
On est en train de « refaire » le Bâtiment de l'État-Empire, en chassant, par exemple, les petits locataires pour en faire de « grands bureaux » de première classe
J’écris ce billet au son de gouttes qui tombent, tap-tap-tap, du plafond du couloir qui relie les salles « publiques » de notre bouge aux « privées » au fond dans les deux récipients, dont un saladier en faux bois et un bol à mélanger en inox, que j’ai mis par terre pour remplacer la serviette très vite mouillée que j’y avais mise au début de la fuite d’eau ce matin. Je suis monté d’abord frapper sur la porte du ménage de losers qui habite au-dessus de nous – la dernière fois qu’il nous est arrivé d’avoir une fuite, c’était à cause de la monstrelette qui avait oublié de fermer le robinet du baignoire, mais cette fois le monsieur – je ne sais pas s’il s’agit du père, du frère de la mère, du petit ami de la mère ou d’un coloc quelconque – mais il m’a ouvert la porte torse nu, tout en hurlant au portable, me répondant avec irritation « No, it’s not here ! » à la question que je lui avais posée, à savoir s’il y aurait eu de nouveau une histoire d’inattention nuisible (ah qu’est-ce qui me prend ! J’ai l’impression de parler comme un avocat !). Mais la fuite continue. J’ai donné un coup de téléphone au bureau du proprio, dont le fils m’a promis d’envoyer leurs « gens » pour l’inspecter. Toujours personne.

Voici l'entrée du nouveau bureau du copain
Le copain a signé son contrat de bail pour un tout petit bureau dans un immeuble en face du Bâtiment de l’État-Empire, au numéro 347 de la Cinquième Avenue, ce qui lui fera changer de code postal – son nouveau sera le 10016. On compte faire le déménagement en fin juin – c’est bête, mais le BEE demande qu’on déménage durant les heures de travail seulement et le nouvel immeuble insiste qu’on emménage ou après les mêmes heures, c’est-à-dire, après dix-sept heures ou en fin de semaine. Dites donc, les matheux, c’est un problème pas facile à résoudre, n’est-ce pas ?

Le hall d'entrée est assez bien – il y a même un coiffeur au fond

Le copain n'aura pas cette vue sur l'entrée du Bâtiment de l'État-Empire – on coupe l'espace en deux et ces fenêtres appartiendront à l'autre locataire – qui paie plus
Une partie du nouveau bureau

Du bureau on peut voir un morceau de la Cinquième avenue
(Ah, les « gens » du proprio sont arrivés – ce sont deux petits bonhommes hispaniques qu’on appelle communément « Frick and Frack » puisqu’ils sont toujours ensemble. « Aaaaaaaaahhh » ils ont commenté à l’unisson en voyant mes deux bols remplis d’eau rouillée. « We must go upstairs. » J’ai souri, hochant la tête bien sagement. On verra ce que ça donne.)
Mercredi soir on a reçu les parents du copain qui voulaient récupérer l’exemplaire de Final Exit : The Practicalities of Self-Deliverance and Assisted Suicide for the Dying qu’ils se sont fait commander par le copain. C’est joli, non ? Ils disent que ça « les conforte » d’avoir des infos sur comment se suicider. Comme j’y pense assez souvent moi-même, on n’a pas refusé – pour ne pas trop y penser, on a ensuite bu plusieurs pichets de sangria avec nos paëllas.
Jeudi on a passé la soirée avec un ami dont la mère très âgée est en train de mourir dans un hospice à San-Diégo. Le médecin lui avait dit, en décrivant son état de santé : « Elle n’a rien de particulier. Si vous permettez, elle est une voiture qui n’a tout simplement plus d’essence. » L’ami nous a dit « Ça a fait quand même drôle d’entendre un médecin traiter ma mère de vieille bagnole en manque de carburant. »
Vendredi soir on a fêté l’anniversaire d’un ami artiste. D’origine autrichienne, il avait choisi un restaurant autrichien assez chic dans notre quartier, Wallsé. Élégant, un peu trop raffiné pour mon goût. Le dîner d’anniversaire était assez amusant, en dépit d’un ancien petit ami de l’artiste qui s’est plaint de tout – il a ostensiblement refusé de boire même un soupçon d’alcool au moment des toasts puisqu’il prenait des antibiotiques.

Des desserts autrichiens ?
Après le dîner, on est allé chez un ami dramaturge qui habite le quartier des théâtres – la vue des fenêtres de son salon doit lui servir d’inspiration à la création !

