Moscæ
Ça tombe comme des mouches ! Après Giuliani, c’est Edwards (snif !) qui renonce à sa campagne présidentielle.
« décembre 2007 | Main | février 2008 »
Ça tombe comme des mouches ! Après Giuliani, c’est Edwards (snif !) qui renonce à sa campagne présidentielle.

Aujourd’hui c’est le tour des Floridiens de choisir un candidat républicain pour la présidence (en principe, les démocrates sont censés bouder cette primaire, dont la date choisie par les républicains locaux dominants a violé les décisions des chefs du parti démocrate national – les raisons sont compliquées et font très esprit de clocher, mais même si les candidats démocrates n’ont pas fait campagne dans l’État-soleil, leurs noms apparaissent sur le bulletin de vote et il reste fort possible qu’on compte les délégués élus plus tard.)
Moi je voudrais que M. Romney gagne ce scrutin, mais je crains que ce ne soit M. McCain qui viendra en premier chez les républicains, parce que M. McCain semble, en ce moment, pouvoir attirer plus de « centristes » que M. Romney, dont le mormonisme « cultisant » rebute une partie importante des chrétiens évangéliques, pour ne pas parler des chrétiens « normaux » (oui, je sais que c’est vache comme adjectif, mais bon, comment voulez-vous décrire les chrétiens qui n’affichent pas leur foi d’une manière agressive ?) Je pense que McCain peut gagner contre ou Obama ou Clinton, mais Romney, pas possible. Donc j’espère que Romney gagnera. (Pour Giuliani, c’est probablement fini, hi hi hi – quel vantard superflu !)
On a regardé hier soir le discours sur l'état de l'Union – c'était même pire que l'on avait attendu, Rien que des platitudes et des mensonges qu'on a dévoilés ce matin à la radio. Quel type minable.
Enfin, une petite victoire – dans le Sénat les démocrates ont arrêté (pour le moment) l’effort des républicains d’offrir l’immunité juridique aux sociétés de télécommunication qui ont tout de même bafoué les lois sur la surveillance à la seule demande de Bush et de ses laquais à partir du… mois de février 2001 – et donc bien avant la crise du 11 septembre !
L’amie écrivain, imaginant à tort que je lui avais dit que j’aimais ce plat, m’a préparé des « haricots blancs à la mélasse », autrement appelés des « Boston baked beans », accompagnés d’une saucisse de Francfort et, au lieu du pain brun de Boston que la tradition demande, elle a fait faire un pain de maïs. Un repas, toutes choses considérées, assez curieux pour une femme qui préfère la cuisine traditionnelle française. Je lui avais lu une soixantaine de pages du livre « Two Lives : Gertrude and Alice » dans lequel l’auteure analyse et explique comment les deux femmes, Gertrude Stein et son amante Alice B. Toklas, toutes les deux juives, ont pu continuer à vivre plus ou moins ouvertement en France sous le régime de Vichy – elles ont eu en l’occurrence un certain ami littéraire au nom de Bernard Laÿ, antisémite et collaborateur, qui les a tout de même protégées contre les règlements contre les juifs (et contre les résidents ennemis). Une triste histoire qui ne fait honneur à personne. L’amie écrivain a connu M. Laÿ à Paris, où il était l’un de ceux qui fréquentaient le salon de sa mère dans son appartement de la place du Palais-Bourbon. La description peu flatteuse de ce monsieur dans le livre ne lui a pas plu, mais à la fin elle a dû reconnaître que finalement elle ne l’avait pas vraiment connu.
Cela m’a un peu surpris le grand pourcentage par lequel M. Obama a gagné en Caroline du Sud, mais je suis content que tant de blancs sudistes aient (merci, Dolce) quand même voté pour lui. Cela marque un changement vraiment très important dans les mentalités du sud. Ce sont, on nous apprend, surtout les jeunes qui ont voté pour Obama.
Photo incroyable de l’Observatoire du Pic du Midi – on l’imaginerait sortie d’un film science-fiction.

Photo prise en secret de la dernière réunion extraordinaire du Conseil de direction de la Société Générale – pour le compte-rendu, voir ci-dessous
A ne pas manquer : Comité de direction de la Société Générale « hier »,dont je ne cite que cet extrait hilarant:
« Kerviel, Jérôme Kerviel. Encore un de ces petits merdeux qui croient qu'ils vont devenir riches parce qu'ils passent des ordres de bourse toute la journée sur leur écran. On dirait des hamsters sous acides, ces branleurs. Allez, celui-là paiera pour les autres. »
Du pourriel franco-nigérien marrant.
Le tout trouvé grâce à Versac.
Leçon de vocabulaire: « rat-arsed » – à cul de rat, ce qui signifie tout à fait bourré en anglais very angliche.

Aujourd’hui c’est la primaire de Caroline du Sud. Je connais un peu cet état – ma grand-mère vivait à Rock Hill pendant des décennies (elle était originaire de Charlotte, juste de l’autre côté de la « frontière » entre les Carolines du Nord et du Sud) et on allait souvent chez elle, en dépit du désaccord qui, à nos yeux d’enfants, semblait toujours régner entre notre mère et sa mère à elle (qui était, comme notre mère, fille unique).
Là-bas, à Rock Hill, elle avait, pour nous, une drôle de vie, profondément différente de la nôtre à Atlanta. D’abord, chez elle, il y avait une cuisinière, une blanchisseuse, un chauffeur, tous noirs. Nous, on jouait avec la fille de la cuisinière, qui s’appelait Selina et son petit frère, dont j’ai oublié le nom. Selina a eu des enfants très tôt, qu’elle a laissés avec sa mère, quand elle est partie pour « le nord » – fuite tout à fait raisonnable en fin de compte puisque sa vie était plutôt bloquée en Caroline du Sud.

Ses enfants, élevés par sa mère, passaient la journée chez ma grand-mère, à jouer tout gentiment dans la cuisine et dans la buanderie – pour s’amuser et pour aider leur grand-mère la cuisinière ils jouaient à faire les domestiques, nous apportant dans nos chambres nos petits déjeuners sur des plateaux, où l’on trouvait des grits faits maison (dans un vieux bain-marie !), du bacon, du jus d’orange, du toast, un peu de confiture et une fleur (le plus souvent une rose bien rouge) placée dans un petit vase en argent – un univers de différence de notre façon usuelle chez nous de disputer les boîtes de céréales individuelles (tout le monde voulait les Frosted Flakes, flocons de maïs glacés et bourrés de sucre, miam !) autour de la petite table dans le coin-repas de la cuisine pendant que ma mère, remplissant les cases de mots croisés dans le journal, fumait sa dixième clope de la journée à peine commencée tout en essayant de faire semblant de ne pas y être. C’est pour dire combien la vie en Caroline du sud nous semblait déjà d’une autre époque.

