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sale bête
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novembre 2002
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un carnet insensé
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Carnets que je lis souvent
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le samedi 30 novembre 2002
On na pas fait grand chose aujourdhui parce quon est allé dîner chez des amis et on a bu pas mal de vin avant de rentrer chez nous vers minuit et demi. On a parlé politique la femme est très démocrate et a peur, comme moi, de toutes ces nouvelles lois de surveillance. Le mari est démocrate daspect un peu républicain, influencé en quelque sorte par son père, grand financier qui donne, selon son fils, beaucoup dargent au Parti républicain. Il y avait aussi à table une jeune Danoise qui soccupe de leur fils. Elle sappelle Maï (et je nai aucune idée comment ça sécrit) et elle nous explique quelle a arrêté lécole pour venir à New-York, où elle cherche à se faire un enfant avec un noir, parce quelle est raciste et elle aime les enfants métis « qui sont trop mignons, non ? » Bon, on fait ce quon veut, n'est-ce pas ? Elle a peut-être 18 ans, et elle habite dans un appartement à Brooklyn avec un colocataire gay. Nous, on mangeait les restes de dindon et de chapon avec un peu de salade, mais Maï est végétalienne, donc elle a mangé une sorte de ragoût de légumes en croûte préparé par le mari qui aime faire la cuisine. Cest curieux, la Danoise nétait pourtant pas spécialement mince. Elle nous a dit quelle adore les petites barres de crème glacée chocolat au soja et quelle en mange tout le temps. Ah, je me suis dit avec satisfaction, ça doit être à cause de ça quelle nest pas plus mince. Voilà, cest confirmé, je suis vieux et malveillant. On est allé acheter des cartouches couleur et noire pour limprimante chez le Staples le plus proche de nous. Dans le même centre commercial où se trouvait le magasin on est allé aussi dans un restaurant chinois à l'allure très moche pour commander quand même des rouleaux de printemps et des beignets frits bien pire, je sais, que les petites glaces au soja de la Danoise et on est rentré pour regarder un vraiment très mauvais film sci fi avec un Jan-Michael Vincent tout âgé et ridé en mangeant nos horreurs culinaires. Mais la journée na pas été tout à fait gaspillée on a depuis ce matin la connexion câble à haut débit qui marche ! Avec un routeur qui marche aussi, qui nous permet à nous deux davoir accès Internet simultanément. le vendredi 29 novembre 2002 Ce matin il fait froid (le thermomètre indique 2º), avec un ciel couvert. Le copain est sorti avec le chien (il est bon parent), tandis que moi je me réveille lentement, à laide de plusieurs grandes tasses de café au lait, tout en attendant larrivée prévue de linstallateur de la compagnie de câble qui va régler (ben, on lespère) la connexion câble à haut débit. Cela fait deux semaines déjà quon a le modem et le logiciel de connexion mais on na pas réussi à le faire marcher (malgré toute lexpertise du copain, qui fait un peu ça pour la banque), donc on a dû faire un rendez-vous technique. Le repas de Thanksgiving sest assez bien passé cela aurait été mieux si des amis mariés navaient pas été obligés de décommander à cause de la santé de la mère de l'épouse. Avec seulement quatre à table, c'était un petit peu trop intime, et puis il y avait ma mère, qui entre, semble-t-il, la période doubli dans sa vie elle avait, par exemple, complètement oublié la discussion quelle avait eue avec moi sur la purée de pommes de terre quelle allait apporter elle est allé chez le traiteur acheter un peu nimporte quoi (des oignons à la crème infectes, et une boîte en plastique de purée digname (ou patate douce) tout orange et dégueulasse, que jai vite enfouie dans le frigo pour ne pas avoir à la regarder) et finalement elle avait oublié le tout chez elle lorsque le copain était allé la chercher il la déposée chez nous et a dû retourner chez elle (au moins quarante minutes de route aller-retour) pour ramener les saletés quelle avait achetées. En même temps on recevait lamie écrivain qui elle avait préparé dexcellents mets je leur ai donné à boire tout de suite un kir royal pour lamie écrivain et un vin blanc avec des glaçons (« je le prends toujours comme ça maintenant » ma-t-elle dit en guise d'explication.) Moi, jai failli me faire une petite piqûre dhéroïne mais en fin de compte je me suis contenté dune flûte de champagne bien remplie. Le plus réussi dans tout le dîner, cétait le pâté de foie gras, dont les deux femmes ont raffolé. Pour le reste, cétait mangeable. Toute laffaire sest terminée vers 18 h 30 quand nous avons reconduit les femmes chez elles. Je ne sais pas si jai assez de discipline aujourdhui pour me forcer à aller au gym. le mercredi 27 novembre 2002 Je suis à la campagne depuis hier soir pour la fête nationale de Thanksgiving jai dû faire un tas de courses avant de pouvoir quitter New-York aller chercher le chapon, par exemple, chez le boucher, où à 16 h il y avait déjà une queue de gens qui sortait sur le trottoir. En plus, ils nétaient pas tous de très bonne humeur et il y en avait même qui ont gueulé fort quand une blonde à l'accent peut-être hollandais sest dirigée sans la moindre gêne au comptoir pour demander quelque chose à un des bouchers la fille a fait une tête dédaigneuse en réponse aux gens qui vociféraient, mais le boucher, conscient de ce qui se passait dans la boutique, lui a dit de rentrer dans la queue, aux murmures approbateurs de lassistance. Elle a fait une moue dexaspération en sen allant.
Moi, jai demandé mon chapon et du pâté, jai payé et suis sorti en seulement quelques minutes. Ensuite, je suis allé acheter des fleurs, jai porté les chemises à la teinturerie chinoise, jai acheté quelques boîtes de pâtée pour chien, car il ny en avait plus chez nous, et finalement jai téléphoné au garage pour quon descende la voiture à 19 h 30. Arrivée lheure du départ, le copain et moi, nous chargeons la voiture avec plus de soins que normal il ne faut pas, par exemple, oublier de prendre le chapon dans le frigo et de le mettre dans le coffre (il nous est déjà arrivé trop souvent, ce genre de bêtises, et cela naugure jamais un week-end serein.) On y met aussi le portable, de chaussures correctes (moi, je nen porte presque pas, mais on sort samedi soir et il faut que nous soyons habillés plus ou moins correctement.) Bon, ça y est, je suis prêt à partir en route je fonce dans la 8e avenue direction nord, il y a du monde mais surtout des taxis, cest normal. Je continue maintenant vers lest en prenant la 22e rue, Betty dans le siège dà-côté en copilote canin, jusquà la 2e avenue. Là, je rejoins la 23e rue et continue jusquà ce quelle se termine dans le FDR Drive, qui est plutôt plein de voitures cest la route vers le Long Island en général et ver les Hamptons, en particulier. Bon, on y va lentement, on arrive au Triborough Bridge, et on continue vers le Connecticut . Et cest bien là où les ennuis commencent histoire de « travaux » (très peu visibles, en effet, à cette heure) aux alentours de la sortie de Norwalk, puis un autre tronçon en construction à New-Haven. Lautoroute est bondée à cause de la fête de Thanksgiving et aussi parce quon nous menace depuis deux jours déjà dune tempête de neige qui nous vient de louest, donc beaucoup de monde a décidé de voyager un jour plus tôt pour éviter le mauvais temps prévu mais cela na pas pourtant convaincu les autorités de suspendre leurs « travaux » sur laxe routier le plus important entre New-York et Boston cest exactement à cause de signes dintelligence de cet ordre que je crains moins léventuel pouvoir des nouveaux services de renseignements proposés par notre cher président. Bon, il ma fallu une heure et demie de route en plus pour arriver ici. Le copain me réveille par un coup de téléphone à 8 heures il est déjà au bureau pour une réunion. Je me lève et par la fenêtre je vois que notre tout petit jardin est couvert de neige, qui continue à tomber en gros flocons lourds. Je mhabille en jeans et bottes pour aller prendre des photos et pour chercher les journaux et du lait. De retour chez moi, je sors ensuite la chienne, qui, elle, adore la neige, plus que moi. On joue pendant trois quarts dheure, puis je men vais au gym, qui ce matin est plein de flics aux cheveux coupés ras. Rentré à la maison, je prends une douche et me rhabille avant daller chercher encore de la pâtée pour chien et de quoi manger pour nous, aussi. Jai envie de préparer une sauce aux airelles, et javais besoin de pain (on fait un bon pain portugais ici), et il me faut aussi de la glace au chocolat Godiva, que lamie écrivain adore.
