hâte dans une énorme Escalade noire stationnée au bout de la rue – on le reconnaît finalement, c’est l’acteur Cuba Gooding, tout beau, tout souriant. Il y a un taxi qui passe – les jeunes filles et le mannequin nous disent bonne nuit en y montant, le copain et moi, on rentre chez nous à pied, l’ami galeriste chez lui dans l’autre sens.

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Chez le poissonnier où l'on a acheté des crevettes

Cela va sans dire qu’on était plus que crevé vendredi quand il a fallu partir pour la campagne – j’aurais bien voulu rester en ville mais on avait invité une soixantaine de personnes à venir prendre un verre chez nous à la campagne !

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Dans le Wal-Mart de Westerly, dans l'île de Rhode

Samedi on est allé chercher les bâtonnets de poisson au Wal-Mart (toujours une expérience pour moi) et des crevettes bouillies et nettoyées chez le marchand de poisson – notre cocktail avait, comme vous voyez, un thème « marin », parce que l’immeuble dans lequel se trouve notre appartement a été, dans les années cinquante et avant, une sorte de dépôt de pêcheur (dans le temps il y avait quatre bateaux de pêche mouillés au quai). On a eu de la chance, il a fait beau, on a eu du monde.

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Des roses achetées au supermarché !

Dimanche on est rentré à Manhattan et on continue notre « cure de récupération » en ne quittant pas l’appartement – c’est comme ça qu’on a pu regarder le film excellent C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée (voir « leçons de vocabulaires » ci-après).

Leçons de vocabulaire :

« Yunny » - Young Urban Narcissist (ou « jeune narcissique urbain », tribu métropolitaine nomade peu appréciée de certains).

« fif », pour tapette, terme appris en regardant C.R.A.Z.Y. Les québécismes m’ont amusé – « chum » et « bye » et « bacon » prononcé à l’anglaise.

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Samedi soir un ketch de plaisance s'est détaché de son mouillage devant l'appartement et a sombré contre des rochers

Je commence à télécharger des podcasts – c’est le copain qui m’a fait découvrir Homo Micro, que j’écoute en conduisant pendant qu’il dort et l’érudit rjk en fait aussi chez lui à Daily Blague. J’ai voulu trouver « Parler au quotidien », ancienne émission de Radio France Internationale sur la langue française que j’ai appréciée depuis des années, mais il semble qu’elle n’existe plus en version mp3 ou iPod. Je me suis déjà abonné à La vie des mots de France Info et les Médias en question. Y a-t-il d’autres podcasts en français sur la culture, la politique ou la langue qui pourraient être intéressants ?

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Cela ne va pas plaire aux assureurs

Question de vocabulaire : qu’est-ce qui veut dire « michaflapien », mot trouvé dans les commentaires à ce billet marrant de Samantdi à propos du rugby et des rugbymen (qui sont très/trop pareils aux footballeurs de lycée adorés de mon enfance en Géorgie).

Catherine Weibel me fait rêver de Lamu, au Kenya, et Sophie de l’Eau me donne envie de me changer la vie (sauter avec toute la famille du Portugal au Chili, faut le faire !) J’ai sûrement des habitudes trop casanières.

Il y a, pour la base républicaine, de bien gros problèmes avec l’immigration.

En dépit de toutes ces soirées folles, on suit ce qui se passe à la frontière irako-turque avec beaucoup d’attention. Il y a aussi l’affaire du projet de loi sur la surveillance de l’intelligence étrangère dans laquelle le candidat démocrate Chris Dodd menace de bloquer par « filibuster » son passage au Sénat. M. Obama a, lui aussi, des ennuis politiques, les responsables de sa campagne en Caroline du sud ayant engagé un chanteur de musique gospel homophobe (et homo « converti ») pour promouvoir M. Obama. Que les jeux commencent !

octobre 16, 2007

Libri

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La cuisine transformée en bar

Hier soir le copain et moi nous sommes allés à une « book party », c’est-à-dire une réception offerte à un auteur pour fêter la parution d’un livre. Il s’agissait de l’écrivain Peter Cameron (tout écrivain moderne a maintenant son site personnel) et la fête était organisée par son copain, le restaurateur Florent Morellet, dans son loft. Il y avait pas mal de monde, Florent nous a accueillis avant de présenter les deux lecteurs qui ont « représenté » un extrait du livre, someday this pain will be useful to you, ce qui est en effet très marrant, avec beaucoup de dialogue, donc d’adaptation théâtrale facile et très naturelle.