Une flore typique du « pays bas » de Caroline du Sud – des azélées et des chênes couverts de tillandsie
La différence n’a que grandi en découvrant le « pays bas » – the Low Country – de l’état, qui se trouve sur la côte de l’Atlantique, juste à côté de la Géorgie. C’est là où nous avons passé la plupart de nos vacances d’été, à l’ île de Hilton Head (avant le boom immobilier), à l’île Fripp, et ailleurs. On a fait nos courses dans le village tout pittoresque de Beaufort, drapé de tillandsie, ce qu’on appelle un soupçon plus poétiquement en anglais « mousse espagnole », à deux pas de la célèbre base d’entraînement Marine de l’île Parris.

Photographie d'une famille noire de Beaufort, anciens esclaves « libérés » (entre guillemets, parce que que je ne sais pas leur statut réel à ce moment-là, avant que la Proclamatiion d'Émancipation ne prenne effet en janvier 1863) par les troupes de l'Union, en 1862
C’est là aussi qu’on entendait le gullah, ce patois d’anglais aux influences africaines qu’une partie de la population noire parle toujours dans les marais du pays (et qui est compris par une partie des habitants blancs, évidemment). La Caroline du Sud, c’est un peu le Rhode-Island des états du sud-est des Etats-Unis – petit, à part, d’une importance réduite à cause de sa taille, moins « moderne » que ces voisins, la Géorgie et la Caroline du Nord. Avec plus de charme, aussi.
Ce qui m’a impressionné pendant la campagne démocrate en Caroline du Sud, c’est le changement énorme dans la façon dont les candidats traitent les électeurs noirs– c’est un bloc, bien sûr, mais c’est un bloc comme les autres – les cathos, les juifs, les hispaniques, les femmes, les gais, les partisans des armes à feu, et cetera. Le côté purement « racial » semble avoir diminué un peu – on le sent dans le morcellement de l’électorat noir entre les trois candidats, même avec l’attrait évident que possède M. Obama pour tout Afro-Américain. Et cela, c’est une bonne chose.
Au dîner hier soir, les 4/5 de la tablée ont cru que John McCain allait devenir le candidat républicain, l’amie écrivain « soutenant » la candidature de Mitt Romney. Pour nous, les autres, M. Romney n’a pas de chance de gagner, parce que trop d’Américains sont inquiets par son mormonisme. Pour nous, M. McCain, malgré ses problèmes avec la « base » républicaine, pose le défi le plus redoutable pour les deux candidats démocrates en tête, à savoir Mme Clinton et M. Obama. Voter pour un ancien combattant blanc et mâle bénignement chrétien contre une femme ou contre un noir sera pour beaucoup d’Américains un choix facile et évident.
En résumé, donc, en ce qui concerne le Super Mardi (le 5 février, date des primaires dans, parmi plusieurs, les états de New-York et de Connecticut) l’amie écrivain ne va pas voter dans la primaire du Connecticut, le fils étudiant va voter par correspondance pour Obama à New-York, moi je vais voter en toute probabilité pour John Edwards (en personne à New-York) et les parents – ben, eux, ils n’ont rien dit !
Comme j’avais promis de passer chez l’amie écrivain à Pierreville samedi après-midi pour lui faire un peu de lecture à haute voix et comme le copain avait promis à l’ami ex-Marine de l’accompagner dans un demi-marathon dans le Parc Central ce dimanche matin, on s’est convenu d’une courte séparation de deux nuits et j’ai donc quitté Manhattan par un temps de cristal – froid, aucune humidité, pas une trace de nuage dans un ciel splendidement bleu. Je suis arrivé à destination sans problème, malgré quelques accidents et embouteillages en route. Je comptais aller voir un film – il y a dans le coin un énorme multiplex de dix grandes salles où il n’y a jamais du monde et où le billet ne coûte qu’environ 8 $ au lieu du tarif de 11,50 $ qu’on paie à New-York. J’avais pourtant promis au copain de ne pas aller voir un film qu’il aurait envie de voir, demande qui m’a laissé le choix assez limité. Il y avait tout de même 27 Dresses, un vrai film de fille que je voudrais bien voir, avec James Marsden, qui est beau, Ed Burns (tout beau aussi) et la belle et drôle Katherine Heigl. Un film d’une nullité intellectuelle absolue, une viennoiserie cinématique, mais bon, j’avais envie.
Le téléphone sonne. Je réponds. On m’invite à dîner. J’hésite, puis j’accepte. Je mets ma salade dans le frigo avec le morceau de poulet, le repas que j’avais anticipé. J’ai surtout envie de féliciter le fils, qui sera avec nous et qui vient d’être accepté par l’université d’Oxford pour sa maîtrise en langues et littérature classiques pour l’année prochaine – il termine ses études à Harvard en mai. Il y a des gens qui ont trop de bol, non ! Et ce qui pire est, il est complètement sympa. Non, c’est trop, ce n’est pas possible d’avoir tant de chance (et d’intelligence). J’emmène chez ses parents plusieurs bouteilles de vin, dont une de champagne – pour lui montrer le côté laid et malsain d’une vie d’adulte manquée. Ah, si seulement j’avais du crack – ça ferait l’affaire ! (Eh oui, c’est vrai, je suis énormément jaloux de ce jeune homme.)