A 18 h 30 je dois aller à la gare pour chercher le copain qui arrive de New-York. Lui il sinstallera devant le poste pour commencer à regarder tout ce que le TIVO a enregistré pour lui en deux semaines. Ah, les vacances le mardi 26 novembre 2002 Jai obligé le copain de maccompagner au nouveau film de Pedro Almodóvar « Parle avec elle », qui vient de sortir à Manhattan, pour deux raisons : une bonne et une moins bonne. La bonne, cest tout simplement parce que javais grande envie de le voir. Je suis grand admirateur d'Almodóvar le scénario du film « La Loi du désir » est un vrai chef-d'oeuvre, ainsi que le film. La raison moins bonne, cest que ça nous fournira un sujet de conversation à la campagne, où (presque) personne ne laura encore vu. Cest bête mais cest comme ça le copain et moi, nous sommes en quelque sorte les ambassadeurs officiels de la pédale métropolitaine au village et il nous incombe de remplir nos fonctions publiques dhomosexuels branchés, bien capables de parler film, théâtre, ballet, opéra, mode, décoration et ainsi de suite pour le sport, on nous laisse plutôt tranquilles, ce qui affirme les stéréotypes mais en fait on en est bien content puisquon ny connaît rien. Et ça gêne la plupart des hétéros si on suggère par exemple quEric Lindros, la grande vedette des New York Rangers (équipe professionnelle de hockey sur glace) et un très beau gars célibataire, pourrait être gay, puisque le hockey, cest probablement le plus macho et le plus violent de tous les sports en équipe, et cela perturberait trop les préjugés confortables de contempler une tapette qui casserait la gueule à un adversaire hétéro. Donc on est allé voir « Parle avec elle » dans une des deux salles qui le passent actuellement à Manhattan, qui se trouvait dans la rue Houston est, à la frontière nord du Lower East Side. Le cinéma Sunshine a l'air nouveau, le pop-corn était fait sur place, et la salle était en pente, ce qui évite lennui davoir des géants ou des gens aux coiffures bouffantes se mettre dans le siège directement devant le vôtre. Dans la salle jai dit bonjour à la photographe Tina Barney, tout récemment rentrée de Paris où elle a pris des photos d'aristocrates chez eux (les photos de riches, c'est son truc à elle.) Je la connais un peu et, comme nous, elle partage sa vie entre New-York et un village pas très loin de chez nous à la campagne. Cela lamusait quon se voyait si souvent (elle est passée à la galerie il y a quelques semaines). On a parlé de nos dîners respectifs de Thanksgiving (elle part à la campagne aujourdhui, comme moi). A propos du film, ce nest certainement pas aussi drôlement baroque et rigolo que les autres que jai vus en effet, cest un film qui parle tout doucement de situations et dactions très émouvantes. Cest indirect, à un tel point que je crois que beaucoup de spectateurs auront des difficultés à sy retrouver. Sur le trottoir après avoir quitté le cinéma, le copain et moi, tout en discutant sur le film, nous avons pris un taxi pour rentrer chez nous (il a toujours très mal au pied gauche et marche comme un boiteux) et le chauffeur sétant trompé de route (cest compliqué au Village), on est descendu à Sheridan Square, (qui nest pourtant pas loin de chez nous), et cest seulement à ce moment-là que nous nous sommes tous les deux rendus compte de la raison pour laquelle un des personnages avait agi comme il la fait. Cest subtil (ou bien, nous sommes, comme notre président Bush, des crétins, ce qui est fort possible aussi) et cest tout ce quil y a de moins Hollywood. A recommander. le lundi 25 novembre 2002 plus tard Il devient de plus en plus difficile à nier lévidence qui saccumule tous les jours pour indiquer que nous vivons dans une période de décadence intellectuelle comme galeriste, je travaille dans lindustrie de lart plastique, cest-à-dire dans un milieu particulier où lon pourrait supposer voir des signes dactivité intellectuelle véritable. Mais ce que je vois là surtout cest lenvie de trouver un truc qui marchera, qui permettra à lartiste de figurer sur la couverture de ArtForum ou une autre revue à la mode. Ça se copie mais on ne ladmet pas, parce quon se souvient plus de choses quon a vues ou lues dil y a même pas 20 ans, parce que le faux-nouveau, de la part des critiques, pour qui cest un sujet facile sur lequel ils peuvent faire du bla-bla anodin ou méchant à volonté, de celles des artistes, qui nont qu'à refaire quelque chose damusant ou de mollement insolite que le public général a oublié, et de celles des grandes entreprises de distribution, des galeries internationales, des maisons de vente, déditions, des studios de cinéma et des chaînes de télévision. Le plus triste, à mon avis, cest que les jeunes sy laissent aller on na quà remarquer les paroles dun tube celle qui doit être une des favorites des pédophiles hétéros, Avril Lavigne (elle fait un concert à Madrid le mercredi 27 novembre pour ceux qui sy intéresseraient). Cette Lolita-là, ( qui à propos doit faire trembler Britney Spears, en comparaison vieille mémère), chante dans Complicated : « Lay back, its all been done before » dun ton de résignation tellement cool et blasée, quil est très clair que vouloir faire quelque chose de vraiment nouveau ne serait pas bien vu du tout. Voilà, cest bien un exemple de lalexandrinisme mercantile de lâge imitation devient création, la référence ironique dune céramique de Jeff Koons ou dun échantillonnage musical dans le rap est plus importante que loriginalité. On recycle. Et ce nest pas comme ça quon va avancer. Jai vraiment du mal à me réveiller ce matin, bien que je me sois couché de très bonne heure hier soir et en dépit de quatre tasses de café au lait. Jai le répondeur qui clignote mais je nai aucune envie découter les messages. Il faut que jaille au gym aussi mais Et jai des lettres à écrire mais Je dois subir en ce moment un petit désordre dattention déficitaire passager, il me faudrait de lamphétamine (on donne beaucoup de Ritalin aux enfants « distraits », d'après ce qu'on me dit pourquoi pas aux vieux distraits, comme moi? ) pour le chasser, et on sait très bien que les amphétamines, ils sont « euphorisants et anorexigènes » selon un site médical que je vien de regarder moi, je voudrais bien me sentir bien, euphorisé et sans grand faim. Hélas, je nai rien que mon bon café cubain pour me remonter un peu le niveau dénergie. Il y a un petit café nouveau qui s'est tout récemment installé dans ce qui était une boutique d'antiquités la clientèle nombreuse est jeune, sérieuse, et chacun a l'ordinateur portable ouvert sur la table devant lui il y a beaucoup d'Ibooks et de Titanium PowerBooks, donc ils doivent sûrement avoir tous les esprits hypercréatifs, n'est-ce pas ? C'est bien pour ça que je n'ose pas y mettre les pieds.
le dimanche 24 novembre 2002 On vient de rentrer de Philadelphie. Ce n'est pas mal, c'est dommage qu'il faut traverser l'état poubelle du New-Jersey pour y aller, mais une fois arrivé, c'est plutôt agréable. Le copain s'est fait enregistrer au Memorial Hall, un grand hall d'exposition style Beaux-Arts (semblable en fait au Grand Palais à Paris) situé au milieu d'un grand parc urbain appelé Fairmount Park.
Ensuite nous nous sommes promenés à Olde Town et à Society Hill, deux quartiers qui datent du 18e siècle, quand Philadelphie était la seconde ville anglophone du monde, après Londres. On est passé devant l'Independence Hall, où l'on a publié la Déclaration d'indépendance (évidemment).
Il y a beaucoup de statues publiques à Philadelphie (comme le LOVE de Robert Indiana), à cause d'une loi qui oblige les promoteurs de mettre de l'art sur les sites.
Nous sommes rentrés chez ma sur et mon beau-frère, qui habitent la banlieue nord-ouest. Plus tard on est allé manger de la pâte (pour le copain) dans un restaurant italien à Chestnut Hill, un quartier résidentiel de Philadelphie.
Rentrés chez elle, ma sur et moi nous avons commencé à boire encore du vin blanc (après deux bouteilles au restaurant) et de parler de notre mère, de lautre sur et des ses enfants à elle laînée est étudiante, le garçon est interne à une école en Nouvelle-Angleterre. On a parlé jusquà 2 h 30 du matin, et le copain et moi nous avons dû nous réveiller à 6 h 30 pour pouvoir arriver au départ du marathon, devant le grand escalier du Musée dart de Philadelphie (on se souviendra du film Rocky, bien sûr, que je nai pourtant jamais vu). Ce quartier ressemble un peu bizarrement à la place de la Concorde la Bibliothèque gratuite de Philadelphie pourrait être l'Hôtel de Crillon. The Benjamin Franklin Parkway fait une version un peu plate de l'avenue des Champs-Elysées, avec le Musée pour l'Arc de Triomphe.
Il faisait très beau, très frais, temps parfait pour courir. Le copain est arrivé sain et sauf après avoir couru les 42,2 km. Après une sorte de brunch, on a remis nos petites valises et le chien dans la voiture et nous sommes repartis sur New-York.
