La rue Christophe à l'angle de la Septième avenue bloquée par la police
Une véritable tempête nous ayant chassés par de grosses gouttes de pluie lourdes de la Cinquième Avenue, où l’on regardait la marche de la Fierté gaie qui ne marchait pourtant pas très vite, grâce aux bataillons de flics qui faisaient arrêter les marcheurs et les chars à chaque croisement de rue (une immobilité agaçante qu’on ne remarque pas dans la grande marche irlandaise de la Saint-Patrick – mais il ne faut pas oublier que la police new-yorkaise reste toujours très irlandaise, donc cette marche est, pour la police, une priorité, tandis que celle des pédés qui ont en plus battu la police en 1969, ce que commémore la marche, après tout – euh, c’est moins), je suis le match Allemagne-Espagne à la télé. C’est même la grande chaîne ABC qui le transmet.
Une terrasse bondé au Café Riviera
« Cometh the hour, cometh the man ! » a crié l’annonceur anglais Andy Gray dans un fort accent écossais (ou plus techniquement « glasgois ») quand l’Espagnol a fait son but. C’est un « faux » proverbe – c’est-à-dire qu’on croirait la phrase sortie de la Bible (surtout avec le « eth » final archaïque chez le verbe « to come ») – mais il n’en est rien.
Il faut avouer qu'Iker Casillas est plutôt beau mec !
Le gardien de but Iker Casillas de l'équipe espagnole
On attend la marche dans la rue Christophe
On attend encore dans l'angle de la rue Christophe et la Sixième avenue
Dans la Cinquième avenue
Des Péruviens gais
Une folle inca
Un drapeau arc-en-ciel bien solitaire – je me souviens d'une époque où l'on voyait des drapeaux gais de beaucoup de fenêtres, surtout dans le Village
Une femme-fougère
Ce soir on va à « la Cène » chez le restaurant Florent, qui ferme ses ports après une vingtaine d’années. Ça commence à 23 h et ça va être sans doute la folie. Et ça va exploser à Madrid et à Barcelone, je crois, très très bientôt.
Hier soir on est allé voir Sunday in the Park with George, qui fermera demain après-midi. Cette production de la comédie musicale, qui a débuté en 1983 et qui a été produite à Broadway en 1984, nous vient de Londres, où on l’a montée au Menier Chocolate Factory en 2005.
Cette production m’a semblé moins musicale que celle interprétée par Bernadette Peters et Mandy Patinkin – et c’est bizarre, peut-être, mais les accents anglais, et même cockney chez Dot, m’ont un peu gênés, tellement c’était peu nécessaire (et absent de l’original). L’Anglaise Jenna Russell n’a pas la belle et drôle voix de Bernadette Peters – elle est plus belle physiquement, elle ressemble même à la princesse de Galles, et elle est une bonne comédienne, mais, comme dans la pièce qu’on a vue la veille, il n’y avait tout simplement aucun rapprochement sensible entre les deux protagonistes. Les micros étaient bien trop en évidence – mais la mise en scène était extraordinaire, vraiment ravissante. Je trouve que la pièce a toujours beaucoup de problèmes essentiels – et puis la musique de la pièce m’a toujours laissé un peu froid.
Je suis allé dîner ensuite avec des amis, dont deux Anglais qui ont discuté longuement et drôlement de l’usage (plus ou moins) normal du mot « beastly » – mot tout à fait comique en américain. Le copain est rentré chez nous parce qu’il voulait courir dans une course à pied pour la fierté gaie dans le Parc central assez tôt ce matin.
La tour du « nouvel » immeuble de la Deutsche Bank au numéro 60 de la rue du Mur – le copain y a travaillé pendant quelques mois
Moi je suis resté très confortablement au lit, embrassé par de frais courants d’air du climatiseur, jusqu’à dix heures. Le copain est rentré vers 10 h 30 et il a annoncé son désir d’aller acheter deux nouveaux bureaux chez le nouvel Ikea (censé être le plus grand du monde) qu’on vient d’ouvrir à Crochet Rouge dans le Sud-Brooklyn.
Quelques gratte-ciel
On a donc pris le métro jusqu’à la station de la rue du Mur, d’où l’on a marché au Quai nº 11 où l’on prend le bateau-navette jusqu’au magasin.
On attend le bateau-navette au quai 11
Le pont de Brooklyn où l'on a installé l'une des chutes d'eau dans l'installation d'art de M. Eliasson
Encore une des chutes
Et la chute d'eau de l'île du Gouverneur
On embarque des passagers – et c'est gratuit !
Nous quittons Manhattan
On s'approche du port Ikea
Ikea-sur-mer
A Ikea, le copain a trouvé son bureau sans trop de difficulté et puis on est allé prendre un repas « suédois » – des boulettes de viande aux groseilles – avant d’errer un peu plus par les différents étages du magasin en retournant finalement au bateau-navette pour rentrer à Manhattan.
Il y avait du monde, et plein de jeunes pédés adorables
Le quartier du Crochet Rouge a tout de même quelques problèmes à résoudre – voici un magasin en réaménagement
D'anciens magasins en brique longe les bords maritimes de Brooklyn
On rentre à Manhattan – c'est la verdure de l'île du Gouverneur qui se voit devant les immeubles
Le pont de Brooklyn
La chute d'eau installée à Brooklyn – le copain et moi, nous les avons aimées, ces chutes
On n’assiste à aucun des grands événements prévus pour ce soir en plein milieu du week-end de la Fierté gaie. Il fait trop chaud et trop humide chez nous (à part la chambre où l’on a la clime, merci à Dieu – ou à M. Friedrich).
Le pique-nique des nounours, chanté par l'Anglais Val Rosing en 1932
Pour commémorer le retour – à une quinzaine de points près – du Marché des Ours à la Bourse de New York. (Un « bear market », c’est quand l’index Dow Jones baisse d’au moins 20 %. Aujourd'hui l’index est tombé à 11.346,51 – les ours s’installeront définitivement dans leurs tanières de la rue du Mur si l’on arrive au chiffre de 11.331,62.)
