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le vendredi 31 janvier 2003


Un nouvel immeuble (qui fait pourtant vieux) de la rue Peachtree à Atlanta

Hier soir on est allé dîner, ma mère et moi, chez une amie à elle, octogénaire (elle aura 89 ans en mars). Elle nous a préparé un repas d’adieu tout à fait du sud : morceaux de poulet frit, des patates douces cuites au four et, pour le dessert, de la glace vanille avec une sauce au chocolat. Cette femme était charmante, pleine de vitalité et d'humour, et elle n’est pas du tout contente que ma mère déménage.


Les premières tours d'appartements de luxe d'Atlanta (où j'ai passé une soirée délicieuse avec un bel Australien il y a des dizaines d'années...)

On est rentré à l’hôtel vers 21 heures (oui) où j’ai branché l’ordinateur et allumé la TV. On passe beaucoup d’émissions religieuses ici à la télévision câblée, c'est un peu inquiétant. Heureusement qu'il y avait aussi une émission de catch professionnel où j’ai découvert ce jeune Adonis au nom de Charlie Haas qui fait partie d’une équipe de catcheurs « Team Angle ». Quelques recherches googlesques rapides m'ont révélé le suivant: né en Oklahoma en 1977, M. Haas avait pratiqué la lutte gréco-romaine à l’université Seton Hall avant de devenir professionnel. Il est tout à fait le genre de types parmi lesquels j’ai été élevé à Atlanta (même cheveux blonds avec sourcils foncés) — tous ces jeunes héros de football américain et de baseball. C’était presque ma madeleine à moi de voir ce type quand je me trouvais tout seul dans une chambre d’hôtel à Atlanta. Mes goûts en tant de choses, en tant de manières, ont été formés par les expériences que j'ai eues ici — pour le bien et pour le mal, bien entendu — et je sais que j’aurai toujours un faible très fort pour les garçons comme M. Haas, qui me rappellent d'où je suis sorti et pouquoi j'ai choisi d'habiter ailleurs.


Charlie Haas — ils sont tous comme lui à Atlanta, si, si!

C’est en toute probabilité la dernière fois que je vienne à Atlanta. Je suis passé au supermarché cet après-midi pour acheter du café et c’était énorme, propre et bien organisé. Beaucoup mieux qu’à New-York, où les supermarchés sont petits, souvent sales et bondés.

Ce soir on prend un verre d’adieu chez d’autres amis de ma mère, que je ne connais pas, avant d’aller dîner dans un restaurant tout près de l’hôtel — ma mère ne sait plus conduire dans cette ville nouvelle qu’est devenue Atlanta — où il y a trop de TTVs, de BMWs, de pick-ups. On a failli se faire écraser par un TTV hier soir, à cause de ma mère qui ne le voyait pas venir. « Damned SUV » elle s’est contentée de répéter au lieu d’admettre sa faute à elle.


Vue d'Atlanta du 17e étage d'un immeuble à Buckhead

On a fermé l’ancienne maison à clef avant d’aller à l’immeuble ou se trouvait le bureau des avocats au centre de Buckhead, le quartier chic d’Atlanta. On est monté au 17e étage, d’où j’ai pu prendre ces photos du centre de la ville, au sud de là où on était.


Le désert de la banlieue — mais en principe, on est en ville !

le jeudi 30 janvier 2003
à Atlanta, Géorgie

Me voici de nouveau dans ma ville d’origine — je ne suis pas né à Atlanta mais j’ai vécu ici presque toute mon enfance et une partie importante de mon adolescence. Bien sûr, ça a drôlement changé. Quand j’habitais ici, c’était une ville de province comme d’autres. Aujourd’hui c’est une grande ville, toujours de province mais nettement plus ouverte au monde. Et énormément plus grande.


Dans la salle d'attente de l'aéroport La Guardia à New-York

Le vol de New-York n’a duré que 2 heures et une voiture est venue me chercher pour me déposer chez ma mère. Presque tout le mobilier était déjà emballé et rangé dans un des deux camions de déménagement, qui est parti ce soir. L’autre partira demain, avec ce qui reste dans la maison.


Récuperation de bagages à l'aéroport Hartsfield à Atlanta

Nous resterons ce soir et demain soir dans un hôtel de Buckhead. Demain matin nous allons chez les avocats pour l’échange des documents de vente. Et voilà, un demi-siècle de vie dans cette ville termine pour ma mère et pour notre famille.


Un coin de la terrasse à Atlanta

Il fait assez doux, avec de la bruine. C’est curieux, cette ville ne me laisse jamais indifférente.

le mercredi 29 janvier 2003

Bon, il l’a raté — malgré toutes les banalités de formule que le petit singe a sorties, il l’a raté. D’abord, ce n’est pas un orateur né. Sa voix n’est pas agréable, c'est grêle et aigüe. Son accent texan (« terrorism » et « terrorists » sortent de sa bouche comme « tourism » et « tourists », ce qui fait un drôle de contresens) et ses bévues de prononciation (il dit par exemple « nucular » pour « nuclear ») ne lui aident pas non plus. Et puis il a souvent — il l’avait hier soir — il a ce qu’on appelle en anglais un « smirk », une sorte de sourire narquois qui n’inspire aucune confiance en ce qu’il dit.

Dans ce discours on voyait surtout le dispositif préparé par son équipe politique. Il a commencé par la proposition d’une lutte contre le sida en Afrique. Une plaisanterie de mauvais goût d’un type qui prône l’abstinence sexuelle au lieu de l’éducation et qui fait enlever des sites gouvernementaux tout renseignement sur les préservatifs. Et lui, le chef d’un parti qui fait des petits clins d’œil aux blancs du Sud pour se maintenir au pouvoir (on a dû sacquer le sénateur Lott seulement pour son manque de subtilité à cet égard) — ah, oui, il s’intéresse à l’Afrique, à ces pauvres Africains affligés ! Comment a-t-il osé dire cela ?

La justice à l’américaine devient, sous son administration, une justice du Far West cinématique— « Wanted : Dead or Alive » et on n’a pas besoin de gaspiller du temps en faisant un procès pour des hors-la-loi — on s’en débarrasse avec des missiles sans difficultés de procédure légale, comme ce qui s’est passé tout récemment au Yémen. Et on se félicite ! Est-ce qu’il se croit John Wayne ? C’est fou et c’est indécent.

Il a raconté toutes sortes de bêtises mais on ne l’a pas cru. Le New York Times d’aujourd’hui, toujours attentif au ton dont on se sert pour parler du grand chef, a commencé son éditorial avec du blabla à propos de majesté et de caractère moral, qui s’est changé plus loin en propos très dubitatifs sur l'avenir de l’économie, la guerre contre le terrorisme et la guerre contre l’Irak.

Les entrées 2, 3 et 4 sur la visite récente de la carnetière de Blogmeblogmoi à New-York sont maintenant en ligne. Elles font du plaisir.

Demain je pars pour Atlanta, où je reste quelques jours.

le mardi 28 janvier 2003

Il y a de ces idées qui sont dures à contempler. « Trois consolations s’offrent à la vieillesse : l’argent, le pouvoir et la célébrité. » J’ai lu cette phrase avant de me coucher hier soir. Absents de cette triade sont l’amour, la bienfaisance, et les valeurs spirituelles, parmi d’autres. Est-ce tout à fait sentimental, voire niais, je me suis demandé,de croire que la vie peut être vécue dignement sans avoir besoin de « consolations » ? Et s’il en faut à la vie, est-ce cela vaut vraiment la peine pour ceux qui ne seraient assurés ni d’argent, ni de pouvoir, ni certainement de célébrité ?

M. Tournier, l’auteur de cette phrase lue dans son « Journal extime », a peut-être raison. Dans la pièce « Œdipe à Colonne » de Sophocle, dans la traduction de Leconte de Lisle, le chœur chante : « Ne pas être né vaut mieux que tout. Le meilleur après cela, dès qu'on a vu la lumière, est de rentrer très-promptement dans la nuit d'où on est sorti ; car, dès que la jeunesse arrive avec les futilités insensées qu'elle amène, de quels maux lamentables n'est-on pas atteint ? Les meurtres, les séditions, les querelles, les combats et l'envie ; et, enfin, survient la vieillesse odieuse, sans forces, chagrine et sans amis, et qui contient toutes les misères. »

« On vit trop longtemps maintenant » m'a dit l’amie écrivain, qui, elle, a 84 ans. Je me suis tu. A-t-elle raison ? Le corps est traître. « O vraiment marâtre nature. » Je pense à ma mère, et à d’autres personnes dans lesquelles je reconnais les effets d’un combat qu’ils ne gagneront pas.

En effet, ça sert à quoi, la vie ? Exister quelques révolutions solaires sur une planète insignifiante, à faire quoi ? Si vous avez de la chance, vous arrivez dans une famille de bourgeois riches à Paris, dans la banlieue new-yorkaise, à South Kensington. Bonnes écoles, universités, voyages, stages, mariage, boulot plus ou moins tolérable, vacances, maisons de campagne, héritages et tout le reste. Ces chanceux-là pourront bien prétendre, quand ils seront vieux, à l’argent, au pouvoir et même à une certaine célébrité (annonce de décès dans le carnet du « Figaro » ou jolie nécrologie bien rédigée dans le « Times » de Londres ou de New-York). Et pour les autres, ceux qui sont nés, par exemple, dans les taudis de Johannesbourg ou dans une favela aux environs de Rio-de-Janeiro ou dans un petit village aux bords du Yang-tsé, ceux qui n’ont aucuns avantages économiques ou sociaux, est-ce que ça leur vaut le coup d’être nés ? Les plaisirs qu’ils éprouveront dans leurs vies de pauvres seront-ils suffisants pour récompenser les malheurs, aussi pénibles qu’anonymes, qu’ils auront sûrement à subir ? Je n’ose pas faire ce calcul presqu'inhumain. Je préfère lâchement m’anesthésier en lisant des bouquins intellos comme celui de M. Tournier, en regardant la télé (émissions politiques ou StarTrek, peu importe), en postulant toutes sortes de belles théories d’esthétique, en faisant, au fond, tout ce que ma naissance privilégiée me permet de faire pour ne pas m’inquiéter du vide.