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Florent nous accueille chez lui

Les deux lecteurs étaient Jackie Hoffman, qu’on avait vue le week-end précédent dans la comédie musicale Xanadu, et une sorte de DJ de la radio satellite Sirius, un gros bonhomme tout rond dont j’ai oublié le nom (je n’écoute jamais la radio satellite).

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Le DJ et l'actrice lisent un extrait du roman de Peter Cameron

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Une bien mauvaise photo du romancier, à gauche, et du restaurateur, à droite

Ensuite on est allé dîner avec un ami architecte d’origine bolivienne au restaurant Blue Ribbon Café dans la rue Downing, à l’angle de la rue Bedford. Des rillettes de porc, une bouteille de Saint-Amour, un potage épicé d’agneau pour le copain, une entrecôte saignant pour l’architecte, une salade de poulet grillé pour moi, et un énorme morceau de gâteau au pain rassis pour eux comme dessert.

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Le restaurant était presque vide à 20 h - à 21h30, c'était rempli

Aujourd’hui je suis passé inspecter le théâtre dans la 43e rue pour m’assurer qu’on avait bien complété le réaménagement de la salle en théâtre plus ou moins classique. J’étais content de trouver tout en ordre – il y avait même une troupe qui répétait une pièce en anglais et en japonais –les acteurs, venus tous les trois des îles hawaïennes, se parlaient dans un curieux mélange de japonais et d’anglais.

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Les sièges sur les nouveaux gradins

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La nouvelle scène, avec deux portes – et les acteurs qui répètent une pièce super moderne

Je n’écris que très peu sur ce qui se passe en ce moment en Irak – l’éditorialiste Frank Rich nous a appelé dimanche dernier dans le Times de « bons Allemands », dans un article accusateur mais finalement sans grande utilité. Le carnetier new-yorkais James Wagner débute son billet sur ce même article avec ces paroles simples et accablantes : « Nous nous désespérons. » Je ne le comprends que trop bien. Tant de marches, tant de billets futiles, tant de dénonciations signées, tant d’argent donné aux hommes politiques – pour rien. C’est effectivement désespérant. On attend. On fait semblant de s’intéresser à autre chose, et l’on y réussit, mais il est toujours là, les mensonges, la mauvaise foi, les morts, la sensation d’avoir été eu par des forces auxquelles on devrait en principe pouvoir se fier. On torture, on le nie, on l’oublie. Quelle honte, vraiment. Et l’on ne fait rien.

C’est sûr qu’Argentine au jour le jour soit actuellement le carnet le plus chic de la carnétosphère francophone. Buenos-Aires a l'air tout à fait irréel.

Leçon de vocabulaire : « cranking » veut dire «  crying and wanking » et, selon le comédien anglais original David Hoyle, la pratique implique l’usage des larmes comme lubrifiant pour se branler – sexe et sensiblerie. Ah, ces Anglais (et c’est grâce à Blogadoon que je découvre ce grand artiste peu connu.)

octobre 15, 2007

Verba

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C'est le « Mud Truck » ou Camion de boue, stationné à côté de la station de métro de la rue Christopher, et qui vend du café aux passants

J’avais déjà rédigé quelques remarques à propos de l’amie marchande de tableaux et samedi matin je les ai revues encore une fois, rayant certaines phrases, replaçant d’autres. À quatre heures on s’est rendu au loft dans le marché Chelsea où la commémoration allait avoir lieu. Il y avait, je crois, une soixantaine de personnes, peut-être plus. On a commencé à dix-sept heures: j’étais la troisième personne à parler, après le frère et une ancienne amie tout à fait folle du Nouveau-Jersey. Il y en avait quatre qui m’ont suivi.