Une semaine plutôt stressée dont on accueillera la fin avec soulagement.
En route de passer prendre de cartes postales pour le copain, dans la rue Varick, où l'on s'attarde pour entrer dans le tunnel de Hollande pour aller au Nouveau-Jersey
Et il y a bien sûr souvent des petits accrochages – ce monsieur pas content est sorti de sa belle BMW bleue pour discuter avec un chauffeur de « town car »
C'est ici qu'on s'est fait faire les cartes postales annonçant le déménagement du bureau du copain
Lundi soir on est allé dîner chez des amis – j’écris « des amis » mais en fait il n’est question que d’un seul ami avec son partenaire énervant. « On pense que je suis libertaire, mais c’est tout simplement que les vies des autres me sont tout à fait indifférentes. » Vous voyez le genre… Difficile à supporter, en fait.
Nos amis habitent ici, à côté de l'écrivain Terrence McNally, la romancière Candace Bushnell (Sex and the City, et l'acteur Chris Noth (Big) – tous des voisins « impossibles » ; )
Mardi on a déménagé le copain de son bureau au bâtiment de l’État-Empire vers son nouveau bureau dans un immeuble juste en face. Les deux jeunes déménageurs étaient assez beaux gars (un plus, il faut avouer) mais le copain s’est alarmé avec raison en voyant tout son mobilier de bureau étalé sur le trottoir de la Cinquième Avenue !
Mais c'est qui, ces gitanes qui posent toutes leurs affaires comme ça sur le trottoir de la Cinquième Avenue? – Ah, dis donc, c'est le mobilier du bureau du copain !
Tout est resté sur le trottoir jusqu'à 16 h 20, quand le concierge du nouvel immeuble a permis aux déménageurs d'utiliser l'un des trois ascenseurs
Le nouveau bureau du copain à 15 heures
Le nouveau bureau à 19 h 30
Mardi soir on est sorti avec tout le bureau fêter le déménagement (assez réussi en fait) à la brasserie Heartland, partie d’une chaîne de restaurants new-yorkais pour cadres moyens, où le copain et ses employés ont un peu trop bu (les nerfs excités).
Au sous-sol énorme de la brasserie Heartland, qui se trouve dans le Bâtiment de l'État-Empire
Le copain et ses deux employés ont commandé un « plateau de dégustation de bières »
Mercredi il était surtout question de ranger le bureau (j’y ai posé deux tableaux) et de se battre avec le fournisseur téléphonique Verizon qui a vraiment bousillé la commande de transfert des numéros de téléphone et de service DSL.
Dans la Cinquième Avenue à l'angle de la 54e rue
Le magasin Louis Vuitton à l'angle de la Cinquième Avenue et de la 57e rue
La galerie se trouve au 6e étage de l'immeuble Crown
Un ami galeriste nous a demandé d’assister au vernissage d’une expo qu’il avait organisée dans une autre galerie et on y est allé – l’expo à la galerie Gering-López est vraiment très bien –
Dans la galerie – cette sculpture avait un prix de £ 150.000 – et c'était en livres sur la liste, comme il y avait aussi un dessin dont le prix figurait en euros – cela nous a frappés !
- et l’on a ensuite rejoint l’ami galeriste auquel on avait posé un lapin pour dîner dans un restaurant italien, Zampa dans la 13e rue ouest, qui serait, d’après lui, toujours bourré de beaux jeunes gens.
Chez Zampa
À cette occasion il n’y avait que le très beau propriétaire super sportif, le barman pas mal, deux types assez âgés que je connaissais de l’époque où j’allais à l’île du Feu, et un nouveau serveur tout jeune et tout tatoué, qui était aussi acteur.
Au bar Génie du magasin Apple de la 14e rue ouest
Après un petit tour au magasin Apple où l'ami galeriste a échangé son iPhone cassé pour la troisième fois (il n'a pas de bol, il paraît), l'ami galeriste, toujours à la recherche furieuse d’un petit ami, nous a traînés au bar G avant de se rendre compte qu’il fallait y aller le jeudi soir et non pas le mercredi soir. On l’a donc quitté en vitesse d’éclair.
Jeudi les problèmes avec Verizon se sont approfondis – la bêtise et la nullité de cette société rendent le copain fou furieux et déprimé à la fois. Et malheureusement, on avait rendez-vous à 20 heures à un théâtre dans la 3e rue est, en plein Village de l’est, pour une pièce qu’on a trouvée assez décevant (la critique du Times est ici).
L'intérieur du bar-salon Le Caire dans la 3e rue est
L’ami galeriste et moi, nous avons pris un verre au bar-salon Le Caire. Après le théâtre on est allé manger dans une sorte de bistro français dans la 2e avenue, le Belcourt, assez joli à mon avis mais avec un service plutôt décousu, en dépit de deux serveurs roux à l’air irlandais, assez costauds et sympas, et d’une belle brune.
Chez Belcourt dans la 2e avenue – le monsieur flou dans la photo était l'un des beaux gars irlandais
Le copain était de mauvaise humeur, encore irrité par les salauds de Verizon. La chute de la Bourse pesait sur nous tous – on se pose la question de savoir comment on va tenir s’il y a vraiment une grande crise économique.
La solution à tous nos problèmes ? The Gray Ambition Tour (merci à Towleroad)
La frustration politique et le pessimisme sur l'économie montent de jour en jour, mais il est certain qu’Obama ne va pas pouvoir tout résoudre.
Ce soir on va voir la nouvelle production de Sunday in the Park with George, que certains ont aimée et d’autres moins. On verra. Le copain a quitté l’appartement très tôt ce matin pour pouvoir entamer des « discussions franches » avec les agents de Verizon dès 8 h 30. On prévoit une journée chaude et humide. Moi, je vais me cacher.