M. et Mme Dennis Kucinich – hé, les franchouillards, vous voyez, on a notre Carla Bruni à nous, aussi !
On n’était pas en fin de compte trop surpris d’apprendre la fin de la campagne présidentielle de Dennis Kucinich.
Le candidat démocrate John Edwards
Le copain s’est inscrit ce soir par Internet au groupe de militants du Village-Ouest pour John Edwards.
Le banquier Jacob Henry Schiff, 1847-1920
Ce soir nous avons regardé à la télévision une émission très intéressante sur les Juifs de New-York, des premiers immigrés juifs allemands aux immigrés juifs chassés de Russie. On ne peut pas surestimer l’influence positive des juifs sur la vie dans la ville de New-York. Et, c'est dommage mais, non, je ne suis pas juif, moi ; )

Leçon de vocabulaire : « seppo », trouvé dans la section « Commentaire » du journal britannique The Guardian : terme péjoratif australien et anglais qui signifie, par la voie de « l’argot à rime » cockney, une personne américaine. Voici la dérivation : septic tank (fosse septique) veut dire Yank[ee], et septic tank est abrégée en « seppo »
Moi j’ai envie de savoir qui a pu rouler la Société Générale pendant deux ans. Perdre sept milliards d’euros sans être repéré, faut le faire ! Et pourquoi les journalistes du Monde emploient-ils dans cet article l’anglicisme « trader » au lieu de courtier ou d’opérateur ? À la BBC, on parle de la « SoqueDjenne ».
Cela m’a fait de la peine d’apprendre tout récemment la fermeture du carnet À cheval sur l’Atlantique tenu pendant cinq ans avec une envergure exceptionnelle par Olivier de Montréal, qui y a pondu 1.300 billets. Il lui est arrivé des choses tristes et compliquées qu’on ne devine qu’à travers une discrétion admirable et il a tout naturellement envie de reconcentrer sa vie dans une nouvelle direction. Je lui souhaite bon vent.

La duplicité éhontée du régime Bush au sujet de la guerre en Irak fait l’objet d’un site web (très lent à télécharger) où l’on relève les centaines de mensonges (935 « false statements » pour être exact) de Bush & Cie qui ont tant travaillé à tromper un public américain franchement facile à tromper. Le verdict est sans ambiguïté : « In short, the Bush administration led the nation to war on the basis of erroneous information that it methodically propagated and that culminated in military action against Iraq on March 19, 2003. »


Il faut noter aussi qu’il y a plein de photos infiniment plus atroces que je n’ai pas osé publier. Mais j’espère qu’on les montrera un jour, peut-être à La Haye.
Les jeunes ne doivent pas mourir.
Je viens d'apprendre la mort du jeune acteur australien Heath Ledger dans un appartement à Manhattan. Il paraît qu'il s'est suicidé. Quel gaspillage de talent. Je trouve ça tout à fait atroce.
P.S.
« Heath Ledger is just almost really beyond description as far as I'm concerned. He got inside the story more deeply than I did. All that thinking about the character of Ennis that was so hard for me to get, Ledger just was there. He did indeed move inside the skin of the character, not just in the shirt but inside the person. It was remarkable. »
Propos de l’auteur de la nouvelle Brokeback Mountain Annie Proulx sur l'interprétation du personnage d’Ennis Del Mar par Heath Ledger dans une interview publiée dans l’Advocate du 17-19 décembre 2005. « He got inside the story more deeply than I did », c’est quand même un compliment à coupler le souffle de la part d’aucun auteur d’œuvre littéraire.
PPS
Une belle appréciation de l'œuvre de M. Ledger par le critique du Times A O Scott ici.

L’apothéose de l’ancien président Ronald Reagan continue grand train, même chez certains démocrates. Tout le monde n’est pas, pourtant, convaincu de sa divinité, à savoir ce commentateur qui a laissé ce bref « portrait en prose » acerbe de Reagan en commentaire chez le carnetier Philip Weiss. Je pense qu’il vaut le coup de le citer en entier, donc le voici : « Ronald Reagan was an arrogant, hypocritical, self-aggrandizing B movie actor with career decline who sold out to peddle GE corponomics to maintain a dubious celebrity. To maintain a modicum of equanimity, he early mastered the art of self-delusion in order to perform elementary grooming and hygiene rituals requiring looking into a mirror, eventually becoming the nation's foremost delusionary. He was a corporate tool who excelled at reading scripts prepared by economic, intellectual and social superiors, themselves achievers of minimal significance. His administration's most notable accomplishments were the callous murder and robbery of thousands of Latin and North Americans and the resuscitation, nourishment and seconding of middling reactionary arms peddlers cum theorists later to become know as the Neocons, responsible for the 18 month "New American Century" and architects of the declining American empire's terminal phase. No one in their right mind mourned the passing of this grinning, monstrous lout. »
Qu’on ne l’oublie pas.
Bon, on a regardé le dernier débat démocrate ce soir, le copain et moi, et l’on a dû boucher les oreilles plusieurs fois au début, tellement on se sentait mal à l’aise en écoutant et les questions souvent débiles et les réponses argumentatrices (on n’aime pas ça, nous, il faut que tout le monde soit gentil !). Le pauvre M. Edwards, en tant que mâle blanc, a été l’objet de pas mal de plaisanteries (je pense que c’était M. Obama qui a dit, à propos des candidats sur le plateau, « There’s a woman, an African-American and . . . John », ce qui a fait rire tout le monde, y compris M. Edwards). Ils se sont, tous les trois, assez bien exprimés.
Je suis de plus en plus convaincu que le candidat républicain sera John McCain – et il reste à savoir qui il va choisir en tant que colistier vice-présidentiel (Huckabee, pour attirer les intégristes ? Romney, pour rassurer la haute finance ?) Tout cela me fait un peu peur, parce que McCain plaît aux soi-disant « centristes » et aux « indépendants » – et contre la femme qu’est Mme Clinton et le noir qu’est M. Obama il y a beaucoup d’électeurs qui se sentiraient plus à l’aise avec un vieil ancien combattant mâle et blanc.
Voilà, c'est la version « jeune opérateur de bourse » du clip ci-dessous. (Il s'agit toujours de jeux vidéo !)
J'avoue que ça me prend aussi de hurler en allemand devant l'écran de mon ordinateur. Ça apaise – à la longue.
Qu’on se rappelle que la plupart des républicains aux USA ne s’intéressent ni aux droits de l’homme, ni à l’égalité, ni à la justice, ni à la souffrance injustifiée des Irakiens et des soldats américains (ou « alliés »), ni aux pauvres dans le monde, ni aux noirs dévastés par le cyclone Katrina à la Nouvelle-Orléans, ni aux prisonniers politiques à Guantanamo, ni à ceux qui souffrent de la famine, du sida, du génocide, ni au sort même de leur pays – ils ne s’intéressent qu’à leurs portefeuilles, et c’est pour cela que les chutes boursières en Asie et en Europe me font sourire, puisque l’électorat américain, si souvent lourdaud, indolent, incurieux, se rend bien compte enfin que c’est à cause de Bush et de ses alliés qu’on se trouve dans ce mauvais état.