Il a fallu au moins 35 minutes pour passer le tunnel dHollande, et puis à Manhattan il y avait un embouteillage fou causé par les gens qui voulaient rentrer à létat tout à fait maudit de New-Jersey, qui nous a retardé encore plus. Le copain avait sur le dessous du pied gauche une ampoule énorme, donc je lai laissé à lappartement avant de laisser la voiture au garage. Jai tellement sommeil que jai du mal à taper cette entrée mais on est arrivé quand même à regarder Enterprise et Les Simpson. le samedi 23 novembre 2002 Nous partons pour Philadelphie en deux heures ce nest pas loin, à peine deux heures de route. Nous passerons dabord chez ma sur et mon beau-frère où nous déposerons le chien avant de nous rendre en centre ville, où le copain se fera remettre le dossard et la puce électronique pour le marathon de demain matin. On fera en même temps une courte visite à l'exposition « Santé et Forme », remplie sûrement (elles le sont toutes, à chaque marathon) de jeunes athlètes très sérieux. C'est bien sûr le sérieux qui ajoute beaucoup à l'attraction. Ma sur nous fera de la pâte ce soir. le vendredi 22 novembre 2002 Bon, ça y est, jai commandé nos billets davion pour Paris jai failli le faire directement sur Internet mais à la fin jai passé un coup de fil à notre agent de voyages qui va sen occuper je naime pas trop voyager en avion. Je le fais parce quon ne peut pas vraiment faire autrement, mais je naime pas. Dans mon expérience personnelle limitée, le trajet nord-atlantique, en général ça va on quitte New-York le soir et on arrive en Europe le matin, le radar permet aux gentils pilotes déviter les grands orages, donc d'éviter la turbulence qui me gêne à 11 600 mètres daltitude. Depuis quelques années je fais un truc qui marche assez bien on se lève très tôt le matin du départ afin quon soit crevé de fatigue lorsquon embarque dans lavion. On décolle (à Kinshasa je travaillais avec une Française qui avait travaillé comme hôtesse de lair pour la Sabena en Afrique elle ma raconté des histoires davion à ne pas sen remettre et elle a toujours insisté que les moments les plus dangereux dans les voyages en avion, cétaient le décollage et latterrissage après cinq minutes de vol, ma-t-elle assuré, il ny a presque plus de raison pour sinquiéter. Cest pour ça que je note très précisément l'heure exacte du décollage et je compte les cinq minutes avant de me permettre de me décontracter. Pour latterrissage, par contre, je ne ressens aucune crainte, même quand il y a des secousses violentes de l'appareil (mais pas trop, voyons), tellement je suis heureux quon descend enfin vers la terre jai toujours un soupir de soulagement quand on fait lannonce dattacher les ceintures pour latterrissage), je vérifie lheure exacte, jécoute attentivement tous ces bruits de moteurs, et je suis toujours content quand l'indicateur dattachement de ceintures s'éteint. Rassuré, je puis alors me renseigner un peu sur ce quon a comme stewards (les plus beaux des deux sexes sont souvent affectés en première classe ou en classe affaires, nest-ce pas ?). Je feuillette le magazine de la compagnie aérienne en attendant le passage du chariot de boissons. Je commande deux petites bouteilles de quelquechose, ou la vodka ou du bourgogne rouge, que je verse avec soin dans les verres en plastique. Ensuite je sors mes deux petites pilules somnifères (pas très fortes, en tout cas, mais efficaces) que javale avec une bouchée dalcool, et voilà, je suis prêt à subir le voyage. Je range le petit oreiller, je mets le masque sur les yeux et je mendors. Jai plutôt horreur des petits vols aux Etats-Unis le copain mavait dit que son vol récent de New-York à Orlando avait été affreux, les passagers ont hurlé de peur, tellement c'était violent par moments. Je me souviens dun vol que jai fait de Houston à une petite ville en Louisiane, Shreveport hé, non, ce nest pas la peine dy aller. Moi, j'y suis allé parce que je rentrais de vacances au Mexique avec un ex avec lequel je ne navais pas tout à fait accepté notre séparation, javais donc des motifs exceptionnels pour y aller mais à part ça, je ne peux pas recommander Shreveport on était dans un DC-9, un appareil que je déteste, et il y avait un de ces orages violents, pleins de foudre, de vent et de pluie, quon a au Texas (et dans le sud des Etats-Unis en général), et comme la distance nétait pas grande, le pilote na pas pu nous faire passer au-dessus des nuages et finalement il a demandé à lhôtesse qui servait (difficilement) à boire à deux rangs devant le nôtre de reprendre son siège à cause de la turbulence. Cétait horrible, on était secoué par les vents comme une feuille morte, je me répétais les mots de la seule prière dont j'arrivais à me souvenir: « Notre Père, qui es aux cieux etc » pour maider à me faire oublier ce qui se passait autour de moi tandis que mon ex samusait à me montrer sur la carte lendroit où on allait sécraser sympa, non ? Non, je naime pas les voyages en avion et je suis énormément reconnaissant aux fabricants de somnifères. Un peu plus tard... Bravo à Françoise Ducros, directrice des communications du premier ministre canadien Jean Chrétien, qui a dit à Prague tout clairement ce qu'elle pense du président Bush, qu'elle a appelé un crétin. (Pour lire La Presse de Montréal sur l'affaire, cliquez ici). le jeudi 21 novembre 2002 Ça commence déjà à ménerver, la saison des fêtes de fin d'année. La semaine prochaine, cest le Thanksgiving et cest moi qui prépare le grand repas commémoratif de la folie des autochtones de ne pas s'être vite débarrassés des colons installés dans leurs terres jai déjà dressé le menu avec ma vieille amie écrivain lors dun déjeuner quon a fait au restaurant le lundi passé. On commencera avec un pâté de foie gras, ensuite on aura le chapon (madame naime pas le dindon traditionnel du Thanksgiving, quelle trouve sec et dur donc, ce matin je suis allé chez le meilleur boucher du quartier commandé un chapon de 4,5 à 5,5 kilos pour le mardi prochain, puisquon ne peut pas trouver des chapons frais à la campagne.) On aura aussi des oignons à la crème et de la farce, préparés par madame, une purée de pommes de terre, préparée par un traiteur et apportée par ma mère, (qui insistait mais qui ne fait plus la cuisine que dans le micro-ondes), et une tarte aux fruits, que jachèterai ici à New-York. Sinon, on aura du sorbet et quelques petits gâteaux et ce sera tout pour le dessert. Oh, et beaucoup de vin, aussi.
Jai peur que madame mon amie n'insiste à parler politique à table ma mère est tout ce quil y a de plus républicain débile, elle trouve la famille Bush absolument comme il faut, elle ne ressent aucune responsabilité envers les gens plus défavorisés quelle, elle espère surtout que la bourse remontera et que les impôts baisseront, voilà somme toute sa politique. Sur les questions des droits de lhomme ou dune éventuelle agression militaire américaine contre lIrak ou même des arrestations anticonstitutionnelles de citoyens américains pour des raisons dites militaires et de sécurité, elle sen fout complètement, tout comme la grande majorité de ses concitoyens. Madame mon amie, par contre, trouve le président un imbécile ahurissant mené et manipulé par des hommes politiques réactionnaires qui visiblement cherchent à refaire ce pays en une sorte de camp de concentration de droite. Il y trois autres personnes qui ne savent toujours pas sils vont pouvoir nous joindre hier soir le copain et moi nous leur avons prié incessamment de venir à notre secours, pour au moins diversifier les invités, mais on ne saura pas sils le pourront avant la semaine prochaine.
A la station câble MSNBC, que je regarde de temps en temps au gym en faisant mes 30 minutes d'exercices aérobiques, où on le passe sur les grands postes montés au plafond devant toutes les machines à courir et à monter, les présentateurs parlent devant des grandes cartes du Koweït et de lIrak comme si lon y faisait déjà la guerre. Ils font référence constamment à ce quils appellent sentencieusement la « Situation Room » qui fait très film de guerre, où les généraux réunis aux expressions graves indiquent les mouvements de troupes à laide de baguettes. Quest-ce que cest énervant de voir ces petits animateurs écervelés démissions de jeux se prétendant importants. Cela leur a fait aussi un grand plaisir ce matin de nous dire combien les Bulgares, par exemple, sont contents aujourd'hui de faire parties de lOTAN. Ouais, pourquoi pas. le mercredi 20 novembre 2002 Je nai pas grand-chose à raconter aujourdhui. Hier soir jai regardé Buffy (il y a maintenant deux Spike, l'un qui est bien sûr très méchant et qui mord tout le monde, et un autre qui regrette énormément d'avoir mordu un tas de jeunes filles je n'y comprends presque rien, mais je regarde quand-même) pendant que je travaillais sur l'ordinateur (n'est-ce pas que cest beau, le multitâche ?). Le copain était sorti dîner avec sa chasseuse de tête une femme qui la placé à sa première grande boîte financière il y a pas mal d'années maintenant. Depuis, cest lui qui embauche des gens quelle lui envoie. Elle est vulgaire, elle hurle, elle exagère mais elle bosse dur, et je la respecte beaucoup pour tout ce quelle a accompli dans son travail .