Le lecteur Earlgreyspirit m'a demandé le suivant: « Que recommandez-vous messieurs, (art, cafe, bled, architecture, resto, musique) pour un visiteur canadien - quebecois - et son chum (copain) entre le 1er et le 6 juillet dans la grosse pomme? »
Extérieur du bar The Stonewall Inn dans la rue Christophe, à deux pas de chez moi et décoré pour la Fierté gaie
D’abord, je vais paraître sans doute très snob mais le Queens n’est pas le New-York que je connais, à part quelques sorties avec l’ami bangladeshi dans précisément les Hauts de Jackson où il cherchait de l’étoffe pour sari et de l’alimentation bangladeshie, qu’on trouve dans ce quartier qui est le vrai melting pot de la ville à présent.
Le bâtiment de l'État-Empire, d'où le copain a déménagé hier - photos drôles à suivre
Quelques questions pour commencer : êtes-vous jamais venu à New-York ou est-ce la première fois pour vous et votre copain ? Si c’est la première fois, je pense qu’une visite des sites classiques s’impose : le musée Métropolitain, le Musée d’art moderne, l’Empire State building (mais la vue du haut de la tour GE – que tout le monde ici connaît par son nom original, la tour RCA – est plus impressionnante, à mon avis), une promenade dans le parc Central, la place du Temps le soir quand tous les néons sont illuminés, le pont de Brooklyn, le quartier financier (dont la rue du Mur et le chantier du World Trade Center, assez inintéressant en soi, mais peut-être d’un intérêt plus ou moins historique), le quartier chinois, la Statue de la Liberté, le quartier de Harlem, l’ONU, etc.
Hors de ces grandes attractions touristiques, il y a bien sûr des tas d’autres choses à voir et à faire. S’il fait horriblement chaud par exemple pendant votre visite (une grande possibilité), vous auriez peut-être envie de vous rendre à la plage de Jones, endroit chéri des New-Yorkais, par le chemin de fer de l’Île Longue, descente à la station Freeport, et de là par bus, à un forfait pas cher du tout, où la plage la plus à l’est est la plage gaie. Il y a aussi la plage de l’île de Coney, qu’on peut gagner en prenant le métro pour seulement $ 2. La « plage » la plus proche et la plus facile d’accès serait le quai de la rue Christophe, qui, malgré son nom, se projette dans le fleuve Hudson en face de la 10e rue ouest, et où les Villageois de tous les âges et de toutes les origines aiment se baigner calmement au soleil sur l’herbe.
Les revues Time Out New York et New York Magazine, et aussi le New Yorker, vous donneront de bonnes idées sur les expos, les pièces, et les concerts les plus recommandés pendant la semaine.
Manhattan, c’est fait pour la marche à pied – emmenez de bonnes chaussures confortables (ma mère se plaignait toujours d’avoir mal aux pieds quand elle venait à New-York parce qu’elle n’avait pas l’habitude de marcher.) À pied vous pouvez explorer les quartiers d’une manière plus personnelle – mais ce serait peut-être utile, pour avoir une vue d’ensemble de la ville, de prendre un de ces cars touristiques qui font le tour de la ville dans un après-midi – comme ça on peut avoir une idée où il faudrait retourner pour voir de plus près. Il est agréable aussi de faire le tour de l’île de Manhattan à bord un des bateaux délicieusement démodés de la Ligne du Cercle. De toute façon, New-York s’explore le mieux à pied.
En ce qui concerne les quartiers, le village de Greenwich est agréable pour flâner et pour prendre un café. Chelsea, c’est le noyau de la vie gaie, avec d’importantes succursales dans l’East Village et dans la Cuisine de l’enfer. C’est là où vous trouverez les bars, les boîtes, les discothèques, les restaurants fréquentés par des hommes gais dont la plupart sont de 25 à 45 ans. Au Village, par contre, c’est plus mélangé, et moins typiquement chic. Dans l’East Village, c’est plus jeune, moins musclé, plus « alternatif » et dans la Cuisine de l’Enfer, il y a un peu de tout (le quartier est toujours en cours d’« autodéfinition »).
Les gais new-yorkais disposent d’au moins deux guides hebdomadaires sur ce qu’il y a à faire en ville : Next, et HX et l’un, Metrosource, qui serait trimestriel, et un petit hebdo d’actualités politiques et locales, The New York Blade. En ce qui concerne les bars, les restos et les boîtes gais, branchés, tendance, etc, je suis vraiment mal placé à les connaître puisqu’on ne vit plus dans l’axe frénétique de Chelsea-Fire Island-Hamptons-South Beach où cela compte pour beaucoup. Le bar Splash est toujours populaire, et j’ai entendu parler de Therapy (dans la Cuisine de l’Enfer). Le bar Gym, dans la 8e avenue, est souvent bondé de gens à l’air, euh, sportif ! L'Eagle dans la 27e rue ouest attire toujours les amateurs de jeans et de cuir. Si l’histoire gaie vous intéresse, il y a l’auberge Stonewall au numéro 53 de la rue Christophe, lieu célèbre où les travestis et autres se sont battus contre la police corrompue et homophobe la nuit du 28 juin 1969 – maintenant géré, je crois, par les types bien du Duplex voisin, le bar a l’air d’aller mieux qu’avant et d’être devenu un endroit plutôt amusant, pas snob. Ils ont même leur propre blog !
Pour le shopping de luxe (et le dollar canadien est fort en ce moment, n'est-ce pas?), il y a l’avenue Madison, la 57e rue est, une partie de la 5e avenue, et le Soho. Pour le shopping « djeune », il y a le Broadway entre la rue du Canal et la rue Houston et le Village de l’Est. Pour voir une pièce ou une comédie musicale (passe-temps très new-yorkais), je vous conseillerais de passer aux guichets TKTS – ceux de la place du Temps se trouvent temporairement au rez-de-chaussée de l’hôtel Marriott Marquis dans la 46e rue ouest – mais, attention, il faut payer les billets cash ou chèques de voyage. Je recommande les comédies musicales surtout – les danseurs et les chanteurs new-yorkais ont énormément de talent et on les compare favorablement avec leur concurrence, c’est-à-dire leurs collègues londoniens.