L'original œil de bœuf
Pendant que la Bourse chutait hier, j’ai passé l’après-midi en plein Nouveau-Jersey avec l’ami galeriste, qui m’avait invité de l’accompagner chez un de ces plus grands collectionneurs. Après avoir dit bonjour à ses vaches et à ses taureaux qu’il vendra pour leur viande, le collectionneur nous a fait visiter tous ses tableaux et les autres œuvres d’art qui remplissent les pièces de la grande maison qu’il partage avec une amie avocat. On nous a fait manger des steaks « hambourgeois » de viande élevée chez lui – très bonne et savoureuse, il est vrai. Pendant le déjeuner on a parlé un peu « économie » dans le sens le plus large du mot – lui il pense qu’on va bientôt avoir un krach financier sévère parce qu’on est tout simplement fauché. Bush a proposé une « relance » économique d’environ 150 milliards de dollars en forme de rabais fiscaux. Mais les sorciers de la rue du Mur ne semblent pas l’avoir trop apprécié aujourd’hui.

C'est la foi et les valeurs qui comptent pour nous, Caroliniens du sud, et c'est pour ça qu'on va tous voter pour Huckabee, qui va nous protéger contre les homos et les athées
Ce soir on va à la campagne – on n’a pas eu de chauffage depuis deux jours mais l’eau chaude est revenue ce matin, heureusement.
Voici d'autres photos de notre petite expédition d'hier.


La maison, vue d'un champ

Une vache enceinte (la blanche)

Les jeunes taureaux
J’ai fait une visite éclair à Pierreville samedi – à cause du temps vendredi après-midi, j’ai préféré ne pas participer à l’exode hebdomadaire du vendredi soir que le mauvais temps rend infiniment plus pénible et on est allé, le copain, qui de toute façon devait rester en ville le week-end, et moi, nous nous sommes promenés jusqu’à la 23e rue ouest pour aller voir le film à la mode Juno. À l’opposé de mon confrère carnetier chez Portico, je ne l’ai pas tellement aimé, le trouvant trop plein d’improbabilités. (Alerte spoiler pour ce qui suit – et selon Yahoo Cinéma le film sort en France le 6 février).
La prémisse même du film m’a paru assez peu vraisemblable : la jeune fille de 16 ans et demi à la langue déliée et sarcastique (un peu trop dans ce cas précis, à mon humble avis, mais bon…) qui se découvre enceinte sera convaincue, avec une sentimentalité assez en conflit avec les traits de caractère du personnage lui-même, de mener sa grossesse à terme. Jouée par Ellen Page, la fille va tout gentiment offrir son enfant à un couple qui aurait envie de l’adopter. On a une discussion toute brève avec les parents, c’est-à-dire le père et la belle-mère, et puis voilà, c’est décidé. La fille qui n’a pas finalement pu se faire avorter comme elle avait prévu a pourtant pu résister à la situation pour le moins curieuse (et peu croyable, à mon avis) de passer tous les jours au lycée super gentil où tout le monde l’a acceptée sans le moindre problème pendant les neuf mois de sa grossesse. (Et il faut se rappeler qu’ici, l’illégitimité, sans parler de la grossesse à seize ans, n’est pas vue comme ailleurs, en Europe par exemple, surtout chez une petite blanche de la classe moyenne.) Hmm, là, j’y crois pas, moi. Et je sais de quoi je parle : mes deux sœurs se sont fait avorter, l’une à 18 ans et l’autre à 17 ans, parce qu’elles ne voulaient pas être mères dans les circonstances où elle se trouvaient alors, une considération tout à logique et personnelle. L’aînée s’est occupée de l’opération avec une efficacité impressionnante sans jamais dire mot aux parents. La cadette, qui avait 17 ans, aurait eu du mal à avoir un avortement sans l’autorisation des parents – on avait cherché un moyen de lui trouver de faux papiers (un permis de conduire qui l’aurait donné 18 ans) mais à la fin elle a préféré tout révéler aux parents qui, à leur énorme crédit, ont vite arrangé tout, sans lui faire aucun reproche, dans une clinique immaculée. Et voilà, elles ont continué leurs vies et elles ont ensuite eu des enfants au « bon » moment, un moment de leur choix (cela ne veut pas dire qu’elles n’ont jamais eu d’ennuis avec leurs enfants !!!) Donc, pour moi, la décision de garder l’enfant était une décision régie surtout par les nécessités de scénario – pas de grossesse, pas de film.
On dirait que les Somagirls ne sont pas épatées non plus – je ne sais pas qui elles sont ! – mais on peut y voir la scène avec Mlle Garner sentant l'enfant dans le ventre de l'autre
Il y avait pourtant quelques moments exceptionnels et de bons acteurs – la jeune fille est beaucoup trop consciente d’elle-même – les ados de ma connaissance n’ont jamais été aussi loquaces, aussi sûrs d’eux-mêmes, surtout devant les adultes – mais elle joue bien le rôle. Jennifer Garner est extraordinaire – son besoin d’avoir un enfant, d’être mère, dans une scène où elle parle à l’enfant toujours dans le ventre de la fille, a fait taire toute la salle (assez pleine, à deux tiers des femmes) – on était à la fois stupéfié et profondément touché. L’ami et père de l’enfant, joué par Michael Cera, est excellent aussi (lui, par contre, est parfaitement maladroit). Non, je ne l’ai pas « aimé », ce film, mais je ne regrette pas l’avoir vu.
C’est catégorique: je dis NON à la turbulence atmosphérique.
« Nous savons enfin à quoi rêvent les jeunes filles. »
Le port des sacs de farine ! Ah, c’est bien ça que j’ai oublié d’ajouter à mon programme d'exercices quotidiens.

