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à New-York le 15 février 2003

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le vendredi 28 février 2003

New-York et Betty commencent à me manquer — on repart demain après-midi. La pièce qu’on est allé voir hier soir, « Abigail’s Party », c'était un vestige des années 70. Flou, improvisé à l’origine, il s’agit d’une soirée tendue et arrosée chez un couple mécontent dans la banlieue lde Londres. Les accents et les niveaux de langue parlée prennent une importance typiquement anglaise dans tout ce qui se déroulait. Pous nous évidemment il y avait beaucoup d’allusions qu’on comprenait mal ou pas du tout dans tout cela.

Ce matin on est allé au Musée d’histoire naturelle — plein de marmots agités avec leurs parents déjà harassés à 10 h 30 du matin. On est allé voir les dinosaures mécaniques (pas mauvais) et moi j’ai apprécié quelques jeunes papas avec leur progéniture — ben, c’était dans les galeries dédiées à la sexualité humaine et tout, donc c’est normal, quoi ! Voici un webcam sur une colonie de fourmis dans la galerie des insectes.


Un déjeuner de dinosaure au Musée d'histoire naturelle à Londres

On avait rendez-vous avec les parents au café-restaurant au 5e étage du magasin Harvey Nichols à midi et demi — on avait une serveuse française très gentille. J’ai réussi à trouver dans la librairie de Harrods un exemplaire du dictionnaire des synonymes Chambers (excellent outil) et un livre sur la cuisine de la Rome antique, avec recettes et menus de repas.


Quelques « bushosaures » avides de guerre montrent leurs dents

Nous allons prendre un verre chez une amie à moi qui habitait New-York avant de s’installer ici avec son mari banquier — elle habite Londres depuis plus de 12 ans et a trois enfants qui, contrairement aux parents, parlent anglais à l'anglaise, dont l’aîné se prépare à s’inscrire à l’université l’année prochaine. (Qu’est-ce qu’on est vieux !)

le jeudi 27 février 2003

Enfant gâté à 74 ans, le père du copain n’est absolument pas conscient du fait qu’il ne serait peut-être pas le centre du monde entier — tout comme un enfant, quand il voit quelque chose d’attirant, il le veut tout de suite pour lui. A la différence d’un enfant, il prend ce qu’il veut — ce n’est pas par hasard qu’on l’a nommé « le prince » à San-Francisco, tellement il s’attend à ce que tout se mette à sa disposition. Cette mentalité égoiste me rend fou, mais je n'arrive qu'à engueuler le copain, ce qui est assez injuste, je l'avoue.

Bon, assez de me plaindre, c’est comme ça, les parents, au moins certains parmi cette étrange catégorie d’êtres. Nous avons toutefois réussi à faire pas mal de choses — le plus surprenant peut-être c’était ce qui s’est passé à la Royal Opera House, où l’on est allé mardi soir chercher les billets au guichet. C’est bien là qu’on apprend que la belle-mère avait réservé des places pour un programme de ballet pour le 3 ou 4 mars et que l’on présentait ce soir l’opéra de Léos Janacek « La Petite renarde rusée ». Un peu de palabre, et les places pour le ballet sont échangées pour de nouvelles pour l’opéra. J’étais content, je n’avais jamais vu cet opéra et je ne connais pas la musique du compositeur tchèque. La mise en scène, créée en 2002, était bien faite et les chanteurs étaient bons, surtout le renard mari.


Hollywood à Londres : une impression des mains de John Gielgud

Mercredi le copain et moi nous sommes allés à Leicester Square pour acheter des places à prix réduit pour « Taboo ! », la comédie musicale écrite par Boy George. Très inégal en tant qu’œuvre dramatique (morceaux hyperconventionnels) et musicale (idem), cela m’a pourtant plu. Le jeune homme qui jouait le chanteur travesti Marilyn était un vrai Adonis (et il le savait, en plus, se promenant torse nu sur le plateau autant que possible — moi, j'ai trouvé ça très, très artistique, naturellement), celui qui jouait Boy George jeune avait une belle voix, et l’acteur Julian Clery, qui jouait l’artiste Leigh Bowery, était formidable. On a déjeuné dans un petit restaurant excellent (Randall & Aubir) dans la rue Brewer avec de beaux serveurs pédés très gentils avant de passer chez une de mes librairies préférées au monde, Foyles, dans la Charing Cross Road. C'est comme Gibert Jeune, on y trouve de tout, un peu en désordre génial. Malheureusement on était un peu pressé et je n'ai pas pu rester aussi longtemps que je voulais.


Old Compton Street, l'axe principal du tataland londonien

On est rentré à Soho avec les parents pour voir une autre pièce intitulée « My Brilliant Divorce » écrite et interprétée par l’actrice Dawn French, partenaire comique de la brillante Jennifer Saunders de « Ab Fab ». C’était un « one man show », bien joué mais forcément un peu limité. Dîner dans un restaurant italien et puis taxi chez nous.