Pour voir un nouveau quartier de galeries, de musées (comme le New Museum), de restaurants et de cafés intéressants en train de s'imposer, il faut voir le Lower East Side – certains désapprouvent l’embourgeoisement de ce quartier autrefois prolétaire, mais c’est une réalité.
Bon, voilà quelques idées. New-York, c’est une ville à découvrir et à goûter – et chacun finalement trouve son propre New-York. Bon voyage et bonne visite.
Hier soir, de retour à New-York, on a regardé le DVD de « Brief Encounter », gagnant de la Palme d'Or au festival de Cannes en 1946, avec l’incontournable Celia Johnson aux yeux tellement larges et liquides.
Le copain m’a fait savoir, ma tête sur ses genoux et tout en me caressant les cheveux, qu’il ne m’était tout de même pas permis d’aller au cinéma avec une personne qui m’aurait enlevé un morceau de poussière d’un œil sur un quai de chemin de fer. On est donc prévenu.
C’est toujours pénible quand nos espoirs nous déçoivent – ce qui est le cas, je pense, de ces démocrates de gauche – dont yours truly – qui s’offusquent, piqués au vif, de l’attitude un peu molle, il est vrai, prise par Obama à propos du projet de loi sur les écoutes, légales et, euh, moins légales – au moins auparavant – que la Chambre vient de voter hier. Les plus militants crient à la trahison plus ou moins haute, et effectivement cette position ne raffermira en rien une Constitution largement bafouée pendant sept années déjà, ce qui est dommage. Les partisans de Mme Clinton sont ravis de la « preuve » qu’Obama ne serait pas l’époux mystique attendu par le parti. Les sophistiqués prétendent qu’il s’agit seulement d’une stratégie bien ordinaire de se positionner vers le centre afin de gagner l’élection, où, tout franchement, la majorité des électeurs se fout complètement de ces questions « techniques » de droits civiques qu’on dit « entravés » par les lois de ce genre. « Où est le problème si je n’ai rien à cacher ? » est un point de vue commun, et en quelque sorte normal. Mais on oublie injustement le fait qu’Obama ne s’est jamais présenté comme le grand chevalier de la gauche, celui qui allait redresser les torts sociaux (un système de santé pour tous, par exemple) – il a toujours été plutôt « modéré », pour ne pas dire circonspect, sur de nombreux sujets « chauds ». M. Obama dit qu’il va essayer de faire enlever les clauses qui donnent une sorte de pardon post ipso facto pour les écoutes criminelles cherchées par le régime Bush. M. Edwards, par exemple, a toujours été plus « dur » envers les excès politiques et sociaux des grandes entreprises puissantes. Mais on l’a écarté de la scène politique – pour le moment (et, à mon avis, pour toujours, mais on verra). Non, le changement que nous offrira un président Obama ne sera aucunement révolutionnaire, ni même particulièrement « progressiste », du point de vue du militant de gauche moyen, mais ce sera un grand changement tout de même – et l’on apprendra que la politique d’un « noir » peut être aussi fade que celle d’un blanc, ou d’une blanche.
Selon la sagesse commune exprimée par les pontifes médiatiques à Washington, la question des écoutes illégales pratiquées par certaines des grandes sociétés de télécommunications n’intéresserait que très peu de citoyens, et c’est pourquoi les représentants se sont sentis capables de voter en faveur d'un projet de loi sur les écoutes qui donnerait, entre divers cadeaux législatifs offerts à Bush, l’amnistie rétroactivement aux sociétés qui ont violé les lois à la seule demande, en l’occurrence illégale, de Bush et de ses laquais. Il est certain que les lobbyistes washingtoniens de ces sociétés sont en train de se féliciter de leurs efforts réussis. Les représentants démocrates qui ont voté en faveur du projet de loi, notamment la présidente de la chambre Nancy Pelosi ainsi que le chef de la majorité démocrate Steny Hoyer ont tous trahi leurs électeurs. Qu’on ne se demande plus pourquoi le peuple américain n’approuve le Congrès qu’à un pourcentage de 19 % en juin 2008, selon ce sondage Gallup. Le carnetier politique extraordinaire Glenn Greenwald en parle amplement, et avec plus de verve, de déception et de détails déprimants ici. Ce qui est évident, c'est qu'on se fout de nous, les électeurs démocrates, et de la majorité du pays. Ce qui me rappelle cette phrase cynique dans le livre de Matt Taibbi, The Great Derangement, que je viens de lire : « Washington politicians basically view the People as a capricious and dangerous enemy ; a dumb mob whose only interesting quality happens to be their power to take away politicians’ jobs. » Page 131. (Ma traduction : Les hommes et les femmes politiques à Washington considèrent le Peuple essentiellement comme un ennemi capricieux et dangereux ; une foule ignare dont la seule qualité intéressante est son pouvoir de supprimer les postes à des politiciens.) Et il ajoute à la fin de ce chapitre : « When the government sees its people as the enemy, sooner or later that feeling gets to be mutual. And that’s when the real weirdness begins. » (Voir Révolution française et Révolution de février 1917 en Russie.)
