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sale bête
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octobre 2002
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un carnet insensé
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Carnets que je lis souvent |
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le jeudi 31 octobre 2002 Hier soir j'ai rejoint un ami galeriste pour travailler dans son stand à la première Affordable Art Fair (version newyorkaise) au Pier 52 à Manhattan.
D'après les publicistes de la Foire, nous nous attendions à une grande soirée de gala, mais vive déception on n'avait à manger que quelques assiettes de crudités et des paquets de petits bâtonnets de pain croustillant à l'italienne, qui ont vite disparus. Il y avait du vin, rouge et blanc, et des cocktails dans de tout petits verres en plastique, ainsi que de l'eau plate et gazeuse. Je ne sais pas combien de galeries seraient représentées dans le hall une bonne quarantaine, au moins. Les organisateurs de cette nouvelle foire d'art sont de Londres, où ils ont fait une foire assez réussie il y a quelques mois mais il y a déjà deux foires d'art bien établies à New-York, The Art Show, la grande foire prestigieuse organisée par l'Association des marchands d'art américains qui a lieu dans l'Armory de la Park Avenue au centre du quartier cossu du Upper East Side et, pour compliquer les choses (ils l'ont fait exprès) le soi-disant Armory Show, dont le nom vient de l'Armory de la 26e rue où s'est déroulée l'exposition choc de 1912 avec les tableaux de Duchamp et d'autres Européens inconnus aux Américains. Cette foire dite de l'Armory aura lieu en 2003 aux Quais 88 et 90! Donc, cette Affordable Art Fair a l'air un peu d'être une sorte de Salon des Refusés. Il y avait à notre gauche le stand d'une galerie de Montréal et à notre droite le stand un peu biscornu, sans table ni chaise, d'une galerie d'art latino-américain de Miami la pauvre assistante, une belle fille originaire de Buenos-Aires, a dû s'asseoir en dehors du stand sur un petit bord en bois tout bas au mur opposé. Très peu de gens sont effectivement venus au gala de vernissage et en plus les notions d'« abordabilité » en tant que prix (prix maximum limité à $5 000) varient pour chacun. Pour moi, il faudrait que je réfléchisse un peu quand même avant de me payer un petit tableau à l'huile d'un peintre inconnu pour, disons, $2 500 ! (Mais je reconnais aussi que je ne possède pas trop l'esprit collectionneur.)
Donc, pour cette foire-ci, on attend la critique (si'il y en aura !) du New York Times de demain, dans la partie hebdomadaire du journal où on parle des arts plastiques. Si elle est positive, et si le temps reste beau (il a fait un temps infect hier soir), il y aura peut-être du monde à venir. Si on n'en parle pas dans le Times (la critique par l'absence de commentaire), je ne vois pas comment ça marchera.
C'est Halloween ce soir il y aura un grand défilé dans la 6e avenue, de Spring Street jusqu'à la 22e rue. Ce n'est pas une fête que j'apprécie tellement, surtout ici au Village, où dans quelques heures il y aura plein de touristes dans nos ruelles irrégulières venus pour regarder ou participer au défilé. A son début en 1973 le défilé avait été organisé par un facteur de masques et marionettiste au nom de Ralph Lee pour faire rigoler les enfants du quartier quelques années plus tard les gens déguisés se sont amusés à se promener un peu au hasard dans le Village et voilà, maintenant on s'attend à deux millions de touristes (d'ailleurs, c'est à cause de cela qu'ils ont changé l'itinéraire, en éloignant le défilé du coeur du Village trop étroit pour le faire dans la plus ample 6e avenue. Le copain, qui s'est fait agresser un soir de Halloween par quelques ado quand il habitait l'East Village, préfère s'enfermer dans l'appartement et regarder la télé.
On parlait de Halloween ce matin à la radio. Il s'agit, selon les commentateurs, d'une fête d'origine celtique reprise par les missionnaires chrétiens lors de la conversion des Celtes (tout comme la fête de Noël, d'ailleurs, d'origine païenne). La fête celtique marquait le moment de l'année quand le voile séparant le monde des vivants de celui des morts était le plus transparent. Ca m'a donné un petit frisson, tout de même. le mercredi 30 octobre 2002 Il me faut une bonne demi-heure de marche à pied pour faire le trajet entre chez moi au Village et la galerie à Chelsea un peu moins si je me hâte ! et ma route habituelle me fait passer devant la porte d'entrée du club de sexe très connu Hellfire. Il y a quelques jours j'ai remarqué qu'on avait plaqué une affiche, genre plutôt officiel, sur la porte. Je me suis arrêté pour la lire et j'ai découvert qu'on avait effectivement fermé le club pour raisons de santé publique. Sur le site web ils disent qu'ils ont eu des ennuis avec le proprio, maintenant réglés. Qui sait ? Moi, je ne m'y suis jamais entré et j'ai probablement raté l'occasion de le faire pour jamais.