L'avenue Shaftesbury, le Broadway de Londres

Le devoir professionnel m’a poussé à faire un effort pour aller visiter le nouveau musée d'art contemporain le Tate Modern, qui se trouve sur la rive sud de la Tamise dans une ancienne centrale. (Tous ces grands musées avec leurs méga-expositions, c'est vraiment le « big business » multinational, ce qui me déprime un peu.) Le copain et moi, nous nous sommes rapprochés du musée de la station de métro Southwark — de ce côté-là on ne saisit pas l’immensité du bâtiment — mais quand on voit la sculpture « Marysas » d’Anish Kapoor dans le hall central — ouf ! c’est à vous couper le souffle ! C'est vraiment bien.


A l'entrée du musée, la sculpture d'Anish Kapoor (une toute petite partie)


Section centrale de la sculpture


Vue des guichets du rez-de-chaussée du musée

On est allé voir l’exposition d’Eva Hesse, sculpteur femme américaine morte en 1970. J’ai un ami qui travaille pour la succession d’Eva Hesse à New-York et j’ai eu de longues discussions avec lui sur les débuts (pas toujours édifiants) de cette exposition, qui est déjà passée par San-Francisco et Wiesbaden avant de terminer à Londres (le Whitney à New-York a dû annuler sa participation à cause de la crise financière qu’eprouve cette institution à présent).


Le pont du Millénaire


La Tour de Londres, vue du pont


La Tamise vers l'ouest

On a traversé la Tamise sur le pont du Millénaire (réparé heureusement, sinon on tombe loin). J’ai quitté le copain devant les bureaux londoniens de sa boîte (il allait déjeuner avec quelques collègues anglais) et j’ai continué vers la cathédrale St Paul, que je n’avais jamais vue.


La cathédrale St Paul

On est en train de nettoyer l’intérieur du dôme, qui est donc couvert de nappes, ce qui effectivement diminue l’élégance de la nef. Je suis descendu aussi à la crypte, où il y a le sépulcre en marbre de l’Amiral Nelson, vainqueur de Trafalgar. (Mais à part ça, cela ne valait pas le coup.)


Les enfants qui jouent au Covent Garden

Je suis repassé par Leicester Square où j’ai acheté des places pour la pièce « Abigail’s Party » de Mike Leigh pour ce soir. Bibliophile perpertuél, je suis allé faire un tour chez les librairies Waterstone et Hatchards dans Piccadilly avant de prendre le métro à Green Park pour rentrer. Les parents vont dîner avec une amie.

Je suis crevé, j’ai les pieds qui me font mal, je vais me coucher tout de suite après le théâtre (j’espère).

Le premier ministre M. Blair a eu des ennuis avec son parti hier ! Cent-vingt-et-un parlementaires travaillistes ont voté pour un « amendment » qui disait que le dossier contre Saddam Hussein n’était pas un casus belli. M. Blair affirme qu’il cherche toujours un second vote à l’ONU.

Londres, le mardi 25 février 2003

Cette curieuse vie de famille parmi les parents (du copain) continue, avec les inconvénients qu’on peut imaginer. Hier les parents se sont levés à midi (c’est la faute du décalage horaire, qu’on ressent bien différemment quand on a pris le vol de jour, mais aussi parce qu’on avait bu beaucoup de vin hier soir).


Vous êtes-vous pacsés, mes amis? (Castor et Pollux au V&A)

On est allé manger dans un restaurant nord-indien Haandi pas très loin de l’appartement — on n’a pas un énorme choix de restaurants le dimanche soir à Londres — et c’était pas mal, on a trop mangé et trop bu. Fatigué et un peu saoul, on s’est couché vers 11 heures 30 mais à 1 heure je me suis réveillé c'était 8 heures du matin — j’ai pris la moitié d’un somnifère et je me suis remis au lit pour sommeiller dans le noir avant de retrouver le sommeil une demi-heure plus tard.


Maisons londiniennes

Lundi matin on était très lent à se mettre en marche — on a quitté l’appartement vers midi avec les parents pour aller par métro (station Green Park) à New Bond Street, où la belle-mère voulait commander du papier àlettres chez Smythsons. Après une demi-heure, on s’est décidé de déjeuner dans le petit café d’à côté de la Sotheby’s — il n’y avait pas de ventes donc il n'y avait pas beaucoup de monde. Le café se trouve un peu dans le couloir central de l’immeuble —ça a l’air incommode mais en fait c’était agréable et la cuisine était bonne — et j’ai mangé un poulet rôti excellent.