Hier soir on est allé voir la Compagnie Maguy Marin qui présentait le ballet Umwelt, basé sur un texte de Samuel Beckett, au théâtre Joyce à Chelsea. Une salle comble qui, il paraîtrait, ne s’attendait pas au bruit, fort et incessant, de la musique ni à la répétition gestuelle de la chorégraphie. Le ballet a duré une heure, sans intervalle, et le bruit de la musique et du vent qui hurlait, ainsi que le minimalisme général, ont chassé plusieurs membres du public. À la fin, il n’y avait que des applaudissements assez tièdes (ma compagne, une femme dans la soixantaine, a pourtant crié « Bravo ! » et a applaudi comme une folle – elle m’a expliqué plus tard à table dans le restaurant qu’elle avait apprécié surtout l’élément de surprise, d’inédit qu’elle y avait trouvé.) Comme pièce, c’était agressif, hostile, et inhospitalier – il y avait des moments où l’un des danseurs se mettrait dans les espaces entre les grandes planches de métal qui miroitaient en renvoyant les images des autres côtés des danseurs et regardait férocement, sans bouger, le public assis – était-ce un reproche, une supplication tacite, ou tout simplement un coup d’œil froid et indifférent sur l’humanité que nous, assis devant lui ou elle, représentions. Je ne sais pas, mais on en a beaucoup parlé après avec nos invités, dont l’ami galeriste, le financier et sa femme, et l’ex-éditrice, au restaurant italien pas cher dans la 8e avenue.
Apocalypse 17:1
17:1 Puis un des sept anges qui tenaient les sept coupes vint, et il m'adressa la parole, en disant : Viens, je te montrerai le jugement de la grande prostituée qui est assise sur les grandes eaux.
17:2 C'est avec elle que les rois de la terre se sont livrés à l'impudicité, et c'est du vin de son impudicité que les habitants de la terre se sont enivrés.
17:3 Il me transporta en esprit dans un désert. Et je vis une femme assise sur une bête écarlate, pleine de noms de blasphème, ayant sept têtes et dix cornes.
17:4 Cette femme était vêtue de pourpre et d'écarlate, et parée d'or, de pierres précieuses et de perles. Elle tenait dans sa main une coupe d'or, remplie d'abominations et des impuretés de sa prostitution.
17:5 Sur son front était écrit un nom, un mystère : Babylone la grande, la mère des impudiques et des abominations de la terre.
Me voici donc de retour au ventre de la Bête, où, au lieu de doux souhaits pour un petit bout de soleil, on parle torture, crimes de guerre, hégémonie mondiale militaire, et tout et tout. Que nos voisins canadiens soient plus civilisés, plus calmes, plus sages et plus modestes, que nous, c’est trop évident. Ici il faut se battre à tout moment contre la bêtise « officielle » – les mensonges des ministères, les comédies de nos hommes et femmes politiques, les simulations, la parade – et la bêtise « populaire » des créationnistes ou de ceux qui « croient » au Diable ou aux miracles (« The 73 percent of adults who believe in miracles include 79 percent of women, 83 percent of those with high school education or less and 76 percent of Republicans. Fewer (66%) men, post graduates (50%) and Independents (65%) believe in miracles »). Nous, Américains, nous nous affolons du prix du pétrole, pendant que ces Terre-Neuviens, solides et patients, paient entre 139,6 et 146 cents le litre d’essence (ce qui fait en moyenne 5,48 $ Can (ou 5,58 $ US au taux d’aujourd’hui) le gallon à Saint-Jean vs 4,32 $ US le gallon à New-York) et ils ne gueulent pas trop. Mais ici on vient de recommencer le débat sur le forage pétrolier en mer sur les côtes américaines et dans le Refuge National de la Vie Sauvage Arctique en Alaska. Il n'est jamais question – mais jamais ! – à consommer moins, il faut seulement en avoir plus – c’est l’American Way ! Mais même nous, Américains hypergâtés, nous commençons à nous rendre compte que ceci ne va pas pouvoir durer à jamais et cela nous fait peur et cela va causer des ennuis, à nous et au monde entier. On ne sait pas trop ce qui pourrait sortir finalement d’un état inquiet, apeuré, amer et – encore très puissant.
L'entrée de l'aérogare de Saint-Jean, Terre-Neuve, où il n'y avait pas beaucoup de monde à 6h40 ce matin
Eh bien, on a bel et bien annulé notre vol pour faute de machin pour remplacer un machin cassé (on le fait venir de Newark, je crois) et on nous a donné des bons pour le transport, le logement et les repas (maximum de 40 $ Can pour le déjeuner et le dîner, répartis selon notre choix).
À part un manque de boutiques intéressantes, l'aérogare de Saint-Jean est assez sympa, très propre et commode
La vue de notre fenêtre à l'hôtel Super 8
On nous a envoyés à l’hôtel Super 8 – bien sûr, ce n’est pas le Ritz où l’on nous installe – mais le copain est content de regarder la télévision canadienne.
Notre chambre – c'est chic, non ?
L’hôtel se trouve à un kilomètre et demi de l’aéroport, dans un quartier pas très intéressant ni très joli, il pleut en plus, mais il y a une piscine et j’ai mon maillot de bain, youpi ! On va aller chercher de quoi manger et puis j’irai nager. On nous réveille demain matin à cinq heures – le vol est censé partir à sept heures.
Un petit bateau de pêche amarré hier soir à Saint-Jean
On nous a fait monter dans l’appareil (un Boeing 737) et puis le pilote a annoncé qu’il y avait un problème technique avec l’instrumentation qu’on allait réparer ici et qu’on allait nous débarquer pour attendre dans l’aéroport. Tout le monde est donc sorti. Toujours autant de brouillard…
Rha la la, il n’est pas du tout très ensoleillé à Saint-Jean ce matin – on annule plein de vols, on annonce d’importants retards pour d’autres, dont le nôtre, pour lequel le décollage est maintenant prévu pour 9h30 heure locale. Mais avec ce brouillard épais, on ne sait jamais… En plus, le café Tim Horton’s n’est pas encore ouvert (la boutique hors taxe Relay n’offre que des bonbons et des paquets de chips), et je crève de faim (le copain m’a conseillé de vivre de ma graisse – c’est gentil, hein ?)