En rentrant à New-York hier, j’ai écouté dans la voiture une des cassettes sur « les grands bouleversements » à l’heure de la Révolution française. Je suis aux débuts de la chute de la monarchie . Quels revers de fortune incroyables ! La reine, petite princesse autrichienne gâtée, pas vraiment méchante mais follement inconsciente du monde hors de Versailles et des événements qui vont lui tomber dessus, en rentrant de Varennes après la fuite ratée, refuse de soulever le store qu’elle avait baissé pour manger « une cuisse de pigeon » hors de vue de la foule qui l’accompagne à pied, entourant la berline. « Il faut avoir du caractère jusqu’au bout » dit-elle à sa belle-sœur Madame Elisabeth. Une leçon triste et profonde. Sans argent, sans pouvoir, Marie-Antoinette à sa mort possédait néanmoins la célébrité. Fut-ce assez ? Qui sait ?

Il y en a d’autres qui insistent que, sans la mort, la vie ne vaut rien. C’est la mort qui donnerait un sens à la vie, en lui donnant une fin, une limite. Sans la mort, tout serait trop facile, même ennuyeux. Peut-être.(Est-ce que les anges s’ennuient ? Et Dieu ? Font-ils des ordres du jour auxquels ils s’appliquent avec diligence et industrie ? ) C’est bien ce fait inévitablede la mort qui me fait désespérer de ma paresse, de mon indiscipline, de mon « talent » pour reporter à un lendemain indéfini les choses que j’ai envie de réaliser dans ma vie.

J’envie les gens qui réussissent à chasser de leurs esprits les démons de l’ambition. Car je ne cherche pas, malgré l’avertissement raisonnable de M. Tournier cité en haut, de me couvrir de richesse ou d’accumuler un pouvoir quel que soit. Mais l’ambition de créer quelque chose de solide, de vrai, me tracasse, c’est sûr. Si seulement je pouvais accepter sans résistance le principe bouddhique bien connu qui dit que le monde n’est qu’illusion. L’idée d’illusion me plaît et me semble même très logique et sensible. Mais je suis trop enraciné dans mes préjugés occidentaux — la raison, la logique, la science.

Oh la la, tout cela, c’est peut-être la fatigue qui parle. Ou pas.

le lundi 27janvier 2003

Le copain a dû renter hier soir à New-York en train afin de pouvoir assister à une réunion au bureau ce matin. Je me suis préparé des spaghettis que j’ai mangés en regardant un « marathon » des premiers épisodes de l’émission « réalité » « High School Reunion ». C’est bête, c’est truqué et pourtant c’est très marrant à regarder. Moi j’aime Dave « le tyran » et Dan « l’athlète » (ils sont tous les deux les mieux bâtis du groupe) — comme ils sont tous installés dans une grande maison dans l’île de Maui, tout le monde se promène devant les caméras torse nu, en slip de bain ou en shorts pour les garçons et en t-shirt moulant et en shorts pour les filles. L’émission terminée, j’ai lu quelques pages dans une biographie de la marquise de Pompadour écrite par Evelyne Lever (Perrin, 2000). La marquise a dû surmonter beaucoup de difficultés avant d’arriver à son poste de « maîtresse déclarée » du roi Louis XV, y comprise la méchanceté mondaine décrite dans cette phrase que je cite : « On recevait volontiers Mme d’Etiolles [la future marquise], on portait aux nues sa beauté, son esprit et ses talents, mais on aurait eu l’impression de déchoir en lui faisant visite. »

J’ai fait ce que j’avais à faire dans le village ce matin — j’ai déposé des petits cadeaux de Paris chez des amis, je suis allé à la poste, à la bibliothèque, où je leur ai remis la cassette laissée (oups, désolé, vraiment !) dans le magnétophone de la voiture, à la banque, où l’on donne des biscuits à Betty. Il ne me reste qu'à ranger un peu avant de remplir le coffre et de repartir sur New-York.

La bourse a peur d’une guerre imminente. M. Blix, à l’ONU, a dit un peu ceci et un peu cela, il paraît. L’autre a dit qu’on n’avait pas trouvé de preuves que l’Irak avait relancé son programme atomique. Comment le président Bush va-t-il répondre à ces rapports demain ?

le dimanche 26 janvier 2003

Aujourd’hui est l’anniversaire de mon père, mort il y a 12 ans dans un accident d’avion petit porteur à quelques kilomètres de sa destination sur la côte de Géorgie. Mon père était médecin et il affirmait constamment devant toute la famille, après avoir assisté à des centaines de morts longues, pénibles et difficiles, que lui préférerait mourir vite que de sombrer dans une déchéance prolongée et odieuse en hôpital.

On prévoit de la neige ce soir. Je devrais faire un petit effort pour ranger la maison mais j’ai une flemme (probablement) invincible.

On a reçu hier les couverts en inox et en bois qu’on avait achetés à Paris — ils ont été expédiés par Federal Express et on ne nous a pas demandé de taxes de douane. Youpi !

Cet après-midi j’ai lu cet article intéressant sur le livre « Bien entendu c’est … off » de Daniel Carton dans la Tribune de Genève.

Au dîner d’hier soir tout le monde était d’accord pour reconnaître que l'administration Bush avait cédé au sujet du délai accordé aux nspecteurs de l’ONU en Irak à cause de la position des gouvernements français et allemand. Et on n’en était pas mécontent, en plus. L’éditorial du New York Times d'aujourd'hui se prononce contre une entrée en guerre sans l’approbation de nos alliés, en rajoutant que « Mr. Bush has never been open with the American people about the possible cost of this war. He has not even been clear about exactly why we are preparing to fight. » C'est le moins qu'on puisse dire !

Comme on l’aura prévu, les sentiments anti-français habituels s’élèvent dans la presse américaine. C’est pour cela que j’ai été frappés par le courrier que j’ai lu dans le San Francisco Chronicle, où la majorité des correspondants applaudissent l’action de la France et de l’Allemagne (pourtant pas nommée, je ne sais pas pourquoi). Voici des extraits de quelques-unes de ces lettres parues aujourd’hui (dimanche 26 janvier 2003) dans le journal californien.

« The French could save Americans and Iraqis from much death and destruction. »

« I salute the courage of the French government to exercise its U.N. veto in order to oppose such a war. »

« France should vote no in the U.N. Security Council with regard to a war upon Iraq. It's just too bad that the other nations on the council don't follow France's example. »


Un portrait de Charles Henri Ford dessiné par le peintre Pavel Tchelitchew

Voici un dessin de Pavel Techelitchew qui fait partie de l'exposition actuelle à la galerie. (J'ai pris cette photo pour un collectionneur européen qui ne pouvait pas venir lui-même à New-York pour le voir.) L'amie écrivain possède aussi un dessin de cet artiste dans son salon, qu'elle m'a fait voir hier soir après l'avoir ramenée chez elle.

le samedi 25 janvier 2003

Le copain s’amuse à monter son nouveau jouet — un ordinateur HP qu’il a acheté hier soir au magasin J&R tout près de sa boîte. C’est pour pouvoir jouer au SimCity4 à la campagne, m’a-t-il expliqué. Aussi cette machine possède-t-elle un graveur dvd. Ça doit servir à quelque chose mais moi je n’y vois pas l’intérêt parce que je suis nul en trucs comme ça — à Noël il y a deux ans le copain m’avait donné un graveur cédérom — je n’ai toujours rien à faire de ce truc-là, je ne sais pas comment le faire marcher, je n’y ai pas touché une seule fois — on a pourtant fait quelques disques, des enregistrements de conférences, par exemple, qu’on avait filmées avec la caméra numérique (cadeau de Noël d’il y a trois ans au copain, qui adore tout ce qui est gadget.) En dépit de mes inepties techniques, je suis par contre meilleur cinéaste que le copain, qui n’a jamais compris l’importance de se mettre tout près de l’objet filmé ou photographié. Nous, êtres humains, nous aimons tous regarder les autres du même espèce (on n’a qu’à voir l’intérêt qu’ont les bébés à se regarder dans une crèche), c’est pour cela, évidemment, qu’on ne peut pas se permettre trop de plan général (ce que fait le copain) parce que c’est trop flou, trop ennuyeux. Il faut des visages (oui, je sais, de beaux jeunes corps nus, c’est même plus saisissant que les « têtes parlantes », mais même la chaîne Fox ne s’est pas permis, jusqu’à présent, des présentateurs nus — mais qui sait ? On est toujours très très en retard aux USA en ce qui concerne les mœurs télévisuelles.) Moi, quand je filme (ben, c’est numérique, il n’y a pas de pellicule dans la caméra, ça peut toujours se dire comme ça ?), j’insiste sur les gros plans, où on voit l’émotion dans les yeux et aux bouts des lèvres. Ce n’est pas toujours joli mais je n’y peux rien — c’est codé dans nos gènes, c’est ça qui nous attire et nous intéresse — on n’a qu’à contempler le succès mondial du magazine espagnol ¡Hola! (ouais, ouais, je sais que c’est minable et tout et tout, mais admettons que c’est joliment rentable. Et clair de conception, aussi.)

le vendredi 24 janvier 2003

Tout simplement, on ne le croit pas. Il n’y a vraiment plus rien à dire. On ne croit pas le président Bush, ni ses conseillers, ni ses secrétaires. On ne le croit pas en France, ni en Allemagne et ni même au Royaume-Uni. On comprend très bien pourquoi il fait ce qu’il fait : le pétrole, les raisons de Realpolitik particulières, le désir de distraire le public des échecs de la chasse à Oussama et de la guerre en Afghanistan. Où sont les preuves vérifiables qui justifieront, devant le monde entier, cette guerre à venir ? La bourse ne le croit pas, elle a chuté. Les marchés n’ont pas confiance. On sait que l'administration Bush ment pour des fins politiques et stratégiques. C’est pourquoi moi, en tant qu'Américain, je veux dire un grand merci à la France et à l’Allemagne pour avoir finalement dit non au chantage invraisemblable et continu du gouvernement américain. J’ai l’impression que l’Angleterre dira non aussi — M. Blair semble avoir très mal deviné les vœux des Britanniques en général et des membres de son parti en particulier. J’espère qu’il s’en rendra bien compte très bientôt. La « vieille Europe » pourrait faire alors une jolie petite leçon au Texan qui se croit président.

La critique de l’exposition à la galerie est sortie dans le Times d’aujourd’hui. Ce n’était pas l’éloge sans bornes mais on a dit du bien de la galerie, pour cela je suis content.