le mardi 29 octobre 2002 Nous sommes allés à la campagne vendredi soir. Samedi il a plu presque toute la journée. On a dîné chez nous (salade de tomates et endives, un bon bifteck saignant, des asperges, des raviolis printaniers (pour le coureur), et, comme dessert, des raisins, que j'adore. Un peu de télé avant de se coucher. On s'est levé assez tôt le dimanche matin, et avec le changement d'heure, j'avais même plus de temps à circuler parmi mes carnets web favoris (la vitesse de connexion à la campagne n'est souvent que 28k ou pire, donc ça prend du temps à surfer d'un site à un autre). Je suis allé au gym, tandis que le copain allait faire une course à pied de 32+ kilomètres en préparation pour Philadelphie en novembre. En rentrant au village j'ai ramassé les journaux de dimanche chez le marchand de journaux, que j'ai mis dans un sac pour les lire plus tard. On a rangé un peu la maison (on a le talent douteux de pouvoir y mettre un désordre extraordinaire dans un temps très limité) avant de repartir sur New-York, où l'on s'est donné rendez-vous avec un ami anglais au bar G à 19h. Il y avait pas mal de circulation sur l'autoroute mais pas de travaux (Dieu soit loué) et on a écouté les cassettes du troisième roman, « Le Docteur Thorne », de la série « Les Chroniques de Barchester » par Anthony Trollope. C'est en effet étonnant combien ils sont toujours au courant, ces romans écrits dans les années 1850. L'ambition, l'importance de l'argent, les hasards du sort, le snobisme, la duplicité, le malentendu tout est là. En dépit des recommandations répétées et insistantes d'amis dont je respecte le goût il m'a fallu du temps avant que je ne m'engage à entrer dans ce monde romanesque de Trollope. Ça vaut le coup. Et cette littérature du 19e siècle est aussi parfaite pour les voyages en voiture on a quelquefois l'impression que ces romans ont été conçus, au moins en partie, pour être lus à haute voix. On peut en plus arrêter et reprendre l'histoire sans trop de difficultés de compréhension, ce qui est commode quand on doit chercher de l'essence. Comme le copain ne comprend pas le français, nous écoutons des cassettes en anglais. Quand je rentre seul, je me suis permis d'écouter des cassettes en français j'ai écouté la première partie d« A la recherche du temps perdu » donc, « Combray » et « Un Amour de Swann » lus très correctement par André Dussolier (Thélème Editions) que j'avais achetés à la FNAC rue de Rennes en avril et puis deux cassettes de Jean Cocteau il y avait un ancien enregistrement de sa pièce « La Voix humaine » et aussi le discours inaugural qu'il a prononcé à l'Académie française, que j'avais achetées dans la boutique de la Comédie française au Carrousel du Louvre. C'est extraordinaire d'y entendre cette façon de déclamer « à la française » qui sonne si étrangement à mes oreilles mais dans laquelle je reconnais aussi les tonalités de de Gaulle et même de Chirac les Français ne s'attendent-ils pas à cette manière artificielle de leur faire un discours? Je suppose que oui. Il y a un autre petit problème pour l'écoute de la littérature en voiture. Il faut noter que notre Honda Civic n'élimine pas tous les bruits de route la chaussée tout égratignée en préparation de revêtement de macadam, c'est le pire et donc pour écouter un texte en français, j'ai souvent du mal à entendre tout à fait clairement ce qui est enregistré sur la cassette, et avec les problèmes de vocabulaire et de voix (j'ai deux cassettes de romans de Colette, « Claudine à l'école » et « Claudine à Paris » où la narratrice Isabelle Carré parle tellement vite et à un ton si haut qu'il m'était presque impossible de comprendre une phrase entière je les ai mises à côté pour le présent, en réserve, si je puis dire. De toute façon nous sommes rentrés à New-York sans trop de difficultés en écoutant l'histoire de M. Trollope. On a donné à manger au chien et puis on s'est mis en marche en montant la 7e avenue vers la 19e rue ouest, où se trouve le bar G. Moi, vieillard dégueu et débile (oui, docteur, il démontre des problèmes d'amour-propre, c'est sûr!), je ne sors que très très rarement dans ce qu'on appelle dans quelques carnets parisiens Tataland l'équivalent en anglais francisé pour New-York serait peut-être Homoville, non? mais le copain aime bien G et c'est facile à s'y rendre, surtout pour quelqu'un (l'ami anglais) qui vient de la 57e rue est, où se trouve son hôtel. On y arrive dix minutes avant l'heure, il n'y a pas trop de monde, je commande une margarita sans sel et le copain prend une bière. L'ami arrive précisément à l'heure, on s'assoit sur une banquette un peu à l'écart du bar et on parle, de tout et de rien, comme toujours. On ne s'est pas vu depuis février, quand on a passé un dimanche chez lui à Chelsea, où on a commencé avec du champagne, puis un brunch bien arrosé dans un restaurant vénitien du coin, puis encore du champagne à la maison donc on était, bien sûr, et très naturellement vu la quantité de boissons alcooliques consommée pendant l'après-midi, complètement, follement saoul. Cette fois nous avons quitté G tout sagement après quelques minutes pour aller dîner dans un restaurant dans la 7e avenue, Elmo cuisine très médiocre mais plein de jolis garçons et poursuivre notre conversation. On avait une serveuse immense, charmante, style un peu goth le copain avait commandé un verre de rouge, qu'elle renverse sur la jaquette en cuir de l'ami anglais (donc, pas de dégâts importants on l'essuie et c'est tout). La serveuse s'excuse et à la fin du repas nous offre des desserts