New Bond Street

Après avoir déjeuné on est allé par taxi à la Somerset House, bâtie sur le site d'un ancien palais style Renaissance en 1775. C’est dans une des ailes de cet énorme édifice qui se trouve le Courtauld Institute, dirigé pendant des années par Anthony Blunt, directeur des tableaux de la Reine et espion soviétique. La collection est impressionnante — des Cézanne et des Seurat exceptionnels, des Derain, un Delauney de coureurs très beau et même des Renoir qui n’étaient pas trop moches (je ne l’aime pas tellement). J’ai reconnu un galeriste de New-York et lui ai dit bonjour : on était tous les deux un peu surpris.


La façade centrale de Somerset House du Strand

On a continué notre visite de Somerset House dans les salles de l’Hermitage, où il y avait des tableaux achetés du collectionneur anglais Robert Walpole (père de l’esthète et pédé anglais Horace Walpole dont madame du Deffand, alors vieille aveugle, est tombée follement amoureuse), dont un Poussin et un Guido Remi extraordinaires.

On est allé au quartier de Primrose Hill pour dîner avec des amis des parents du copain — une journaliste américaine qui habite Londres depuis 40 ans et son mari, ex-officier de la Marine anglaise. On est allé manger dans un restaurant plus ou moins français du coin qui s’appelle Odette’s. Ce n’était pas mal, mais je ne comprends pas pourquoi il y a tant de serveuses russes dans les restaurants à Londres.

Ce matin on s’est réveillé vers 8 h 30 (nous, pas les parents) et je me suis connecté à Internet (vitesse médiocre) et j’ai fait un petit tour des sites. Le copain est allé courir à Hyde Park, mais moi je n’ai pas arrivé à trouver un moyen de faire de l’exercice, à part la marche à pied. C’est ce qu’on a fait aujourd’hui, quand le copain et moi, nous avons traversé Hyde Park jusqu’à la rue d’Oxford, où l’on s’est dirigé vers le British Museum.


Urne dédiée à la reine Anne pour avoir fait construire unepartie de Hyde Park


Il y a plein de Trekkies à Londres


Le problème britannique illustré par les trois drapeaux britannique, européen et américain sur cet immeuble


Panneau indicateur des frais d'heures de pointe au centre de Londres

On l’a bien transformé, ce musée !


L'entrée du British Museum

La grande cour est extraordinaire.


La nouvelle cour du musée avec son toit de verre par l'architecte Norman Foster


Vue de l'intérieur de la bibliothèque circulaire située au centre de la cour

On a déjeuné dans le restaurant d’en haut (encore des serveuses russes) avant de nous promener dans les galeries. On est allé voir les objets trouvés dans le bateau funéraire découvert à Sutton Hoo (tombe d’un roi saxon du 7e siècle), puis les sculptures du Parthénon (bien sûr), les portes de Sargon, et la pierre de Rosetta (c'est quand même impossible à toute personne qui s'intéresse aux langues de ne pas être émue devant ce symbole réel de la traduction).


Parlez-vous hiéroglyphe ?


Aie, faut que je passe au gymnase cet aprèm !

Il y avait aussi une exposition extraordinaire d'œuvres d'Albrecht Dürer, (qui a peint des aquarelles tout à fait fantastiques mais je n'ai pas osé prendre des photos.)


Un commerce de parapluies typiquement « british » pas loin du British Museum — pourtant il a fait un temps superbe, sans une goutte de pluie

Ce soir, c’est le Royal Ballet. On n’a pas de très bonnes places, mais le copain ne connaît pas le théâtre de Covent Garden, donc ça vaut le coup d'y aller.

Londres, le lundi 24 février 2003


Un des halls de l'aéroport de Newark

Samedi nous nous sommes réveillés, le copain et moi, vers 4 h 50 pour terminer avec nos valises — le taxi est venu nous chercher à 6 heures, la pauvre Betty hurlant péniblement à la fenêtre, et on est arrivé à l’aéroport vers 7 heures. On a passé le contrôle de sécurité sans trop de difficultés (on ne m’a pas demandé d’enlever mes chaussures cette fois). Il y avait des rocking-chairs blancs au milieu de la salle d’attente.


Des rocking-chairs pour vous reposer dans la salle d'attente à Newark

On était entre deux portes d’où on partait pour le Montego Bay en la Jamaïque ou pour Cancun au Mexique. Il faut avouer que les gens qui allaient à la Jamaïque et au Mexique étaient pour la plupart beaucoup plus beaux et plus jeunes que ceux qui partaient, comme nous, pour Londres. Tant pis.

Notre vol était complet à 85 % (selon mon estimation d’amateur) et nos sièges se trouvaient dans l’arrière de l’avion, un Airbus. Il y avait, comme toujours, un peu de tout — de jeunes Anglaises, de vieux Indiens, des familles — mais le plus intéressant était c’était qu’ils étaient en majorité des Anglais qui rentraient chez eux et non pas des touristes (comme nous).

