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du 16 au 31 décembre 2002
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le mardi 31 décembre 2002

Bon, ça y est, c'est (en quelques heures) la fin de cette année et le début d’une autre. Pour dresser le bilan des ces 365 jours écoulés, j’ai l’impression très nette que j’ai un peu glandé cette année. J’ai commencé par exemple un projet que j’aurais espéré plus avancé qu’il ne l’est actuellement. Tant pis. Le monde de l’art me fait sourire cyniquement — il y a de bonnes choses à voir et de bons artistes, mais ils sont rares et il est très difficile à les repérer parmi tant de bruit et de fureur fabriqués par les engins à publicité. Les amis comptent de plus en plus, ainsi que la poursuite de valeurs positives dans la vie. La bassesse, la lâcheté, la mesquinerie, les esprits étroits ou hypocrites, je continue à essayer à me débarrasser de tout cela, et sans remords. Je sais que la vie n’est pas si longue pour accepter d’en gâcher même une partie d’une manière insouciante en ayant affaire à des connaissances aux valeurs suspectes ou démoralisantes. Il faut savoir couper les liens, non pas pour être superficiellement méchant mais pour se protéger et pour de se permettre de s’épanouir. Il y a des gens pas méchants ou particulièrement malveillants qui pourtant n’ajoutent rien à la qualité de la vie qu’on mène — ça peut paraître bien dur, mais il n’y a rien à faire, il faut les laisser tomber pour pouvoir se concentrer sur ce qui apportera le bonheur et le plaisir, aussi philosophiques que physiques. Moi, j’ai connu la dépression dans ma vie, et je l’ai reconnue chez certains de mes amis, et on s’efforce toujours de s’entraider quand c’est nécessaire. Mais c’est tuant les gens qui font de la dépression (par exemple) le trait principal de leur être — ça devient plutôt un tic, une manière de se faire plus intéressant, et comme la plupart des apparences, une fois la nouveauté passée, elles nous lassent vite.

L’avenir ? Je suis très paresseux, et là, de toute évidence, l’année à venir ne changera pas grand chose. Peut-être réussirai-je pourtant à mieux le cacher du grand public ? Le copain n’est pas tout à fait content dans sa boîte, il parle de temps en temps de chercher un autre poste, donc cela pourrait causer des changements importants dans notre vie. Il me faudra encore plus de temps pour me remettre de mes exercices haltérophiles — mes muscles n’ont plus la souplesse de la jeunesse — mais c’est normal. Je me plairai toujours à lire et à relire la correspondance extraordinaire entre Voltaire et la marquise du Deffand (« Savez-vous, monsieur » écrit la marquise à Voltaire en 1759 « ce qui me prouve le plus la supériorité du vôtre [esprit] et ce qui fait que je vous trouve un grand philosophe ? c’est que vous êtes devenu riche. Tous ceux qui disent qu’on peut être heureux et libre dans la pauvreté, sont des menteurs, des fous et des sots. »). J’espère découvrir d’autres écrivains d’intérêt et d’intelligence. Je vais essayer de devenir plus patient et d’écouter les autres et de réfléchir (un peu) plus avant de me prononcer sur tel ou tel sujet. Voilà, c’est plus ou moins le catalogue de l’année passée.

Meilleurs vœux de New-York pour le Nouvel An à tous ceux qui sont passés par ce pauvre carnet, ainsi qu’à leurs familles et à leurs amis.

le lundi 30 décembre 2002

En préparation pour notre voyage à Paris, on a visité le site de Pariscope pour voir un peu ce qui se passe dans la Ville des Lumières (de l'Île de France, car par exemple Lyon s'appelle la « Ville des Lumières » aussi ) — il y a par exemple l’exposition Matisse-Picasso qui n’arrive à New-York qu’en fin février au Musée d’art moderne. Moi j’aime beaucoup traîner dans la grande librairie Gibert Jeune du boulevard St-Michel, où j’examine attentivement tous les nouveaux titres, d’autant plus qu’il y a un jeune employé blondinet au troisième qui possède une voix de basse qui devrait faire frémir de plaisir tous ceux qui l’entendent expliquer une jeune fille où trouver tel ou tel tome qu’elle chercherait — ça fait trois fois que je le vois là, c’est-à-dire pendant une période d’un an et demi au moins. Il est souriant et sérieux, attentif et aimable. Peut-être aime-t-il son travail ? On voyage avec une amie qui a envie de voir le musée de Cluny — je ne sais pas pourquoi. Malheureusement elle ne parle pas français. Tout comme le copain, qui n’a pourtant pas de problème à dire à n’importe qui « Excusez-moi, parlez-vous anglais ? » et en général ça marche.