gratuits. On lui remercie mais on n'accepte pas. On sort et l'ami anglais, qui souffre d'une petite gueule de bois à cause de ses activités d'hier soir, nous suggère de prendre un verre quelque part avant qu'il ne rentre à son hôtel. On accepte et nous nous dirigeons vers XL, dans la 16e rue. C'est agréable, il n'y a pas trop de monde (bien entendu, c'est dimanche soir et la plupart des gens doivent travailler lundi), et les barmen sont très beaux un Russe blond et un Brésilien aux cheveux noirs tout tatoué, tous les deux bien musclés et torses nus. Donc, on se met au bar et on commande une margarita frappée pas bonne, du vodka, un cosmopolitan frappé. Voilà, c'est aussi gentiment que ça que ça commence. Le copain doit se lever tôt, il nous dit bonsoir et s'en va. L'ami anglais et moi, nous continuons à boire et à parloter pendant des heures finalement je rentre chez moi et je prends de l'aspirine mais c'est trop tard. Le copain se lève à 6 heures et je l'entends quand il s'en va pour le bureau vers 7h30. Je me rendors pour une petite heure avant de me lever moi aussi, avec une gueule de bois qui m'empêche de faire grand chose à part surfer sur Internet. Evidemment je me suis couché très tôt hier soir. le vendredi 25 octobre 2002 Ça y est, l'automne est arrivé pour de bon il fait aujourd'hui un temps gris et frais, et en rentrant chez nous du cinéma hier soir on sentait le crachin sur nos visages. Nous sommes allés voir un film coréen au nom de « Take Care of My Cat », ce que j'avais traduit pas très littéralement comme « Goodbye Kitty » en hommage indirect à cette manie japonaise de Hello Kitty que je ne comprends guère mais dont j'ai beaucoup entendu parler. De toute façon, le copain et moi, nous sommes allés à la séance de 17h40. Il y avait très peu de monde, en effet. Il s'agit dans le film de suivre les vies de cinq jeunes filles coréennes qui viennent de terminer leur dernière année dans un lycée commercial à Inchon. Il y en a une des cinq qui est artiste, et c'est elle qui habite dans un taudis en dessous d'une autoroute élevée avec ses grands-parents. Les filles passent une soirée à Séoul (la métropole qui attire, naturellement) et à son retour, la fille rentre chez elle pour découvrir que la petite maison s'est effondrée et que ses deux grands-parents sont morts. C'est alors que la police la prend en charge et comme elle reste entièrement muette devant ces messieurs pas très gentils (la grande majorité des hommes dans ce film ne sont pas très agréables, en fait, à part un qui, épris, agit en esclave pour la plus belle des filles et un autre, un poète souffrant de la sclérose multiple, qui s'est arrangé à faire taper ses poèmes à la machine par une des filles, dactylo bénévole il s'agite maladroitement sur son futon en déclamant ses vers tristes et (à mon avis) pas mauvais tandis que la fille se penche sur la machine ces morceaux-là du film m'ont fort touché). L'artiste est placée dans une maison de correction (moi, personnellement, je n'ai pas très bien compris l'enchaînement des événements, parce que moi j'aurais porté plainte contre le propriétaire qui avait refusé de faire les réparations à la maison et j'aurais gagné assez de sous pour pouvoir m'inscrire dans une université américaine pour poursuivre mes études de design textile, ce que la fille avait déclaré vouloir faire mais il paraît que les choses se passent différemment en Corée, surtout pour les filles.) Il y a un chaton qui est remis aux soins douteux de deux jumelles d'origine chinoise, et le film prend un tour « Thelma and Louise » quand la dactylo prend (ou vole) de l'argent de son père (elle se paie en effet une année de travail non-remboursée chez lui) et elle va chercher l'autre qui sort de la maison de correction et elles se rendent toutes les deux à l'aéroport international d'Inchon, d'où elles partent à bord un grand avion à destination d'on ne sait pas où. Ce qui m'a frappé aussi c'était l'omniprésence de téléphones portables! Ces filles s'en servaient à tout moment, même pour se retrouver dans un grand magasin. Et elles s'envoyaient des messages en texte, en caractères coréens bien sûr. Il y avait tout un protocole de portables, qui étaient d'ailleurs personnalisés avec des joujoux attachés par des ficelles colorées. Il y avait une fille d'origine asiatique assise devant nous qui a lu un message de texte juste avant le début du film. Le copain m'a expliqué que tous les Anglais qui travaillent avec lui dans sa boîte s'étonnent qu'ici on se sert si peu de messagerie de texte. Moi, qui n'ai pas encore arrivé à savoir comment récupérer les messages enregistrés de mon portable, je me suis senti très dépassé par toute cette technologie avancée ! Et j'écris de préférence avec un stylo à encre. le jeudi 24 octobre 2002 Ce matin j'ai dû emmener la voiture au garage Honda, qui se trouve au coin de la 50e rue ouest et la 12e avenue, un quartier de concessionnaires de voitures (Volvo, Toyota, etc).
Cela ouvre à 7h précises et j'ai appris il y a longtemps que ça vaut la peine d'y être tôt, sinon on peut attendre pas mal de temps avant qu'on vienne inspecter la bagnole. L'indicateur sur le tableau de bord s'est changé la semaine dernière d'un vert clair, signifiant la bonne santé, à un jaune un peu maussade, indiquant un état potentiellement maladif. Il y avait aussi un pneu avec une fuite lente d'air. Ils vont le réparer ou le remplacer par un nouveau. Selon ce qu'ils y trouvent, ça coûte toujours ou $400 ou $700, sans compter un supplément pour le pneu. Et voilà le gentil vert revenu.