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Le marché en plein air de la 4e rue ouest, où j'ai trouvé des petites chaussettes noires tout à fait est-allemandes fabriquées au Pakistan ainsi que deux foulards cachemire « Made in England » pour 10 $ (il doit avoir une région chinoise qui s'appelle « England »)

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Le marchand de cannoli, pâtisseries siciliennes très appréciées aux États-Unis

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Les fleurs et le buffet dans le loft pour la commémoration de l'amie marchande de tableaux

Voici un passage de ce que j'ai dit qui a fait rire l’assistance :

« Katherine had, as we know, many remarkable traits but one I am especially amazed by is the fact that Katherine never really complained. This always made me a bit crazy, because personally I’m very fond of extravagant and self-centered tantrums, especially my own. Maybe she felt having a fit simply wasn’t worth the effort, and that a nice, big, well-chilled cosmopolitan would work just as well. Long before her illness, she would shrug at disappointments – a sale that didn’t go through, a dealer who had cut her out – events that would have had me in a strait-jacket for weeks but which Katherine seemed to be able to file away somewhere inside her as she tactfully suggested another round. She didn’t forget, but she did not whine. »

J’ai failli pleurer au dernier paragraphe mais j’ai réussi à avaler un petit sanglot et à continuer jusqu'à la fin.

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Un costume de Halloween dans une vitrine de Broadway – le plus drôle, c'est la grande bosse qu'on voit à l'entrecuisse et que la photo n'a pas pu prendre

Vers dix-huit heures on a porté un toast à l’amie marchande et puis nous sommes partis, nous cinq, dont le copain et moi, l’amie partenaire en course, l’ami ex-Marine et l’ami galeriste, qui avons tous connu l’amie marchande de tableaux. Il fallait surtout boire des cosmopolitans en l’honneur de notre amie disparue, et avec l’aide de l’ami galeriste, qui s’occupe de tout ce qui est mode et branché, on a trouvé des places dans le petit bar au 1er étage d’une soi-disant auberge gastropub canadienne (si, si !), qui s’appelle The Inn LW12 – une auberge gastropub canadienne dans la petite 12e rue ouest (oui, la rue s’appelle comme ça).

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Dans la salle du 1er étage, les murs étaient couverts de tableaux « canadiens » d'un goût assez pervers, de faux « lodge » ou de je ne sais plus quoi, puisque je ne m'y connais pas en look d'auberge rustique canadienne

Le barman était sympa mais il ne savait pas faire un cosmo correct – le goût n'était pas mauvais, mais il n’avait pas la couleur rose qu’il fallait, donc c’était comme si l’on buvait un martini trouble. On a donc traversé la 9e avenue pour aller en haut de l’hôtel Gansevoort où se trouve le bar Plunge, qui se trouve tout naturellement à côté de la piscine, fermée à cette heure.

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Vue du nouvel hôtel Standard de l'hôtelier branché André Balasz, conçu (je crois) par le Parisien Jean Nouvel

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Le coucher de soleil au-dessus du Nouveau-Jersey

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L'une des terrasses du bar Plunge à l'hôtel Gansevoort

Là, les cosmos avaient trop de jus de citron vert (je l’ai bu quand même, on m’a toujours appris qu’il ne faut pas gaspiller !) Sorti de ce bar aux vues extravagantes, on s’est payé une voiture de « car service » pour aller à Centro Vinoteca, dans la rue Barrow, un restaurant branché où l’on a pu trouver une table pour cinq sans avoir réservé à cause des efforts de l’ami galeriste qui lui sait séduire les maîtres d'hôtel.

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Dans le restaurant Centro Vinoteca

On a porté de nouveau un toast à la mémoire de l’amie marchande de tableaux. Elle aurait été contente. Le serveur était un jeune cinéaste qui s’appelait Joe. On a terminé la soirée avec des petits gâteaux, et encore du vin, à Sant Ambrœus, tout près de chez nous. J’étais assez bourré, mais content aussi d’avoir vraiment fêté la mémoire de l’amie marchande de tableaux. Elle aurait été très fière de nous.