Hier après-midi j’étais crevé (manque de sommeil et plusieurs verres de vin blanc californien infect au déjeuner) tandis que le copain est allé chez sa copine à lui (elle a 85 ans) pour lui monter son ordinateur et rebrancher son accès Internet qu’elle avait laissé tomber par inadvertance il y a presqu’un an. Il est rentré vers 20 h et je l’ai tout de suite obligé d’aller au supermarché me chercher du fruit — du melon, des raisins. De retour, il s’est mis à télécharger des tas de logiciels pour l’ordinateur de sa copine et moi je me suis installé sur le lit pour manger mon melon et regarder pour la première fois American Dreams avec le beau Tom Verica, qu’on aimait bien aussi dans Central Park West. Il était drôle aussi de constater que le rôle de l’entraîneur de l’équipe de football de l’école catholique, Coach Ambros, qui est aussi prêtre, est joué par l’acteur ouvertement gay Dan Butler, qui a joué le super-macho Bulldog Brisco dans la comédie Frasier et que j’ai vu il y a plusieurs années dans un one-man-show à New-York au sujet de l’homosexualité dans sa carrière d’acteur. M. Butler ressemble aussi à mon premier grand amour, un ingénieur de la banlieue de Boston que j’ai rencontré en Afrique.) Après American Dreams j’ai regardé Boomtown — c’est le drame policier « déconstruit » — on voit l’histoire de plusieurs perspectives, par exemple, celle du criminel d’abord, celle de la victime ensuite, puis celles des policiers et ainsi de suite. Au début c’est un peu déconcertant (et en plus j’étais fatigué) et puis on se sert de cette façon « cinéma vérité » de tournage qui peut parfois donner mal au cœur au téléspectateur , mais c’était assez divertissant à la longue.

Aujourd’hui j’ai écrit pas mal de petites lettres pour dire merci aux gens qui nous ont invités chez eux pendant les Fêtes. J’ai aussi réussi à imprimer des photos que j’avais promises aux gens. Une corvée de moins. Maintenant il faut aller à la poste.

le dimanche 29 décembre 2002

Il est absolument certain que boire plusieurs bouteilles de Côtes-du-Rhône Villages n’animera pas trop les neurones le lendemain. Le vin à gogo accompagnait un ragoût d’agneau délicieux, qu'on nous a servi hier soir. Convives très agréables, en plus. On est resté chez des amis à causer et à boire bien trop longtemps.

Il m'a fallu un peu d'effort pour me tirer du lit ce matin. On avait accepté une invitation de nos voisins d’à-côté pour nous rendre chez eux pour un petit brunch de fin d’année — jus d’orange au lieu de champagne pour moi — lui est écrivain et elle journaliste retraitée du Times — il y avait des gens gentils, dont un rédacteur de la maison d’éditions Alfred Knopf et un producteur pour l’émission Dateline. Après un morceau de bagel et une tranche de saumon fumé, on est allé chez une autre amie qui nous a fait manger des morceaux de blancs de poulet aux champignons et au vin Marsala, du riz et de la salade, avec une très bonne tarte aux pêches pour terminer le repas, offert pour célébrer le dernier traitement de chimiothérapie d’une amie atteinte de cancer. Elle n’a presque plus de cheveux et elle est un peu mince, mais à part ça, elle a l’air d’aller très bien. Elle et son mari et leurs enfants, tous à l’université, vont aux Îles Vierges américaines à la fin de la semaine prochaine.

Nous rentrerons probablement demain à New-York. C’est là où je vais pouvoir enfin me reposer un peu — la vie à la campagne, c’est beaucoup trop agitée.

C’est curieux — tout le monde ici a le sentiment qu’il va bientôt arriver quelque chose au Moyen-Orient. On entend parler de mouvements de troupes mais rien de spécifique. Et il y a toujours ce silence officiel.

le vendredi 27 décembre 2002

De temps en temps, en particulier dans cette période de silence politique d’entre les deux grandes fêtes (un silence voulu dont je me méfie), j’éprouve un vague frisson d’inquiétude sur ce qui pourrait nous arriver ici aux États-Unis si nous subissons encore un attentat meurtrier semblable à ceux du 11 septembre 2001. Est-ce tout simplement la paranoïa habituelle d’un vieux gauchisant ? Peut-être. On parle, entre amis, un peu sotto voce, de ce qui pourrait arriver parce que cela a toujours l’air un petit peu hystérique, excessif, voire franchement impensable. Est-ce déloyal de s’imaginer, par exemple, dans une situation où certains chefs du parti républicain mettraient l’avenir de leur parti devant le bien-être du pays entier ? Impensable ? Voici un scénario dont certains d’entre nous ont parlé : les républicains ont envie de consolider leur prise de pouvoir mais ils n’ont pas confiance dans l’électorat, qui commence, bien lentement , à se poser des questions sur la politique domestique (nouvelles restrictions de droits, par exemple) auxquelles il n’est pas facile à répondre. Pour convaincre l’électorat de la nécessité du programme républicain, il leur faut un désastre redoutable — et pourquoi pas un désastre du genre 11 septembre dans une métropole qui ne leur est pas favorable , comme la ville de New-York, fortement démocrate. On provoque le désastre — un truc nucléaire, la variole, le charbon, ou une grande explosion dans le métro ou dans un gratte-ciel — pour lequel on blâme naturellement « une cellule inconnue d’al-Quaïda », et voilà, on a ce qu’on cherchait : une raison parfaite pour suspendre les droits constitutionnels et imposer « des mesures sécuritaires » tout proches, sinon identiques, à celles prévues par la loi martiale classique, avec lesquelles le gouvernement et les forces armées, la police, la FBI, la CIA et tout le reste peuvent faire maintenant tout ce qu’ils voudront, avec l’avantage en plus de ne pas avoir trop à discuter avec les dissidents basés à New-York, qui aura été encore une fois la cible de violents attentats « anti-américains ». Impossible ? Je l'espère bien, mais c’est vrai que la logique simple et utilitaire d’un tel scénario me fait peur.