A l'époque des paquebots transatlantiques, ce quartier de New-York était plein de gens qui avaient travaillé dans ces transports de luxe. Ils se sont installés près des quais qu'ils connaissaient déjà et où ils ont ouvert des restaurants français et espagnols. Il n'en reste aujourd'hui que quelques-uns, comme Chez Napoléon. le mercredi 23 octobre 2002 Depuis le début du weekend je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire dans ce carnet un ami péruvien qui habite au Westchester est venu passer le samedi soir chez nous. Incroyablement doué en informatique, il préfère faire la cuisine et on a passé l'après-midi à préparer des plats péruviens dont je ne me souviens pas des noms. Il avait emmené avec lui quelques vins du Chili et de l'Argentine dont un en particulier, un vin chilien au nom de Norton, était excellent. Le copain est allé chercher ma mère, qui habite dans un village à 20 minute de voiture de chez nous il y a cinq ou six ans nous sommes allés tous les trois au Pérou, d'abord à Lima puis à Cuzco et Machu Picchu, pour les vacances de Noël et comme notre ami était aussi à Lima chez ses parents, nous sommes sortis toutes les quatre plusieurs fois à des restaurants que nous n'aurions jamais trouvés sans lui. Le plus embêtant c'est que ma mère ne conduit plus le soir. Histoire de cataracte, dit-elle. Les phares des voitures d'en face l'aveuglent. Donc il a fallu aller la chercher chez elle et ensuite, à la fin du dîner, la ramener chez elle, un aller-retour qui prend 50 minutes au total. Dimanche il a fait beau et on a dû se rendre à un débat « plein air » qui s'est déroulé dans un petit parc au long d'une rivière. C'était pour les candidats à la Chambre des représentants de notre district. Une centaine de personnes se sont assemblées avec des placards pour chaque candidat, mais il y avait, à ma surprise, un assez grand nombre de personnes, peut-être un tiers du total, qui sont venues avec des placards faits à la main sur lesquels étaient écrits des slogans comme : « No war in Iraq » et « Remember the bay of Tonkin ». Le candidat républicain, qui avait voté tout récemment en faveur du Président Bush, semblait un peu déconcerté par tous ces placards et ces gens, surtout par un vieux qui gueulait « What about the Constitution? ». Curieux. Dimanche soir j'étais tout à fait crevé (j'avais mal dormi samedi) mais on a dû faire un petit spaghetti pour un vieillard ami qui vient de perdre sa femme il avait l'air d'avoir besoin de compagnie, donc on lui a invité à venir dîner chez nous. Autrement on aurait mangé de la pâte devant la télé, où le TIVO règne, avant de se coucher très tôt, parce qu'il faut qu'on se réveille à 5h15 pour prendre le train de 6h25 pour New-York. Moi, je rentre en voiture avec l'animal en fin de journée. Il y avait une réunion du conseil municipal de notre village à laquelle j'ai assisté, donc je n'ai pas pu commencer mon retour qu'à 9h40 du soir. Trois heures de route, avec des retards causés par les travaux q'on fait sur trois parties de l'autoroute. J'écoute la radio, je fais du karaoké pendant que le chien dort. Mais c'est quand même long. Je lis en ce moment un livre qui s'appelle Danube, de Claudio Magris. Paru en 1986 en italien, ce livre est en principe le récit d'un voyage que l'auteur a fait en descendant le fleuve, de sa source en Allemagne jusqu'à la mer Noire, dans laquelle il déverse. Mais ce qui fait le charme de ce livre, ce sont les multiples divagations culturelles et historiques dont ces pages sont remplies. Par exemple, à propos de la « nécessité » (?) d'écrire, de laisser une trace « écrite » (même en code HTML), j'ai fort apprécié, en tant que carnetier débutant , le paragraphe suivant, que je cite:
Je ne sais pas ce qui me prend quelquefois. (Ou bien je sais trop bien, ce qui est sûrement pire.) J'éprouve une folle nécessité de dire des choses blessantes à quelqu'un qui ne les mérite pas. L'inutilité de mes remarques fait qu'elles ne servent qu'à faire mal. Cela n'est ni joli ni gentil. le vendredi 18 octobre 2002 Hier soir le copain et moi nous sommes allés voir le film Shanghai Ghetto au Quad Cinéma, pas très loin de chez nous. La ville de Changhaï ou plus exactement, l'idée que je me suis faite de Changhaï m'a toujours fasciné, par ses excès (nombre d'habitants, argent) et son air de licence mêlé au luxe et au goût. (On se souviendra aussi que Mme Mao vivait à Changhaî, où avant la révolution elle a poursuivi une carrière d'actrice et après de propagandiste cinématographique.) Nous connaissons en plus une femme qui, Norvégienne juive, a dû s'échapper d'Oslo lors de l'invasion allemande de son pays, qu'elle a quittée avec sa mère pour se rendre, en passant par la Sibérie, à Changhaï, où elle est restée jusqu'à la fin de la guerre. Pour ce film-là: sujet intéressant, traitement médiocre. Peu de photos ou de film de l'époque et on repassait trop souvent les morceaux qu'ils avaient. Les interviews avec les réfugiés sont émouvantes mais j'avais l'impression que les producteurs n'avaient pas assez de ressources pour se payer un film vraiment remarquable sur cet aspect peu connu de la guerre. Ce matin j'ai profité du beau temps pour faire des courses avant d'aller à la galerie.
J'allais à la banque quand j'ai passé ces gens en train de tourner un film (une pub?) dans le petit parc à côté de la station de métro Christopher Street les statues en blanc (à droite) sont de George Segal et commémore les émeutes de 1969 du Stonewall Inn, ancien bar à travelos (pas visible dans la photo, mais plus à droite au fond), qui marquaient le début du mouvement contestataire de libération gay aux USA. En dépit de l'historique de l'endroit, la scène qu'on était en train de filmer avait l'air très hétéro. L'ambiance surréelle dans lequel on réfléchit sur une éventuelle guerre au Moyen-Orient est caractérisée en partie par ces deux citrouilles, découpées pour la fête de Hallowe'en, que j'ai vues chez un fruitier du quartier.
Quelques blocs plus loin j'ai remarqué cette banderole un peu déchirée par le vent.