Pendant une pause-café radio (quand je travaille, je n’écoute pas la radio), j’ai écouté un reportage avec un journaliste arabe qui disait que le monde arabe regardait avec grand intérêt la candidature de Barack Obama. On le trouvait curieux, d’après ce qu'a dit le journaliste, que les Américains pourraient élire un Noir avec un nom tellement peu « américain ». Alors je me suis posé la question : peut-on vraiment imaginer un président américain tel Barack Hussein Obama à un teint basané et au sourire fantastique ? Qu’en pensez-vous ?
Plus besoin de venir à New-York puisqu’il y a le Virtual Lower East Side (trouvé grâce à l'excellent Vanishing New York). A quand le Virtual Neuilly ?!!
Ou l’on a menti aux enquêteurs ou la sélection des personnes interrogées n’était pas bonne. On n’a peut-être pas compté sur la rancœur profonde ressentie par beaucoup de femmes devant le comportement grossier et discourtois de beaucoup de journalistes, pour la plupart des hommes, envers la candidate qu’on traitait gaîment de « has-been » après l’Iowa, et spécifiquement à cause du célèbre « incident des larmes ». Il y a toutefois une analyse très intéressante et détaillée de la primaire au Nouveau-Hampshire chez dKos. (En résumé, les hommes non inscrits ont voté pour McCain et les femmes non inscrites plus âgées, moins aisées et moins éduquées ont voté pour Clinton.)
Morceaux choisis entendus à la télé hier soir :
Sur la façon de chaque parti pour choisir son canditat : « Republicans fall in line, Democrats fall in love ».
Les étrangers n’ont pas le droit de voter dans les élections américaines, mais leurs opinions de nous comptent dans la campagne. Mme Clinton hier soir a souligné son désir de « restore America’s credibility around the world. » Bon, il est vrai qu’on peut être « credible » sans être nécessairement « good » et personnellement je trouve que nous avons grand besoin d’essayer d’être ou, sans vouloir tomber trop dans la métaéthique, de paraître un peu plus « good ». Mais l'important c'est on n’ignore pas ici qu'à l'étranger notre cote de popularité est assez basse.
« I want especially to thank New Hampshire. Over the last week I listened to you, and in the process I found my own voice. » Extrait du discours de victoire de Mme Clinton prononcé hier soir juste avant minuit (à partir de 1:21). Assez émouvant. Et ça s’entend dans sa voix.
Aïe, par pitié ! « Go the distance to get the job done » – Romney me fait saigner les oreilles par tous ces clichés énormes qu’il s’ingénie à s’entasser n'importe comment dans n’importe quelle phrase.
Les « libéraux » classiques disent que la « sagesse » des marchés battra tout stratagème médiatico-politique. Est-ce vrai ? Moi je n’arrive pas à gérer mon chéquier donc je sais d’avance que je n’ai aucune aptitude pour ce genre de transaction. Mais allez voir vous-mêmes chez Intrade, où l’on propose un marché libre des campagnes politiques.
Hier soir on a dîné, le copain et moi, avec l’ami galeriste, de retour du Brésil, et deux amis à lui (un peu à nous aussi, mais nous les connaissons moins bien que l’ami galeriste) qui ont passé respectivement leurs vacances de fin d'année en Uruguay et à Buenos-Aires, à Sant Ambrœus, où il y avait ce soir-là un petit monde sélect d’acteurs, de mannequins et de « gens de la mode » dont Matthew Broderick et son fils, qui habitent tout près, le mannequin Amber Valletta et le directeur créatif Fabien Baron et sa femme, qui parlaient français – et une tablée de trois hommes, dont l’un était, euh, d’un certain âge et les deux autres étaient des costauds d’une vingtaine d’années habillés plus ou moins en alpinistes « chauds », dans les deux sens du mot – ben, il fallait bien puisque les températures hier sont montées jusqu’à plus de 17 º ! C'est drôle, le quartier.
Et bien voilà, la donne est nouvelle depuis vingt-deux heures. Mme Clinton a repris son souffle. La danse continue donc.
Si les sondages au Nouveau-Hampshire sont justes, on aura bel et bien descendu la campagne de Mme Clinton aujourd’hui. On parle d’une fuite d’argent jusqu’alors clintonien vers Obama. Et sans une victoire que personne n’attend, il sera presque impossible pour M. Edwards de continuer son chemin vers la Maison blanche. Le candidat démocrate sera donc M. Obama. Non, je ne suis pas du tout insensible à l’attrait que représente la candidature du sénateur Obama, mais j’avoue que je me méfie de ceux qui font trop de beaux discours chaleureux pleins de clichés confortables mais qui ne visent en rien les réalités pressentes. Ces réalités politiques qui ne se résoudront pas avec de doux appels, même très bien intentionnés, à la collégialité bipartisane et aux « intérêts en commun » quand en fait il n’en existe aucun. Et quoi alors ? Qu’est-ce qu’on fait si l’expérience ne marche pas ? Quand les marchés financiers s’effondrent de crainte que les hommes politiques des États-Unis n’aient toujours pas le courage de révéler la crise qu’on n’a pas osé attaquer de face ? Quand les républicains se décident à ne plus « jouer » gentiment avec le président démocrate, quand ils cherchent tout à fait normalement à retenir pour eux et pour leurs donateurs tous les avantages fiscaux acquis avant ? Paul Krugman le dit très clairement dans son édito d’hier : « But there’s a powerful political faction in this country that understands very well that any real change will create losers as well as winners. » Que va-t-on faire donc avec toutes ces invitations à la collaboration politique ? D’autres que moi ont beaucoup mieux exprimé cette inquiétude. Ce qui me pousse à me poser cette question : au lieu d’apaiser les tensions partisanes dans la société américaine actuelle, ce que souhaitent de toute évidence les électeurs en Iowa comme au Nouveau-Hampshire, M. Obama ne risque-t-il à la longue de les exacerber ?