On est allé dîner hier soir avec l’ami péruvien dans un nouveau restaurant de la 10e rue. Le restaurant s’appelle Jefferson et il propose une cuisine très « fusion » — le propriétaire est sino-américain — avec du poisson cru dans plusieurs plats, beaucoup de sauces aux champignons curieux. C’était bon mais pour moi un peu trop raffiné. (C'était sûrement le hasard mais il y avait aussi beaucoup de filles vraiment moches autour de notre table. Les garçons n'étaient pas extra non plus, mais les filles... affligeantes. Pourquoi ?) On a bu deux bouteilles (trop chères) d’un vin rouge argentin de Malbec, qui n’était pas mauvais du tout. Un ami m’a appelé hier de retour de Buenos-Aires, où il s’est beaucoup amusé — malgré ce qu’on nous dit dans nos journaux, les Argentins sortent, se promènent, vont au cinéma. Selon lui, ce n’est pas du tout morose, on mange bien, ce sont seulement les produits importés de l’étranger qui sont chers.

Merci encore à tous ceux qui m'ont aidé à comprendre ce que voulait dire le mot « kéké ». Voici une page de significations qu'on m'a fournies.

Le « Journal extime » de Michel Tournier, que je viens de commencer, est vraiment bien, plein de morceaux fascinants et d'histoires drôles. Un des passages m'a fait chercher et relire « Le Bois amical », un poème de Paul Valéry — un véritable poème d'amour dédié à l'origine, dit Tournier, à André Gide. Très beau.

le jeudi 23 janvier 2003

Il fait tellement froid dehors (et dans quelques pièces de cet appartement aussi) ces jours qu'on a presque envie d'hiberner jusqu’à ce que la température s’élève de nouveau à un niveau un peu supportable.

En surfant un peu hier soir, j’ai retrouvé dans le carnet d’un New-yorkais une liste des carnets sélectionnés pour les Bloggies, ce palmarès en quelque sorte de carnets web de l'année. Vu « l’anglocentrisme » linguistique apparent des sélectionneurs, on ne sera pas surpris de noter qu'il ne figurait sur cette liste de carnets choisis que très peu rédigés dans une langue autre que l’anglais. On ne peut que regretter l’absence et l’invisibilité de bons carnets de langue française dans ce qui n’est, en effet, on le sait bien, qu’un « concours de beauté ».

J’étais pourtant très content, et c'est pourquoi je tiens à le signaler, de voir sur cette liste le carnet de la Grande Rousse (catégorie : meilleur carnet canadien), dont je suis un fidèle lecteur quotidien (et j'y fais souvent plusieurs visites par jour), et celui de l’érudit Karl de Karl & Cow (catégorie : meilleur carnet sur l'ordinateur ou la technologie). Bravo !

Pour donner une idée du « soin » avec lequel on a sélectionné les carnets, on trouvera parmi les cinq finalistes de la catégorie latino-américaine un carnet en espagnol de… Barcelone. (On n'est pas fort en géo ici, on le sait bien ! C'est où, l'Irak ?)

La nouvelle de M. de Villepin sur la possibilité d’un veto français à l’ONU à une déclaration de guerre contre l’Irak a beaucoup dérangé l’administrationBush (ainsi que le gouvernement de Tony Blair) — le secrétaire à la Défense américain Rumsfeld a piqué une colère tout comme un petit garçon de qui on enlève le fusil en plastique pendant qu’il joue au soldat. On va bien sûr vilipender la France dans la presse et à la télévision, réflexe quasi-automatique dans les médias américains.

le mercredi 22 janvier 2003

Soirée arrosée, suite aux évaluations professionnelles individuelles faites cette semaine à la banque où le copain travaille. On y perd toujours beaucoup d’argent (Enron, Argentine, etc) et afin de réduire les primes de fin d’année, les chefs ont inauguré un nouveau système d’évaluation de personnel. C’est pourquoi le copain et un des collègues se sont décidés d’aller noyer leur chagrin. Je les ai rejoints vers 19 h 30, dans une taverne plutôt infecte au nom idiot de Fiddlesticks. C’est un de ces pubs plus ou moins irlandais et tout à fait artificiels. (Avant de devenir Fiddlesticks, c'était un bar pédé très connu au nom de Uncle Charlie's Downtown.) Le copain, après deux grands verres de Guinness, s’est amouraché du barman, jeune gars tout grand à l’allure sportive — genre frère aîné sympa et gentiment hétéro — et son collègue, ex-Marine, bavait en regardant les quelques femmes dans la salle. Si « plaisant à contempler » qu’il l’était, le barman ne savait pas pourtant concocter une margarita correcte. Donc j’ai dû insister à ce qu’on aille ailleurs. On s’est retrouvé finalement dans un restaurant mexicain de la 14e rue qui s’appelait Tequila’s — les murs peints en rose, plein de décorations insolites, et en plus un trio de vieux Mexicains à la guitare qui chantaient des chansons mélancoliques en espagnol aux gens assis au bar. On a mangé des nachos et en dépit du temps glacial dehors j’ai bu pas mal de margaritas gelés au citron (et non pas au citron vert, comme on le prépare d’habitude). L’ex-Marine nous a raconté son week-end récent de débauche en République dominicaine, où lui et trois amis ont couru tous les bordels de Saint-Domingue. Pour le copain et moi, tous les deux farouchement pudiques, c’était comme si on écoutait des histoires de la bouche d’un extraterrestre obsédé. Ouaou !


L'ambiance chaleureuse de Tequila's

Laurence, l'excellente carnetière de Blogmeblogmoi à Londres, vient de rentrer chez elle de sa première visite à New-York. Ses réactions et ses photos sont à lire et à voir ici. Et merci toujours à mennuie de m'avoir indiqué comment il faut faire pour lier les entrées datées d'autres carnets.

le mardi 21 janvier 2003

Dimanche après-midi il y avait une réunion du comité électoral démocrate du village. Le copain est le chef de ce comité politique. Lui et ce comité avaient la tâche de trouver des candidats pour les élections locales à venir en mai, ce qu’ils ont heureusement réussi à faire. Après la réunion nous sommes rentrés chez nous où j’ai préparé les spaghettis de blé intégral qu’on a mangés en regardant un film documentaire sur l’écrivain américain Paul Monette, mort du SIDA en 1995. Ensuite on a regardé le film Hey, Happy qu’on avait enregistré, toujours de la chaîne Sundance. Complètement dingue. Ça se passait aux environs de Winnipeg (oui) au Saskatchewan. Tout le monde (et c’était un monde bien spécial) s’attendait à un énorme déluge destructeur — pourquoi, bon, je n’ai pas compris — et il y avait l’assistant d’un marchand de porno d’occasion forain (cassettes vidéo, godemiches (oui), CDs et tout le reste) qui était aussi disc-jockey techno-rave. Ce jeune homme voulait coucher avec 2000 hommes (il avait une raison un peu mystique pour ce chiffre, mais je ne l’ai pas comprise.) Il y avait aussi un type assez beau (à la canadienne) et bébête qui s’appelait Happy, qui est devenu la cible du dj. Cependant il y avait aussi un coiffeur tout à fait folle, percé partout, un peu travesti, qui voulait aussi coucher avec ce même Happy. Voilà, c’est tout ce que j’ai compris de ce film, qui faisait un peu Hedwig and the Angry Inch pas cher et moins bien.

Lundi j’ai passé toute la journée, habillé en robe de chambre, à lire, sur internet et dans les bouquins. On est rentré à Manhattan vers minuit — il n’y avait pas trop de circulation sur l’autoroute infernale qu’est l’Interstate 95. Dans la voiture, le copain dormait, Betty couchée sur lui, sa gueule sur l’accoudoir.

Je viens de terminer le livre « Bien entendu… c’est off » de Daniel Carton. Ouais, c’est bien de crier scandale et tout ça mais en même temps il a l’air aussi d’écrire une sorte d’apologie pour lui-même, pour ce qu’il a fait, lui aussi, en tant que journaliste politique. Oui, il a été révolté par tout ce qu’il voyait se passer dans le petit monde des politiques et des journalistes. Eh alors ?

Les problèmes de vouvoiement et de tutoiement entre journalistes et politiques, je les ai trouvés, en anglophone ne possédant qu’un simple « you » insignifiant, intéressants. Il a pourtant raison de noter qu’il est plus difficile de dire du mal de quelqu’un qui vous offre un dîner au Grand Véfour « en amis ». Chez nous, je pense que le truc c’est plutôt passer le week-end avec un homme politique à sa maison de campagne. J’ai retrouvé dans le livre des expressions et des phrases géniales telles « la réunionnite aigüe » (voir à ce sujet la brillante entrée du 17 janvier 2003 chez monsavissurtout (« un blog qu'il est bien » et c'est vrai !) à propos des moyens de « merdification » proposée par Naufrage Consulting et son « expert-conseil international » (le très regretté) M. PaCa ) et « les catastrophes, ce sont les fêtes des pauvres », citation d’un ancien ministre français des Affaires étrangères qui m’a fait penser tristement mais cyniquement aux effondrements des tours du World Trade Center et, pour en terminer avec cette énumération, « Si vous parlez d’amitié à un politique, il ne comprend qu’utilité » (ahlala, ça ressemble aux artistes vis-à-vis de leurs galeristes ! Et vice versa.)

M. Carton a aussi un côté un peu méchant, un côté « cabale » qui n’est pas pas du tout bienvenu, mais qui lui permet d’écrire, à la page 196, des phrases funestes comme « Partout, les lobbies de toutes sortes font la loi, les réseaux francs-maçons et homosexuels sont devenus incontournables. » Eh bé, parlons un peu aussi de ces « réseaux hétérosexuels » qui par exemple nous poussent (si gaiement ? Excusez-moi.) à la guerre. Les militaires, ce ne sont qu’un seul grand réseau hétéro, n’est-ce pas ? Alors, dites-nous, vous avez peur de quoi, exactement, Monsieur Carton ?

Je commence à lire le « Journal extime » de Michel Tournier, écrivain que j’apprécie beaucoup (réseau homosexuel, évidemment) et dont j’ai acheté le livre à Paris. Cela fait très « carnet web », révélateur sans être trop personnel.