Finalement, dans la rue Lafayette, il y a ce panneau publicitaire qui souhaite la reconstruction à l'emplacement de l'ancien World Trade Center d'un ou plusieurs gratte-ciel plus grands que ce qu'il y avait avant les attaques. (Pour voir la photo en plus grande, cliquez ici.) La plupart des New-Yorkais sembleraient préférer attendre encore un peu avant de se prononcer définitivement pour ou contre une telle proposition. le jeudi 17 octobre 2002 Après une journée entière de tempête, le soleil est revenu, et le beau temps d'automne aussi. Je suis allé tôt au gym, où j'ai bavardé quelques minutes avec une jeune femme qui s'occupe du nettoyage. Elle s'appelle Lili (je crois que ça veut dire « prune » en chinois et c'est un nom de fille commun). Elle est née à Hong Kong mais a été élevée aux USA (elle a une « carte verte », le permis de séjour pour les étrangers). Elle vit à Queens avec ses parents âgés. On parle depuis deux ou trois ans de n'importe quoi, fréquemment de ses petits amis (elle en change souvent). Aujourd'hui elle est venue me dire qu'elle allait se marier en décembre. Après l'avoir félicitée, je lui ai demandé où elle allait se marier. « A la mairie » m'a-t-elle répondu toute contente. Ensuite elle m'a détaillé une partie des difficultés logistiques de cette alliance son fiancé, citoyen américain, est d'origine pakistanaise, sa mère à lui est actuellement au Pakistan. Il a un frère qui habite au Texas et un autre frère, plus jeune, qui rentre au Canada. Et encore un qui habite Londres. A part les parents de Lili et quelques frères et soeurs, le reste de la famille vit en Chine. Les fiancés sont en train de se trouver un nouvel appartement à Queens. C'est un peu ça aussi, la mondialisation, n'est-ce pas ? Il y a un type qui s'entraîne souvent à la même heure que moi il porte un tatouage à l'épaule droite qui est en français. C'est difficile à lire parce que d'abord c'est écrit (ou plus exactement tatoué) en caractères gothiques et puis parce que le mec se déplace constamment. Je ne voulais pas avoir l'air trop con en le poursuivant à travers la salle pour essayer de lire ce qu'il avait sur l'épaule. Finalement j'ai pu quand même le déchiffrer quand il s'entraînait les jambes et le tatouage dit ceci : Rien sans l'espoir. Le type lui-même a le crâne rasé avec une fine ligne de barbe qui longe sa mâchoire. C'est une devise connue ? J'ai fait une recherche sur Google et j'ai trouvé la citation suivante: « La volonté ne peut rien sans l'espoir. L'amour sans l'espoir devient une chose morte » d'Alain Grandbois, extrait de Délivrance du jour. C'est en effet assez joli, quoiqu'un peu compliqué. Je ne connais ni l'auteur ni le texte. Mais je trouve que c'est quand même curieux , surtout ici où les devises tatouées sont plutôt du genre « Born to raise hell » et ainsi de suite. le mardi 15 octobre 2002 Le copain s'est un peu enrhumé ce matin - de tendance homéopathe, il mange des gousses d'ail entières et il sent donc un peu « plat italien ». Il m'assure que ça lui fait du bien. Moi je veux bien, tout en préférant mon Alka-Seltzer anti-grippe orange. Il fait un peu frais aujourd'hui. J'ai dû aller signer une déclaration d'impôts chez le comptable, dont le bureau se trouve au 16e étage dans un immeuble énorme à Midtown. Donc, quittant la galerie, j'ai marché à pied jusqu'à la 6e Avenue, prenant la 27e rue ouest, le centre de la distribution en gros de fleurs et de plantes. C'est toujours agréable de marcher sur le trottoir environné de plantes et d'arbres exotiques.
J'ai tourné à gauche et me suis trouvé tout d'un coup devant une vue inédite de l'Empire State Building, actuellement, comme autrefois, le bâtiment le plus haut de New-York.
J'ai pris la 6e Avenue qui m'a mené par « la petite Corée », le quartier coréen de Manhattan. Après la visite chez le comptable, j'ai pris la 42e rue ouest pour aller à la station de métro de Times Square, où j'ai pris le train no. 3 pour me rendre au Village. Voilà, ma petite balade new-yorkaise. Le copain m'a annoncé qu'il doit aller avec quelques collègues de sa boîte à un match de hockey il n'aime pas tellement les sports en équipe et pour le hockey sur glace, il n'y connaît mais rien de rien ! Il faut pourtant faire un effort, non ? le lundi 14 octobre 2002 Hier soir on est allé dîner chez une grande amie qui a 84 ans. Elle est sûrement la personne la plus mentalement alerte que je connaisse. Ecrivain, elle lit tout le temps. On a commencé avec des crevettes « rouges » une spécialité de la région à la mayonnaise, et ensuite elle nous a fait une paella délicieuse avec une purée de carottes de son jardin. On a terminé avec des pots de crème au chocolat. Nous avons parlé de la politique, du cynisme qu'on ressent en écoutant les mensonges répétés de Bush et de son porte-parole Ari Fleischer c'est énormément déprimant de lire que 66% des Américains croient que Saddam Hussein a participé en quelque manière dans les attentats du 11 septembre ce qui n'a jamais été prouvé et que pour cette raison ils trouvent que le président Bush a raison de transformer la guerre contre le terrorisme en une guerre contre l'Irak. La vérité ne compte que pour très peu en ce moment. Les évènements à Bali m'ont rappelé un peu la fin du roman Plateforme. On rentre à New-York ce soir après une réunion à 17h30 que je ne peux pas manquer. L'autoroute sera bondée. Ce qui est toujours un très grand plaisir. On aura tout de même la bio de John Adams au lecteur CD. Et le copain dormira. le dimanche 13 octobre 2002 On est resté au lit jusqu'à 8h30. Je suis allé chercher la voiture vers 10h20 et on est parti à la campagne un quart d'heure plus tard. Il n'y avait que très peu de traffic en ville mais l'autoroute était pleine de voitures immatriculées à New Jersey, Pennsylvanie et Massachussetts. Les gens de Massachussetts conduisent vite, les gens de New Jersey conduisent comme des cochons. Il pleuvait doucement. On écoutait la biographie récente de John Adams de David McCollough. Ministre plénipotentiaire des Etats-Unis en France, John Adams a fait venir sa femme Abigail et quelques-uns de ses enfants à Paris, où ils se sont tous installés dans une jolie et grande maison à Auteuil. C'était, selon le biographe, la période la plus heureuse de leur vie. Thomas Jefferson, un grand ami, habitait en ville et ils se voyaient souvent chez les uns ou l'autre. Nommé ensuite ministre américain auprès de la cour de St Jacques, M. Adams (c'est bête mais entendre parler de « the Adams family » m'a fait sourire, tellement celle-ci est différente de l'autre « famille Adams » qu'on connaît des films comiques) a dû déménager avec sa famille à Londres. La fête d'anniversaire d'hier soir s'est assez bien passé. Qu'est-ce qu'on est vieux, parbleu! Des cheveux gris partout. Il y avait dans l'assistance un type anglais que je n'avais vu depuis 15 ans probablement. Toujours très beau, un peu obsédé sexuel (comme il l'était avant), il est venu à New York tout seul sans petit ami pour faire ... je ne suis pas arrivé à savoir quoi, précisément. L'ami venait de Londres aujourd'hui ou demain et ils allaient rester quelques jours (?) à l'hôtel Chelsea. Des gens venus de Chicago, de Washington, de Kansas City. Je ne voulais pas trop boire. Le gâteau d'anniversaire était une très bonne tarte Tatin plein de bougies (la fête avait lieu dans le loft d'un ami français restaurateur) qu'il a réussi à souffler d'un coup (pourtant un peu prolongé).