Il pleuvait à Newark et il nous a fallu de longues minutes avant de pouvoir monter à une altitude suffisante à survoler les nuages — quelques 11.000 mètres. On nous a donné le petit déjeuner (omelette au fromage) et puis le copain a commencé à regarder les films — il y avait un truc sci-fi anglais assez sanglant, et aussi « Barbershop ». En plus, il y avait « Bowling for Columbine » et ce film récent anglais sur les sœurs sadiques qui tenaient des écoles pour filles « déchues » mais je ne m’en suis pas rendu compte qu’à la fin du vol — et en tout cas, je n’aime pas regarder les films sur les petits écrans des avions, surtout les bons films. En plus, comme j’ai toujours une peur pas toujours latente de voyager en avion, je n’arrive pas à m’y concentrer à cent pour cent — j’ai l’œil qui guette sans cesse par la fenêtre même quand il n’y a rien à inquiéter.

Survoler les paysages rudes et neigeux de Terre-Neuve m’a donné envie d’y aller un jour. Puis les nuages sont venus et on n’a pu voir rien avant d’arriver au-dessus du pays de Galles, d’où étincelaient les lumières de la ville de Cardiff. A cause d’un embouteillage attendu à Heathrow, on a dû faire un tour avant de pouvoir atterrir à 19 h 40, tout de même avec 20 minutes en avance de l’heure prévue.

Heathrow, ce n’est plus de la dernière modernité comme aéroport ! Il a bien l’air usé. Et puis les couloirs sont longs, durs pour les vieux ou les handicapés. A l’immigration on était contrôlé par une femme en voile qui nous a demandé d’abord si l’on voyageait ensemble et ensuite, quand on a dit oui, quel était notre rapport (« relationship »)—j’ai failli lui demander comment elle trouvait la loi du charia surtout à propos de l’homosexualité, mais je suis peut-être trop sensible à ce genre de choses. Mais je l’avoue, le port du voile par un agent de Sa Majesté m’a un peu surpris. De toute façon elle n’a rien dit quand le copain lui a répondu qu’on habitait en « partenariat domestique » et a tamponné nos passeports.

De Heathrow on a pris le train à destination de la gare Paddington — à £11le billet, c’est le train le plus cher de l’Angleterre, disait un type à sa compagne. Ça a pris15 minutes et arrivé à la gare on a vite trouvé un taxi pour les derniers miles de notre trajet transatlantique. Il était 20 heures 20. Ayant déposé nos bagages dans l'appartement, nous sommes allés à pied à la Brompton Road où nous avons trouvé un petit supermarché pas bon marché mais ouvert 24 heures (horaire bien civilisé, n’est-ce pas ?). On y a acheté des samosas indiens, quelques bouteilles de vin français, des amuse-gueule (chips, bretzels, amandes salées), du Coca lite, du café italien, du jus d’orange, et des croissants un peu rassis. On est rentré regarder quelques-unes des centaines de chaînes de télévision offertes par Sky — on s’est arrêté de zapper à une émission très « trash » sur des jeunes Anglais en vacances sur l’île d’Ibiza. Histoires de drague, de béguins, de sexe. En effet, ça allait pas mal avec les samosas et la côte du Rhône.


L'Oratoire de Brompton à Knightsbridge, Londres

Le dimanche les parent du copain, qui étaient restés quelques jours chez une amie à Pimlico, sont venus s'installer chez nous. Il faisait assez beau et on s’est promené jusqu’à la Brasserie, où on a déjeuné (mon rôti de porc n’était que passable). Il y avait beaucoup de monde, un va-et-vient continu de clients et de serveurs. Il y avait à la table à côté de nous un jeune homme aux cheveux foncés, habillé en jeans et pull rouge foncé, auquel tout le monde rendait hommage — il lisait un magazine de voitures de course Formule 1. Une célébrité inconnue (à nous).


La Brompton Road en direction de Picadilly

Ensuite on est allé visiter les galeries britanniques du musée V&A, qui sont drôlement bien faites. Il y a aussi au musée des cartons énormes de Raphael prêtés par la Reine, par lesquels on s’est fait faire des tapisseries à Bruxelles. L’entrée au musée en plus est gratuite, ce qui est remarquable.

On n’a pas eu, jusqu’à maintenant, de succès à avoir une connexion à Internet de chez nous — il n’y a pas de tonalité, donc le modem ne sait pas quoi faire. Même avec une tonalité, il y a maintenant AOL qui ne nous permet pas de nous connecter — il faut appeler aux USA pour savoir pourquoi. C’est quand même énervant quand on se rappelle combien c’était facile de se brancher de notre chambre d’hôtel à Paris. (Et n’en parlons pas des prises idiotes dans ce pays !)

le samedi 22 février 2003

On passera presque toute la journée dans l'avion aujourd'hui. J'espère pouvoir afficher d'autres entrées plus tard. A bientôt.