Le froid ne nous quitte pas — il fait froid dans l’appartement et en fin de matinée on a coupé l’eau pour faire des réparations quelque part dans l’immeuble. Heureusement que le copain et moi, nous avions déjà pris nos douches longues et chaudes et délicieuses.

Finalement, je tiens à remercier tous ceux qui m’ont envoyé des courriels pour m'aider à poursuivre mes études « kékéennes », qui ne sont évidemment qu’à leurs débuts, en m'offrant leurs définitions, directes et indirectes, de ce qu’est un kéké. Les savants de chez Bougres m’ont très gentiment donné, dans une entrée datée le lundi 20 janvier de leur carnet, une explication étymologique du terme. J’espère, si mes interlocteurs me donnent l’autorisation, pouvoir poster bientôt d'autres définitions du terme dans une page à part.

le lundi 20 janvier 2003

Aujourd’hui c’est la fête du révérend Martin Luther King, assassiné à Memphis en 1968. Moi je suis originaire du sud des États-Unis (genre un peu Julian Green manqué, n'est-ce pas? Non, vraiment, je plaisante.) Je me souviens d'un’après-midi, il y a (trop) longtemps, quand, tout petit, j’accompagnais mon père à l’Institut Tuskegee (maintenant l’université Tuskegee), où il allait donner un cours de médecine interne. L’institut se trouvait en Alabama et sur les bords de la route que nous avons prise il y avait de grands panneaux publicitaires qui montraient une énorme photo en noir et blanc du révérend King dans une salle de classe avec d’autres noirs. La légende était directe: « Martin Luther King in communist training school ». Mon père en a ri, sans faire plus de commentaire. Une fois arrivé à l’institut, je me suis rendu compte que Tuskegee c’était une école pour noirs, où les week-ends mon père donnait bénévolement un cours à des infirmières.

Je me rappelle aussi les fontaines séparées, l’une pour les blancs et l’autre pour les noirs, dans le hall d’entrée de l’immeuble où mon père avait sa clinique.

Un soir, lorsque la famille était à table pour le dîner, mon père nous a déclaré que s’il avait été noir, il se serait probablement joint aux Panthères noires.

J’ai un ami qui sortait avec un type noir pendant quelques mois il y a une quinzaine d'années. Je connaissais le type aussi un peu, c’était un avocat sorti de la Harvard Law School qui travaillait pour HBO. C’est-à-dire qu’il était en toute probabilité plus intelligent et assurément beaucoup plus riche que mon ami et moi et que la plupart de notre cercle. En plus il était charmant (un tout petit peu snob, mais ce n'était pas grave) et beau. Mais un soir mon ami m’a décrit l’humiliation presque quotidienne que son ami à lui subissait lorsqu’il voulait chercher un taxi pour rentrer chez lui de son bureau dans la 6e avenue —il fallait que mon ami aille lui héler un taxi, qui ne s’arrêterait pas pour un noir, même en costume foncé avec une serviette en cuir et tout et tout. Ce n’était pas grand chose, mais ça faisait de la peine, à eux deux.

Il y a eu des quelques progrès depuis. (Du moins je l’espère — n’étant pas noir, je ne me permettrai pas le droit de me dilater trop sur les progrès éventuels dans ce processus.) Mais toujours pas assez.

Sur un sujet beaucoup moins conséquent, je suis allé chez les amis carnetiers de Bougres où je suis tombé sur un mot que je n’ai pas tout à fait compris — on trouve des mentions multiples chez Google, mais aucune explication véritable de ce qu’on veut dire par ce mot. Je l’ai cherché dans le Petit Robert et dans le Larousse français-anglais. Rien. Le Larousse de l’argot n’en dit rien non plus. Bon, assez de suspense : le mot, c’est « kéké ». Je crois que j’ai une idée plus ou moins bonne de ce qu’on veut dire en employant ce mot, ou plutôt du genre de personne qu’on veut décrire par ce mot, mais comment être sûr ? Vous les francophones, ayez pitié de nous, lecteurs étrangers ignorants de la toute dernière mode terminologique française, et aidez-nous à comprendre sans doute aucun ce que vous écrivez. Merci d'avance.

le dimanche 19 janvier 2003

Ciel couvert, froid. On est rentré assez tôt de notre dîner hier soir, et pas saoul du tout, malgré mes efforts concentrés de vider mon verre en deux gorgées maximum afin de le faire remplir de nouveau. Il faisait trop froid pour aller au bar du village donc on s’est mis sous la couette pour regarder la télé — il y avait un film curieux qu'on passait à la chaîne Sundance — « Relax… it’s only sex » qui date de 1998. Le scénario n’est pas mal fait mais l’histoire est complètement confuse et finalement c’est décevant. Les acteurs sont bien, surtout Jennifer Tilly, et il y a des scènes très touchantes et authentiques, mais il y en a bien trop qui reste décousu et invraisemblable.

Des pancakes de blé intégral mouillés au sirop d’érable, du bacon, des « English muffins » bien beurrés — un petit déjeuner hyper-américain ce matin. Puis lire les journaux. A 13 heures je fais une sorte de tour guidé de la maison d’un poète local décédé dont je suis (pour le moment) le responsable bénévole. Mais ici comme ailleurs on ne s’intéresse pas vraiment aux poètes, aux arts. (En France, si, du moins, un peu, quelquefois.) Ici, apprécier les arts, ça a toujours un côté suspecte, voire antipatriotique. Il n’est pas difficile à comprendre pourquoi un beauf comme M. Bush est si populaire. La bêtise agressive rassure.

Il neige maintenant, gros flocons blancs.

PS - Grace à l'intervention bienvenue de Manu il y a eu quelques corrections effectuées dans l'entrée précédente. Je lui en remercie.

le samedi 18 janvier 2003

Je lis en ce moment « Écrire » de Marguerite Duras (Livre de poche, 1993) que j’ai acheté à Paris un peu au hasard. C’est en effet une collection de trois [NDLR : il y en cinq] essais, dont le premier s’intitule « Écrire » et dans lequel l’écrivain essaie d’expliquer pourquoi et comment elle écrit. Tout cela m’a rappelé des entrées de plusieurs carnetiers sur le même sujet.

Voici quelques passages qui m’ont frappé :

« Le doute, c’est écrire. Donc c’est l’écrivain, aussi. »

« C’est curieux un écrivain. C’est une contradiction et aussi un non-sens. Écrire c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. »

Sur le contenu :

« Il y a encore des générations mortes qui font des livres pudibonds. Même des jeunes : des livres charmants, sans prolongement aucun, sans nuit. Sans silence. Autrement dit : sans véritable auteur. Des livres de jour, de passe-temps, de voyage. Mais pas des livres qui s’incrustent dans la pensée et qui disent le deuil noir de toute vie, le lieu commun de toute pensée. »

Et sur l’ambiance requise pour écrire :

« La solitude c’est ce sans quoi on ne fait rien. Ce sans quoi on ne regarde plus rien. C’est une façon de penser, de raisonner, mais avec la seule pensée quotidienne. »

On a terminé l'écoute de « A Room with a View » de E M Forster dans la voiture hier soir. Vers midi je suis allé à la bibliothèque chercher les cassettes de « Framley Parsonage » d’Anthony Trollope, le prochain roman de la série « Barchester Chronicles. » On m’avait dit que c’était arrivé mais en fait la bibliothèque n'a reçu qu'un enregistrement abrégé de deux romans de Trollope fait par la BBC pour une émission radiophonique. On a donc commandé de nouveau le roman complet (9 cassettes à lui seul) et j’ai choisi à la place un roman d’Yvan Tourgéniev intitulé « Pères et fils » qu’on commencera lundi soir à notre retour en ville.

De temps en temps j’aime bien être à la campagne, où il fait un froid de canard [NDLR : le très docte et gentil Manu me signale qu'en français il y un « temps de chien » et un « froid de canard », et je pense bien que c'est ce dernier dont je voulais me servir pour indiquer la température] (–8º actuellement), avant tout quand on n’a vraiment rien à faire. On n’a pas besoin de sortir (ô joie, il y avait du lait buvable dans le frigo pour mon café ce matin). J’ai parlé au téléphone avec ma mère (on s’arrange pour la visite éclair chez elle en Géorgie à la fin du mois), on nous a invités à un cocktail de la Saint-Valentin, où il faut porter ou un peu de rouge ou un peu de rose, et j’ai parlé avec deux copines, qui restent chez elles à cause du froid. Il fait bon chez nous (le copain l’aime bien chaud et même dans la maison il porte le bonnet que je lui avais offert comme cadeau de Noël). On mange des saletés aussi grossissantes que malsaines (petits gâteaux, chips de tortilla, tout ce qu’on trouve dans le placard). Le modem câble fonctionne. Je surfe, je lis, je regarde la télé. Le copain joue au Royaume des Cœurs (la musique pourtant rend dingue). On sort ce soir — je crois que je vais boire (seulement pour me réchauffer, bien sûr.)

le vendredi 17 janvier 2003

Plus tard...

Les vendredis à la galeries sont toujours très peu fréquentés — les galeristes l'expliquent en donnant des raisons plus ou moins crédibles pour cette absence de monde mais en réalité on ne sait pas pourquoi les gens ne passent pas par les galeries le vendredi. Mais comme il n'y a presque personne, le vendredi après-midi on prépare les comptes pour le comptable, on range les tableaux dans les étagères et les diapos dans les dossiers, on pense (un peu seulement) à ce qu’on va écrire dans le communiqué de presse pour l’exposition suivante. Du couloir extérieur j’entends le bruit d’un aspirateur que l’on passe dans une galerie d’à côté. En effet, tout cela est assez reposant et avec la chaleur dans la pièce où je suis, et la blancheur des murs, et le son de l’aspirateur invisible et de la radio des ouvriers de l’étage en dessous (où la transformation en galeries d’art et bureaux continue), j’ai l’impression un peu de planer dans une atmosphère lourde et pâteuse et palpable, comme si j’avais de la fièvre.

Quelques photos prises lorsque j’allais au travail ce matin.


Maman, je m'ennuie ici.

Cette horrible poupée publicitaire placée devant un magasin de jouets dans la rue Hudson m’a toujours inspiré un frisson de dégoût quand je l'ai remarquée. Notez svp le cadenas qui l'attache à la vitrine. C'est de l'abus infantile, non? Ça me rappelle un peu les sculptures disons particulières des artistes jumeaux anglais Dinos et Jake Chapman, avec leurs poupées nues, déformées et obscènes.