J'étais assis entre un type avec lequel je m'étais couché une fois il y a au moins une vingtaine d'années il est maintenant gros, rouge et gonflé à cause, m'a-t-il expliqué, des médicaments antidépresseurs qu'on lui ordonne il avait subi une dépression nerveuse aigüe et avait alors quitté New-York pour s'installer dans la maison de sa grand-mère' dans la banlieue de Boston. A ma droite se trouvait un grand type qui avait fait des études d'urbanisme et de préservation urbaine à Toronto et auquel on avait donné le nom de « Le Scandale » à cause de son énergie sexuelle qu'il répandait volontiers dans tous les endroits louches de Manhattan dans les années 70, avant de se changer en prêtre jésuite (!) et d'aller vivre dans une communauté jésuite au Paraguay, où il enseignait. Son engouement pour l'église s'est diminué plus tard et il a démissionné des Jésuites pour devenir prof de philo dans un lycée catholique à Toronto. En face de moi se trouvait une femme que je ne connaissais pas. Elle était sympa et au cours du dîner elle a révélé qu'elle tenait un permis valable de pilote de bateau remorqueur, ce qui m'a impressionné. On a fait des toasts un peu biscornus et mon copain et moi, nous sommes rentrés chez nous à pied, sous une pluie fine, vers 1h30. le samedi 12 octobre 2002 La pluie continue. Hier soir on est allé voir le film italien Le fate ignoranti dont le titre a été changé en His Other Life pour le marché américain. Moi, je l'aimais bien, et c'était intéressant de voir comment vivaient des pédés (eh bien certains) à Rome en 2000 (quand le film a été tourné). L'histoire commence avec une mort subite et inattendue et tout découle de cet accident. C'est assez semblable en effet au début de Betty Fisher et autres histoires qu'on a vu il y deux semaines. Ce matin je suis allé au gym il y avait moins de monde que je ne m'y attendais, peut-être à cause du mauvais temps, les gens ont décidé de rester chez eux, au lit, à regarder la télé. Le copain est allé faire un « grand » tour de course à pied jusqu'à Central Park, où il a fait deux circuits avec tous les gens qui s'entraînent pour le Marathon de New-York qui aura lieu le 3 novembre. Ensuite on est sorti avec le chien pour aller nous promener, dans une sorte de bruine, à Chelsea. L'intersection de la 9ième Avenue et la 14ième rue ouest est un avant-poste de la Belgique à New-York, avec le grand restaurant Markt au côté nord et la friterie et resto belge La Petite Abeille au côté sud.
On nous interdit de stationner dans le quartier le mardi prochain à cause du tournage du film « Angels in America » qui sera diffusé par HBO dans une série de six heures c'est Al Pacino qui joue Roy Cohn, avec Meryl Streep et Emma Thompson. Il faut qu'on fasse le ménage. le vendredi 11 octobre 2002 Il pleut depuis 7 heures hier soir. On en a besoin, puisque le nord-est des USA éprouve une sécheresse prolongée. Tout de même, ce n'est pas très gai si on doit sortir. Il y avait plein de monde hier soir aux vernissages de notre étage (on est au premier) malgré le vilain temps, les gens sont venus. Il y avait Sting dans la galerie du fond du couloir et la comédienne Joan Rivers chez nous elle est passée assez tôt dans la soirée, vers 18h30, parce qu'elle devait se rendre à une boîte où elle allait faire son show. Il semble qu'elle aime « tester » son spectacle devant un petit public disposé à apprécier son humour un peu vert tel qu'on trouve au Duplex et à Fez. Le Duplex, c'est un public gay et au Fez c'est plus hétéro. Il paraît aussi que Mme Rivers donne ce qu'elle gagne dans ces boîtes (ça ne doit pas être beaucoup en effet) à des organisations qui luttent contre le SIDA.
J'ai quitté la galerie à 20 h précises parce que j'en avais marre de ces jeunes qui veulent « faire artiste ». Mon copain est arrivé avec un ami péruvien avec lequel on est allé dîner dans un bistrot français dans la 7ième avenue qui s'appelle Le Singe Vert plein de monde (il n'y a pas de récession, paraît-il), ça criait très fort. En y allant, on est passé par un cinéma dans la 23ième rue ouest où l'on faisait la première du film « The Rules of Attraction » avec le très beau James van der Beek (de Dawson's Creek) et un certain Ian Somerhalder, beau gars lui aussi, qui a fait la couverture du magazine gay Next du 4 octobre.
On a dû attendre au bar un petit quart d'heure avant d'être assis à une table. Moi je n'avais pas très faim et à cause du bruit il était assez difficile à parler. Mais la bouteille de bordeaux n'était pas mauvaise. On est rentré chez nous à pied en descendant la 7ième avenue (notre ami a pris le métro pour se rendre à Grand Central, d'où il prenait le train pour Westchester) et la photo est de l'intersection de l'avenue Greenwich avec la 7ième Avenue et la 11ième rue ouest.