Triangulons donc, cher arpenteur géomètre, notre carte du Tendre à nous
Qui aurait cru que le mot plutôt technique de « triangulation », terme de topographie assez neutre,
serait devenu un jour un synonyme de compromis intéressé, de lâcheté, de « sondagisme » sans honte (je m’excuse de ce néologisme, qui me semble pourtant assez bien trouvé) qu’on applique surtout à la campagne de Mme Clinton, comme c’est le cas ici (« self-serving and greasy triangulation » – ouch !), ici (selon M. Obama, le pays a eu assez de « triangulation et de la politique à sondages ») et ici (« What ‘triangulation’ ? » où le carnetier politique Steve Benen propose un bref historique du terme dans son usage politique). Dans le temps, la triangulation était seulement une opération géodésique effectuée par des arpenteurs-géomètres, dont j’ai connu de bien mimi ici et en Afrique.
Bon, demain, c’est le tour de l’état du Nouveau-Hampshire – j’y ai vécu pendant trois ans et je n’ai pas aimé – trop froid, trop laid, trop « poujadiste » yankee. En ce qui concerne la température, ils n’y peuvent rien, j’en conviens, mais quand la morve se gèle dans l’espace de quelques secondes pendant qu’on passe du dortoir au réfectoire, il fait trop froid, surtout pour le petit chétif du sud que j’étais alors (maintenant, New-York oblige, je suis super costaud). Pour la laideur de l’endroit, c’est une laideur tout à fait manufacturée – le paysage lui-même est beau (on n’a qu’à voir le paysage au Vermont avoisinant pour la preuve), ce sont les habitants qui l’ont défiguré en y construisant de laides maisons couvertes de bardeaux d’asphalte et de grandes usines lugubres en brique. Le côté « poujadiste » indigène vient du fait que le Nouveau-Hampshire est depuis bien longtemps le « refuge » d’une certaine classe populaire, ouvrière et réactionnaire qui a fui l’état industriel du Massachusetts à cause des impôts et des programmes dits « progressistes » de cet état voisin (et il faut se rappeler qu’une partie importante du sud de l’état fait partie du Grand Boston).
Et en plus, il ne s’agit pas ici de caucus, cette forme compliquée de désignation de délégués, mais d’un suffrage plus ou moins normal dans lequel les électeurs inscrits des partis républicains et démocrates exprimeront leurs choix respectifs – les inscrits dits « indépendants » – c’est-à-dire, ceux qui officiellement ne sont ni républicains ni démocrates, eux ils peuvent choisir le bulletin de vote de l’un des deux partis. Comme en Iowa, donc, les indépendants ont le pouvoir d’influencer fortement les résultats – cette année, à cause de l’élan émotionnel que soulève la candidature de M. Obama, les indépendants auraient tendance, il paraîtrait, à voter pour le sénateur de l’Illinois au grand sourire sympa.
À l’opposé peut-être de nos amis français, les Américains veulent bien croire que quelqu’un est bien, sympa, gentil – on est cynique ou tout simplement désagréable si l’on croit que les motifs éventuels pour lesquels un candidat dit ceci ou cela seraient seulement pour gagner des voix. La grande majorité du peuple américain insiste sur l’amabilité du candidat – et c’est vrai que, pour la majorité du pays, Bush a réussi à cultiver l’air d’être plus « aimable », dans le sens le plus banal du mot, que Gore (trop intello) et de Kerry (trop pontifiant). M. Obama est, pour le moment, le grand gagnant dans le concours d’amabilité, comme l’était M. Bush avant lui, tandis que la gamme d’opinions sur Mme Clinton va de la salope infernale lesbio-socialiste de la droite à la Jeanne-d’Arc revenue, en passant par l’enseignante de lycée un peu sévère et pas très marrante qui planifie les cours un peu au milieu – nécessaire, oui, mais pas gai du tout. M. Edwards, lui, il critique trop – il nous rappelle combien on s’est laissé avoir par les grandes sociétés qui s’achètent au Congrès des projets de loi favorables à leurs industries. Il nous rappelle combien nous sommes bêtes de croire que tout le monde il est beau, tout le monde il est joli – et ce souvenir de notre propre bêtise ne nous plaît pas. Donc, c’est Obama qui est le candidat « feel-good » – qui nous fera sentir qu’on est bien, ouvert, plein d’espoir, pas raciste, mais non pas agressif non plus.
Il y a aussi la question de Bloomberg, qui est aujourd’hui au Kansas, à l’université d’Oklahoma, pour une conférence sur « le chemin du non-partisan ». Pour le moment, j’ai l’impression que monsieur le maire s’amuse à provoquer un peu partout des inquiétudes sur ses projets éventuels pour la présidence – si Mme Clinton est battue par MM Obama et Edwards et s’il n’y a pas de candidat républicain crédible après les primaires du 5 février, il pourrait s’offrir en candidat « unitaire » et « bipartisan ». Il a eu des pourparlers avec Obama – un « ticket » Obama-Bloomberg attirerait de l’attention, c’est sûr. Et M. Bloomberg a beaucoup appuyé dans sa ré-élection difficile son ami Joe Lieberman, qui est lui-même grand ami d’Obama.