Les Allemands juste avant l’avènement au pouvoir d’Hitler n’y croyaient pas non plus — c’était la crise économique, disaient-ils, ça passera, il ne changera pas grand chose — ils n’ont pas voulu croire aux réalités qui se sont vite imposées dans le pays. C’est bien naturel, on ne veut pas — on ne peut pas — penser que son pays, civilisé, soumis à des lois, raisonnable, sera transformé en dictature immonde. Mais avec l’incident de l’incendie du Reichstag (plusieurs historiens affirment que les nazis ont aidé l’Hollandais fou à mettre le feu à l’édifice — et ils ont eu raison de le faire, puisque cela leur a permis d’aller en avant avec leur prise de pouvoir), la chambre des députés a voté pour la suspension des dernières protections constitutionnelles. On a arrêté les députés social-démocrates, qui ont voté contre la suspension, pour subversion tout de suite après. Il n’y avait plus personne pour dire non à la dictature. Partout on s’est tu ou on s’en est allé.


Une partie de la salle de musculation du gymnase où je vais à la campagne pour ne pas penser politique

Non, on n’est pas dans l’Allemagne des années 30. Superficiellement tout semble plus ou moins paisible — on va au cinéma, on regarde les programmes bêtes à la télé, on surfe sur Internet, on va au gym et au resto. On se soûle, on flirte, on fait l’amour, on écrit des carnets. Ça ne peut pas arriver ici, non. C’est pas possible. Non, mais, c’est fou ce que tu écris là …

le jeudi 26 décembre 2002

On s’est trompé de l’heure de l’arrivée de la neige — quand j’ai regardé par la fenêtre ce matin, il était tout blanc dehors. Le vent, qui souffle toujours jusqu’à 33 km/h, a fait du bruit dans les arbres toute la nuit, c’est agaçant (il y a beaucoup moins de bruit chez nous à New-York — la campagne, c’est quand même bruyant !).

La maison est dans un état des plus bordéliques, il va falloir la nettoyer à fond aujourd’hui. On a des gens qui viennent à dîner et je n’ai pas encore pensé à ce que je vais leur offrir. Le monsieur au moins ne boit pas, histoire de maladie de cœur.

Je devrais aussi aller faire un peu d’exercice au gymnase — je n’y suis pas allé depuis samedi et vu tout ce que j’ai consommé ces derniers jours c’est à recommander, mais j’avoue, je n’ai pas tellement envie, surtout quand il fait froid et quand c’est loin.

Le modem câble continue à marcher correctement — ça fait presque quatre jours entiers qu’on n’a pas eu de coupure de ligne ou de connexion.

J’ai finalement terminé de lire le roman « Quelqu’un d’autre » de Tonino Benacquista que j’avais acheté à la librairie Les Mots à la Bouche en avril dernier. Je ne sais toujours pas si le livre m’a plu — l’histoire a des côtés satiriques, et d’autres touchants aussi. C’est bien construit, et bien écrit, mais il y avait un écart entre le fond un peu froid et circonstanciel de ce roman et moi le lecteur que finalement je n’ai pas pu franchir. Par ailleurs, je me demande un peu pourquoi on l’a mis en étalage dans une librairie gay — j’aurais pu l’acheter aussi bien dans la section Nouveautés à L’Écume des pages. Mais c’est peut-être moi qui suis lent à comprendre ces choses.

le mercredi 25 décembre 2002

Au lieu des centimètres de neige tout pittoresque promis par la météo il fait maintenant un sale temps de tempête, avec du vent et de la pluie froide. On s’est couché un peu tard hier soir. Notre soirée a commencé par le réveillon chez une femme qu’on connaît un peu. Énormément riche par ses parents (qui habitaient l’hôtel particulier de la 72e rue où se trouvait pendant des années le Lycée français de New-York — on peut toujours voir une photo d’une partie de la façade Belle-Époque sur son site web), elle est divorcée et vit seule. Elle aime beaucoup voyager et elle n’reste en général au village qu’en escale entre la Nouvelle-Zélande, qu’elle adore, le Vermont, où habite un de ses enfants, Londres, où elle est en train de s’acheter un appartement à Belgravia (j’ai appris cela hier soir), en Italie et aux Bahamas, qu’elle a pourtant déclaré ne pas aimer. Le copain et moi, nous l’avons toujours trouvée un peu lesbienne, malgré ses enfants ( à qui elle a intenté plusieurs procès ( ! ) pour des raisons d’héritage ) et c’est en fait pour cet aspect un peu insolite de son caractère qu’on l’aimait bien. Sa politique est tout ce qu’il y a de plus à droite, donc on ne parle pas politique, mais elle aime recevoir et elle est généreuse et hospitalière. Hier soir il y avait 24 convives à dîner, on était un mélange curieux de homos comme nous, de vieilles mondaines surmaquillées, un thérapeute femme de massage holistique, quelques couples hétéros qui essayaient de se faire intéressants. Il y avait des « crackers » anglais et tout le monde portait les couronnes en papier. Moi j’ai bu pour ne pas avoir à parler trop avec le type assis à ma gauche — un consultant en je ne sais pas quoi qui adorait la pêche à la mouche. On a pris le café dans le salon et le grand ami de notre hôtesse, diplomate pédé retraité, nous a versé du champagne jusqu’à 23 heures, quand deux de nos meilleurs amis nous ont incités à les accompagner à l’église catholique du village pour la messe de minuit. Bon, on était assez soûl mais après tout pourquoi pas ? Donc, on est allé à la messe dans cette église pas belle, où je m’amusais à regarder un des enfants de chœur qui bâillait incessament pendant la cérémonie. Après la messe on est allé chez eux pour faire un peu la critique de la soirée, ce qui nous a fallu encore du champagne, bien sûr. Nous sommes finalement rentrés chez nous vers 2 h 30.