le vendredi 21 février 2003

Il n’y avait pas beaucoup de monde dans le restaurant où on est allé dîner hier soir. Primo, c’est parce que c’est un loin de tout, en bas de Manhattan. Secundo, les affaires ne sont pas brillantes en ce moment. Et tertio, il y a moins de gens qui travaillent dans le quartier sans les deux tours (et les autres immeubles) du World Trade Center. Le copain et moi, on est arrivé les premiers et en attendant nos amis au bar j’ai pris un verre de côtes du Rhône qui était correct. Notre amie est arrivée ensuite (elle a commandé un « malt simple » avec un peu d’eau plate, sans glaçons — à l’anglaise !) Le copain était sage et ne buvait que de l’eau. Le mari, qui venait de Chicago, est arrivé ensuite et on nous a conduits à la table. On s’est bien amusé, tous les quatre. La cuisine « de bistro » n’était pas exceptionnelle — j’ai pris un steak au poivre, mais la viande était un peu dure — ça arrive souvent, je trouve, dans les restaurants ici. Bon, mais le vin, choisi par le mari, était très bon, un médoc. Notre dîner terminé, on est allé chercher leur voiture et comme ils rentraient chez eux à Connecticut, ils nous ont déposés dans le Village avant de continuer vers l’autoroute.


L'extérieur du restaurant Capsouto Frères dans la rue Washington

Il fait toujours doux aujourd’hui, mais on prévoit la pluie pour ce soir et demain. J’espère que le temps ne dérangera notre départ à 8 h 20 (aïe, c’est tôt — il va falloir quitter l’appartement vers 5 h 45 pour être à l’aéroport de Newark vers 7 h et ensuite il faudra subir les inspections anti-terroristes pendant on ne sait pas combien de temps.) L’arrivée à Heathrow est prévue pour 8 heures du soir. Je viens de recevoir un courriel de mon meilleur ami londonien qui m’avise que lui et son ami se vont en Thaïlande ce soir (depuis toujours il déteste l’hiver à Londres) donc on ne se verra pas cette fois. J’ai envie de me trouver un gymnase afin de poursuivre le régime renouvelé d’exercices. Dans le pire des cas je me forcerai à faire du jogging dans Hyde Park (à la différence du copain, je n’aime pas courir, cela m’ennuie profondément).


Une plume de fumée dans le ciel au-dessus de Manhattan

Ce matin il y a eu un grand incendie d'un bateau amarré à côté d'une importante raffinerie qui se trouve dans l'île des États (plus communément connue par le nom de « Staten Island ».) Ce n'était pas un attentat, mais les traces de la fumée venant du pétrole brûlant passaient au-dessus de nous à Manhattan pendant l'après-midi.

Je ne sais pas ce qui va se passer à l’ONU si les gouvernements américain et britannique présentent aux délégués une proposition remaniée sur l’Irak à approuver. Si la France la rejette, surtout par le moyen d’un veto, une explosion de francophobie s’ensuivra sûrement aux Etats-Unis. On n’y est pas encore, et j’offre cet article paru tout récemment dans le journal Citypaper de Philadelphie qui s’appelle « Vive la difference (sic) » dans l'espoir qu'on n'aura pas plus tard l'occasion de regretter cette période « relative » de calme.

le jeudi 20 février 2003

Belle journée. Il ne fait pas trop froid. Ce matin j'ai fait un détour à la pâtisserie française (Goupil et DiCarlo) du Chelsea Market — cela m’a fait sourire d’entendre tous les pâtissiers qui bavardaient entre eux en français à deux pas du comptoir. J’y ai acheté des madeleines et des petits gâteaux, qui étaient une sorte de Sacher torte individuel, que j’ai laissés à la galerie Paula Cooper pour les remercier de m’avoir été si accueillant quand j’y suis allé avec mes amis de Connecticut il y a deux semaines. Là on était en train de terminer l'installation d'une exposition d'œuvres de Dan Walsh, qui ouvrira au public ce soir. Un de mes amis, installateur à Paula Cooper, m’a demandé si je venais au vernissage mais je lui ai expliqué que je voudrais bien mais que j’ai un rendez-vous au restaurant Capsouto Frères, qui se trouve à Tribeca, tout près de l'entrée au tunnel d'Hollande.


Les trottoirs sont souvent sous l'eau — il ne faut sûrement pas porter vos Christian Louboutin cette semaine

Je suis, et je reste, le Grand Procrastinateur — trop de choses à faire avant de partir pour Londres samedi matin et pourtant je traîne à ne rien accomplir. Le père et la belle-mère du copain nous ont précédés aujourd’hui — on se retrouvera dimanche matin. Il y a une pile de factures à payer que j’ai laissé « mûrir » déjà trop longtemps — j’aurai certainement à payer des amendes pour avoir été en retard, comme toujours. Il n'y a rien à faire, c'est plus fort que moi.