Il y a de ces vérités qui fendent le cœur

La famille Huckabee dans une belle (?) photo prise pour Noël devant la maison du gouverneur de l'Arkansas avant que M. Huckabee n'ait perdu plus de quarante-cinq kilos
Il est surtout, je suppose, une question de goût – j’ai suivi les discours de remerciement des candidats en Iowa hier soir (à l’exception de celui de Mitt Romney, qui a eu le malheur (ou l’habileté, comme certains l’ont suggéré ?) de faire le sien en même temps que le victorieux Huckabee). Mme Clinton avait l’air tout à fait sûr d’elle-même, elle a poliment félicité tous ses rivaux. M. Edwards avait l’air beaucoup plus énervé, fatigué, combatif – et il n’a pas félicité Obama pour sa victoire. Huckabee n’était pas mal – son accent « marqué » s’étant mystérieusement évanoui pour l’instant devant les caméras. Obama était ouvert, gentil, plus sympa, parce que, à mon avis, il n’a parlé qu’en platitudes amicales aux rythmes bien calculés de prédicateur noir qui ont rappelé ceux de Martin Luther King Jr : « In lines that stretched around schools and churches [toujours des écoles et des églises, jamais des boîtes de nuit ou des grandes surfaces], in small towns and in big cities, you came together [euh, pas autant que ça – sur 2 millions d’électeurs inscrits dans l’état de l’Iowa, les caucus ont réuni au moins 236 000 électeurs démocrates et indépendants, et 115 000 pour les républicains] as Democrats, Republicans and independents [pas dans ces caucus-là] to stand up and say that we are one nation. We are one people [euh, non, moi, je n’ai jamais torturé personne et je refuse d’oublier qu’on a des criminels parmi nous et je ne veux pas être associé à eux et j'aimerais bien mettre en prison plusieurs de mes cocitoyens]. And our time for change has come [ben, vu ce qui se passe ailleurs, en Irak, en Iran, au Kenya, au Gaza, le prix du pétrole, la montée de la Chine, la précarité de nos finances nationales, il n’est pas trop tôt, hein ?]. » Mme Obama est sans doute la femme la plus belle de tous les candidats – hier soir elle ressemblait à Jackie Kennedy (coiffure, robe bleue classique, collier de perles) quand elle est montée sur la plateforme à côté de son mari. Bill Clinton semble bien fatigué, la femme d’Edwards est gravement malade (une bonne excuse, on convient), on n’a pas vu la femme de Huckabee (qu’on commence dans les milieux de droite comme de gauche à appeler avec méchanceté « the Huckster » – ce qui veut dire escroc, bonimenteur) – absence notée avec humour par le carnetier Kos.
Personne ne sait qui va gagner dans les caucus républicain et démocrate en Iowa ce soir, mais je trouve que moi-même j’ai glissé de Kucinich vers Edwards. Obama me semble trop mou, Clinton trop compromise. Je pense que nous avons grand besoin d’un président qui va combattre un tas d’intérêts aussi enracinés que contradictoires dans la société américaine.
Bon, il y a quelques jours j’ai offert mes opinions tout à fait personnelles sur les candidats démocrates. Aujourd’hui c’est le tour des candidats républicains à la présidence des États-Unis. Je tiens à signaler de nouveau que cette vue d’ensemble est tout ce qu’il y a de plus subjectif, surtout en ce qui concerne le parti républicain, dont les politiques les plus célèbres ne m’inspirent en général que le dégoût ou l’horreur (par exemple, bannissement de l’avortement, amendement constitutionnel contre le mariage gai, peine de mort). Il faut noter pourtant que j’ai voté une fois pour un candidat républicain – notre maire M. Bloomberg, publiquement républicain mais de souche profondément démocrate – et je l’ai quelque peu regretté quand la police sous M. Bloomberg a incarcéré sans aucune légalité des tas de manifestants (et la ville, ou plutôt ses assureurs ont dû payer des amendes).
En premier lieu, il faut se rappeler que les candidats républicains se trouvent dans la position peu enviable de suivre un président du même parti qui aurait à présent des taux d’approbation d’entre 28 et 36 pour cent seulement. Il est certain que le mécontentement général qu’éprouve la majorité du public américain déverse sur eux – et voilà pourquoi on n’entend presque rien de leur part sur la gloire de Bush ou de son règne. Il y a même Huckabee qui a osé caractériser la politique étrangère de Bush d’« arrogante » et d’« unilatérale » ! Le culot !
Voici la distribution actuelle chez le Grand Old Party : Rudolph Giuliani, ancien maire de New-York (donc de chez moi), Mike Huckabee, ancien gouverneur de l’état d’Arkansas, le sénateur John McCain d’Arizona, le représentant Ron Paul du Texas, ancien gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, l’ancien sénateur du Tennessee et acteur de télévision (ô ombres du saint Reagan !) Fred Thompson. Il y a aussi le représentant Duncan Hunter et l’Africain-Américain Alan Keyes mais ce ne sont pas là des campagnes crédibles.
Giuliani, c’est notre propre Mussolini à nous. J’habite New-York depuis des décennies, j’ai regardé de près et avec une grande indignation combien Giuliani s’est amusé de toute apparence à malmener grossièrement nos cocitoyens « de couleur » au grand plaisir de sa « base », à savoir certains électeurs blancs de Staten-Island et de Queens (les électeurs blancs de New-York ont voté à deux tiers pour Giuliani dans l’élection de 1989, qu’il a perdue – le maire élu, l’Afro-Américain David Dinkins, a reçu quatre-vingts pour cent du vote noir, soixante-dix pour cent du vote hispanique, et un tiers du vote blanc – une combinaison suffisante pour lui donner un avantage de 3 pour cent des voix). Dans l’élection suivante de 1993, M. Giuliani a battu le maire Dinkins par 53.367 voix. Les démocrates ont ensuite proposé une candidate perçue comme hypergauchiste, Ruth Messinger de l’Upper West Side, que Giuliani a battu facilement, de 59 % à 41 % avec seulement 38 % des inscrits. Après sept ans comme maire, Giuliani n’était approuvé que par 36 % des habitants de New-York jusqu’à l’attaque sur le World Trade Center en 2001 – c’est alors que les vraies tendances « antidémocratiques » du maire se sont dévoilées – il a tout de suite demandé un prolongement « extraordinaire » de son mandat (refusé par l’assemblée et le sénat de l’État). C’est aussi Giuliani qui avait approuvé le choix de l’immeuble au numéro 7 World Trade Center comme centre d’urgence pour la ville, où on avait installé des réservoirs de gasoil au 23e étage – réservoirs qui ont pris feu après l’attaque du 11 septembre et qui ont contribué (pour le moins) à l’effondrement de ce gratte-ciel. Et tout cela, sans parler de ces histoires d’affaires et d’amourettes qui le suivent, de son ami douteux Bernard Kerik, et tout et tout. Il est, c’est vrai, plutôt modéré sur les questions sociales « chaudes » – il n’est pas hideusement anti-gai, il ne veut pas interdire l’avortement à toute femme. Mais nous, les New-Yorkais, nous le connaissons trop bien, notre cher Rudy – et l’idée même d’une présidence Giuliani nous fait tressaillir… d’horreur.
Huckabee – en premier lieu il faut noter que pour nos oreilles américaines, juste le son du nom « Huckabee » nous fait sourire. Il a des résonances de Mark Twain (« Huckleberry Finn ») et aussi du film satirique « I Heart Huckabees ». Ça sonne plouc, genre « Beverly Hillbillies ». M. Huckabee a aussi un accent plouc, beaucoup plus prononcé que celui qu’a M. Clinton (mais moins que celui de l’ancien président Carter de Géorgie). Pour certains, c’est un avantage, pour d’autres, ça les énerve. On le trouve plus ou moins honnête – après tout, c’est un homme politique, ils mentent tous ! – mais un peu trop « chrétien » ou religieux pour beaucoup. Il a dit des bêtises sur les « goûts » des gais (ça ressemble d’ailleurs à la position catholique officielle où l’on peut être homosexuel mais on ne doit pas « agir » en homo). M. Huckabee gêne les « éminents » de Washington (la classe médiatico-politique traditionnelle), et c’est bien pour cela que je m’amuse à suivre sa campagne, mais au fond, il serait impossible.
Le sénateur John McCain, c’est du réchauffé. On le voit et le revoit à toutes les campagnes depuis des siècles. À la télévision il a souvent l’air gaga (il est même plus vieux que moi, vous vous rendez compte !) C’est aussi un sale lèche-cul de Bush – il dit n’importe quoi sur la torture (on l’a torturé au Viêt Nam) et puis il vote tout lâchement pour le projet de loi proposé par le tortionnaire Bush. C’est le candidat des vieux pépères réacs (il y en a pourtant beaucoup au Nouveau-Hampshire). Comme la plupart des républicains, McCain défend le « mariage traditionnel » sans toutefois noter ses propres « machinations matrimoniales » – il a divorcé sa première femme (mère de ses trois enfants qu’elle avait élevés toute seule pendant son emprisonnement au Viêt Nam) pour se marier à une autre femme, bien plus jeune et beaucoup plus riche, dont il s’est servi de l’argent pour lancer sa carrière politique. Non, non, ces valeurs-là ne me tentent pas.
M. Romney – les méchants s’amusent à l’appeler Willard mais ce nom-là, c’est beaucoup trop « nerdy » et faible, il n’emploie donc que son « middle name » plus « butch » de « Mitt » – ou « gant de baseball », vous voyez combien on est profondément dans la sémantique – M. Romney, il est riche, il est beau (et ça compte pour beaucoup chez nous), mais il a plein de problèmes – ayant été gouverneur du Massachusetts de 2003 à 2007, il a dit pas mal de choses qui ne plaisent pas aux électeurs « conservateurs » purs et durs des états du sud. La « facilité » avec laquelle il a renié ses anciennes positions politiques ne plaît pas non plus aux gens qui le trouvent plus « ambitieux » que « ferme » dans ses points de vue. Au fond on trouve qu’il dira n’importe quoi pour se faire élire – c’est le vendeur de voitures d’occasion en beau costard propre, on ne peut pas s’y fier. En plus, il est mormon, et si les Mormons sont souvent très appétissants (voir le beau mormon dans le film Latter Days), il n’en reste que le public américain les trouve un peu comme les Témoins de Jéhovah – c'est-à-dire un culte religieux assez à part. Pour avoir une petite idée sur la, euh, réserve avec laquelle beaucoup d'Américains traitent les Mormons, allez voir cet épisode de la série South Park sur les origines de l’église mormone. Incroyable !
L’acteur Fred Thompson a déclaré il y a quelques jours qu’il ne s’intéressait pas trop à mener une campagne pour la présidence et de toute apparence il est plutôt ambivalent quant à ses chances. On voulait trouver en lui le nouveau Reagan – on n’a effectivement trouvé qu’un vieux bonhomme à moitié endormi et assez dépourvu de grandes ambitions politiques. On laisse tomber.
Le représentant Ron Paul, c’est Ross Perot retrouvé. Il n’est pas bête, mais d’après les experts à Washington il est « fou » – il rejette tous les lieux communs politiques sur lesquels la politique américaine « normale » est fondée : affouragement incessant de la bête militaro-industrielle par le moyen du ministère de la Défense, soutien inconditionnel par tous les moyens diplomatiques, économiques et militaires d’Israël, « sagesse » irréfutable de la Federal Reserve Bank en questions économiques, etc. Il n’aime pas la Sécurité sociale. Il serait contre la peine de mort (trop d’erreurs) et contre les traités NAFTA et CAFTA. Il veut abolir le fisc. Alors, rien qu’avec ces quelques propositions, on comprend très bien pourquoi Washington n’a aucune envie de voir réussir une campagne Ron Paul, et c’est pour cette raison précise que je suis avec intérêt la façon de laquelle on le traite dans les médias. Hier on a appris que la chaîne Fox n’avait pas invité Paul à participer dans un forum public pour les candidats républicains au Nouveau-Hampshire le 6 janvier, ou deux jours avant la primaire. C’est montrer clairement combien la chaîne Fox, voix de l’establishment républicain à Washington, n’est pas contente de la campagne de Ron Paul.
Voilà. À mon humble avis tout à fait personnel, les candidats républicains sont d’un comique, d’une bizarrerie à stupéfier toute personne raisonnable, mais il ne faut pas surtout oublier qu’on a voté pour le petit buisson en 2004 et donc que nous sommes capables, nous Américains, des pires des jugements. Mais si par hasard l’un de ces candidats réussit à gagner la présidence, ce sera alors la chasse ouverte (et approuvée) aux homos, aux « gauchistes », aux athées, aux Mexicains, et à tout autre groupe inconvenant.