Ce matin on s'est réveillé vers 9 heures. J’ai préparé le café et on a commencé à ouvrir les cadeaux. Le premier était pour Betty, c’était un rat mécanique mais malheureusement il lui a fallu toutes sortes de piles dont on n’avait pas à la maison. On lui a ensuite donné une oreille de porc — ça sent le bacon et elle l’adore. Le copain a offert à nous deux (il aime ce genre de cadeaux) des téléphones portables avec accès Internet et toutes sortes de fonctions spéciales dont je ne serai jamais capable de me servir. Plus terre à terre peut-être, je lui ai offert des draps de lit (on en avait grand besoin), un DVD de BD porno (le premier que j’ai jamais vu), une séance de réflexologie d’une heure dans un salon de réflexologie qui se trouve dans notre rue à New-York, un jeu d’outils (il aime ça), des gants et un chapeau. Lui, il m’a offert le FileMakerPro 6 mis à jour pour OSX Jaguar.

J’ai parlé avec ma mère et le père du copain nous a téléphoné de Los-Angeles. Il a dû parler avec tous ses neveux et toutes ses nièces, ainsi que sa sœur.


La table de l'amie écrivain prête à nous accueillir

Cet après-midi nous sommes allés chez l’amie écrivain qui avait préparé le dîner de Noël. Son fils et sa belle-fille étaient là aussi et on a très bien mangé. Le chapon était excellent, ainsi que les choux de Bruxelles et les petits oignons à la crème. Maintenant, rentré chez nous, on est plutôt crevé et il n’est que 7 heures du soir. Le copain joue au Grand Theft Auto (assez drôle en effet) et Betty s’amuse avec un autre jouet. En fin de compte, un Noël pas mauvais.

le mardi 24 décembre 2002

Pas assez dormi et trop bu — ah, ce n’est pas la première fois que ça m’arrive. On avait invité à dîner une vieille fille qui habite près de nous. Elle doit avoir aux environs de 84 ans. Fanatique de bridge et très alerte et spirituelle, elle parle tout doucement dans un accent correct des années 30 (cela s’entend, par exemple, dans la voix de l’actrice Billie Burke dans le film « Dinner at Eight » et chez les femmes élégantes du film « The Women » du metteur en scène Georges Cukor) et le copain a souvent du mal à l’entendre. Moi, j’adore les accents — (j’ai pourtant beaucoup de mal à comprendre les accents anglais régionaux, et c’est à cause de ce problème d’incompréhension que certaines séries télévisées anglaises ne passent pas à la télévision américaine) et c’est un plaisir de l’entendre parler cet accent démodé. Je lui offre toujours un grand verre de bourbon glacé et elle s’installe comme une petite fée âgée contre le bras du canapé (« J’ai perdu un pouce » elle nous annonce presque fièrement).

On parle d’un peu de tout — sa famille à elle est nombreuse et éparpillée entre le Nouveau-Mexique, New-York, Boston, l’Angleterre, la France et l’Italie. Ses parents ont quitté le Massachussetts pour errer à travers l’Europe en 1920 Ils se sont décidés d’aller en Europe parce que la vie là était beaucoup moins qu’aux Etats-Unis et les médecins avaient dit à son père, malade, qu’il ne lui restait que trois années àvivre. Ils avaient trois enfants, un fils aîné et deux filles. Bon, ils sont partis donc pour l’Europe où le père et la famille sont restés pour 13 ans, en changeant de résidences plus de 56 fois pendant cette période. Le frère a choisi de rester en Angleterre, pour laquelle il s’est battu pendant la deuxième guerre mondiale. L’autre sœur, très belle et très égoïste, est rentrée avec les parents aux USA, qu’elle a détestés. Elle s’est vite mariée avec un Anglais et a quitté Boston pour s’installer avec lui à Londres. Notre amie est allée s’installer à New-York, où elle a trouvé un travail de cataloguiste au Metropolitan Museum. Je ne me souviens pas de comment elle s’est trouvée un jour dans ce petit village pêcheur, où elle a finalement acheté une maison. Ce qui est plus curieux, c’est que la sœur « anglaise » est venue acheter une maison aussi — son mari était mort et elle ne se sentait pas très proches de ses enfants en Angleterre. Les sœurs n’étaient proches l’une de l’autre non plus, mais la sœur aînée est restée ici, soignée par sa sœur notre amie, jusqu’à sa mort il y a une douzaine d’années.