Voici des astronautes faisant de la publicité pour la chaîne de câble National Geographic. Ces costumes-là, aussi idiots qu’ils soient, doivent au moins leur tenir au chaud.

Le bazaar marocain au rez-de-chausée du Chelsea Market, où j'ai acheté une lampe suspendue pour la salle-à-manger à la campagne.

L'intérieur du nouveau Buddha Bar dans l'immeuble du Chelsea Market - ce n'est pas encore ouvert.

Il a neigé hier soir, vers minuit, paraît-il. On est allé avec notre ami galeriste branché dans un restaurant assez nouveau dans la 14e rue au nom de Crispo (c’est le nom du chef, et non pas, comme certains l’ont cru, un rappel au goût quelque peu discutable du marchand de tableaux Andrew Crispo qui était au centre d’un scandale meurtrier dans lequel figuraient le beau monde, des quantités de cocaïne, et un jeune mannequin finlandais fils de diplomate à l’ONU trouvé mort, brûlé et torturé, dans une propriété au nord de New-York). Bien évidemment la plupart des gens qui se pressaient au bar hier soir étaient bien trop jeunes pour avoir jamais entendu parler de cet esclandre qui avait hypnotisé les New-Yorkais au milieu des années 80. Il y avait beaucoup de monde, beaucoup de filles habillées et coiffées comme dans Sex and the City, des homos bien bâtis d’entre 25 à 35 ans, très BCBG en pull ou costume, qui buvaient des martinis et des « cosmopolitans », une femme d’une quarantaine d’années qui draguait le barman (elle avait raison, il était tout beau), non, en effet, c’est bien sympa et divertissant — et en plus, on a bien mangé, avec deux bouteilles d’un rouge italien dont j’oublie le nom.

Aujourd'hui il faut que je prépare des enveloppes avec les étrennes de fin d’année (oui, on est tout à fait en retard) pour les gens qui travaillent au garage où on met la voiture. J’ai aussi des courses à faire — l’amie écrivain raffole des saucissons à l’ail qu’on ne trouve pas à la campagne. Je passerai au Jefferson Market dans la 6e avenue pour lui en chercher.

On est en train de réparer notre salle de bain, qui s’écroulait peu à peu autour du baignoire en pièces de plâtre mouillé. Le propriétaire nous a envoyé un homme à tout faire que je connais. C’est un Turc et il arrive chez nous avec une équipe de deux hommes, des Indiens, qui vont ensemble réparer les murs, les repeindre et refaire par endroit le plancher de tuile céramique.

le jeudi 16 janvier 2003

Entrées plus ou moins incohérentes aujourd’hui. Un peu comme ma vie.


Un flic avance à pied dans la 17e rue.


De véhicules spéciaux de police arrivent aussi au coin de la 10e avenue.

Hier j’ai vu une « police action » — on bloquait les rues et les policiers se sont réunis à la hâte avant de procéder dans une des HLM qui se trouvent entre la 9e avenue et la 10e. (Pour voir les photos en plus grandes, cliquez sur la photo. Merci à gvgvsse et à mennuie de me l'avoir suggéré. Mais franchement je ne suis pas sûr que ça vaudra le coup pour chaque photo dans le carnet.)

J’ai pris cette photo d’une galerie au 7e étage. La statue de la Liberté est tout au fond, à gauche de la grande tour au centre, qui se trouve au New-Jersey.

Le copain vient d’acheter le jeu SimCity 4, qu’il jouait tout en participant à une réunion téléphonique avec les bureaux en Asie. Moi j’ai regardé un vieil épisode de Enterprise.

Sa vie à lui me paraît luxueusement simple : exercice et informatique. Et en Floride, que je n'aime pas mais où au moins il fait chaud.

De l’excellent site politique Media Whores Online j’ai vu cette historiette délicieusement cynique expliquant ce qu’il faut faire actuellement pour réussir à avoir une bonne carrière de journaliste (aux Etats-Unis, mais l'équivalent s’appliquerait, je crois bien, aussi en France — sans avoir encore lu le livre de M. Carton que j’ai acheté à Paris et dans lequel il s’agit un peu du même problème.) Le « film » est en forme de questionnaire — l’objectif (en principe) est de voir son article à la une du journal de dimanche. Le morceau avec le président Bush dans une conférence de presse est supérieur.

D’après ce que je lis sur internet, toute — oui, d’accord, j’exagère un peu — voilà, une bonne partie de la blogosphère souffre en ce moment des ennuis d’amour. De Toronto à Paris je suis en toute sympathie les douleurs plus ou moins aiguës de carnetiers qui sont en rupture (plus ou moins achevée) avec un être aimé. C’est peut-être le stress des Fêtes qui en a été la cause. Mon premier grand amour m'a téléphoné de chez lui en Floride. Ça fait plus d'un an qu'on n'a pas échangé un mot. Je me souviens de combien tout cela m'a fait de la peine, mais je ne le ressens plus. C'est un souvenir comme les autres, ou presque.

Le critique principal culturel du New York Times vient de quitter la galerie. Il est resté ici pour plus de 30 minutes, à bavarder de l’exposition, de la politique d’achat du Musée d’art moderne (par exemple, le musée a d’abord résisté à la vague de l’expressionnisme abstrait promu par le critique Clement Greenberg et représentée par les tableaux de Pollock — ils avaient acheté un grand tableau du peintre surréaliste (et mondain) Pavel Tchelitchew au nom de « Cache Cache » (en anglais, « Hide and Seek ») qui est devenu, à une certaine époque, le tableau le plus connu du musée, jusqu’à l’accrochage du Guernica de Picasso, maintenant reparti en Espagne démocratique), de la (grande) part de la mode dans les carrières d’artistes. Il était charmant, en effet. Il s’est assis un petit moment pour feuilleter un numéro d’Art in America. « Je n’ai jamais le temps de le voir » il me dit avec un petit sourire d’enfant malin. Je me demande s’il va écrire quelque chose sur notre exposition.

J’ai envie de me soûler ce soir. Jeudi, c’est quand les New-Yorkais sortent. J’ai entendu à la radio ce matin que Paris vient de devancer New-York pour l’honneur d’être au 10e rang des villes les plus chères du monde. Londres, c’est plus cher que Paris, qui est la ville la plus chère de la zone euro — c’est l’affermissement continu de la nouvelle devise qui a « gagné » l’honneur pour Paris.


Non, cela n'a pas du tout l'air d'être plus cher que Paris

le mercredi 15 janvier 2003

Hier j’ai testé le nouveau fureteur Apple Safari que le copain avait téléchargé il y a quelque jours. Ma critique ? D’abord, je n’aime pas avoir des liens ou des signets préinstallés dans la barre d’en haut, surtout des signets commerciaux tels Amazon ou eBay. Mais pour l’aspect, il ne me semble pas trop laid. Autre chose remarquée : Safari n’a pas réussi à lire correctement les polices que j’emploie dans ce carnet — il les a changées toutes en ariel, ce qui n’est pas mauvais (très moderne et minimaliste) mais ce n’est pas ce que j’avais fait en GoLive. Et en plus, je n’ai pas l’impression que Safari aille plus vite qu’Internet Explorer, du moins avec mon ordinateur.

Hier après-midi j'étais frappé d’un coup de nostalgie pour Paris, enfin, pour notre récente vie de visiteur à Paris et je me suis décidé de sortir à New-York un peu comme on faisait à Paris, où en fait on ne savait pas très bien ce qu’on faisait. Le copain est rentré du bureau vers 18 h 30 et nous sommes sortis vers 19 h 15 pour aller d’abord prendre un verre dans un bar à vin/resto de la 7e avenue, Merchants NY. Ambiance pas extra, le copain a commandé un apéritif infecte fait de gin Bombay, de limonade et de Triple Sec, moi, j’ai pris un vin rouge français, le seul figurant sur la carte des vins, ce qui est quand même bizarre pour un soi-disant bar à vin. A ma surprise, ce n’était pas du tout mauvais, c’était, d’après la carte, un « Saint-Antoine (Rhône) » mais je ne me fierais pas à cette appellation probablement pas « contrôlée ». Et malgré les règles récentes interdisant aux gens de fumer en public, il y en avait beaucoup qui fumaient tout contents au bar. Il y a peut-être des exceptions ?

On est allé ensuite au restaurant Gascogne, dans le Chelsea. Tout petit, il n’était pourtant pas complet et on nous a invités à nous asseoir à une petite table dans la partie arrière de la salle étroite. Comme le restaurant se trouve dans plein Tataland, il y avait plusieurs couples unisexes autour de nous. De l'autre côté de l'allée centrale il y avait deux types qui semblaient avoir travaillé ensemble à une époque antérieure. L’un, un type vraiment grotesquement obèse, était en visite à New-York de Californie. L’autre était d’ici, un noir à l’accent des îles des Indes occidentales. Selon le copain, qui pouvait voir tout ce qui se déroulait devant lui, le gros avait l’air de draguer son compagnon (sans y réussir, à toute évidence). Moi j’ai pris un cassoulet traditionnel (plat expressément anti-froid) et le copain a choisi un filet mignon, et on a partagé une bouteille d’un vin gascon au nom de Château Peyros qu’on ne connaissait absolument pas (comme toujours). Moi je l’aimais bien (on l’a payé trop cher, mais c’est comme ça dans les restos) mais le copain a déclaré que ça goûtait les cendres. Ah, comment il est difficile à plaire à tout le monde !

le mardi 14 janvier 2003

Quand il fait trop froid à New-York, c’est traditionnel de s’en prendre au Canada, d’où descendent selon la météo ces « masses d’air arctique » qui nous gèlent depuis plusieurs jours.


Lieu de culte pour les dévots de la cuisine anglaise à New-York

Bien que la cuisine anglaise n’ait pas une renommée comme la française. il y a, il paraît, des gens qui aiment beaucoup les curiosités culinaires typiquement anglaises comme les haricots blancs à la sauce tomate sucrée en boîte et des flocons d'avoine écossaise. Myers of Keswick, que je passe tous les jours en allant à la galerie, est une épicerie spécialisée en alimentation britannique — pendant les Fêtes on peut y acheter des crackers de Noël et des poudings aux prunes tout arrosés de liqueurs.