Une monticule de neige (sale) au milieu de la 9e avenue

Je me demande si je pourrai afficher des entrées nouvelles depuis Londres — l’année dernière on n’a pas réussi à faire marcher le modem, qui ne reconnaissait pas le signal sonore du téléphone anglais. On verra. C’est aussi la première fois qu’on voyage avec les parents du copain. Là encore, on verra.

le mercredi 19 février 2003

Hier soir on a fait, le copain et moi, une sortie en terra incognita — c’est-à-dire, en banlieue. Il s’agissait spécifiquement de Long-Island, dont d’un côté il y a Brooklyn, grand arrondissement de la ville de New-York et de l’autre le phare de Montauk, au milieu d’un paysage de dunes boisées fréquentées par Andy Warhol et sa bande. Dans cette île, il y a un peu de tout — les aéroports de Kennedy et de LaGuardia, l’ancienne station balnéaire de Coney Island, les grandes maisons des barons de l’industrie où se passent les romans de F. Scott Fitzgerald comme « The Great Gatsby », la banlieue prolétaire et petite bourgeoise, les communautés d’été gaies de la côte sud, telles Fire Island Pines, Water Island et la plus ancienne et moins BCBG Cherry Grove, où le poète W H Auden passait l’été dans une toute petite maison avec son ami Chester Kallman, jusqu’aux plages branchées des Hamptons, ancien quartier général estival de l’aristocratie WASP actuellement attrape-tout des nouveaux riches de Hollywood, de la « nouvelle » finance et des arrivistes du monde entier.


Un petit centre commercial dans le désert de Long-Island

A vrai dire, je ne sais pas exactement où l’on est allé — l’ami nous a conduit chez lui dans la nuit obscure — je me souviens du tunnel de Midtown, où l’on contrôle les camions à cause du code orange, et du Long Island Expressway (l’éponyme du film « LIE » — un autre aspect bien particulier de Long-Island. Quittant l’autoroute nous sommes allés à un débit de boissons alcooliques, où on a acheté une bouteille de bordeaux (on ne respecte pas, c’est évident, le boycott —toujours hypothétique, je souligne— des produits français), une bouteille de gin, et une autre de vermouth. Quelques minutes plus tard, nous nous sommes trouvés devant sa maison.


Ça fait un peu « Amityville Horror », n'est-ce pas — et Amityville, ça se trouve à Long-Island

On a ouvert une des deux bouteilles de bourgogne que le copain et moi nous leur avions offertes — heureusement que c’était bon ! Le dîner a commencé très correctement avec une soupe aux champignons, suivie par une salade (séquence un peu surprenante), et ensuite, comme plat principal, des steaks grillés, un risotto aux asperges, et des épinards. Comme dessert on a mangé un gâteau avec des fraises fraîches. On a parlé de nos expériences de manifestations dans le passé (le mari avait manifesté avec ses parents en 1971 !) et de l’esprit de Marcel Duchamp. On s’est souvenu de l’histoire du marchand de tableaux newyorkais Pierre Matisse, fils du peintre, qui s’était débarrassé de sa femme, gentille et courtaude, pour se marier avec la très belle femme du peintre chilien Matta. Tout le monde la plaint, l’ex-Madame Matisse, pour sa malchance. On dit qu’elle aura du mal, à l’âge qu’elle a, à se remarier, la pauvre — et voilà que le beau Marcel, chic et artiste, célèbre par ses propres efforts et non pas par le nom de son père, l’homme le plus recherché de toute l’élite intellectuelle de New-York, qui lui demande de le marier en 1954. Quelle revanche délicieuse ! Et, d’après ce qu'on dit, c'était un mariage excellent aussi.


Sur le quai de la gare de Minéola


New-York, c'est là-bas

A 21 h 45 on nous a conduits au village de Minéola (le plat « Mineola » joliment francisé, non ?) à la gare des chemins de fer de Long-Island, autrement dit le « LIRR ». Le train était un peu en retard, et il n’y avait que peu de monde dans le wagon, illuminé lugubrement comme toujours.


Intérieur de wagon des chemins de fer de Long-Island

Après trois arrêts nous sommes arrivés au terminus situé en dessous de la gare de Pennsylvanie — on l’a réaménagé il y a quelques années, c’est maintenant climatisé en été (par exemple).


La (relativement) nouvelle gare souterraine de la LIRR dans la gare de Pennsylvanie

On a continué notre retour en prenant le métro jusqu’à la 14e rue, d’où on est rentré à pied chez nous.

le mardi 18 février 2003

Il est très intéressant de noter, comme j'ai fait suite à l'entrée de Monsieur Henri sur le sujet, combien Internet figure dans les discussions sur les manifestations anti-guerre qui se sont déroulées un peu partout dans le monde ce week-end passé. J’ai lu dans un article dans le New York Times que le site des organisateurs de la marche à New-York, www.unitedforpeace.org, avait recueilli 1.8 millions de visites en un jour avant la manifestation de samedi. J’y suis allé moi-même plusieurs fois pour essayer de savoir où en fait on devait s’assembler. Fait révélateur vu les efforts officiels du maire, des responsables de la police, et même du gouvernement Bush pour empêcher une manifestation politique qui les embarrasserait, on n’en trouvait aucuns renseignements dans les médias traditionnels. Mais, comme tout le monde l’a remarqué, la manifestation a quand même eu lieu, et a connu un succès inattendu, malgré ce silence profond de la part des médias. Comme Monsieur Henri note dans ses Chroniques, c'est Internet qui a été essentiel à la réussite impressionnante de ces journées de protestation.