Ah, les familles, c’est bien ça, les Fêtes, non ?

le lundi 23 décembre 2002

Le fameux chapon de Noël a été ramené chez nous en grande cérémonie. Il m’a fallu 45 minutes d'autoroute pour aller au supermarché Whole Foods de Providence au Rhode Island qui vend les chapons frais. Heureusement que c'était facile à trouver. Cet établissement est très coté par ici mais en fait ce n’est qu’un supermarché, assez bien mais pas extra. C’est à dire que c’est ni Fauchon ni Balducci’s. Il y avait pourtant une sélection impressionnante de fromages français et de la charcuterie italienne (la majorité des habitants du Rhode Island sont d’origine italienne). Je n’ai pas trouvé de saucissons à l’ail. Dommage.


Une partie de la section charcuterie du magasin Whole Foods à Providence

Demain il faut emballer tous mes cadeaux. On dit qu’il y aura de la neige à Noël.

le dimanche 22 décembre 2002

Le copain a insisté qu’on ait un arbre de Noël chez nous. On est donc allé à une ferme d’arbres de Noël à quelques kilomètres du village. Les arbres sont plantés en rangs et il y en a plusieurs espèces, dont une avec les feuilles courtes, serrées, rigides et bleuâtres, et une autre avec des feuilles plus longues, vertes pâles, et plus souples.


La ferme aux arbres de Noël

Traditionnaliste ultra en pratiques festivalières, le copain a choisi un arbre semblable à ceux qu’on voit sur la chaîne Disney, qu’on nous coupe sur place.


Voilà, notre arbre en train d'être coupé (j'espère que les Ents ne m'en voudront pas trop)

On le met dans la voiture et on rentre. Maintenant il faut retrouver quelque part dans le sous-sol où on a mis le machin pour tenir le tronc — voilà, on met l’arbre dedans et on visse. Puis on le laisse comme ça, sans lumières, sans décoration, un peu au milieu du salon. C’est évidemment une œuvre qui évoluera.

La pause inattendue (pas moi) dans nos travaux pénibles de création-décoration nous permet d'aller voir « Le Seigneur des Anneaux : Les deux tours » au multiplex du coin. Il y a une séance à 14 h 45, on est là à 14 h 30 et il ne semble pas y avoir trop de monde — nous achetons notre pop-corn et nos Icees sans trop s’inquiéter et on se dirige langoureusement vers la salle, où, en ouvrant la porte, on voit tout de suite que c’est presque complet, avec des parents et leurs enfants, des ados fous de Tolkien, des vieux dingues comme nous, et tout le rest. Bon, on réussit à trouver deux places, mais elles sont dans les premiers rangs, donc il va falloir se pencher en arrière un peu pour voir l’écran. Tant pis pour la nuque.

Les lumières s’éteignent et ça commence, main non, pas le film ou même les bandes-annonces, mais des pubs pour Coca-Cola et, je crois, Nike. Ça, c’est une très mauvaise habitude apprise chez nos amis européens qui est de plus en plus fréquente ici — les pubs ont duré au moins dix minutes, c’est quand même fort, quand on a déjà payé sa place (notons que le prix d’une place pour « Le Seigneur des Anneaux » n’était que $6 à la campagne, c’est-à-dire $4 de moins qu’à Manhattan, donc, selon le copain, je n’avais pas le droit de me plaindre trop de la pub.)

A propos du film, oui, c’est beau, oui, c’est majestueux, oui, c’est un peu genre « Wagner lite ». Non, je n’ai jamais lu les livres (aveu honteux selon le copain), donc suivre l’histoire m’était quelquefois un peu difficile. Mais il est parfaitement évident que ces sorciers méchants avec leurs orcs militants représentent George Bush et ses alliés, tandis que les Elfes et les Ents, qui sont, après tout, des arbres qui n’aiment pas qu’on les coupe — comme dans les grandes forêts fédérales en Alaska, par exemple — sont les gens qui se battent pour le Bien. Les guerriers elfes sont d’ailleurs de très beaux gars (à part le chef elfe, dont le visage est un peu trop rond, surtout par comparaison avec nos héros — mais M. Astin a grossi et avec le double menton qu’il a il est nettement moins mignon qu’avant, et cela m’étonne toujours que sa mère est Patti Duke) quand ils se mettent aux remparts de la forteresse assiégée (moi je n’arrive pas à me rappeler tous ces noms pseudo-mythiques à base germanique). Mais le Mal n’est pourtant pas vaincu — il y a sans doute des choses très désagréables qui se passent dans cette montagne au sommet enflammé, qu’ils vont certainement nous montrer dans le film à suivre.

le samedi 21décembre 2002

Ça y est — « Escape from New York : Fêtes 2002 », (malheureusement sans la participation de Kirk Russell, très prisé du copain) est en marche. Malgré mes appréhensions sur la circulation, c’était facile à quitter New-York en voiture (la nôtre, toute bourrée de sacs, depaquets, d’ordinateurs portables, de cadeaux). On n’a pas encore les cassettes du prochain roman de Trollope dans la série « Barchester Chronicles » et nous avons donc choisi un roman de E M Forster, « A Room with a View » que j’ai lu il y a longtemps et dont on a fait un film en 1986 avec l'excellente Helena Bonham Carter, le génial Daniel Day Lewis et Julian Sands, qui était très beau à cette époque-là.