On n’avait absolument rien à bouffer dans l’appartement. Je suis donc allé au marché le plus intéressant du quartier, qui s’appelle Gourmet Garage, pour chercher du lait, des fruits (les clémentines d’Espagne arrivent maintenant), mes jus de fruits d’Afrique du sud, et ainsi de suite.


L'épicerie et le gym dans le même bâtiment dans la 7e avenue

Ils y ont un étalage plein de bières belges.


Ahlala, qu'est-ce que j'ai soif!

Et pas mal de fromages (un des quatre rayons de fromages). Heureusement que ce n’est pas loin de chez nous. Et avec le gym au-dessus, c’est commode.


Un peu de fromage au Gourmet Garage

le lundi 13 janvier 2003

Toujours aussi froid ce matin, -3º avec du vent, et le copain s’est installé devant son ordinateur avec casque à écouteur à la Madonna à 9 h précises pour parler au téléphone avec le QG à Manhattan. Ils font des réunions téléphoniques interminables (ça doit plaire à la AT&T Long Distance), en se servant d’un charabia informatique qui pour moi ne signifie rien : par exemple, « atlas tree » ? Je présume qu’il ne s’agit pas là d’une plante réelle, nourrie par une substance inconnue au nom de « citrix ».

Mes études de vieillesse s’avancent — j’ai parlé une heure avec une amie, qui a 85 ans, de son mari, qui en a 87, de retour chez eux d’une maison de repos, où il est resté plusieurs semaines pour des traitements des reins, qui ne marchent plus. Son mari doit maintenant subir la dialyse rénale pour le reste de sa vie, et pour ça il lui faut trois heures entières, sans compter l’aller à l’hôpital et le retour à la maison en ambulance, trois fois par semaine. C’est quand même dur, ce nouveau régime « sans fin », et tout cela me rappelle que je ne devrais pas trop me plaindre des petits renversements de ma vie quotidienne, car il y en a de beaucoup pire. Mon amie m'a expliqué que son mair ne peut pas boire trop de liquide (et il adore le thé et la glace, qui, fondue, compte pour un liquide), et il y a aussi toutes sortes de nourriture qu’il ne lui est pas permis de manger, parce qu’elles contiennent trop de potassium ou d’autres éléments chimiques interdits. Elle a bien la tête qui tourne avec tout ce qu'elle doit apprendre sur le traitement à domicile de son mari (et lui il ne veut pas d'infirmière de passage ! )

Je pense que je vais sauter le gym aujourd’hui — je n’ai pas vraiment assez de temps pour y faire tout ce que je devrais, et comme tout à la campagne, c’est loin et ça prend donc un temps considérable (quarante-cinq minutes aller-retour, dans ce cas-ci) pour y aller, et si je fais 30 à 45 minutes d’aérobiques en plus de ma routine muscu, le copain gueule que je suis un obsédé du gym. J’ai aussi invité l’amie écrivain à déjeuner. Nous irons au restaurant (le choix n’est pas grand) et je lui raconterai le voyage à Paris, avec emphase sur les menus. En se parlant au téléphone hier de la vie en couple, elle m’a dit « Si j’étais restée en Hongrie, j’aurais sûrement eu des amants. » (Études de vieillesse : suite) L’amie écrivain a 84 ans et c’est la personne, de n’importe quel âge, la plus moderne et réaliste que je connaisse.

le dimanche 12 janvier 2003

Nous sommes partis pour la campagne très tôt samedi matin — il n’y avait pas beaucoup de circulation sur la route à cette heure, quand juste avant le lever du soleil le ciel prend une couleur vert jaunâtre reflétée dans la surface ondulante du East River à notre droite et dans les revêtements de verre et d’acier des gratte-ciel se dressant à notre gauche. On ne voit pas de verdure, même les petits arbres qui longent la promenade du fleuve ne portent plus une seule feuille brunie — tout est gris : gris clair, comme le ciel, la chaussée, les murs de support, l’eau, ou gris foncé, comme les branches nues des arbres, la toile métallique complexe du pont Triborough, l’horizon.

Moi je n’ai pas fait grand chose pendant la journée — vers quatre heures de l'après-midi je suis passé chez une amie qui m’a offert un bon café fait avec sa nouvelle cafetière italienne et avec qui j’ai parlé parents (sa mère est devenue folle, la mienne semble commencer à perdre la mémoire) et maris. Mon amie s’est divorcée il y a longtemps de son premier, qui habite en Floride avec une autre femme. Il n’a plus un sou et ses enfants (que je connais un peu) s’inquiètent de leurs responsabilités financières éventuelles envers lui, surtout si sa femme le quitte. C’est quand même dur pour les enfants, les parents qui manquent de maturité. Le copain en possède un, lui aussi — c'est un enfant gâté d’environ 75 ans, du genre qui n’a jamais su garder un travail pour plus d’un an (par exemple) et qui s’est mis à la retraite quand il n’avait que 52 ans mais qui avait pourtant l’habitude de demander, chaque fois qu’on le voyait à New-York ou chez lui en Californie, pourquoi son fils ne gagnait plus d’argent, pourquoi il n’avait pas un poste plus important à la banque, comme c’était son fils le raté, et pas lui. On se connaît mieux et je me permets maintenant de lui dire de la fermer tout net, et sa nouvelle femme, que nous aimons bien tous les deux, lui fait pareil. On ne va pas le changer, c’est certain, et le copain pourtant s’en est tiré beaucoup mieux que ses frères aînés et sa sœur, surtout le frère aîné qui habite quelque part dans la banlieue de San-Francisco avec sa deuxième femme — il ne vit que pour l’approbation de ce père injuste et défectueux (mais qui est aussi tout à fait charmeur quand il veut).

Hier soir nous sommes allés à un dîner en l’honneur d’une invitée venue de Barcelone. Au début nous avons tous parlé opéra, météo, chiens, la vie en Espagne, à Madrid et à Barcelone — enfin, des sujets assez inoffensifs, quoi. À table, pourtant, lorsqu’on a commencé à manger le plat principal (blanc de volaille à la sauce brunâtre je-ne-sais-pas-quoi, purée d’épinards, et pommes de terre), quelqu’un a abordé le sujet du film et du livre « Blackhawk Down ». Ah, nous voilà bien lancés ! Tout le monde se demandait comment on pouvait faire la guerre contre l’Irak sans la moindre preuve publique et vérifiable de soi-disantes « armes de destruction massive ». La femme assise à ma gauche, d’origine néerlandaise, m’a dit que pour la première fois elle avait eu honte d’être américaine chez ses parents aux Pays-Bas en octobre. Moi, j’avais remarqué que la chaîne de télévision NBC traitait les déploiements récents de troupes dans le Golfe persique comme s’il s’agissait en effet d’un « pre-game show ». C’est peut-être cela qui me dégoûte et m’enrage le plus — ce côté « divertissement télévisé » promu par la plupart des médias américaines. La semaine prochaine il va avoir lieu des manifestations contre une intervention militaire en Irak à Washington et à San-Francisco, je me demande quelle influence réelle ça pourrait avoir sur la politique de l’administration Bush (qui est comme tout rassemblement politique au pouvoir au moins sensible à l’humeur du public.) Alors, on verra.

Sur une note peut-être plus frivole, j’étais rassuré d’apprendre, dans un article du Monde du 10 janvier que « l'heure est donc à la polysensorialité ». Comme si l’on s’en doutait. Et finalement, j’ai découvert ce site marrant qui s’est composé de carnets supposés des personnages trouvés dans les deux films tirés du livre Le Seigneur des anneaux. C’est en anglais, c’est malin, un peu mesquin, et ça m’a fait sourire et oublier un peu ce que les voyous à Washington sont en train de fabriquer.

le vendredi 10 janvier 2003

Un peu plus tard...

Correction: les prix de la Fnac (Paris) pour les produits informatiques ne sont pas en fait plus élevés que ceux de J&R (New-York). Le copain en a fait une comparaison en déduisant la TVA (18 %) des prix de vente publique pour la Fnac et en ajoutant les taxes à la vente de l’état et de la ville de New-York (8,25%) pour J&R. Résultat ? Ça revient au même, sans compter les taux de change variables entre l’euro et le dollar. Je m’excuse de ma désinformation préalable.

Grâce au décalage horaire, je me suis réveillé à 5 heures (c’est déjà mieux qu’hier, quand c’était à 4 h 30) — on se donne l’impression (erronée) d’être follement énergique, mais ça passera en deux jours, on se remettra à l’heure locale et on se lèvera bientôt fatigué et grincheux à 7 h 30. C’est peut-être un peu ça, la mélancolie du retour, quand on se rend compte que, malgré tous les événements épatants survenus pendant le voyage, rien au fait n’a changé. La vie quotidienne et banale reprend ses droits.

Au moins il fait plus doux à New-York qu’à Paris — il faisait 9º hier après-midi, c’était presque tropique. On a fait le vernissage de l’exposition de janvier hier soir à la galerie. Comme l’artiste qu’on expose, mort en septembre dernier à l’âge de 94, faisait un peu partie de la bande Warhol, il y avait tout un monde de gens qui voulaient se présenter comme intimes de l’ancienne Factory. C’était à la fois drôle, bête et désespérant — à 17 h 45, c’est-à-dire un quart d’heure avant le début officiel du vernissage, il y a un jeune homme qui arrive, tout grand, blond et souriant, assez beau, style un peu garçon de ferme du Middlewest avec des jeans et de grandes bottes de construction. Il se dirige sur-le-champ vers un vieux peintre pédé auquel il fait une sorte de cour, en le louant profusément pour ses tableaux (qu’il ne connaissait point, c’est sûr). Évidemment le vieux est aux anges (et qui pourrait bien lui en vouloir ?). L’entrevue coquette dure quelques minutes, jusqu’à l’arrivée d’autres « grands personnages » auxquels le jeune bourreau des cœurs homos se lance pour poursuivre sonascension sociale et sans doute professionnelle aussi (plus tard je l’entends dire à quelqu’un qu’il est artiste et puis j’apprends qu’il vit avec un vieil écrivain connu, autrefois grand ami de Tennessee Williams). Il s’est même approché de moi, la main tendue, en disant « Je crois qu’on se connaît, non ? »

L’actrice (sûrement centenaire) Sylvia Miles était là, à la voix rauque et grossière. Il y avait aussi un type à un accent russe très fort qui hurlait tout un commentaire fatigué sur l’époque prétendue quand les artistes passaient de leurs galeries aux boîtes de nuit, comme Warhol, Haring et Basquiat (dont il ne savait même pas prononcer le nom correctement, bien qu’il se dît grand ami du peintre). Il y avait un grand type au gros ventre en pull moulant rose Schiaparelli. Il buvait furtivement beaucoup de vin (blanc, pas cher, de Bordeaux et pas froid !) et tout d’un coup il a annoncé à une artiste assise à côté de moi « Ah, je te connais mais tu t’appelles comment ? » Elle le regarde d’un œil louche. « Tu te sens bien ? » lui dit-elle. « Quoi ? J’ai pas l’air bien ? » « T’as l’air d’un Américain paumé. » Il la regarde, puis après un petit instant de réflexion ( ? ) lui répond : « Bon, je vais déconstruire cette phrase » avant de s'en aller en s’arrachant un autre verre de vin. L’artiste se retourne vers moi avec un haussement d’épaules. « Je le connais. C’est un mauvais écrivain, et un con. » Ahlala, le demi-monde new-yorkais dans toute son inutilité !