Les lumières de Broadway
J’étais allé chez Paul Smith pour lui trouver un cadeau d’anniversaire – j’ai finalement choisi une chemise grise assez BCBG puisqu’il ne s’habille pas très à la mode donc je n’ai pas voulu acheter quelque chose de trop fashion qu’il ne porterait jamais. J’ai aussi trouvé une nouvelle traduction et édition des Méditations de Marc-Aurèle, si prisé par Matoo – et justement, parce que tout artiste doit posséder, en plus du talent, d’énormes réserves de patience. (Moi, je me suis acheté un bouquin sur Épictète – c’est curieux, le nom de ce philosophe se prononce e-pic-TEE-tus en anglais, mais comme je ne me souviens de l’avoir jamais entendu prononcer, j’avais toujours pensé que c’était e-PIC-te-tus – c’est l’amie écrivain qui m’a, comme toujours, corrigé.) J’ai beaucoup aimé les vitrines de la boutique, où l’on a monté des affiches de mai 68 – et non, je promets que ne cherche pas à copier l’excellent Mesvitrinesnyc.com.

Un coup de printemps de Paris 1968

Une autre vitrine, une autre affiche
Samedi on n’avait rien de prévu, on est donc allé se promemer un peu dans le Parc Central.

Un cheval qui refuse de monter dans le wagon fait rire la foule devant la restaurant de la Taverne sur le Parc

Le pré aux moutons dans le Parc central par un beau samedi

C'est la nouvelle mode des saltimbanques amublants – on saute au-dessus de gens

Il y a plein de vélotaxis ces derniers jours, comme le note gvgvsse, de passage à New-York

La fontaine Bethesda, avec une vraie gondole vénitienne qu'on propulse sur le lac au fond

Le copain aime bien prendre le bus, moi, je l'aime nettement moins, mais bon, j'ai accepté de le prendre cette fois pour aller au bureau

La façade de l'immeuble où le copain s'installera en juin
Le soir l’ami ex-marine est venu de la Nouvelle Rochelle et après quelques matches de tennis au Wii entre lui et le copain (moi je trouve le Wii tout à fait ennuyeux) on est allé à la recherche d’un endroit pour dîner, mais en dépit du mauvais temps, le Village était inondé de monde et il nous a fallu attendre une bonne demi-heure pour avoir une table dans un restaurant de tapas espagnol dans la 7e avenue qui s’appelle Ostia. Il y avait une tablée de quatorze personnes dans un espace déjà pas énorme et puis la pluie et le vent ont poussé d’autres naufragés en quête de vivres de s’entasser autour du petit bar mais enfin on nous a fait asseoir et c’était très bon.

Dans le bar à tapas Ostia
Les serveurs, tous hispanophones sinon espagnols (il y avait une table d'Espagnols à côté de nous qui parlaient beaucoup avec plusieurs serveurs), étaient charmants, même stressés par une foule de clients, et les tapas étaient excellentes, ainsi que la sangria (je crois que je deviens un peu espagnol, moi). L’ami ex-marine communiquait en texto avec un ami ex-marine comme lui et ils parlaient d’aller se voir dans un bar dans la 20e rue est. On y est allé à pied (pas de taxi à cause de la pluie) et l’on découvre qu’il s’agit d’un bar à travestis et à transsexuels !

Dans Le Cygne d'Argent, une vue (floue, je m'excuse) vers le bar
L’ambiance n’était pas désagréable du tout, il y avait un bon nombre de beaux mecs, habillés très diversement, en costume cravate et en shorts de gym par exemple, mais ils s’intéressaient tous aux « filles » et aux « femmes » et non pas à nous. L’ami ex-marine a été dragué par une fille qui se disait énormément riche et qui habitait Boston, dans le quartier aisé de la colline de la Balise, et tout et tout. Elle voulait fumer du crack et nous a montré ses seins, qui n’avaient pas l’air tout à fait naturels du tout (mais l’ami ex-marine les aimait bien, il est vrai, et lui est plus spécialiste que moi ou le copain.) Quelle histoire ! Après de longues minutes de « conversation » plutôt débraillée (« J’ai un papa américain et une mère espagnole », « Si tu étais plus grand de 15 centimètres, tu serais irrésistible aux femmes », « Tu veux coucher avec moi ? »), je me suis séparé du groupe pour aller m’asseoir dans une salle de « rencontre » – un espace ouvert où les « filles » venaient pour causer avec les hommes qui y étaient assis. Finalement le copain me prend par un bras et me chuchote « Il faut qu’on s’en aille, d’accord ? » et je dis oui et l’on s’en va. On attend un instant l’ami ex-marine mais lui il est complètement hypnotisé par une jeune Asiatique. « Je lui ai donné des clefs » le copain me dit, puisqu’il n’y a plus de trains à cette heure.

Quelques habitués ont une discussion devant le bar
Et nous rentrons, bras dessus bras dessous, chez nous.
Une dîner de vieux et de vieilles ami(e)s hier soir mais à la fin, j’étais crevé – on a pris un taxi du Côté supérieur occidental jusqu’au Village et on a sauté dans le lit pour essayer de récupérer quelques heures de sommeil perdues dans la fête !
Voici un clip qui ne va pas plaire aux partisans de M. McCain – hé bé, tant pis pour eux !