On a vite fait le parcours et on est arrivé vers 22 h — il y avait une fête à laquelle on était invité mais le copain était crevé et moi je n’avais plus tellement envie d’y aller et on est finalement resté chez nous, à regarder un film idiot à la télé enregistré par Tivo — « Happy, Texas » — plein de blagues pédés débiles et de malentendus crétins — je n’ai pu le supporter qu’une demi-heure avant d’insister au copain de mettre l’écouteur sans fil, ce qui me permet de lire.

Aujourd’hui il fait beau mais il y a beaucoup de vent — les stores vénitiens dans notre chambre ont claqué contre les châssis de fenêtre toute la nuit, et j’ai dû enfin me lever du lit pour fermer les fenêtres vers 4 h. Malgré cette brève interruption, j’ai réussi à dormir presque 9 heures, ce qui me fait du bien. Il me reste à trouver quelques petits cadeaux et on ira peut-être voir Le Seigneur des Anneaux cet après-midi. La connexion câble ne marche toujours pas, je suis obligé de me servir de la connexion téléphonique à 28k. Ah, que c'est lent, la vie à la campagne.

le vendredi 20 décembre 2002

Avec tout ce qui ne va pas dans le monde actuel (un imposteur à la Maison Blanche ; une guerre pétrolière qui va probablement éclater en Irak pendant les Fêtes lorsque les occidentaux seront trop distraits par leurs cadeaux de Noël et les films qui viennent de sortir pour réagir d’une façon cohérente — et après tout on s’en fout de ce qu’en penseront les autres ; l’euro qui monte — embêtant pour nous qui allons voyager en Europe ; la bourse qui baisse — on va se payer ce voyage comment ? et tout le reste qu’il me serait bien trop long pour énumérer) après tout ça, il est par contre très agréable de se faire couper les cheveux par mon jeune coiffeur polonais, qui s’appelle Bartolomeuz (j’ai lu ça sur son « permis » de coiffeur), ou tout simplement « Bart », ce qui est bien plus facile à prononcer pour ceux qui ne sont pas doués en langues slaves. Bart le coiffeur est à la fois costaud et fin — il a un corps de boxeur que ces chemises de travail à manches courtes et ses pantalons ne cachent pas, avec un visage aux traits réguliers, de longues pattes pointues bien entretenues qui accentuent ses pommettes prononcées, un nez droit, des lèvres minces. Il va faire de la planche à neige au Michigan pendant les fêtes de fin d'année avec son ami(e), dont la mère a une Corvette jaune qu’il a grande envie de conduire tout en écoutant de la musique très fort. « Je suis encore jeune, » il m’a dit en souriant, « j’adore faire ça. » Il a raison.


La 6e avenue sous la pluie

Pour le reste, il pleut, ce qui va certainement compliquer l’exode de Noël qui commence cet après-midi. Je suis allé à la librairie Barnes & Noble de la 6e avenue pour acheter une histoire de la course (« Why We Run: A Natural History » par Bernd Heinrich) que je vais offrir à l’amie qui fait des marathons avec le copain. Il paraît qu’un homme peut réussir à attraper une antilope seulement en courant — ça prend du temps, bien sûr, mais à cause de la transpiration surtout (un trait plutôt humain, et beaucoup d’animaux ne transpirent presque pas), un homme en courant peut arriver à épuiser une antilope, qui n’est pas faite pour courir de longues distances sous le soleil africain. Je me demande si cette donnée intéressante va la convaincre de faire un autre marathon cet été.

Ensuite je suis allé deux blocs plus loin au magasin de Bed, Bath & Beyond, oui, je sais, ce n’est pas très chic mais j’avais besoin de draps de lits — nom de nom, qu’est-ce qu’ils sont chers, ce « drap plat, grand lit » et ces « taies d’oreiller standard » !


Au centre d'un tout petit rayon dans le magasin Bed Bath & Beyond (il est tôt, c'est pourquoi il y a peu de monde)

Ça fait bien longtemps que je n’en ai pas acheté et j’ai failli sursauter devant la caissière ennuyée quand j’ai vu le montant. Détournant les yeux, je lui ai vite tendu la carte de crédit pour ne pas prolonger l'horreur. Ah, l’esprit joyeux de Noël.