Ce matin j’ai déclaré au copain, assis en boxer devant l’écran de son ordinateur, que j’avais l’intention moi aussi de me retirer, comme les Nord-coréens, du Traité de non-prolifération nucléaire et il me répond, l’air perplexe, « Quoi ? Tu n’écris plus ton blog ? » Ah, les jeunes. J’avoue que ça me fait sourire, toutes ces déclarations nord-coréennes, contre lesquelles l'administration Bush ne sait vraiment pas comment réagir, puisqu’il ne s’agit pas de guerre de bande dessinée comme en Irak.

le jeudi 9 janvier 2003


La Seine monte et plonge Paris-Plage sous l'eau

Comme il nous arrive souvent, nous avons dû compléter tous nos achats à la dernière minute avant de partir pour Charles de Gaulle hier après-midi. Bon, c’est peut-être plus efficace comme ça puisqu’on n’a pas assez de temps pour vraiment réfléchir à ce qu’on remet à la gentille caissière. On avait en principe un rendez-vous dans une boutique de la Rive Droite tenue par des amis mais j’ai insisté qu’on aille, encore une fois, essayer de voir les poulets à 150 euro au Coq Saint-Honoré — cette fois le magasin était ouvert, on y est entré et j’ai pris une photo d’une partie du rayon volaille (en cachette et sans flash — je me suis senti un peu espion industriel).


Ils sont chers mais on n'a pourtant pas retrouvé le fameux poulet à mille francs

Le copain a dit qu’on devrait aller aux Galeries Lafayette (on était plus ou moins dans le quartier) et c’est comme ça qu’on a découvert les joies des soldes d’hiver parisiennes. La folie d’acquérir nous a saisis aussi et on a finalement été poussé à acheter plusieurs chemises (pas chères du tout, en fait) et deux foulards. Ensuite on est allé par la passerelle au magasin principal, où j’ai trouvé tout à fait par hasard un carnet en papier que je cherchais depuis des mois.


Les soldes d'hiver aux Galeries Lafayette

On a déjeuné dans un restaurant dans la rue du 4-septembre (œufs mayonnaise et salade de tomates comme entrées, entrecôtes frites, pichet de bordeaux, bouteille de Vittel et cafés — classique, non ?) avant d’aller chez nos amis, où on a fait tous nos achats de Noël — ben oui, on est très en retard — mais le plus agréable, c’était qu’on a pu acheter des cadeaux qui seront livrés aux Etats-Unis par FedEx pour des prix (avec détaxe et soldes) nettement inférieurs à ce qu’on pouvait trouver chez nous.

On a dû quitter la boutique à la hâte pour retraverser la Seine, reprendre nos bagages et faire venir un taxi pour nous emmener à l’aéroport. La Périphérique était bondée (pas de surprise) mais on est arrivé à temps au Terminal 2C. La sécurité à Roissy n’était pas aussi pénible qu’à JFK et on a pu la passer sans trop de difficultés. Il y avait aussi quelque chose qui n’allait pas avec l’appareil, mais ce n’était pas clair et finalement on s’est embarqué dans un Boeing 777. C’était tout à fait complet , plein d’enfants pleurnicheurs et gâtés (et les parents égoïstes qui vont avec). Le vol a commencé assez calmement mais au milieu de l’océan on a commencé à sentir des secousses, qui ont duré plus que la moitié du vol. A vrai dire, le pilote nous avait averti de turbulence causée par un jet-stream particulièrement fort.


Tout en chantier à JFK

Tout s’est calmé au-dessus du Canada et on est arrivé à New-York avec seulement 45 minutes de retard. Pas de problèmes à la douane, on a vite trouvé un taxi et nous nous sommes retrouvés dans notre appartement avec Betty et l’amie qui l’a gardée vers 22 h 45 heure locale. On a bu une bouteille de champagne découverte dans le frigo pour célébrer notre retour (et aussi pour m’aider à dormir) et on s’est couché vers minuit.

le mardi 7 janvier 2003

Il fait toujours très froid à Paris et c'est peut-être la température extrême qui a aidé à « tomber » et l'amie qui dînait avec nous hier soir et le copain qui s'est réveillé à deux heures du matin pour s'enfermer dans le wc où il a rendu tous les délices que l’on avait dégustés quelques heures auparavant — il lui a fallu de visites répétées avant de pouvoir rester un peu de temps calmement au lit, mais ce n’était pas du tout reposant, ni pour lui ni pour moi, qui, inquiet de la santé de notre amie qui a dû quitter le restaurant et rentrer à son hôtel avant le fromage (donc bien avant le dessert) avais pris la moitié d’un somnifère vers 1 heure. Ayant pris le somnifère j’avais beau trouver le sommeil profond avec le va-et-vient du copain malade. C’est pour cela qu’aujourd’hui je me sens complètement crevé. Ce matin pourtant je me suis senti plutôt bien et donc je suis allé faire une promenade à pied jusqu'à la librairie Les Mots à la bouche où en effet je n’ai pas trouvé grand chose de nouveau — j’ai acheté le « Journal extime » de Michel Tournier, auteur que j’apprécie — (et en plus cela m’aidera peut-être d’écrire plus correctement dans ce carnet, puisqu’il s’agit dans ce livre, d’après son auteur, d’un essai « dans l’instantané »), ainsi que deux autres livres un peu techniques, « Bien entendu … c’est off » de Daniel Carton et « Une politique de la langue » de Michel de Certeau, Dominque Julia et Jacques Revel. J’ai aussi acheté un petit livre de Marguerite Dumas intitulé « Ecrire » dans lequel elle décrit (bien évidemment) sa façon d’écrire. Il n'y avait pas de romans français nouveaux, ce qui m'a déçu. Je suis passé ensuite à la librairie d’occasion Mona Lisait tout proche du restaurant Benoît, où j’ai eu le plaisir de dîner il y a deux ans, mais je n’y ai rien trouvé d’indispensable. Je me suis amusé à traîner un peu au premier étage du BHV dans les rayons papeterie (j’adore la papeterie, bien que je ne me serve presque plus d’un « support papier » pour ce que j’écris). Finalement je suis retourné à la rive gauche où j’ai acheté, chez le Gibert Joseph spécialisé en dictionnaires à côté de la place Saint-Michel, un dictionnaire Larousse du français argotique pour que je puisse essayer au moins de comprendre un peu de ce qu’on écrit dans les carnets français, belges et québécois que je lis.

Rentré à l’hôtel, j'ai trouvé que le copain était sorti — il m’avait dit qu’il irait peut-être au cinéma cet après-midi s’il allait mieux — et je n’étais franchement pas mécontent de rester tout seul dans notre petite chambre — le copain et moi, nous sommes des êtres très différents et il est difficile de vivre avec quelqu’un d’autre (même un partenaire conjugal) dans un espace réduit 24 heures sur 24 quand, comme nous, on n’en a pas l’habitude. Moi j’apprécie ma solitude, toujours passagère, et les moments où j’ai envie de lire ou de réfléchir seul. J’ai regardé de plus près les livres que j’avais achetés et j’ai feuilleté « Le Monde » pour voir s’il y avait d’indications quelconques sur la guerre à venir (je suppose). Puis je me suis endormi, bon à rien.

C’est sûrement inutile de noter, mais il y avaient des Américains qui dînaient au restaurant hier soir qui parlaient tout haut (et assez fort) de la nécessité d’une guerre dite « protectrice » contre l’Irak. Des Italiens (deux femmes et deux hommes) assis à côté d’eux se sont déclarés tout à fait d’accord sur la nécessité d’une intervention militaire américaine, qui « nous sauvera » (on a bien sûr prononcé cette bêtise en anglais). Le copain a failli traverser le petit couloir qui nous séparait pour leur dire de se taire mais je lui ai prié de ne pas faire une scène et les Américains (d’où exactement en Amérique ils venaient on ne pouvait pas déterminer) sont finalement partis.

Ah, le petit séjour parisien se termine bientôt. Nous rentrons à New-York demain après-midi. C'est vrai, j’ai envie de revoir Betty endormie sur son coussin dans le salon, j’ai envie de me remettre dans mon propre lit (bien que le lit de l’hôtel soit très convenable), j’ai aussi envie de pouvoir boire autant de café qu’il me plaira le matin et sans devoir m’habiller. Ah, de vieilles habitudes difficiles à renoncer, même pour une petite semaine. Pourtant, il faut avouer que Paris vaut pas seulement une messe, mais des nuits sans repos, des températures glaciales, des taxis introuvables, et tout un tas d’ennuis de ce genre trivial. La Comédie-Française, la bonne cuisine, le Louvre, les librairies, les femmes chics, les hommes beaux, pour ne nommer que quelques-unes des caractéristiques de cette ville exceptionnelle, Paris possède un charme des plus séduisants parmi toutes les villes du monde et comme toujours nous nous y sommes beaucoup plus.


Un pied-à-terre ici? Je ne dirais pas non.

Demain avant de prendre l’avion on va essayer de profiter des soldes qui commencent le 8 janvier par ordre du préfet (je ne savais pas que les dates des soldes sont fixées par le préfet) — heureusement qu’on expédie facilement aux Etats-Unis.