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La Cinquième Avenue, vers le nord

Le dimanche matin, le copain et moi, on ne s’est pas réveillé tout frais, tout reposé, mais c’était pour une bonne cause. On a regardé le film The Family Stone, qu’on avait enregistré. Très sentimental, même mièvre, la mère meurt d’un cancer, tout est complètement évident, et l’on a tous les deux pleuré, allongés ensemble sur le canapé rouge, bêtement, dans le noir de notre petit salon. Vers midi, le soleil brillant dehors, on est allé faire une promenade un peu au hasard, dans les rues 20 de l’est, quartier qu’on ne connaît que très peu. On a pris un brunch bien médiocre dans un petit restaurant de quartier dans la 3e avenue, mais on n’est pas difficile, nous. On est ensuite descendu vers le Village de l’est, où j’ai voulu chercher en principe pour un livre dont l’auteur avait parlé avec intelligence à la radio il y a quelques jours – mais je ne connaissais ni le titre ni le nom de l’auteur, ce qui a, naturellement, compliqué un peu ma recherche (il s'agit, en l'occurrence, de l'auteur Charlie Savage et de son dernier livre Takeover: the Return of the Imperial Presidency and the Subversion of American Democracy). N’importe, il est toujours agréable de flâner dans les librairies. On a acheté finalement un roman en livre de poche, The Sluts, par l’écrivain américain Dennis Cooper, qui habite Paris et Los-Angeles et qui a même son propre carnet Web ici.

octobre 12, 2007

Præmia II

Moi je n’ai jamais été fana d’Al Gore. Je l’ai toujours trouvé tiède et plutôt hésitant et sa réponse étrangement passive au vol de l’élection de 2000 par des voyous bushistes n’a rien fait pour me faire changer d’avis. Mais je suis content qu’on ait donné, à lui et à ses collègues en quelque sorte du GIEC, le prix Nobel de la paix 2007. J’ai lu la critique récente du juge britannique de sa méthode scientifique démontrée dans le film « An Inconvenient Truth », où le juge a cité « neuf erreurs » – ce sont des « erreurs » où l’on dit « ben, c’est possible mais c’est pas prouvé à cent pour cent », « erreurs » du même genre que celles pour lesquelles on a tant critiqué Ahmadinejad, c’est-à-dire d’avoir « nié » l’Holocauste à cause d’un supposé manque de preuves. La vérité n’est pas toujours commode, en tout cas.

Je ne m’intéresse pas beaucoup au rugby mais ce billet de Maître Eolas ainsi que ce clip du beau sportif Jonny Wilkinson m’ont, au moins pour quelques minutes, réveillé de l’intérêt pour ce sport curieux.

Ailleurs, j’ai aussi découvert, chez Americablog, cette courte vidéo calquée sur les pubs de télé « cheap » qu’on passe à deux heures du matin et qui s’appelle « Meet the Neo-Cons ». Et pour terminer, voici un site qui présente les gueules les plus belles de comédiens sur Broadway – cela s’appelle tout simplement « Hot Guys Alert » et l’on y trouve, euh, des mecs chauds, comme promis.

octobre 10, 2007

Puella

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Une drôle d'affiche vue dans le Village de l'est

Cela m’a fait du bien de passer quelques journées en compagnie d’une jeune fille de dix-sept ans qui n’a pour le moment que des accointances fictives dans le monde des morts. Elle était belle, charmante, riante, tout à fait ravie de se trouver pour la première fois à New-York avec son oncle homo qui l’a comblée de cadeaux de luxe. Dimanche on est allé voir Xanadu, marrant et satirique, et on l’a fait dîner à Gemma après une longue promenade à travers les Villages de l’ouest et de l’est et une partie du « Côté oriental inférieur » avec ses nouvelles boutiques et galeries jeunes et branchées.