le jeudi 19 décembre 2002

Je n’arrive pas à comprendre comment les dirigeants des États-Unis et de la Grande-Bretagne s’arrangent pour déclarer que le rapport sur les armes prohibées fourni par les autorités irakiennes est « incomplet ». Incomplet comment ? Selon qui ? Et sur quels points ? Et si ces messieurs sont tellement sûrs de leurs renseignements, pourquoi procède-t-on à ce genre de jeu de société aux conséquences incertaines ? Moi, j’ai l’impression que les conseillers de Bush expliqueront bientôt que la déclaration est incomplète mais qu'il serait nuisible à la sécurité de dire plus précisément comment. Et donc, avec ce « raisonnement », qui n’en est pas un, l’intervention militaire en Irak sera engagée. Mais j’ai aussi l’impression qu’ils se rendent compte, du moins un peu, du scepticisme éprouvé par un pourcentage assez élevé des Américains (et même plus élevé chez les Britanniques, je crois) pour une guerre intentionnée à redorer le blason d’une présidence suspecte et pour cela férocement partisane. C’est pourquoi ils hésitent. Ils essayent de deviner quelles seront les réactions politiques et sociales d’une intervention unilatérale en Irak — de l’autre côté, le peuple américain attend, lui aussi, avant de réagir pour ou contre — s’il n’y a pas de vote à l’ONU pour approuver une intervention, le gouvernement de M. Bush aura bien des difficultés à clamer que tout le monde soutient sa position. Donc, malgré tous les bruits de sabre que le gouvernement américain a fait sur cette déclaration éventuelle des Irakiens, il y a maintenant cette curieuse absence d’action.


Ça fait penser aux tableaux d'Edward Hopper
(c'est l'immeuble London Terrace derrière)

Les nouveaux schémas proposés pour le réaménagement du terrain où se trouvait le World Trade Center ont été dévoilés hier (on peut les voir ici) et c’est certain qu’ils sont nettement plus intéressants que les premiers, dont le public new-yorkais s’est moqué au point où ils ont été retirés dans un chahut de mépris. Il y a pourtant pas mal de gens qui disent aujourd’hui à la radio que reconstruire des bâtiments de telles dimensions seraient surtout tenter le destin et recréer une cible pour le terrorisme international.

le mercredi 18 décembre 2002

Comme je l'ai déjà fait savoir ailleurs dans ce carnet, nous n’avons pas la télé par câble à New-York. Donc je ne vois les clips sur MTV ou sur VH-1 qu’au gymnase, où je peux les regarder en faisant mon cardio. Je ne suis absolument pas au courant de ce qu’ils choisissent de montrer, mais ce matin je suis tombé sur un vidéoclip de Christina Aguilera pour sa nouvelle chanson « Beautiful », de son nouveau disque « Dirrty ». Je ne la connais presque pas, Mlle Aguilera, à part quelques chansons d’elle qu’on jouait incessamment à la radio (que j’écoute beaucoup dans la voiture) et des affiches vues en passant avec des photos d’elle presque déshabillée sur la couverture d’un magazine, mais j’ai tout de même reconnu sa chevelure abondante d’une couleur blonde pas trouvée dans la nature et sa voix, pas mauvaise. Mais c’est la vidéo de « Beautiful » qui m’a frappé — je ne sais pas qui l’a tournée — c’est en effet une collection de gens qui ne sont pas « normaux », des gens dont on rit parce qu’ils sont trop minces, trop gros, trop « punks », trop pédés. Oui, je sais, ce n’est pas de la dernière originalité comme thème mais je suis toujours assez hippie sentimental pour trouver ça bien, de faire rappeler aux gens que les différences possèdent une beauté particulière, du genre qu’on ne trouve toujours pas à la télé, ou dans la pub, ou à l’école, ou au boulot, où une certaine façon d’agir, de s’habiller ou de se tenir fait la règle. (Notons bien que moi personnellement je mène un style de vie des plus fades mais j'ai moi-même ressenti l’angoisse profonde de tous ceux qui se trouvent différents des autres, de cette majorité brillante, heureuse, fortunée — il faut une confiance en soi et une compréhension des hommes qui sont de toute évidence énormément rares chez une fille ou un garçon de 14 ans pour ne pas se demander pourquoi on est si différent des autres et d’en tirer la conclusion que c’est sa faute à elle ou à lui et non pas aux normes dictées et maintenues par la majorité.) Vu le public pour le vidéo « Beautiful », c’est quelque chose que de voir, par exemple, deux gars qui s’embrassent et un mec qui s’habille en femme. Les paroles de la chanson ne sont pas exceptionnelles, la musique non plus, mais l’invitation à la tolérance et à l’acceptation de qui on est, ben, ça me plaît pas mal.

Pour changer un peu le ton sérieux de cette entrée, je suis très très content d’avoir trouvé un débit de volailles bio à Providence, métropole de l’état minuscule du Rhode Island. J’ai commandé un chapon de 3,5 kilos que j’irai chercher lundi après-midi. C’est l’amie écrivain qui va préparer le repas de Noël, pour nous, pour son fils et sa belle-fille qui arrivent de Washington, et peut-être aussi pour un autre couple.

le mardi 17 décembre 2002

Un ami vient de m'envoyer ce lien qui indiquerait définitivement que tous les Américains ne n'apprécient pas tout ce qui se passe ici. (Ça marche mieux avec ADSL ou câble.)