Le jeudi soir il faudra que je sois plus ou moins en forme pour le vernissage de l’exposition d’œuvres (photographies, collages, sérigraphies) de Charles Henri Ford à la galerie. C’était un type extraordinaire, qui est mort il y a quelques mois dans sa chambre de bonne au Dakota, cet immeuble dans lequel ont vécu, ou vivent encore, l’actrice Lauren Bacall, le chef d’orchestre Leonard Bernstein, le danseur Rudolf Nouréev, le chanteur John Lennon (tué devant l'entrée) et sa femme Yoko Ono, et d’autres. Il avait 94 ans. Je ne le connaissais que de nom, mais il était un de ces êtres, fous d’ambition et d’égoîsme d’artiste, intrépides contre tout obstacle et convaincus de leur talent, qui animent les villes comme Paris et New-York.

le lundi 6 janvier 2003

Où commencer ? On continue à faire tant de choses que j’ai bien du mal à me les rappeler toutes. Le dimanche on s’est réveillé assez tard et j’ai téléphoné à un ami qui a insisté qu’on aille chez lui pour déjeuner, ce qui a été très agréable. Ensuite il nous a conduits tous au Marché de Puces où notre ami a voulu acheter un truc en malachite qu’il avait vu auparavant dans un stand du Marché Serpette (je me trompe peut-être de nom). Malheureusement pour lui, le truc avait été déjà vendu. L'ami nous a menés ensuite chez d’autres marchands qu’il aime — dans un des stands tenus par une marchande très marrante que je connais un peu maintenant j’ai acheté une jolie paire de bougeoirs Charles X pas trop chère et dans un autre stand notre ami a trouvé un petit rafraîchissoir argenté un tout petit peu abîmé (il les collectionne) et un cadre en argent. On est rentré en ville et moi j’ai eu le plaisir de passer une petite heure très agréable avec deux collègues carnetiers parisiens dans un café à Saint-Germain-des-Prés. On parlait de nos problèmes de carnets, de mes problèmes (absence) de commentaires (je ne sais pas comment faire), de ce qu’on peut écrire dans un carnet et tout ce qu’on ne dit pas ou ne veut pas dire. Pour moi c’était très intéressant de les rencontrer et j’étais avant tout énormément flatté qu’ils avaient envie de me rencontrer.

Dimanche soir on est allé au Café Ruc pour manger quelque chose avant d’aller à la Comédie-Française où nous avons assisté à une représentation de la pièce « Le Dindon » de Feydeau — nous avions des places tout en haut de la salle et ça m’a au début donné un peu le vertige mais je m’y suis habitué. La pièce était très bien jouée — c’est bien sûr de la farce et cela a forcément un côté imbécile (et c’est bien exprès) — mais j’étais surtout impressionné par la qualité supérieure de tous les acteurs, qui étaient vraiment formidables.


Le Coq Saint-Honoré, hélas fermé (mais on y retournera !)

Ce matin nous avons traversé encore la Seine pour un rendez-vous au magasin où l’on vend les meilleurs poulets de Paris (on dit) — le Coq St Honoré. Malheureusement c’était fermé (les horaires des magasins à Paris sont un peu compliquées pour nous — à New-York, la plupart des magasins sont ouverts du lundi au samedi de 9 ou 10 heures jusqu’à 17 ou 18 heures) — on s’est dirigé vers le Marais, où on a déjeuné très bien dans un restaurant de la place des Vosges. Ça fait quand même du bien de se permettre de boire un bon vin rouge au déjeuner (ce qui ne m’arrive jamais chez moi !). Vivent les vacances !


La place de la Bastille avec l'Opéra derrière la colonne

Devant l'Hôtel de Ville

Malgré le froid, on s'amuse bien à Paris — voilà la patinoire récemment installée devant l'Hôtel de Ville par M. Delanoë — pas mal de monde, mais aucuns patineurs très doués (ce n'est pas le Québec !)


A l'intérieur du musée du Louvre, en dessous de la pyramide de l'architecte I M Pei

On a passé l’après-midi au Louvre (avec une petite escale à la Samaritaine), dans les salles de peinture italienne du Pavillon Denon. De retour à l’hôtel, on a passé quelques coups de fil à New-York, surtout pour savoir si Betty allait bien avec l’amie qui la garde — elle est en excellente forme, l'amie nous assure.


Un bel homme inconnu photographié au Louvre

le samedi 4 janvier 2003

Il faut l’avouer, c’est crevant de voyager. On a commencé par un tour à la FNAC de la rue de Rennes. Ce magasin ressemble beaucoup à J & R à New-York et c’est amusant de comparer gadgets électroniques et prix (qui sont en général nettement plus bas chez nous), J’ai acheté des cassettes de livres parlés — une histoire de la France révolutionnaire par un historien que je ne connais pas et « Un Amour de Swann » de Proust (j’avais acheté les quatre cassettes de « Combray » en avril l’année dernière et je les ai écoutées dans la voiture).


Dans le parc Monceau, tout près d'où j'habitais

Hier, à la suite d’un déjeuner excellent avec des amis américains dans leur hôtel de la rue de Berri, on a fait une promenade dans le parc Monceau, d’où j’ai vu la fenêtre de la chambre où j’ai dormi pendant une année il y a très longtemps quand j'étais étudiant. On est allé au musée Nissim de Camondo tout proche, où il y avait pas mal de monde, à ma surprise. Ensuite on a pris un taxi pour repasser avec les amis à la FNAC parce qu’ils ne la connaissaient pas. Nous sommes allés un peu plus tard chez des amis dans le 1er avant d’aller tous les six au restaurant Paul dans la place Dauphine. C'est la bonne cuisine sans prétention où on mange très convenablement. Un de nos amis parisiens nous a décrit en grand détail les délices respectifs des macarons de chez Pierre Hermé, Ladurée et une autre pâtisserie à côté du Marché St Germain que je connais de vue mais dont je ne me souviens pas maintenant du nom. On lui a promis d’aller à au moins un des ces artistes pâtissiers pour goûter un vrai macaron qui n’a, il nous a assurés, rien à voir avec ces grosses boules de pâte pleines de noix de coco, lourdes et sucrées, qu’on appelle des « macaroons » chez nous. Rentré à l’hôtel, j’ai regardé la fin du film « West Side Story » à la télé — c’est drôle de voir le jeune Dennis Hopper comme un des « Jets ».


L'avenue des Champs-Elysées décorée pour les Fêtes

On dormait encore, le copain et moi, quand le téléphone a sonné pour fixer notre rendez-vous culturel du matin au Musée de Cluny. Après avoir avalé plusieurs tasses de caféau lait et pris des douches rapides (ce qui n’est pas facile pour le copain), on s’est mis en marche accélérée (on était un peu en retard) vers le Boulevard St Michel, quand il a commencé à neiger.


Statues de saints assez abîmées au Musée de Cluny

Quittant le musée vers 12 h 45, on s’est décidé d’aller déjeuner au Café Marly, dans le Louvre. Après nos doubles expressos coutumiers de fin de repas, on a fait un tour dans le quartier du Marché St-Honoré que je ne connaissais pas avant de se séparer — le copain et une amie sont allés au Musée du Louvre, l’autre ami est allé chercher des billets pour un concert ce soir à la Madeleine et moi je suis rentré à la rive gauche pour faire ma première tournée des librairies. Je commence toujours par la librairie Gibert Joseph, où je vais méthodiquement de haut en bas. Après avoir erré dans la plupart des rayons pendent plus d’une heure et demie, j’ai quitté la librairie (avec quelques livres, bien sûr) pour aller à la nouvelle (pour moi) FNAC Digitale dans le boulevard St-Germain. Ce magasin a une sélection de trucs informatiques vraiment beaucoup plus intéressante que celle qu'elle offre dans le magasin de la rue de Rennes. J’y ai trouvé un logiciel correcteur de français (dont j’ai énormément besoin, tout évidemment) pour Mac. Ensuite je suis passé par La Hune, où il y avait trop de monde pour pouvoir regarder les livres tranquillement — j’y retournerai le matin, quand il n’y aura personne.


La neige aux environs de la Comédie française

On a rendez-vous avec des amis à un bar à vin à 20 h 15 ce soir avant d’assister à un concert. On dînera après le concert — c’est quand même dur, ce train de vie parisien.


La Seine monte, inondant les rives

le jeudi 2 janvier 2003

Le vol de New-York à Paris s’est passé sans trop de difficulté — on a inspecté ma valise à la main, le type m’a remercié d’avoir une valise sans fermeture à glissière. Ensuite on a dû enlever les chaussures, la montre-bracelet et la ceinture avant de passer à travers la porte électronique. Une bonne femme a ensuite passé une sorte de petit torchon autour de mon ordinateur portable pour chercher des traces de détonant. En plus, on nous a donné des places dans l'avion de 19 h, donc on avait à peine le temps d’acheter quelques magazines avant d’embarquer. C’était plein, du moins en classe économie, et à cause du mauvais temps à New-York on a eu un retard assez long avant de pouvoir décoller — pour s’aider à s’endormir, le copain a tout de suite avalé un petit somnifère — moi j’attendais à ce qu’on me donne une petite bouteille de vin pour l'accompagner, mais à cause de la turbulence, personne n’a bougé dans la cabine et finalement j’ai dû avaler le mien sans liquide à part la salive. L’avion a continué à être secoué assez violemment par les vents — heureusement que je me suis endormi finalement grâce aux médicaments.

La tempête nous a suivis jusqu’à Paris, où on a eu du mal à s’atterrir à Charles de Gaulle à cause du vent — trois personnes dans notre cabine ont vomi, c’était impressionnant ! On est finalement arrivé à l’hôtel, d’où nous sommes vite sortis pour aller déjeuner dans une brasserie du quartier. On est ensuite passé visiter la nouvelle boutique d’amis parisiens puis on est allé au guichet de la Comédie Française pour acheter des billets pour « Le Dindon » de Feydeau, que je n’ai jamais vu. (En réalité, je n’ai vu de Feydeau ni en France ni en français.)

Bon, il est temps de me coucher — le décalage horaire commence à me peser. Je regarde la télé française mais en effet je n’y comprends absolument rien. Pouquoi est-ce qu'on trouve ça marrant ? Demain, le Musée d’Orsay.

le mercredi 1er janvier 2003