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Des chaises un peu « spéciales »

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L'inauguration d'un petit parc restauré devant l'église ND de Pompéi, centre de la communauté italienne du Village-Sud

Lundi on avait rendez-vous devant la succursale de Soho du grand magasin Bloomingdales. Là on a découvert que la nièce, qui est toute mince, désirait beaucoup plus avoir de nouveaux jeans qu’une nouvelle robe BCBG (quelle surprise !) – la marque de choix étant True Religion. Mais Bloomingdales n’avait pas sa taille et la vendeuse nous a gentiment conseillé de passer à la boutique qui se trouvait « à deux pas du magasin Apple dans la rue Prince » – conseil qu’on a suivi avec gratitude parce qu’on a réussi à trouver les jeans corrects.

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Un mannequin et les glaces dans la boutique True Religion à Soho

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Il faut choisir correctement !

Après un bon déjeuner au Mercer Hotel, on a pris le métro pour la 59e rue et la 5e avenue, où le copain lui a acheté un petit iPod Nano dans le magasin Apple bondé de monde.

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On descend l'escalier au magasin Apple dans la 5e avenue, la tour GM à l'arrière-fond

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Vue de la tour de l'hôtel Sherry-Netherland à travers l'escalier du magasin Apple

Comme il est maintenant une tradition d’acheter des sacs à ses nièces en visite à New-York, on lui a demandé quelle marque l’intéressait. « Longchamp » nous a-t-elle répondu . On s’est dirigé donc vers la boutique Longchamp dans l’avenue Madison où elle a choisi une version très chic du Tote bag X Light en aubergine.

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Le fond de la boutique Longchamp dans l'avenue Madison

Ensuite c’était les chaussures, où dans une boutique Unisa recommandée par la belle-mère du copain qui était avec nous, on a trouvé de beaux hauts talons en suède noir « pour un tiers du prix dans les autres magasins par ici » selon la belle-mère avisée. On a ensuite fait le tour de la boutique Armani et celle d’Ungaro, en dépit des vendeuses habillées en noir à l’air méchant et ennuyé qui, assises d’un énorme pouf au milieu du magasin, guettaient les passants dehors sur le trottoir à la fin de leur journée. Avant de rentrer à l’appartement, on a fait une brève escale chez Barneys (où j’ai revu « ma » veste en velours bleu Armani – celle que je me suis promise si je vendais un scénario à Paramount, par exemple, ou que l’on me monte une pièce à Broadway – dont le prix a augmenté de 200 $ depuis l’année dernière, à un montant actuel de 2 950 $ ! – ah, ces sacrés Italiens, va !).

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On prépare déjà la décoration macabre pour la fête de Halloween

Selon l’ami galeriste, le rayon parfums au sous-sol de Barneys est le meilleur de New-York. On y est descendu donc pour sentir les nouveautés de Paris et la vendeuse, une vieille dame à la fois adorable et discrètement cinglée, nous a fait sentir les derniers http://www.salons-shiseido.com/francais/html/parfums.htm parfums de Serge Lutens ainsi que pleins d’autres, d’Annick Goutal, par exemple, et de parfums « éditions » de Frédéric Malle. On en a trouvé un beau pour la nièce, floral et léger.

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Une jeune fille contente !

Mardi j’avais promis à un ami en visite de Los-Angeles de l’accompagner à l’île aux Conils. Il faisait gris et humide, un vrai temps d’octobre, en fin de compte, et le côté un peu lugubre du temps a souligné le côté négligé de cette ancienne station balnéaire populaire, depuis deux semaines fermée pour l’hiver.

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Le terminus de trois lignes de métro

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Le bel immeuble Childs qu'on espère restaurer bientôt se trouve sur la promenade des planches

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La promenade des planches est presque déserte – il n'y a que nous et quelques touristes européens

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J'ai des moments quand j'aimerais bien pouvoir jouer à ce jeu !

On y tournait un film devant le Wonder Wheel – la Grande Roue à Merveille. Il y avait quelques clients chez Nathan’s (où l’on vend des cuisses de grenouille !).

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La Grande Roue à Merveille à l'île aux Conils

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De la haute cuisine au bord de la mer

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La célèbre montagne russe Le Cyclone

On est reparti déjeuner à Bar Tabac, un bistro français que j’aime bien et qui se trouve dans la rue Smith, dans le quartier de la Colline de Boerum.