Un renard en train de manger quelque chose de dégueulasse dans la banlieue du village de Bay Bulls, Terre-Neuve
Bon, ce matin, on a pris la route de Bay Bulls, ancien port de pêche d’où l’on allait s’embarquer pour voir des oiseaux, des icebergs et, si on avait de la chance, des baleines dans la baie Sotte (en anglais, Witless Bay). Il y avait comme toujours un brouillard assez épais, mais en quittant le port on a vu quelques rais de soleil et des bras de bleu au ciel. Et, un peu plus tard, des milliers d’oiseaux marins de toutes sortes, dont des macareux et des guillemots marmette, et des icebergs d’un bleu franchement extraterrestre (on nous a fait goûter des morceaux de glace d’iceberg ramassée en mer). Pas de baleines mais ce sera pour plus tard.
On rentre à New-York demain matin.
Le port de Bay Bulls
La Terre-Neuve – la rudesse et la beauté de ses paysages et de ses côtes, la franchise et la gentillesse de ses habitants – va me manquer, je pense.
Un macareux en vol
Macareux en mer
Ces trous dans la verdure sont des nids de puffin
Les falaises de l'île aux Mouettes sont pleines d'oiseaux
Des mouettes
Un iceberg vu de loin
Deux icebergs dans la baie Sotte
L'autre côté de l'iceberg
On attrape des « bergy bits »
On met le morceau dans un sac en plastique
Une jeune chanteuse locale qui nous a chanté un air irlandais à bord du bateau
Elle était suivie d'un marin-chanteur qui, lui aussi, a chanté une sorte de ballade irlandaise un rien libre
Avec le temps de brouillard et de pluie, alternativement fine et forte, qu’il fait depuis hier, on avait un peu moins envie, naturellement, d’aller voir les sites pittoresques avec vues sur la mer qu’on nous avait conseillés, mais on y est allé tout de même – aujourd’hui, c’est le Cap Spears, point le plus oriental du continent nord-américain et le tout petit village de pêche de Quidi Vidi (qui se prononce « kiddy viddy » dans un anglais curieusement francisé, peut-être), qui fait partie de la banlieue nord de la capitale provinciale.
Une cabane de pêche dans la petite baie de Quidi Vidi
La mer et la côte dangereuse au Cap Spear
Le nouveau phare du Cap Spear dans le brouillard
Et l'ancien phare du Cap Spear
On est aussi passé à la Colline du Signal sur la rive nord du goulet du port de Saint-Jean – pas grand-chose à voir, bien sûr, avec le brouillard.
Vue du village de Trinité sur la presqu'île de Bonavista, à Terre-Neuve
Hier on s’est donné le petit village dit historique de Trinité, qui se trouve sur la péninsule Bonavista, comme destination du jour – avec un peu de finesse de la part d’un concierge à l’hôtel de ma sœur qui s’appelait Dwayne et qui me donnait des clins d’œil pendant qu’il flirtait avec des filles de l’autre côté du fil téléphonique afin de nous trouver un véhicule à louer (il n’y en avait presque pas dans St-Jean), on est parti vers le nord dans une Pontiac noire.
L'église anglicane St-Paul à Trinité
L'intérieur de l'église St-Paul, charmant mais glacial !
Il faisait assez sombre, le temps, avec un brouillard épais qui nous donnait à inquiéter sur l’apparition éventuelle d’élans sur l’autoroute – ils aimeraient les « bains de brouillard ». On est finalement arrivé à Trinité, tout petit village joli d’où l’on a vu notre premier iceberg !
Le petit cimitière de St-Paul à Trinité
Le port de pêche de Bonavista
La cour provinciale à Bonavista
On a continué vers le bout de la péninsule, jusqu’au Cap Bonavista, « découvert » par le Vénitien Jean Cabot en 1497 pour le roi Henri VII d’Angleterre, où l’on a vu d’autres icebergs, qui sont d’une beauté vraiment saisissante – comme des sculptures d’Henry Moore toutes brillantes au milieu de l’eau.
Un iceberg – c'est vraiment très beau, voir ces masses blanches au milieu de l'eau
Une cabane typiquement terre-neuvienne, avec une barrière en bois
Les lampes à huile du phare de Bonavista
Statue du Vénitien Giacomo Caboto (connu en anglais comme John Cabot) qui a « découvert » le cap Bonavista à Terre-Neuve en 1497 pour le compte du roi d'Angleterre Henri VII
Voilà, j'suis arrivé dans la capitale de la province de Terre-Neuve et Labrador, où il fait froid (6º) et où il pleut. Peut-être à cause du temps les gens sont-ils super accueillants et sympas ? On mange bien ici aussi et il y a plein de bars et de pubs dans la rue Georges, que m'a sœur a appelée la « rowdy street », pour la contraster avec les boulevards plus calmes telle la rue Duckworth et la rue de l'Eau, qu'on dit la rue la plus vieille de tout le continent américain.
Pour vous montrer un des dangers qu'on court ici
Un petit avis sur un grand panneau publicitaire pour un restaurant indien à Saint-Jean
Vitrine du magasin de perles Beads of Paradise dans la 17e rue est
Aujourd’hui, je pars pour Saint-Jean, Terre-Neuve. Je dois prendre un vol Delta de l’aéroport Kennedy jusqu’à Halifax, en Nouvelle-Écosse, où je vais prendre (en principe, puisqu’on dit qu’Air Canada annule très fréquemment) un vol Air Canada à destination de Saint-Jean. Ici on fond sous une canicule surprise – on prévoit une température maximale de plus de 36 – tandis qu’à Saint-Jean, il fait 7º sous un ciel couvert. Je viens de parler avec ma sœur qui y est allée hier après-midi. « Y des gens ici qui se promènent en short et en tongs ! » elle m’a dit avec étonnement. « Pour eux, c’est l’été ! » Le copain me rejoindra jeudi soir.