Ce soir on sort avec un couple marié pour fêter lanniversaire de la femme. Il faut que jachète un cadeau et il va falloir que jaille en trouver un à lUpper East Side, quartier que je ne visite que très rarement et en général seulement pour dîner avec le père du copain et sa belle-mère c'est assez drôle, toute cette histoire-là: le copain a quitté la Californie pour séloigner le plus possible de sa famille à San-Francisco, avec laquelle il avait des rapports, disons tendus. Il sinstalle à New-York, on se rencontre (présentation formelle à Fire Island, hé oui), on se met en couple (ce qui nétait pas aussi rapide ni aussi facile que cette courte phrase pourrait impliquer, mais tout cela, cest pour plus tard, peut-être).
Le père, veuf depuis la mort de sa femme dun cancer, cherche à se remarier, et tout dun coup il débarque chez nous (ben, heureusement pas tout à fait chez nous au Village, mais à la Park Avenue, chez une veuve, très riche et aussi complètement idiote et impossible.) Ça dure quelques mois, puis le père rentre seul à San-Francisco. Un peu plus tard nous apprenons quil est allé passer un week-end chez une amie à Pebble-Beach où il a rencontré une veuve très sympa de New-York. Laffaire se développe sur les deux côtes et finalement tous les deux décident de se marier, à New-York. Le père du copain sinstalle donc encore une fois ici. On aime bien son épouse, qui est décoratrice et donc tout à fait à son aise avec deux petits pédés banals comme nous. Mais San-Francisco manque au père et après un an ils décident de vendre le joli appartement à New-York et d'en acheter un autre là-bas, où ils sinstallent. On leur rend visite, et cest très bien (moi, je ne connais pas très bien San-Francisco mais cest beau, jaime le climat et les gens pourtant on se rend compte très vite que cest assez petit, comme ville.) En effet, cest lépouse du père du copain qui, après deux années de résidence, ne peut plus supporter San-Francisco, quelle trouve trop étroit et insulaire (cest à noter quelle avait habité à Londres pendant des années avec son mari décédé et quelle avait vécu à New-York pendant plus de trente-cinq ans.) Donc, on déménage encore une fois de San-Francisco pour semménager de nouveau à Manhattan. (Ce va-et-vient de fou nous semblait compliqué et fatigant aussi ! En plus, ils sont plutôt vieux !) Aujourd'hui le père du copain gueule et se plaint de sa nouvelle ville mais madame est tout à fait contente dêtre rentrée à la civilisation. Cest curieux de constater que nos parents nous suivent jai ma mère qui sinstalle en permanence à vingt minutes de voiture de chez nous à la campagne. Hmm. le mardi 19 novembre 2002 Ce nest pas très flatteur de lécrire mais je sais que jai un côté très méfiant il ny a que quelques amis très proches, dont le copain, auxquels je sens pouvoir me fier sans doute aucun et même là, il y a de ces cas où jy réfléchirais sérieusement avant de men servir ! Cest pourquoi jétais tellement touché (et aussi un peu effrayé) par ce qui sest passé hier matin entre moi et la chienne Betty. Je lavais sortie vers 7 h 45 et jétais pressé et il faisait froid on est allé au petit parc qui a une pelouse en pente qui donne sur la mer. On joue à la balle en plastique je la jette et Betty la ramème, toujours en la mâchant, à quelques mètres de mes pieds. Bon, ce nest pas super compliqué, comme truc, mais elle aime ça. Mais ce quelle préfère de loin, cest de ramasser les gros cailloux dans leau au bord de la mer. Dans ce parc il y a un mur en pierres et béton quon a érigé contre les effets des vagues et des gens comme moi, avec des chiens et des enfants, y ont bâti une sorte descalier de pierres qui va du gazon jusquà la petite plage caillouteuse. Cest par cet escalier improvisé que Betty descend pour faire ses recherches de cailloux. Ce matin-là, elle navait pas lair de trop vouloir jouer à la balle mais elle avait grande envie de se mettre le museau dans leau froide. On descend au bord de la mer, jusquau mur, où je remarque quon a renversé les pierres qui se servaient descalier hop, je saute en bas et je tourne pour regarder Betty, qui, tout heureuse de pouvoir poursuivre ses fouilles maritimes, reste sagitant la queue sur le haut du mur. Au moment où, faute descalier, je commence à étendre les bras pour lattraper et la déposer sur la plage, elle saute vers moi je lattrape et la dépose comme prévu, et cest vrai quon a fait ce tour plusieurs fois auparavant mais en fait je suis profondément frappé par le manque total dhésitation de Betty pour se jeter dans linconnu, cest-à-dire dans les bras à moi elle a, paraîtrait-il, une assurance absolue que je vais lattraper, ce qui m'inquiète presque. Une fois sur terre, elle me quitte tout de suite en faveur de ses pierres précieuses à elle, mais je me demande si elle montrerait autant dassurance dans mes qualités dattrapeur fiable de chien si elle connaissait vraiment toutes mes faiblesses et défaillances. Et je me demande aussi sil me serait si facile de me fier, comme Betty venait de le faire, aux bras de quiconque. le lundi 18 novembre 2002 Jassiste en ce moment (18 h 30 heure locale) à une réunion spéciale du comité du port du village où nous passons nos week-ends. Le copain en est membre. Le comité est en train de discuter sur la division damarrages disponibles dans le port entre les amarrages « commerciaux » et les amarrages offerts au public. Il ny a en général très peu de gens qui viennent à ces réunions, qui sont le plus souvent plutôt longues et ennuyeuses. Ce soir (je tape cette entrée sur le portable posé sur une chaise) il y en a un tas qui sont venus des pêcheurs professionnels et des ouvriers des marinas. Oh là là, que ça peut traîner, la démocratie ! le dimanche 17 novembre 2002 Après-midi entier de TIVO Sci fi pour la plupart (Andromeda, Firefly, Stargate), quelques dessins animés comme South Park, on a même déjeuné au lit. Et puis ce soir, il y a un nouvel épisode des Simpsons et une heure de Malcolm in the Middle. Pas très intello, je ladmets, mais pas vraiment désagréable du tout. le samedi 16 novembre 2002 Il pleut, il fait froid, donc on va au cinéma (les billets sont moins chers quà New-York, ce qui est bien) avec un couple et leur garçon pour voir « Harry Potter and the Chamber of Secrets » (je crois) sorti hier. Il y a un multiplex pas trop loin du village où on le passait à chaque demi-heure on est allé à la séance de 2h30, cétait plein de gosses et de parents, j'ai dégusté un grand pop-corn et un « Icee », qui est la même chose quune « Slurpee » sauf pour la marque déposée cest-à-dire, un litre de plaisir glacé au sirop fièrement artificiel (et un peu gazeux, aussi) de myrtille ou de cerise. La salle était presque complète et on a dû sasseoir au premier rang, ce qui ma fait un peu mal aux yeux et au cou. Mais le film, qui dure pourtant 2 heures 45 minutes, est amusant, bien filmé, aux truquages qui font sourire. Beaucoup daraignées, aussi. Le casting est réussi : Kenneth Branagh se fout drôlement de sa célébrité et lacteur anglais qui joue Malfoy Père peut se faire vraiment méchant avec un simple mouvement de la lèvre supérieure. Dîner de grands ce soir. La HSP je veux dire la « Haute Société Pédé » nous invite chez eux. Le plus âgé du couple est rédacteur en chef dune revue littéraire et librettiste dopéra et lautre est romancier et designer renommé de jaquettes de livres. Comme nous, ils habitent New-York pendant la semaine. Ils nont que faire de linformatique, donc le copain, qui na jamais lu Proust et ne connaît mais rien du tout de lopéra contemporain (par exemple), se taira. Ils nous raconteront des anecdotes de soirées de gala, de premières de théâtre, de réceptions mondaines. Nous navons en effet que très peu en commun, à part nos prédispositions sexuelles. Est-ce vraiment assez ? le vendredi 15 novembre 2002 La météo prévoit un sale temps et jai donc voulu profiter du beau temps qui nous restait pour faire une petite promenade dexercice dans le quartier avec Betty, parce quelle resterait en toute probabilité enfermée à la maison ce week-end. Jai aussi voulu inspecter de près le nouveau parc quon est en train daménager sur les bords du Hudson il y a une paire dimmeubles de larchitecte Richard Meier qui sélève de chaque côté de la rue Perry en face du West Side Highway, du fleuve et du rivage opposé de l(exécrable) état de New-Jersey.