Grâce à Internet, tout le monde doit faire face maintenant à la diffusion presqu’instantanée d’informations que, dans beaucoup (même trop) de cas, certains préféreraient garder secrètes, telle la découverte du plagiat dans le rapport britannique sur l’Irak, ce qui a sûrement contribué à l’échec diplomatique de Colin Powell à l’ONU la semaine dernière. Je vois un problème éventuel en tout ceci: quand décideront les autorités gouvernementales à se défendre contre la trop libre circulation de nouvelles désobligeantes ? Je ne sais pas. J’ai lu au moins un article qui a effleuré cette question d’une façon troublante — l'auteur prétendait qu’Internet servait aux islamistes anti-américains pour suivre les mouvements de troupes. (Ce qui n'est pas difficile à imaginer, c'est vrai. Et alors? Ils se servent de téléphones portables aussi, non?) L'auteur n'avait pas besoin de faire un grand pas pour proposer une raison « défensive » pour arrêter toute cette combine qu’est Internet. Et d’un coup, le moyen d’afficher des informations réelles partout dans le monde est bouclé. Est-ce possible ? En fait, je n’en sais rien. Il se peut que le réseau international soit actuellement trop grand et trop indépendant pour se laisser dominer par un seul pays. Je l’espère bien.

Les descriptions de qu’on appelle la « blogosphère » sont très variées. Pour moi, ce monde de rapports virtuels me suggère un bar newyorkais un peu à l’ancienne — mal éclairé avec un long comptoir en bois ciré — où l'on se rend pendant le « happy hour », l’heure quand les apéros sont bon marché et avant qu’on rentre chez soi. On y rencontre toutes sortes de gens — des nerds, des profs, des conteurs, des djeuns, des solitaires, des dépressifs, des gais, des pères et des mères de famille, des accros de politique, des étrangers et ainsi de suite. Au lieu de se parler, on se lit. On explore, on trouve des gens qui amusent, impressionnent, expliquent, choquent, et ennuient. Il y a des gens auxquels on dit vite bonjour et d’autres avec lesquels on reste quelques minutes. La durée de la « conversation » dépend de l’humeur qu’on a, de l’humeur de l’autre, de la journée qu’on a eue, bref, d’un tas de choses. On reste dans le bar une dizaine de minutes, à saluer les connaissances, avant de repartir, ou on passe toute la soirée à bavarder, discuter, raconter des histoires. Chacun et chacune qu’on retrouve dans cet endroit curieux propose une façon particulière de voir et de sentir le monde et c’est en cela que vient le plaisir de passer un certain temps en sa compagnie. Tout ceci pour dire combien je suis content d’apprendre que le célèbre PaCa est revenu après une trop longue absence (merci à Dendromatt pour l'avertissement). Son langage est si particulier qu’il m’est, pauvre Amerloque que je suis, souvent impossible à déchiffrer, mais le peu que j’arrive avec grande peine à saisirme fait toujours sourire. Un hôte en plus à savourer dans ce bar à idées et personnalités qu’est Internet.

le lundi 17 février 2003


Le ski urbain (à l'intersection de la 4e rue et de la rue Perry)

Aujourd’hui c’est le blizzard — pour de vrai ! — et non pas la petite tempête de neige de pas grand chose exagérée incessamment pour faire monter l’audimat. Comme c’est aussi un jour férié (pour les anniversaires des présidents Washington et Lincoln (attention: ce sont des liens officiels de la Maison Blanche !) qu’on a choisi de célébrer conjointement ce lundi de janvier), c’est comme un dimanche de plus.