Un jeune prédicateur prêche l'Évangile dans la place de l'Union – il y avait pas mal de gens qui se disputaient avec lui vivement sur l'inévitabilité de l'Enfer pour toute personne non « sauvée »
Il y a des moments où il est difficile de ne pas désespérer du sort de l’humanité et cette vidéo de policiers islandais en train de tuer un ours polaire émacié et presque mort de fatigue, qui avait en toute probabilité été forcé de nager d’un iceberg fondant aux alentours de l’île pour arriver sur terre ferme, en est un. La cruauté, insouciante ou intentionnée, envers les bêtes est une chose que je ne supporte pas et je le trouve pire que le meurtre d’un humain par un autre humain – deux êtres conscients et en principe responsables. Je suis contre la peine de mort, mais il y a des instants où je me demande si l’on ne devrait pas tout simplement nettoyer le patrimoine génétique de ces éléments malsains.
On est allé voir Sex in the City hier soir aux cinémas Loews dans la 34e rue – même à 17h30 il y avait du monde, et la salle, une des grandes, était remplie aux deux tiers, en grande majorité des femmes. C’est bien la série télé mais gonflée d’une manière plus ou moins réussie pour le grand écran. On reconnaît qu’il ne s’agit plus ici de quatre jeunes filles en fleurs à l’assaut de Manhattan mais de quatre femmes qui ont toutes subi des claques morales et physiques sans pour autant abandonner leurs quêtes individuelles. Ce n’est point nouveau, ce genre de Bildungsfilm, mais la familiarité du genre ne le rend pas moins agréable de passer quelques heures dans la compagnie de ses personnages qu’on connaît plus ou moins bien déjà. Le pardon y figure pour beaucoup – une action qu’on contemple différemment quand on a finalement pris conscience, en dépit de tous les contes de fées qu’on a absorbés, de la vraie nature humaine. Il y a des petits moments qui représentent le meilleur de la série : quand, par exemple, Miranda se rend compte tout d’un coup, sur le pont de Brooklyn où l’on a fixé un rendez-vous possible, que son ex, Steve, aurait pu dresser une liste du pour et du contre sur elle dans laquelle le contre pourrait gagner.
Beaucoup de monde se plaint ici de l’effet que la série serait censée avoir eu sur certains jeunes New-Yorkais qui se comporteraient d’une façon particulièrement narcissique et matérialiste mais il n’y a rien de trop coupable en voulant bien vivre (elles travaillent toutes) et puis c’est une fantaisie – la séance-photos de robes de mariée pour Vogue est comme le défilé de mode du couturier Adrian dans The Women, une friandise bête et divertissante. Mais est-ce vraiment pire que les explosions violentes et les tueries sanglantes qu’on voit dans les soi-disant films à mecs ? À mon avis, non.
Non, ce n’est pas du Proust, ni du de Beauvoir. Il y a quelques longueurs. C’est léger, c’est sentimental – et pourquoi pas ? Et en plus, ça rapporte beaucoup d'argent !
Dans le hall d'entrée du théâtre Vivian Beaumont pendant l'entracte de la comédie musicale South Pacific
Hier je suis allé voir South Pacific au théâtre Vivian Beaumont avec ma sœur et mon neveu, dont on fêtait en principe l’anniversaire. C’était surtout ma sœur qui avait voulu voir la comédie musicale célèbre et qui avait trouvé de bonnes places via Internet pour la matinée de mercredi – c’est probablement la grande réussite de la saison et il est très difficile d’avoir des billets – et ils sont arrivés de Philadelphie le matin par le train et je les ai rejoints à la gare de Pennsylvanie. De là on est allé au quartier du Centre Lincoln où l’on a pris nos billets au guichet et où l’on a déjeuné à Rosa Mexicano, à deux pas du théâtre. À 14 heures il y avait du monde dans le hall. Nous étions dans le balcon, au premier rang, ce qui a un peu gêné ma sœur qui est un rien acrophobe et la grille n’était pas du tout haute (pour ne pas bloquer la vue de la scène avancée). À l’ouverture on a « retiré » le plateau avancé pour exposer l’orchestre qui jouait en dessous, au grand plaisir du public. Produite pour la première fois en 1949, la comédie musicale de South Pacific est l’une des plus connues et il s’agit en grande partie d’histoires d’amour contrariées par le racisme des militaires américains, à savoir un lieutenant de Philadelphie et une infirmière d’Arkansas. Dans le second acte, le planteur français Émile de Becque demande au lieutenant Cable pourquoi les Américains sont si racistes, si bornés. Becque s’écrie « I do not believe it is born in you ! », ce à quoi le lieutenant amoureux d’une Vietnamienne répond en chantant amèrement :
You've got to be taught to be afraid
Of people whose eyes are oddly made
And people whose skin is a different shade
You've got to be carefully taught.
You've got to be taught before it's too late
Before you are six or seven or eight
To hate all the people your relatives hate
You've got to be carefully taught.
Ces paroles brutales ont résonné d’une manière particulièrement forte, je crois, ce jour-là où M. Obama avait été reconnu comme candidat démocrate à la présidence des États-Unis.
South Pacific, ça fait pleurer presque tout le monde (pas le neveu, pourtant – les jeunes sont moins sentimentaux que nous, les vieux), surtout les grandes chansons comme « Some Enchanted Evening » et « This Nearly Was Mine » – le chanteur d’opéra brésilien Paulo Szot, nouvelle vedette de Broadway, était formidable, j’avais des larmes aux yeux chaque fois qu’il ouvrait la bouche (je n’étais pas le seul: Hendrik Hertzberg dans le New Yorker et Frank Rich dans le Times en parlent mieux que moi), tout comme mon jeune voisin asiatique sur ma gauche qui s’essuyait les yeux toujours au même moment que moi ! Une belle production, un énorme plaisir.
Son discours était… est-ce que j’ose le dire ? – fantastique ! Quelle classe ! Je voterai fièrement pour Barack Obama. (Et il y aura sans doute un clip vidéo meilleur que celui que je viens de poster. Allez le voir, c'est vraiment formidable.)