La célèbre et richissime Martha Stewart, maintenant poursuivie par les autorités anti-fraude de la Bourse, avait acheté le grand appartement au sommet dune des deux petites tours de verre pour la somme de $6 millions mais il paraît quelle sest ensuite changée davis et na plus envie de sy installer, même avec lascenseur privé pour sa voiture (elle naurait pas eu, on dit, envie davoir à faire avec les autres résidents de limmeuble, dont Nicole Kidman et Calvin Klein qui sont eux aussi propriétaires, même au garage.)
Juste à côté se trouve le Charles Lane, une de ces petites allées perdues en plein New-York. Jai pris une photo et jen ai découvert une autre, bien plus belle, de Berenice Abbott, qui habitait longtemps dans le quartier après son retour de Paris, où elle travaillait avec Man Ray. Jaime les pavés, de plus en plus rares. On descend jusquà Charles Street où il y a un feu qui nous permet de traverser le West Side Highway pour atteindre le parc. On nous a chassés (assez gentiment) de lentrée dun des quais mais jai réussi à prendre cette photo de Newport-City (New-Jersey, état maudit), situé sur lautre rive du Hudson où sinstallent maintenant beaucoup de départements considérés comme « non-essentiels » des grandes boîtes financières, tels services informatique, services dappui, comptabilité et cetera, pour lequel les PDGs ne veulent pas payer des loyers de Manhattan.
On remonte ensuite Christopher Street, tout calme à cette heure-ci. Nous passons devant la façade tristement fonctionnelle de ce qui avait été une boîte gay très renommée aux années 70 au nom pas très BCBG de « The Cockring ». Cest bien là où lon ma offert des poppers pour la première fois lorsque je dansais avec lami dun ami en visite à New-York de Londres.
(Petit aparté: l'immeuble a une drôle d'histoire: il y avait la boîte au rez-de-chaussée et un hôtel de passe au-dessus. Un propriétaire de boîtes de nuit gays l'a acheté pour en faire un hôtel de luxe, avec un restaurant élégant tout en haut ce type, tout à fait gay, s'est marié avec la fille d'un don de la mafia new-yorkaise. Il avait aussi un ami particulier très beau, joueur de baseball, qui travaillait chez UPS (je sais tout ça parce que je les voyais très souvent à Fire Island le type, très bien bâti, avait des yeux d'un bleu vraiment incroyable tandis que l'autre était tout petit, aux cheveux très bouclés et teints (blonds, presque blancs). L'affaire a duré des années mais à un certain moment, le joueur de baseball s'est décidé à rompre avec le propriétaire de boîtes de nuit, mais le propriétaire s'est tellement enragé qu'il est allé chez l'autre et l'a tué d'un coup de couteau. Si je m'en souviens correctement, le meurtrier était arrêté mais, avec l'aide de son beau-père mafia, il s'est enfui au Brésil, d'où on n'a pas réussi à le faire revenir aux USA. Les autorités américaines ont donc saisi ses biens immobiliers (qui appartenaient aussi à la Mafia) et de l'hôtel de luxe on en a fait un centre d'hébergement pour les personnes atteintes par le VIH. Je pense qu'on m'a dit que le propriétaire était rentré du Brésil mais je ne pense pas qu'il soit en prison. Je ne sais pas ce qui s'est passé avec sa femme.)
Plus loin, continuant vers lest, on passe devant lénorme façade en brique de limmeuble Archives. Cétait les archives fédérales réaménagées en appartements en 1988 il y a des années le copain et moi, nous avons visité un appartement dans limmeuble la qualité de la construction nous paraissait mauvaise, et cétait pourtant assez cher. Mais cest dans cet immeuble que Monica Lewinsky est venue sinstaller après son stage infâme à Washington. Moi je ne lai jamais vue.
le jeudi 14 novembre 2002 Après la pluie, le beau temps il fait 12º, quelques nuages tout blancs à lhorizon au-dessus du New-Jersey (état maudit). Je ai sorti le chien vers 12h30 ; on avait comme destination finale une sorte de terrain de jeu asphalté quelques filets de basket montés sur le grillage, des bancs juste devant les bureaux de Boss Models tiens, ça doit être à cause de ça quon voit autant de beaux gars à vélo par là et le copain, qui avait couru ce matin à côté de ce « parc » très new-yorkais, cest-à-dire, sans aucune trace de verdure à part quelques touffes de pissenlits, mavait dit en rentrant quil y avait vu une vraie foule de gens avec leurs chiens . Bon, je voulais aller jouer avec Betty et profiter du beau temps, mais il me fallait dabord chercher de largent au distributeur dans la 12e rue ouest, parce que je voulais acheter une balle chez lanimalier de la rue Hudson. Donc, Betty et moi, nous sommes sortis de chez nous pour nous rendre au parc (Betty, cest vrai, ne savait pas où on allait mais elle avait lair content tout de même). Parce quil faisait beau, jai pris mon appareil photo et au coin de la 4e rue et de la 11e rue (intersection illogique très connue) je lai sorti pour prendre une photo du café-restaurant français du coin, Tartine , où toutes les tables extérieures étaient occupées. Jouvre lappareil et tout dun coup je remarque, assis à une table, un homme habillé en noir dont le visage me dit quelque chose. Il est seul, et il me regarde avec mon appareil dune façon un tout petit peu gênée et méfiante je vois quil parle au téléphone et ne me quitte pas des yeux. A l'instant je reconnais ce visage ridé et hagard cest Lou Reed. Je prends la photo et me remets en route.
Je retire un peu dargent, puis on passe chez lanimalier, où je trouve une balle parfaite en plastique rouge, et on repart pour le parc. Hélas, arrivé au bon endroit, je vois un écriteau qui dit très clairement, en lettres majuscules, « No Dogs Allowed ». Il ny a effectivement aucun chien dans le parc il ny a personne en fait, et je me demande si je devrais feindre de ne pas avoir vu linterdiction, quon doit fouler de toute façon le matin, mais finalement je me suis résigné à continuer notre balade, qui nous a mené ensuite devant le restaurant branché Pastis, une de ces fantaisies hyper-francophiles réalisées par le restaurateur Keith McNally.
Nous avons continué dans la rue Gansevoort, où il y a un nouveau bar à vin Rouge à côté du restaurant Florent, puis on a pris la rue Washington pour rentrer chez nous ce quartier change énormément en ce moment, on est train de construire un hôtel et un immeuble . Cest dans la rue Washington quhabitait le peintre Pop Roy Lichtenstein.
Cétait derrière le premier appartement dans lequel le copain et moi nous avons vécu ensemble. Cest aussi à cet appartement quon a ramené la petite Betty, qui navait que 7 semaines, du grand refuge de lASPCA dans la 92e rue est. On a remonté la rue Bank mais Betty ne semblait pas reconnaître les pavés sur lesquels elle avait appris à faire pipi correctement on passait trois acteurs qui répétaient un texte de théâtre sur le trottoir ils le faisaient devant lécole de théâtre HB Studio.
On a un vernissage à la galerie ce soir. Donc, soirée gâchée. le mercredi 13 novembre 2002 A l'époque où jhabitais Kinshasa, il y avait une loi en vigueur dans la capitale du Congo, alors appelé le Zaïre, qui punissait dune amende importante les chauffeurs qui, par insouciance ou malveillance, en conduisant leurs véhicules au milieu des grandes flaques deau aux bords des rues de la ville, éclabousseraient les piétons. Je trouvais cela très bien, et on aurait peut-être intérêt à introduire une loi comparable à New-York, où les chauffeurs de taxi et les banlieusards du New-Jersey en BMW samusent à tremper les gens dans la rue Bleecker. (Est-il évident quil a beaucoup plu ces derniers jours ?)