Une fois chez nous, je me suis bagarré verbalement avec la folle qui habite au 4ième elle avait laissé son chien et des sacs pleins de choses dans l'entrée de notre immeuble et était partie dehors on ne savait pas où. Son chien à elle bloquait la porte d'entrée et je ne pouvais pas sortir notre chien tout d'un coup elle revient en pantoufles et peignoir criant qu'on exagérait (on avait amené son chien dehors). Elle continuait à gueuler en disant qu'elle se foutait d'avoir embêté tout le monde parce que vu les morts de 3.000 personnes au WTC, ça (c'est-à-dire son impolitesse égoïste) n'avait aucune importance. Vous voyez comme certains se servent des évènements récents à New-York. Le vieux homo de l'immeuble qui a vu tout ça de l'escalier sur lequel il fumait une cigarette, m'a dit en riant « Mais c'est bien ce que vous lui avez dit. Elle est complètement folle. Elle laisse les ordures dans le couloir. Heureusement que je n'habite pas à côté d'elle. » Il est gentil mais un peu triste aussi je crois qu'il a perdu son ami il y quelques années. Il fait un peu genre années 70, moustachu, chemise en plaid. le jeudi 10 octobre 2002 Tout se passe ici comme si rien ne se passait la bourse est en chute, on se prépare à Washington pour une guerre « préemptive » contre l'Irak, on annonce des licenciements dans tous les secteurs de l'économie, on s'attend (sans trop y penser) à une éventuelle attaque terroriste que tous les agissements du FBI et de la CIA et des autres services de sûreté ne vont pas pouvoir éviter et on se comporte comme s'il n'y avait rien de remarquable. L'inertie des sociétés à se rendre compte de ce qui leur arrive doit être une loi sociale fondamentale, comme la survie du plus fort. On a un vernissage à la galerie ce soir. Les vernissages, ils sont seulement pour les amis de l'artiste qu'on expose. Les amis viennent regarder un peu les tableaux et ils félicitent l'artiste, c'est tout. Pour les gens de la galerie, c'est plutôt une corvée on verse du mauvais vin blanc dans des verres de plastique et on fait un effort de sourire gentiment à des remarques tout à fait imbéciles sur l'art, le monde, les prix des tableaux, etc. Il y a aussi les habitués des vernissages ces pauvres types qui se traînent de galerie en galerie à la recherche d'un peu de pinard, ils sont reconnus par tous les galeristes il y a par exemple cette femme qui tremble comme si une main invisible la secouait on dit que le tremblement a commencé après qu'elle a laissé tomber son enfant d'une fenêtre par accident, mais je n'ai jamais pu confirmer cette histoire. Il y a une autre folle qui arrive toujours avec sa môme emmerdante qui se plaît à faire des dessins dans les livres d'or le visage de la mère est épouvantable, elle a des yeux de fou qui te traquent quand tu essaies de lui échapper. Il y a beaucoup moins de « personnages » qui font le circuit des galeries pendant une soirée de vernissages (en général le jeudi, avant que les collectionneurs ne partent à la campagne). Je me souviens d'un couple d'Allemands, je crois, qui s'habillaient identiquement en robe style Courrèges (un peu), tous les deux les crânes rasés et luisants comme des billes à couleur légèrement rosacée le type, lui, était assez grand, au moins 1m80, et la femme, elle était toute petite. Ils disaient bonjour à des connaissances en s'inclinant un peu en même temps, ils ne se quittaient pas, mais ils regardaient en se chuchotant quelques mots de temps en temps. En effet, ils étaient charmants. Mais ils sont disparus depuis quelques années rentrés en Allemagne, peut-être. Il faut l'avouer, l'art actuel à New York ne me semble pas très fort en ce moment. New York, c'est le marché mondial. C'est bien ici, comme c'était le cas de Paris il y a 60 ans, où viennent la plupart des grands collectionneurs d'art contemporain du monde entier. Mais la qualité de l'art qu'on voit ici, dans la plupart des galeries, n'est pas, à mon avis, très élevée. A qui ou à quoi la faute? Je n'en sais rien, je l'admets volontiers. le mercredi 9 octobre 2002 Je suis à la galerie, où les touristes commencent à entrer des Japonais, des Français. Nous exposons en ce moment des grands tableaux de baise hétéro peints au début des années 70 par une femme artiste à New-York. Elle les a faits à l'aérographe en ne se servant que de deux couleurs le blanc et le noir. Le résultat pourtant est presque photographique, surtout quand on les regarde d'un peu loin cest du photo-réalisme porno, quoi ! Jai traîné dans l'appartement ce matin au lieu de me précipiter au gym comme jaurais dû. Il ny avait pas beaucoup de monde le type au crâne rasé qui ressemble un peu à un Moby un peu plus en forme y était. Je navais pas de concentration, jai fait mes exercices comme un robot. Hier soir mon copain et moi nous sommes allés à un cocktail offert par une amie un peu folle dans un atelier dartiste dans le Chelsea Market lartiste est un grand blond mince et linvité dhonneur est un artiste de Los Angeles. Les dessins et les tableaux de lartiste-hôte étaient montés sur les murs quest-ce quils étaient moches ! Et le plus désespérant, cest que ça se vend, mais à des gens qui nont pas dyeux, sûrement. Je nai pas reconnu de tableaux de linvité californien. Il y avait une trentaine de personnes, garçons et filles, dont quelques « grands » noms tel Mark Tansey (jaime assez ce quil peint, en fait) mais cétait aussi plein dartistes de très peu de talent et beaucoup d'ambition qui cherchent toujours un moyen de se faire inclure dans une exposition collective. Ce nétait pas très gai comme réunion mondaine ! Moi, jai accepté un verre de rouge (bordeaux français pas trop mauvais) et jai causé avec un restaurateur de tableaux que je connaissais déjà. Au bout de 5 minutes assez pénibles jai eu envie de me sauver tout de suite et