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Plein de marques françaises dans cette photo

Notre jeune serveur français portait un t-shirt moulant rose et flatteur d’Abercrombie – il avait grand mal à prononcer le mot « spinach », ingrédient dans la soupe du jour, c’était charmant. Ensuite j’ai fait voir à mon ami angélène le quartier chic des Hauts de Brooklyn et le nouveau quartier branché de Dumbo, qui est un sigle transformé en terme géographique qui veut dire « Down Under [the] Manhattan Bridge Overpass ». C’est un quartier curieux, on y trouve deux librairies intéressantes, dont PowerHouse Books et P.S. Bookshop (livres d’occasion, où j’ai trouvé par exemple le délicieux « Savoir-Vivre international » publié en 1950 avec la participation de Pierre Daninos).

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Une partie du pont de Brooklyn avec l'ancien poste de bateau pompier du ferry de Fulton, maintenant aménagé en glacier

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La ligne des toits à Manhattan

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Dans la belle librairie PowerHouse à Dumbo – c'est trop luxueux pour durer


Rentré à Manhattan, on a pris un verre chez nous avant d’aller dîner à El Faro, vieux restaurant espagnol qui date de 1927 et qui ne va certainement pas durer longtemps, vu l’apparition récente de voisins nantis tels Christian Louboutin qui eux peuvent se payer des loyers sûrement plus élevés que ces vieux restaurateurs espagnols.

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Une rue sombre à Dumbo, avec le pont de Brooklyn au fond

On est en train de préparer le service commémoratif pour l’amie marchande de tableaux qui aura lieu ce samedi dans l’après-midi. (On le dépêche parce que le frère doit rentrer à Sydney la semaine prochaine.) On m’a demandé de dire quelques mots sur elle – je ne sais pas si j’ai le courage.

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L'excellent librairie d'occasion P S à Dumbo

Ce soir il y a une répétition au Connecticut – on a quelques ennuis avec l’un des lecteurs. Je me demande exactement comment la metteuse en scène va les résoudre.

octobre 07, 2007

Scena nova

Elle n’aimait pas le théâtre, l’amie marchande de tableaux, ses enthousiasmes esthétiques se portant plutôt vers les arts plastiques – la peinture, la sculpture – que vers la dramaturgie. C’était, je crois, à cause de son frère aîné, favori des parents, diplômé de Yale où il a fait des études de théâtre avant de s’installer avec sa femme en Australie. Elle avait horreur surtout des comédies musicales, son frère ayant commencé sa carrière avec une production de West Side Story. Elle n’aimait pas le théâtral et en fait l’une des dernières remarques qu’elle a prononcées lors de notre réunion finale jeudi matin, c’était le « Je suis désolée de tout ce mélodrame » qu’elle m’a chuchoté de son lit d’hôpital.

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Le petit théâtre du Vestiaire où l'on répète la pièce

J’étais allé, comme convenu, à la deuxième répétition de la pièce qu’on va monter en « lecture mise en scène » le mois prochain. C’est là, à Stamford, ville de banlieue prospère, dans le parking d’un terrain de golf public à côté duquel se trouve le petit théâtre, que le copain m’avait annoncé la mort de l’amie marchande de tableaux. J’étais, je l’avoue, soulagé, et aussi triste.

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La répétition

La répétition s’était assez bien déroulée – la metteuse en scène en fait une comédie assez bouffonne. Le texte est stylisé, ironique, parsemé de petites plaisanteries de vocabulaire et je crains que les jeunes ne s’en rendent pas compte du tout, eux qui sont plus habitués aux comédies à la télévision aux rires préenregistrés pour des blagues banales. Je suis peut-être trop dur, trop exigeant.

La troisième nièce du copain est arrivée hier après-midi en provenance de San-Francisco. Celle-ci, c’est la ballerine. Hier soir on est allé dîner avec ses grands-parents (le père et la belle-mère du copain) à Swifty’s, dans l’avenue Lexington – le présentateur TV Mike Wallace nous avait piqué notre table, selon le père du copain, qui a grondé le maître d'hôtel – mais on a quand même bien mangé.