Hier soir on est allé, le copain et moi, à une petite fête de Noël donnée par une conservatrice d’art chez elle. Son appartement était tout petit et il y avait du monde. On a beaucoup rigolé du nouveau catalogue de Noël d’Abercrombie & Fitch photographié par Bruce Weber. On dit que c’est à lui que l’on doit la sexualisation explicite du corps masculin dans la publicité, qui a débuté (du moins ici à New-York) avec des grands panneaux d’adonis en slip Calvin Klein installés au Times Square au début des années 80, je crois, sinon plus tôt (j’ai la mémoire qui s’évapore). Au point où c’est presque tous les jeunes, sportifs ou non, hétéros ou non, qui s’habillent à cette façon savamment négligée — à l’exception, bien sûr, des « nerds » et des « geeks » et des goths qui rejettent cette conformité agréée pour une autre qui leur va mieux. (Heureusement que je travaille dans le monde de l’art où, tempérament esthète oblige, il serait plutôt mal vu de porter autre chose que du Prada noir ou, si vraiment on l’ose, du gris foncé — ah, je frémis de cette audace originale !)


La librairie d'occasion Strand, au coin de la 12e rue et Broadway

Un des invités m’a raconté une histoire invraisemblable sur sa famille qui m’a rappelé pourquoi je n’ai pas grand chose à me plaindre de la mienne. Son père et sa mère se sont mariés lorsque le père terminait ses études à un séminaire luthérien quelque part. Une fois pasteur, le père et la mère ont été envoyés par l’église comme missionnaires à l’île de Ste Croix, dans les Îles Vierges américaines. C’est là où est né mon narrateur, enfant maladif, m’a-t-il dit. Le père, en bon missionnaire, s’employait à sauver des âmes, et un jour il en a rencontré une qui s’appelait Henri, beau garçon de 17 ans, métis de sang français, danois et africain. Henri est devenu le protégé « privilégié » du père pasteur et quand la santé de la mère, maladive elle aussi, les obligeait tous de rentrer en métropole, à savoir quelque part au Michigan, le père pasteur a invité, en bon chrétien, le jeune homme de les accompagner, afin de pouvoir poursuivre ses études. A un certain moment plus tard, le père pasteur a révélé à la famille qu’Henri n’était pas qu’une brebis égarée pour lui mais en réalité son amant. (Ici on nous a servi encore du champagne.) La mère s’est décidée à ne rien faire avant que son deuxième fils n’ait quitté la maison pour aller à l’université. Quand cela s’est passé, le couple s’est séparé et le père pasteur est allé refaire sa vie, toujours avec Henri, en Nouvelle-Zélande, où ils vivent toujours tous les deux, en rupture totale avec les autres membres de la famille. Mon narrateur n’a pas vu son père depuis des années. Moi, j’ai pris encore du champagne avant de rentrer à notre coin.


Broadway, avec l'Empire State Building au fond, illuminé en rouge et vert pour Noël

le lundi 16 décembre 2002

La grève à Troie n’aura pas lieu, au moins pas aujourd’hui, puisque les syndicalistes continuent à discuter salaires etc avec les patrons du métro new-yorkais. La météo avait aussi indiqué de la neige ce matin, mais il n’y en a toujours pas, même pas une goutte de pluie. C’est décevant, les désastres, on ne peut pas compter dessus.

C’est le vrai compte à rebours pour le 25 décembre qui commence aujourd’hui. Pour moi c’est comme un poids sur le dos dont je n’arrive jamais à me débarrasser à temps. J’ai horreur d’être obligé à acheter des tas de cadeaux à la dernière minute (oui, je sais bien, c’est ma faute à moi de ne pas les avoir achetés avant maintenant).

C’était quand même étonnant (et agréable) de voir sur la une du New York Times de dimanche les photographies de Henry Kissinger et du Cardinal Law qui ont tous les deux démissionnés de leurs postes — Kissinger, parce qu’il ne voulait pas révéler ses clients (qui pourraient être impliqués dans l’échec de plusieurs branches gouvernementales de la sûreté contre les attentats du 11 septembre — il y a toujours ce va-et-vient glissant de patrons entre les couloirs du gouvernement républicain et l’industrie dite privée) et le Cardinal Law (ainsi que son chef le Pape Jean Paul II), qui a finalement été obligé par la pression publique à Boston de démissionner de son poste d’archevêque. Et il y avait, aussi à la une mais sans photo, l’article sur les excuses du sénateur Lott de Mississippi pour ses remarques pas très brillantes énoncées récemment à la fête d’anniversaire du sénateur centenaire Strom Thurmond. C’est gênant pour le parti républicain, dont M. Lott est pour le moment le leader au Sénat, d’avoir un raciste plus ou moins avoué dans ce rôle. Mais il paraît que M. Lott menace les Républicains de quitter le Sénat tout à fait s’ils le rejettent comme leader — et c’est le gouverneur démocrate de l’état de Mississippi qui choisirait alors son remplaçant — sûrement un démocrate — qui ferait basculer le nombre de Républicains et de Démocrates au Sénat à la parité, 50 chacun. Les embarras actuels du parti républicain, de la hiérarchie ecclésiastique et du professeur Kissinger, je l’avoue, ne me déplaisent pas.

Pour les entrées du début du mois de décembre, veuillez passer aux Archives (Go Live ne me permet pas d'aggrandir la page, je ne sais pas pourquoi.)