jai fait mes excuses à lamie folle, saoûle, avant de me retrouver dans lascenceur. Cest curieux en entrant l'immeuble nous avons croisé lancien maire de New-York Ed Koch, lancien sénateur républicain Al dAmato, et deux autres hommes politiques. Ils venaient, je suppose, des studios de la chaîne câblée d'infos métropolitaines NY1 qui se trouvent quelque part dans l'immeuble. Le plus frappant c'était qu'il n'y avait aucun agent de police dans l'entourage, pas un seul type en costume noir avec un appareil téléphonique dans l'oreille, comme on voit toujours autour de Bush. le vendredi 4 octobre 2002 Un peu de déprime aujourdhui, je ne sais pas très bien pourquoi. Jai réussi pourtant à aller au gym ce matin, cest déjà quelque chose, puis je suis allé acheter des suppléments. le jeudi 3 octobre 2002 Le beau temps continue. Je me suis levé tôt, vers 6 h. Mon copain est allé courir 19,3 kilomètrres ; il se prépare pour le marathon de Philadelphie en novembre. Nous irons chez ma sur et beau-frère qui habitent la banlieue de Philadelphie, cest mieux quun hôtel puisquon pourra emener le chien avec nous. LApollon du gym porte des shorts à linsigne du VMI Institut Militaire de Virginie cest un look quon ne voit pas très souvent ici. Ce soir on doit aller à un vernissage à la boutique Steuben pour un artiste ami qui fait de la sculpture en verre plus précisément en cristal. Il travaille pour Steuben depuis plus de 35 ans et lui et sa femme ont une maison dans le village où on a aussi une petite maison. le mercredi 2 octobre 2002 Le restaurant Crispo (je me suis trompé ça ne se trouve pas aux environs des boutiques d'Alexander McQueen et Stella McCarthy, mais plus à l'est, vers la 7ième Avenue) ne pouvant nous accueiller quà 22h30, on a décidé daller manger dans un restaurant italien du quartier, Da Andrea. Ce nétait pas mauvais du tout. On est parti du restaurant vers 9h30 et nous sommes allés voir une nouvelle galerie dans la rue Charles et de là on a continué à marcher vers la 4ème rue, où on rencontre Sarah Jessica Parker et Matthew Broderick et un autre qui sortent de leur maison. Mlle Parker est enceinte et M. Broderick a grossi lui aussi ! Je rentre chez moi et je sors le chien avant de me coucher. Aujourdhui il fait beau, très ensoleillé. Je me suis levé vers 6h30, jai fait un café après avoir bu un verre deau mélangée dL-Glutamine et de jus de poire (vendu ici en boîtes importées dAfrique du Sud). Jai fait un tour rapide de mes sites favoris tandis que le copain était au nouveau gym de luxe Equinox installé là où se trouvait lancien cinéma Greenwich (jy ai vu Carrie). Il est rentré vers 7.45 et moi je me suis allé à mon gym à moi, le New York Sports Club qui est à trois blocs de chez nous dans la 7ème Avenue. Il ny avait pas beaucoup de monde et en faisant mon cardio je regardais la chaîne Bloomberg sur lécran télé de ma machine la bourse retombe après sa hausse dramatique dhier. De retour de chez moi, je ramasse toutes nos chemises sales et les pantalons et je les porte, avec notre chienne Betty à la laisse, à la blanchisserie chinoise de la 11ème rue ouest, oü lon se dit Ni hao et hen hao (jai fait quelques très brèves études de chinois) et en se quittant, shié shié et zia djen. En rentrant chez moi je rencontre un artiste que je connais qui expose en ce moment à la galerie Paula Cooper. Il est à vélo avec une grande femme aux cheveux roux elle est finlandaise, et son nom de famille mest tout à fait impossible à prononcer elle est écrivain et écrit un article sur lHôtel Chelsea dans la 23ème rue ouest, et cest là où habite mon ami artiste depuis quelques mois (il a failli se faire SDF avec sa petite chienne Lucy). En continuant, je croise quelques beaux gars rentrant du gym et dans ma rue à moi, je croise lacteur André Gregory (My Dinner with André) qui habite pas très loin de chez nous. Cest drôle, hier jai vu son ami lacteur Wallace Shawn, qui a joué le rôle du Ferengi Zek dans Star Trek : Deep Space 9 dans la rue devant son appartement. Peut-être attendait-il un taxi. Jai pas mal de courses à faire cet après-midi : trouver un tube néon pour la lampe au dessus de lévier dans notre cuisine (plutôt infecte, hélas), porter le linge sale à la laverie portoricaine du coin, où cest lavé, séché et plié (cest pourtant moi qui le remets dans nos placards) à la forte musique hispanophone. Pour le déjeuner je mange seulement un yaourt écrémé aux cerises acheté chez les Palestiniens de lépicerie du coin. Cest là où jai rencontré Ed Flanagan, quelquun que je connaissais il y a 20 ans et qui maintenant fait de la politique dans l'état de Vermont il sest présenté comme candidat à la Trésorerie de létat, un des plus « avancés » des Etats-Unis, dans les élections primaires. Ouvertement gay (je ne sais pas si cela compte pour quelque chose dans la comptabilité) il na gagné que 33,5% des voix cest peut-être à cause de ça quil se permet une petite visite à Manhattan, tout près de la maison quil avait achetée avec deux autres amis et qui est à présent, dit-on, en train dêtre rénovée pour lactrice Liv Tyler. On sort ce soir avec un ami galeriste dans un restaurant à la mode dans la 14ème rue ouest cela sappelle Crispo et cest à côté des nouvelles boutiques dAlexander McQueen et de Stella McCarthy. Cest à la frontière nord du quartier des bouchers en gros (Meatpacking District) autrefois laissé aux prostitués travelos et maintenant bourré de limousines noires. Notre ami, dont son petit ami à lui, un jeune couturier, habite Berlin, adore les restos et les boîtes de nuit à la mode comme il est aussi très beau gars, avec des yeux bleus de vedette de cinéma (on le prend souvent pour George Clooney !) on le traite comme une star. C'est utile quand on sort beaucoup, comme lui. |
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