le mardi 12 novembre 2002 Plus tard La chienne sort pas de sa cage dans le salon je crois quelle souffre de la déprime de retour en ville, aggravée par une pluie chaude et constante dans laquelle elle naime pas sortir ce qui est très compréhensible, dailleurs. Moi, je suis parti en retard pour la galerie (on y a monté une nouvelle exposition collective la semaine dernière de peintres réalistes le meilleur des tableaux, à mon avis du moment, cest de John Button, mort en 1982 cest assez grand, 150 cm de haut par 226 cm de large, peint en 1963, et il sappelle Garage Space ; cest une vue très plate de la façade couleur brique dun garage urbain, avec des grandes portes fermées et un panneau qui dit : Garage Space en grosses lettres et Day & Night en plus petites. Il y a une jeune femme habillée en jupe simple, dépeinte en silhouette, qui passe devant ces portes fermées et coupées par un léger ombre horizontal ; elle tient un sac (de livres ? dachats ? ) devant elle. Cest tout, un moment passager, pas important, sans drame particulier, un peu à la Edward Hopper. La porte de limmeuble dans lequel se trouve la galerie était fermée parce quon versait du béton pour en faire les planchers des trois nouvelles galeries qui sinstallent au rez-de-chaussée. Jai demandé au beau Brésilien Roberto comment il fallait faire pour monter au 1er étage et il ma dit, avec son beau sourire, quil fallait prendre lascenseur de service opéré par l'arabe sournois qui nous demande de largent pour ne pas fermer la porte dentrée pendant les vernissages. Il ne me reconnaît pas, heureusement, parce que je crois quon ne lui a rien donné le mois passé. Avec la pluie et la porte fermée, il ny aura personne aujourdhui. Correction : LAffordable Art Show, malgré son début peu prometteur, a fait de largent. Les collectionneurs sont venus à flots au quai le samedi et le dimanche et ils ont acheté la plupart des galeries sont très contentes et elles veulent faire parties de la prochaine foire. Je me sens groggy et épuisé même après 7 heures de sommeil et deux grandes tasses de café. Ça doit être le comprimé de mélatonine 2,5 grammes que jai avalé hier soir. Le copain a dû se lever tôt pour faire une conférence téléphone avec le Royaume-Uni et Singapour cela dure en général 1h30 et je nai pas le droit de mettre la radio pendant ce temps-là. Il me faut la NPR pour me renseigner sur ce qui sest passé dans le monde pendant que je dormais on a aussi le New York Times quon dépose devant lentrée de lappartement, mais moi je le lis plus tard, après avoir fait un petit tour parmi mes sites favoris. Les histoires bizarres de viol et détouffement daffaire qui sortent du palais de Buckingham mamusent assez, tout comme la remarque faite par la femme de lancien valet de chambre de la princesse Diana, « I went into this marriage with my eyes wide open ». Ma vieille amie à la campagne et moi, nous en avons beaucoup ri ce lundi passé elle ne se sentait pas bien et est restée au lit mais on se parlait au téléphone. Elle a insisté que je lise Les Mémoires dOutre Tombe de Chateaubriand elle-même, elle est train de lire De la démocratie en Amérique par de Tocqueville. On a parlé aussi du grand amour de Mme Récamier (belle et bête, selon Benjamin Constant) et de lécrivain Chateaubriand (laid et intelligent, selon tout le monde). Elle se sent complètement désespérée par les récentes victoires républicaines, qui lont jetée dans une humeur des plus noires, puisquelle dit quelle est trop vieille pour voir un retour au bon sens. Essayant de lui remonter le moral un peu, je lui ai signalé les manifestations de 400.000 personnes contre la politique de Bush à Florence. A cela elle me répond « Ouais, ouais, mais à Washington ils se foutent tout à fait de ce qui se passe en Europe. » Malheureusement, je pense quelle a raison. Mieux vaut nous concentrer sur les pécadilles délicieuses de la famille Windsor et les liaisons damour du 19e siècle. le dimanche 11 novembre 2002 Le copain et moi, nous étions très contents hier parce quon nous avait promis la connexion Internet par câble on avait fait la commande depuis New-York et on est allé se faire connecter officiellement au bureau local de la compagnie de câble Comcast. Ce bureau-là se trouve au milieu de ce quil y a de plus laid dans le paysage américain actuel un ramassis de supermarchés géants (tels Wal-Mart et Stop-n-Shop), de stations-service, de petits centres commerciaux moches (salons de coiffure, magasins de vidéo, réparations délectroménager, restaurants dits « de famille »), dénormes terrasses asphaltées pleines de VTT et de pick-up neufs le bureau de Comcast se trouve dans ce qui avait été un simple bungalow des années 40 transformé sans grâce en bureau et minable studio de télévision pour enregistrer les programmes daccès public que la société est obligée de diffuser. C'est situé sur une petite hauteur à une centaine de mètres de la route et presquimpossible à repérer parmi tous ces bâtiments style « entrepôts efficaces » qui lentourent. Mais on y arrive finalement et une jeune asiatique un peu bouboule, aux cheveux rayés de rouge, nous accueille gentiment au comptoir et après quelques frappes au clavier, elle nous rend le modem câble. Chic alors ! On rentre tout de suite à la maison et le copain commence linstallation problème ! Il téléphone à lappui technologique de Comcast ah ! il y a un truc qui ne marche pas dans la centrale locale de commutation. On est en train de le faire réparer. Bon. Je sors pour acheter le dîner on a trois amies qui viennent dîner chez nous et je propose des carottes râpées, un poulet rôti au citron et au romarin, des pommes de terre nouvelles frites au poêle et des asperges (venues du Pérou, cest la première fois que je vois ça) enfin, des mets difficiles à rater pour le non-cuisinier que je suis. Je rentre toujours pas de connexion par câble je prépare le dîner, les gens arrivent à 8 heures moins le quart lamie de la banlieue de Boston porte une sorte de chapeau cloche au crochet parce quelle a perdu la plupart des cheveux à cause de traitements chimiques récents pour une recrudescence dun lymphome mais à part les cheveux elle est toute en forme et accepte volontiers un verre de champagne pour célébrer sa santé améliorée. Avec elle est une amie anglaise en visite aux USA, qui habite un village aux environs de Redding, à louest de Londres (je suis presque nul en géographie anglaise). Une autre amie du coin nous rejoint une demi-heure plus tard. On parle de lAfrique (lAnglais a vécu 1 an et demi en Afrique du Sud et moi jai passé presque 2 ans au Zaîre dalors), de lIrak, de la vie villageoise. On a bu un Saint-Emilion vraiment pas mal (on ne voulait pas du Pouilly-Fuissé) et tout le monde est parti vers 21 h 30. Je prépare un pot-au-feu « à la Nouvelle-Angleterre » ce soir cest-àdire que comme il est impossible de trouver ici les ingrédients exacts pour faire un pot-au-feu français classique, je me permets de substituer librement dans la recette tirée du Larousse de la cuisine. Hier au supermarché jai demandé à un des garçons bouchers de quelle partie de la vache venait un certain morceau de viande et il sest haussé les épaules en me répondant avec un petit sourire « Chais pas. » Voilà un peu le problème. Demain cest Veterans Day. Cest un jour férié pour les banques et les administrations fédérales, donc pas de poste, mais à part ça, tout devrait être ouvert. Jai une réunion ici demain après-midi, après laquelle on rentre à New-York. le 8 novembre 2002 Nuit pas reposante je me suis couché vers 11h pendant que le copain jouait à lAge de Mythologie (je ne vois pas pourquoi ce jeu doit se nommer « Age of Mythology » ou même, plus gauchement, « Age of Mythologie ») qui lobsède en ce moment. Il a éteint lécran vers minuit (et on a dû se lever à 6h30) et tout dun coup le chien saute sur le lit (et sur moi) ce qui me réveille tout à fait. Le copain sendort immédiatement (il a le talent pour ça) mais moi je reste là, éveillé dans lobscurité de la chambre, à écouter les bruits du dehors des voix distantes, des aboiements de chiens, des sirènes. De temps en temps je me lève la tête pour lire lhorloge digitale, qui indique 1 heure, puis 2h11, et ainsi de suite. Je ne sais pas pourquoi je nai pas pu me rendormir je nai pas à présent de soucis qui me tourmenteraient de façon particulièrement aiguë. Ce qui se passe ici dans la vie politique me déprime, oui, mais on a pourtant été capable, il faut lavouer, daller dîner avec un ami dans un resto italien plus ou moins homo (c'est-à-dire, avec de beaux serveurs (probablement mais pas nécessairement) gays et plusieurs couples masculins) dans la 8e avenue toujours plein, toujours avec des gens qui attendent sur le trottoir pour entrer, donc aucune évidence de crise financière. Nous parlons de combien on a été déçu par les élections, et ensuite on se demande où on pourrait aller pour quelques jours à la plage. Notre ami passe les vacances de Thanksgiving avec son petit ami berlinois à St-Barth (tarif spécial très intéressant proposé et acheté en juillet passé), il connaît très bien les îles caraïbes ainsi que la Floride (il ne peut plus sentir Key West, où il est allé souvent il y a vingt ans aujourd'hui, selon lui, ce nest quune boutique à t-shirt infecte le copain et moi, nous sommes beaucoup moins cosmopolites, on ny est jamais allé et on est presque vierge pour les Caraïbes et la Floride je suis allé une fois à Nassau, aux Bahamas, et le copain vient de rentrer de Disneyworld, à Orlando.). L'ami connaisseur aime bien South Beach, du moins pour un week-end, et il nous explique quon ny a vraiment pas besoin de voiture. (Pour St-Barth, nous dit-il, il faut au moins cinq jours, puisquil est 8 heures de voyage pour y arriver de New-York, avec une escale à St-Martin voilà, il nous apprend tout !) On a bu un vin chilien pas trop mauvais, un peu trop velouté à la façon californienne. Cest peut-être cela qui ma empêché de dormir, ce vin de chez Pinochet ? le 7 novembre 2002 Sur ma liste perpétuelle de choses à faire figure trouver un tissu dameublement pour le sofa à la campagne. Puisquil fait beau aujourdhui jai décidé daller faire un tour dans le Lower East Side où il y a un tas de magasins de tissus. En descendant la 4e rue vers le Soho jai rencontré une amie qui a proposé de maccompagner, ce que jai accepté avec plaisir.