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Devant le théâtre Helen Hayes dans la 44e rue ouest

Cet après-midi on va voir Xanadu au théâtre Helen Hayes et pour introduire cette jeune fille à la branchitude new-yorkaise en matière de restauration on ira dîner au restaurant Gemma dans l’hôtel Bowery.

octobre 06, 2007

Finis

L’amie marchande de tableaux est morte aujourd’hui, samedi, à deux heures du matin. C'est drôle d'imaginer qu'on a dîné ensemble vendredi il y a une semaine, un dîner marrant, gai, plein de moquerie sympa. Tout cela est maintenant fini. La mort ne nous apprend qu'une chose, encore et encore: il faut surtout vivre sa vie, et aussi pleinement que possible. Dans le métro hier j'ai croisé une jeune femme qui portait un t-shirt un peu trop moulant qui disait, en lettres majuscules blanches, « Live Your Life ». Elle avait l'air mécontent.

octobre 04, 2007

Vita brevis

L’amie marchande de tableaux a été transportée à l’hospice Cabrini, dans la 19e rue est, lundi après-midi, suite à une chute dans son appartement dont elle n’a pas pu se relever – les jambes n’ont plus de sensation. Elle ne ressent pas beaucoup de douleur, mais les médicaments qu’on lui donne la laissent éreintée et souvent désorientée. On se demande si l’on ne serait pas proche de la fin. Je vais la voir ce matin.

(Une heure et demie plus tard…)

Je suis rentré à pied de l’hôpital, où l’amie marchande de tableaux – Katherine, de son vrai prénom – a demandé la perfusion de morphine. Ses parents étaient là, à raconter bizarrement des choses, entrecoupées de larmes, à mon avis invraisemblables sur l’au-delà, mais K. ne les écoutait plus. Et puis elle a dit qu’elle allait revoir la chienne Betty, qu’elle a adorée. On s’est dit alors au revoir, tout doucement, tout bêtement.

Quelquefois je déteste vivre.

octobre 03, 2007

Iuventus

Ah, la jeunesse...

(clip découvert tout à fait par hasard ici, un carnet personnel très sympa.)

octobre 01, 2007

Tyrannus ego

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Un accident de voiture sur l'autoroute 95 aux environs de Guilford, dans le Connecticut

Moi, j’ai envie de me transformer en despote birman. Comme ça je n’aurai plus à souffrir la lenteur des automobilistes qui passent leur temps à bavarder au portable au lieu de conduire correctement. Et j’habiterais, sans doute, un appartement plus spacieux sans pour autant dispenser beaucoup de fric. Et personne ne pouvait me refuser rien, ou souffrir l’emprisonnement immédiat. Ah, quel bonheur – l’égoïsme sans bornes rendu chair. Mais on n’est pas en Birmanie, ici les moines sont remplacés par toute une équipe de tournage qui a pris d’assaut la rue Perry afin de filmer quelques scènes du film Sex and the City : The Movie, qui est prévu pour mai 2008. Ce qui rend assez difficile le débarquement facile des bagages et leur transport de la voiture à l’appartement, surtout entre une foule de spectateurs qui ne bouge pas devant la porte d’entrée. (Là encore, si j’étais un despote birman, ces gens immobiles s’en iraient à toute vitesse.)

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Le clair de lune, hier soir

Mais transformation il y a eu aujourd’hui, car moi, cet après-midi, je me suis transformé en bonne – c’est dommage, vous ne trouvez pas, que ce soit nettement plus facile de devenir bonne que despote. On offre l’appartement le week-end prochain à un galeriste et sa femme, et j’ai donc été obligé de le nettoyer à fond. Mmm, ça sent bon, le Clorox Clean-Up.

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Du Dubuffet sur les rues de Pierreville ? Hélas, non, des retouches de macadam par la voirie seulement

Le copain, crevé de fatigue, m’a tout de même raccompagné au garage, d’où on est descendu à pied vers le Village. Un petit repas indien au Bombay Talkie, et ensuite chez nous, où il a fallu regarder le dernier épisode de Dr Who qu’on avait enregistré – ah, nos priorités dévoilées !

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La table commune chez Bombay Talkie à Chelsea