Mais la Bourse a baissé de 134,5 points aujourd'hui ; )
C’est peut-être la fin pour la campagne Clinton. Mme Clinton est censée rentrer à New-York ce soir ou demain pour attendre les résultats des primaires de Montana et du Dakota du Sud et où elle prononcera un discours dans lequel pas mal d’observateurs pensent qu’elle annoncera la fin de ses efforts pour gagner l’investiture. Mais d’autres pensent qu’elle va seulement annoncer la continuation de la lutte, dans une phase nouvelle, qui se prolongera alors jusqu’à la convention à Denver.
On s'habille différemment à la campagne
L’émission 60 minutes nous apprend que l’armée américaine a développé une sorte de grand pistolet à rayons qui chauffera la peau externe de personnes « ennemies » à une distance d’environ un kilomètre – on l’a essayé sur les (faux) manifestants civils « anti-guerre » – un choix significatif, non ? – et cela les a fait abandonner leur « manifestation ». Moi, je prédis qu’on le verra, non pas en Irak comme prévu, mais ici, où les agents de police locaux sera sans doute ravis de l’ajouter à leurs arsenaux, à côté de leurs taserstantaimés.
Y a-t-il quelque chose à dire sur la mort d’Yves Saint-Laurent ? Il était quand même plutôt jeune (71 ans). Je ne comprends pas très bien les principes qui gouvernent la couture (haute et « basse ») – on me dit, par exemple, que les pertes subies par la haute couture sont couvertes par les profits fantastiques réalisés par la vente des parfums. Ici on nous dit que c’est à cause d’Yves Saint-Laurent que les femmes portent des pantalons (on nous a montré des photos de Mme Clinton).
Dans la rue Hudson
Le bar Dugout au milieu de la rue Christophe
La façade de l'hôtel Keller, qu'on va, je crois, bientôt réaménager
On s'est promené ce soir au bord du Hudson – il faisait un temps superbe, il y avait beaucoup de monde, la lumière était exceptionnelle.
Le parc pour chiens dans le parc du fleuve Hudson
Le canot de sauvetage des pompiers new-yorkais dans le Hudson
Le pont du bateau-pompier officiel de la ville
Le Quai de la Marine et de l'Aviation, numéro 40, qui appartient à la Ville
Les hélicoptères atterrissent à l'héliport sur le bord du fleuve
Dans les quais de Chelsea
On est passé tout près du chantier de l'hôtel Standard
On chasse les locataires de leurs locaux en face du restaurant Florent – leurs locations ont dû terminer
En rentrant chez nous, on a passé ce terrain asphalté où l'on s'entraînait aux drapeaux, en toute probabilité pour la marche des Fiertés qui aura lieu la fin de ce mois
C'était assez beau, en fait
On est passé ensuite au supermarché où l'on a fait nos courses accompagnés d'une Kirsten Johnston tout à fait maigrie. On les laisse plutôt tranquilles, les stars, dans le quartier.
Il fait bien beau aujourd’hui après un samedi plutôt infect, ciel couvert et pluie intermittente. On a regardé pendant de longues heures les négociations complexes au sein du comité des règles du parti démocrate à Washington. On n’était arrivé à aucune solution à 16 heures quand il a fallu quitter la maison pour la séance de signature. C’était un rien décevant, le mauvais temps ayant peut-être convaincu les gens à rester de préférence chez eux. On a vendu vingt-neuf exemplaires à 15 $ chacun. On est ensuite allé dîner avec l’auteure, qui a fait semblant d’être contente de ce qu’on a fait pour elle. À l’opposé de ce qu’on a fait le week-end passé, on a été très sage et l’on est rentré chez nous très tôt pour pouvoir regarder le dernier épisode de Battlestar Galactica (pas très intéressant) que le copain avait enregistré.
Les démocrates ont donc divisé les délégués de Floride et du Michigan entre Mme Clinton et M. Obama d’une façon assez équitable, mais les Clintonistes ont tout de même gueulé puisqu’ils avaient évidemment grand besoin de se collecter tous les délégués en question, mais bon, ils n’ont pas, pour le moment au moins, réussi, malgré la menace proférée méchamment par le représentant de la campagne de Mme Clinton, un certain M. Ickes (nom qui prête à des calembours faciles avec le mot « icky » – désagréable ou dégoûtant – le dictionnaire donne « cradingue » et « dégueu ») qui a menacé de recommencer à la Convention en disant ceci : « Mme Clinton se réserve le droit de contester la validité de la décision du Comité… » Très bien, qu’elle se le réserve !
On est censé aller à une fête d’anniversaire ce soir – c’est bête parce qu’ensuite il faut rentrer à New-York, donc, pas d’alcool pour moi en tant que conducteur désigné (et donc invité mortellement rasoir, mais tant pis).
Il y a quand même, en dépit de l'homogénéisation sociale du village, des gens qui travaillent – voici la voiture un peu menaçante d'un flic de l'état qui habite dans un appartement meublé à côté de chez nous
Notre village au bord de la mer continue à s’enjoliver – surtout si l’on trouve jolies les anciennes maisons plus ou moins délabrées que les riches venus de Manhattan ou des comtés huppés de Westchester (dans le New-York) ou de Fairfield (dans le Connecticut) ont restaurées et améliorées en y ajoutant des terrasses, des pilastres plus ou moins palladiens, et d’autres détails pareils. Une vieille femme dont la famille a vécu dans le coin pendant des siècles m’a expliqué hier ce qui se passait dans le village : « On lui fait donner » elle m’a dit en souriant « des piqûres de botox ! » Elle a raison – tout est plus propre, plus nettoyé, mais il y a de moins en moins d’originalité. Dans le temps, Pierreville, c’était l’abri des ratés et des moutons noirs de bonne famille. Maintenant, ce n’est que le Nantucket en moins cher.