Marchant en direction de Broadway on a parlé des élections, qui lont déçue aussi. On est arrivé finalement dans le peu qui reste du quartier dit Little Italy quelques cafés touristiques, une boutique à souvenirs, une pâtisserie italienne maintenant tout à fait envahi par les Chinois.
On continuait vers lest où nous nous sommes retrouvés, après avoir traversé la rue Allen, dans le Lower East Side, lancien quartier des immigrés juifs, dont la rue principale, Orchard Street, est toujours une rue marchande de petits magasins de vêtements et de tissus au rabais, tenus pour la plupart par des Chinois ou des Portoricains, mais il y a toujours quelques marchands juifs venus de la Syrie et du Maroc.
Arrivés au magasin voulu, Joes Fabric Warehouse, nous sommes montés au premier étage, où jai dit bonjour à Joe, qui je connais depuis des années, et puis je me suis enfoncé dans les rangées de rouleaux de tissus il ny a que quelques centimètres de place au milieu de chacune pour marcher et les tissus sont rangés plus ou moins selon le type toiles de Jouy, velours, couleur unie, et cetera. Moi, je nai pas vraiment trouvé quelque chose de convenable pour le canapé il faudrait que le tissu soit assez dur pour résister aux griffes de Betty, qui aime creuser dans les meubles, et aussi avoir assez de motifs pour cacher les petits accidents (vin rouge, pattes sales) que lon lui fera subir. Jai pris trois petits échantillons, deux de taffetas polyester, dont lun bleu néon et lautre bleu turquoise à seulement $15 le yard, et un ottoman jaune à croisements brique à $35 le yard. Je sais déjà quils niront pas mais il faut que je fasse leffort de chercher dans les magasins au rabais avant de me permettre dacheter le tissu que je voudrais à un prix nettement plus élevé. Bon, je suis radin cest encore ce petit ( ?) côté puritain.
Mon amie et moi, nous avons alors pris un taxi dans la East Houston Street pour rentrer au Village, où elle habite comme moi. Le chauffeur de taxi écoutait la radio infos et il y avait une conférence de presse (la première depuis juillet, je crois) de Bush. Le chauffeur noir tourne vers nous, derrière, et dit, dans un fort accent africain et avec un soupir dexaspération, « Mais comment, vous, les électeurs américains, vous avez pu faire ça, donner tout à ce Bush. » Je me suis excusé en disant quon avait voté pour les démocrates, nous. On sarrête à un feu. On entend la voix de Bush. Le chauffeur fait un hochement de tête résigné, puis en démarrant, il dit « Cest comme voter dans un pays du tiers-monde. » Il na pas tort. le 6 novembre 2002 Les élections dhier mont montré comment « le peuple » peut « se tromper ». Il ne me semble pas hors de propos de signaler que 44 % des électeurs allemands ont voté en faveur dHitler lors des élections du 5 mars 1933. Quelques recherches effectuées sur cette triste période mont donné à réfléchir sur la portée éventuelle des événements dhier. Le voici: « La dictature nazie s'est mise en place extrêmement rapidement et a instauré la terreur dans le pays : après l'incendie du Reichstag, le 27 février, plus de 4 000 sociaux-démocrates, communistes et libéraux ont été arrêtés. Le 28 février, Hindenburg s'est appuyé sur l'article 48 de la Constitution, conférant au Président de la République les pleins pouvoirs en cas de crise, pour promulguer une "ordonnance pour la protection du peuple et de l'État". (On se souviendra du récent USA Patriot Act voté par le Congrès américain le 25 octobre 2001 à la suite des attentats contre les tours du World Trade Center à New-York et le Pentagon à Washington) Les droits fondamentaux, notamment les libertés d'expression, de réunion, d'association, le droit de propriété, le secret postal, l'inviolabilité du domicile, furent suspendus. Le gouvernement du Reich s'est octroyé le droit d'intervenir dans les Länder, et des peines de mort ou de travaux forcés étaient prévues pour les opposants qui "menaceraient l'ordre public". » « Le 23 mars 1933 le Reichstag vote les pleins pouvoirs à Hitler pour quatre ans avec 441 voix contre 94 voix socialistes (SPD). Tous les députés communistes et une partie des sociaux-démocrates étaient emprisonnés. Pour obtenir une majorité des 2/3, Hitler avait promis aux conservateurs de ne prendre aucune mesure contraire à la Constitution. Le parti conservateur et nationaliste Deutsche Nationale Volkspartei était déjà l'allié de Hitler, et celui-ci, pour gagner les voix du Zentrum, avait promis d'établir un Concordat avec le Saint-Siège pour tout le Reich (jusqu'alors il n'y avait que des concordats signés avec les Länder), ce qui mettait l'Église catholique à l'abri. (On se souviendra de lalliance politique des Républicains avec les églises évangéliques sur les questions de lavortement et de la recherche sur lembryon, pour ne citer que ces deux exemples prééminents.) C'est à la suite de cette promesse que les centristes se sont rangés aux côtés de Hitler. Hitler obtient le droit de légiférer sans contrôle du Reichstag pendant quatre ans : la démocratie parlementaire est abolie. Hitler devient légalement dictateur ; cest la fin de lÉtat de droit et la Gleichschaltung (mise au pas) commence officiellement. En un peu plus dun an, de mars 1933 à juin 1934, se met en place la dictature : cest la Révolution nationale-socialiste. » (J'ai trouvé ces texte sur le site resistanceallemande.online.fr. Pour lire des extraits (en anglais) des textes des décrets allemands de 1933, vous pouver vous rendre ici.) le 5 novembre 2002 Il fait frais. Les gens pressés descendent toujours dans le métro, les tasses de café en carton et les journaux à la main. Tout a lair très normal et cela donne pourtant un peu limpression du calme avant lorage. Ici on vote aujourdhui. A New-York il ny aura certainement pas de grandes surprises M. Pataki restera à Albany. Ailleurs, on ne sait pas vraiment aura-t-on encore des histoires en Floride ? Demain on a prévu une réunion de la banque de la Réserve fédérale à Washington et on se demande si les gouverneurs, sous le règne actuellement un peu moins heureux de M. Greenspan, se décideront à baisser encore une fois le taux dintérêts cest déjà tout bas. Dun point de vue politique, baisser le taux demain na plus beaucoup dintérêt, puisque les gens auront déjà voté, donc cela ne peut pas influencer les voix. Mais la Bourse, toujours anxieuse, sattend à quelque chose et si la Réserve fédérale ne fait rien (ce qui est probable), la Bourse pourrait alors chuter, en expliquant que la Réserve ne lui a rien donné pour la soutenir. Les valeurs restent nettement survaluées (tout le monde le sait mais peu en parle ouvertement) et lon ne sait pas ce que lon va faire si on commence une guerre en Irak (cétait comme une claque retentissant au visage de M. Bush quand le ministre des affaires étrangères dArabie saoudite a dit sur CNN que son gouvernement ne permettrait pas aux forces aériennes américaines de se servir de bases en Arabie saoudite pour mener des opérations de guerre contre lIrak sans parler des élections récentes en Turquie, où tous les partis politiques se sont mis daccord contre une guerre en Irak) et si le pétrole du Moyen-Orient est coupé et sil y a un autre attentat meurtrier aux USA ou en Europe revendiqué par Al-Qaïda ou un autre groupe du même genre, alors là on pourrait voir le véritable krach dont on parle tant. Oui, jai voté ce matin, mais je me garde de retenir le souffle encore quelques instants. On verra plus clair demain.