Débris de réveillon dans un restaurant du Village
On a passé, le copain et moi, le premier jour de 2008 à ne pas faire grand chose – il est parti au gymnase (par contre, moi, il me faut des tasses et des tasses de café avant de me sentir capable d’aller soulever un haltère de deux kilos) tandis que moi, la grande tasse de café au lait tout près de l’ordinateur (oui, oui, je sais, c’est très dangereux, on risque le renversement et donc l’endommagement de la machine, mais je vis ces dangers avec une intrépidité qui m’étonne moi-même), je rédige une nouvelle lettre promotionnelle pour le copain dont le thème m’avait obsédé un petit peu depuis que le copain m’avait demandé de le faire il y a une semaine. Donc, moi j’ai « créé » pendant que le copain s’exerçait. Bon, n’exagérons pas, ce n’était qu’une lettre d’une page. Ensuite c’était mon tour d’aller faire un effort pour redresser cette pauvre carcasse – il y avait peu de monde.

À New-York, on a même nos guerres d'échecs dont cette boutique représente l'un des deux camps ennemis dans la rue Thompson

Et voici le QG de l'autre partie
Ayant faim, on est allé se promener un peu vers le Village de l’Est – on s’est arrêté au petit restaurant quasi végétarien et super bon marché Dojo pour déjeuner – plein d’étudiants de l’université de New-York, dont un jeune homme français adorable. Il y a en effet plein de Français à New-York actuellement. On est rentré chez nous par la rue Houston Ouest et l’on a croisé beaucoup de petits groupes de touristes et de familles français qui flânaient en ville. Il n'y avait que quelques boutiques ouvertes, dont le magasin Adidas, ainsi que le cinéma Angelika, mais on était trop tard pour les séances de Persépolis et du Scaphandre et le papillon.

Très peu de voitures dans les rues de New-York aujourd'hui
Le copain s’est acheté un nouveau jeu pour PS3 tout à fait dégueu qui s’appelle Résistance : Chute de l’homme. Là un militaire américain est déposé dans une Angleterre sous occupation « chimérienne » – d’après ce que j’ai compris, des extraterrestres un peu mutants et définitivement méchants. Le copain s’est fait tuer à plusieurs reprises par des insectes à l’air de scorpion, mais carnivores en plus. C’est du joli, non ?

Tout change sur le Bowery – cet immeuble ressemble à un Gehry mais je crois qu'il n'en est pas un