En passant, je trouve ça marrant de pouvoir dire à mes amis non-New-Yorkais que je remplis mon bulletin de vote (en réalité je tire sur une petite manche au-dessus dun nom pour indiquer mon choix) dans une salle de réunion du Centre de la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transsexuelle entourée de murales de Keith Haring et dautres. (Quand jhabitais Bank Street, on votait dans le local de la synagogue gay Beth Simchat Torah cest bien ça le quartier !) Plus surprenant encore, jai tout de suite reconnu une des personnes responsables pour le scrutin à la table de notre petit district cest une artiste qui me dit bonjour tout gentiment et elle retrouve mon nom sur la liste des inscrits très rapidement. La femme qui attend derrière moi, en casquette de vélo bleu, dit à haute voix quelle a envie de sinstaller en Floride pour se faire observateur de vote, tout comme les Russes et les Albanais qui y sont déjà. le lundi 4 novembre 2002 Ce matin, lorsque je jouais avec le chien sur la pelouse dun ancien phare, je me suis posé la question de savoir si les climats posséderaient une valeur morale ? Plus précisément, est-ce que les gens qui choisissent dhabiter dans les pays aux hivers longs et durs sont moralement supérieurs à ceux qui vivent dans les pays ignorants de lhiver ? Plus précisément encore, est-ce que les gens qui acceptent de vivre dans un pays où lhiver est une saison pleine de menace sont moralement supérieurs aux gens qui quittent leur pays pour sinstaller pour plusieurs mois dans un autre où lhiver nest quune agréable décoration de Noël, où le tennis et le golf se jouent toujours, où les intempéries hivernales ne sont que des infos distantes entendues à la radio ou télévisées en direct par la Weather Channel ? Y aurait-t-il une échelle de valeur morale gradée selon la température moyenne en janvier ? Peut-on croire que les gens qui habitent, par exemple, à Québec en hiver seraient « moralement » supérieurs à ceux qui préfèrent passer lhiver à Sarasota ? Dans le village où nous avons notre petite maison de campagne une bonne partie des habitants sen vont chaque hiver pour des maisons et des « condos » en Floride. Nous qui restons dans le village à subir les contrariétés de notre latitude, nous nous sentons et soulagés par le départ de ces visiteurs de passage et abandonnés par des gens qui doivent évidemment nous considérer comme des débiles pour vouloir (ou devoir) rester là où il fait si mauvais si longtemps.
Tout cela, cest sûrement très puritain le plaisir, le bien-être physique nest pas en soi désirable (lanti-épicurisme), ou bien la souffrance causée par les difficultés physiques de lhiver hausse celui qui léprouve à un niveau sensuel plus élevé (un masochisme purifiant ?). Est-ce mieux et bien plus sain peut-être de demander tout simplement des renseignements sur des locations à St-Barth ? le dimanche 3 novembre 2002 J'ai oublié de noter qu'on est allé mangé vendredi soir dans un nouveau restaurant italien à deux pas de chez nous, événement assez rare pour nous puisque nous sommes en général en train de nous rendre à la campagne les vendredis soirs. J'ai pris une salade d'artichauts (pas mauvais) pour commencer, et je croyais avoir commandé une sorte de rôti de porc mais le garçon m'a apporté un morceau de boeuf pas très bon il m'a assuré que c'était bien cela que j'avais commandé. On a bu une bouteille de Montepulciano les prix des entrées étaient plutôt raisonnables mais pour les vins, ils étaient tous chers. On n'y retournera pas probablement. Samedi soir, on est allé au supermarché D'Agostino's dans la rue Jane, pour acheter du fruit, des cacahuètes, des salades de légumes, qu'on a mangés en regardant nos vidéos.
Le copain n'a commencé à faire sa valise qu'à 22h et puis il s'est installé devant l'ordinateur pour jouer le nouveau jeu qu'il avait acheté l'Age de Mythologie. Il l'a joué jusqu'à minuit, ce qui est idiot quand on doit se réveiller à 5h30 pour prendre la voiture pour l'aéroport à 6h. Les réunions commencent, m'a-t-il dit, à 11h en Floride et vont jusqu'à 18 h. Il sera mort. C'est le Marathon de New-York ce matin, mais tout ça se passe au East Side; moi, je prendrai la voiture à 11h45 et j'espère échapper au chaos de la circulation en prenant le Merritt Parkway pour m'enfoncer dans le Connecticut. Il fait assez beau aujourd'hui. Le Merritt, c'est lent (construit dans les années 30, je crois) mais c'est beau, surtout si on aime les arbres. Il y en a plein. le samedi 2 novembre 2002 Journée plus ou moins gaspillée, mais quand même agréable. Le copain a dû aller très tôt au bureau et je suis resté au lit avec le chien. J'ai traîné plus tard au gym et pendant que je faisais le stairmaster, il y avait une classe de step très énergique dans la salle d'à côté conduite par un noir athlétique c'était plein de monde, en majorité filles (femmes) mais aussi avec quelques garçons (hommes), et ça tournait, dansait, montait les gradins en plastique à un rythme effréné. Il y avait aussi (c'est normal, c'est samedi) tout un monde qui attendait son tour aux vélos stationnaires et tapis roulants j'ai fait mes trente minutes et suis parti, pour faire les mots-croisés du Times (samedi, c'est la grille la plus difficile de la semaine). J'ai sorti le chien, on est allé se promener un peu plus loin que d'habitude, je faisais du lèche-vitrine, Betty flairait chaque base de réverbère, des femmes et des hommes et même un beau jeune homme accompagné de son père, sa mère et une soeur nous ont souris, on était content. Rentré chez nous, on y a retrouvé le copain revenu du travail. Nous sommes sortis encore pour prendre un café dans la 6e avenue et pour aller acheter le nouveau cd de Sigur Ros à Tower Records. Rentrant de Broadway, on s'est arrêté dans un magasin de vidéos dans la 8e rue où j'ai acheté 2 DVDs de Pedro Almodóvar, « Tout sur ma mère » et « Femmes au bord de la crise de nerfs ». On a continué ensuite a un autre club de vidéos dans la Greenwich Avenue où le copain est membre et on a loué « Shallow Hal » et les premiers épisodes de « Sex in the City » qu'on n'a pas vus parce qu'on n'est pas abonné à HBO. C'est drôle parce qu'en me promenant avec Betty hier après-midi, j'ai remarqué un groupe de paparazzi et de flics, ainsi que des touristes français et nous-mêmes, devant la maison de Mlle Parker. Par hasard j'avais toujours mon appareil photo dans la poche de mon manteau et voilà!
Bon, je sais bien que ce n'est pas du Lartigue ou du Modell. On nous a expliqué qu'on attendait la nouvelle mère qui rentrait de l'hôpital avec son enfant nouveau-né en effet, on a vu une grande photo de la famille à la une du New York Post d'aujourd'hui. « Shallow Hal » n'a pas pu nous divertir, on a vite mis la cassette de « Sex ». C'est frivole, c'est prévisible, c'est un peu trop Woody Allen lite, mis à jour et fait pour la télé, mais, bon, ça a aussi des moments amusants. Demain à 6h le copain doit partir pour Orlando oui, à Disneyworld, pour une conférence organisée par la banque. J'aurais pu l'accompagner mais je déteste la Floride, je ne voulais pas mettre Betty au chenil, et finalement je n'ai pas envie de soutenir l'empire Disney en aucune façon. Donc, je reste à New-York pour quelques heures avant de partir pour un soir à la campagne avec Betty. Je dois rentrer lundi soir pour pouvoir voter mardi aux élections. le vendredi 1er novembre 2002 On a survécu à la fête à 18h, quand j'ai sorti le chien, j'ai croisé deux petits diables et une grande fée blanche en tutu, avec des ailes de dentelle. Le copain est rentré chez nous de Wall Street sans incident on s'est enfermé dans l'appartement pour regarder la télévision il y avait une émission spéciale des Simpsons pour Halloween (pas extra, à mon avis), puis un nouvel épisode de Will and Grace, qui nous a fait sourire (par moments). On a commandé de quoi manger d'un bon restaurant japonais du coin et cela a pris temps pour venir. Pourtant on a donné un pourboire plus que conséquent au livreur, un vieil Asiatique au visage tout ridé, en lui remerciant d'être sorti par une telle nuit. On mange en regardant le début d'ER, mais l'épisode devient vite trop déprimant. Dans une des histoires concurrentes qu'on suit il s'agit d'un couple homo qui a fait une fête d'Halloween chez eux. L'immeuble a pris feu et il y a trente blessés qui viennent d'arriver dans la Salle d'Urgence. L'un des deux, toujours en costume brûlé et déchiré, entre dans la chambre de son ami (ben, on apprend plus tard que c'est son ami à cet instant-là, c'est un jeune quelconque qui demande à savoir comment va l'autre, allongé sur un lit d'hôpital). Il dit au médecin « Je peux lui parler? » et le médecin lui répond, tout en haussant ses épaules, « Allez-y. Il ne vous entendra pas. On lui a donné un sédatif fort. » Puis on voit le visage de l'ami, horrifié, qui regarde l'autre, les yeux fermés, dont le visage est tout à fait brûlé, dévasté! Oui, oui, je sais, ça fait très mélo (et ils le font très très bien sur ER, qui dure depuis des années) mais je n'en pouvais plus. J'éteins le poste et je sors le chien une dernière fois dans la soirée. Dehors nous entendons les bruits des hélicoptères qui planent dans l'obscurité au-dessus de nos têtes. On voit deux jeunes gens qui nous passent en cachant leurs bouteilles de bière. Déjà, le chien en a marre et veut rentrer. Il doit entendre des tas de sons que nous, humains, ne pouvons pas capter. |
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