Une voiture ensevelie

Samedi soir on a essayé de voir le film « Chicago » aux cinémas de l’Union Square mais c’était complet (on est bête, on a oublié combien il est difficile de voir un film nouveau à New-York les samedis soirs) et moi je n’avais pas envie de voir Ben Affleck, même habillé en cuir rouge moulant — la critique a été sévère pour son nouveau film et ou ce gars devient de moins en moins beau ou je me lasse de voir sa gueule en couverture de tous les magazines branchés. Donc on est rentré au Village en taxi (oui, oui, il faisait vraiment froid) où on est passé chez le magasin vidéo proche de l’appartement. Nous avons choisi des épisodes d’Oz (dur, quand même — et on n'a pas le HBO chez nous), un enregistrement d’un spectacle de Dame Edna Everage à Londres (on l’a vu à Broadway, drôle, ouais, mais je trouve que son truc n’est plus de la plus fraîche originalité), un film sci-fi qui se passe au Bhoutan, qui dans ce film très banal fait partie d’une « sphère d’influence chinoise », et finalement « La Nuit de Varennes », à cause de mes lectures actuelles, que je n’avais jamais vue. C’était un grand plaisir de voir Marcello Mastroianni interprétant le vieux Casanova. Cela me donne envie de lire ses « Mémoires », que l’amie écrivain m’a recommandées à plusieurs reprises, ainsi que le récit (très touchant, d'après elle) d’Arthur Schnitzler « Le Retour de Casanova » que je ne connais pas.

On est allé voir « Far from Heaven » à Chelsea hier soir, juste avant l’arrivée de la neige. Moi, je ne l’ai pas tellement apprécié, il y avait bien trop d’aspects invraisemblables dans le scénario. Je sais que M. Haynes, le metteur en scène, est à la mode ; les décors sont jolis, sursaturés de couleurs très années 50 (oranges, avocat) ; les costumes un peu trop voyants, un peu, oserai-je le dire, travelo. Les acteurs balancent entre un style très affecté, artificiel, et un autre très réaliste, ce qui m’a gêné. Mais la plupart des critiques ne sont pas d’accord, tout comme le copain, (ce qui est encore pire, n'est-ce pas ?)

le dimanche 16 février 2003


La police ont l'air un peu confus dans la 1ère avenue

Pour voir quelques photos et lire un court commentaire personnel sur la marche anti-guerre à New-York, veuillez cliquer ici. Ce lien présente une chronologie curieusement détaillée de moments divers de la marche


Une vue très « glamour » (à mon avis, bien sûr) des tours de Midtown

Quittant le Upper East Side après avoir fait de notre mieux pour arrêter cette guerre encore vraisemblablement inévitable (là, je reste très pessimiste), le copain et moi nous avons pris le métro jusqu'à Union Square, où nous sommes descendus pour aller à Paragon, un magasin d'articles de sports, où il a acheté un nouveau moniteur Polar pour courir. On est passé par le marché de l'Union Square, le plus grand marché de New-York, où il y avait du monde malgré le temps désagréable.


Les marchands de pommes de terre


Encore plus de légumes

Comme dit (ou chante) un autre diplomate américain dans l'acte II de « Madama Butterfly », « il triste vero » est que cette guerre, aussi distrayante que « pré-emptive », aura probablement lieu. J'ai été impressionné par ce commentaire écrit par un certain Jean Daniel dans le Nouvel Observateur. Voici un court extrait qui résume, dans un français bien meilleur que le mien, la plupart des raisons pour lesquelles je ne peux pas me permettre d'approuver cette guerre, même contre un tyran évident comme M. Hussein.

« Une mafia – celle de Ben Laden - attaque brutalement et rudement la première puissance du monde. Le coup est terrible. Le géant encaisse, tonitrue, fulmine. Comment a-t-on pu oser ? On cherche les criminels, les bandits, les monstres. On mobilise tout pour les trouver, on a recours aux technologies les plus sophistiquées. L’Afghanistan, repaire supposé de cette mafia nouvelle, est photographié sans relâche des cimes aux grottes. Rien n’y fait. Ben Laden continue de narguer l’opinion mondiale.

Alors que faire ? Car, évidemment, il ne peut être question de ne rien faire. Comment démontrer que le géant blessé a conservé toute sa force et que cette force reste unique ? Et voici qu’on se souvient de l’existence d’un ennemi qui se révèle providentiel : ce Saddam Hussein avec lequel on a un compte à régler et dont la mafia, elle, est bien connue. Cette mafia a un territoire, ses armes sont demeurées dangereuses et son chef est un sinistre despote que l’on a eu le tort de laisser en place après la guerre de 1991. On se disait bien qu’un jour ou l’autre, il faudrait en finir avec ce dictateur, mais ce n’était ni urgent ni programmé. Et puis, douze ans plus tard, on croit trouver le coup de génie en s’attaquant à cette mafia bien connue pour punir l’autre, insaisissable. Et l’on mobilise des trésors de faux renseignements, de manipulations, de ragots, de rumeurs pour démontrer qu’en fait, les deux mafias n’en font qu’une.

Trouvaille ! On va faire la guerre à Saddam Hussein parce qu’au fond, il ne serait que le masque de Ben Laden - à moins que ce ne soit le contraire. Et tout le monde, vous allez voir, va s’incliner. C’est ce que l’on obtient lorsque l’on est une superpuissance. Chacun va découvrir derrière le visage du Dr Jeckill-Saddam Hussein les traits monstrueux de Mr Hyde-Ben Laden – on se rappelle la scène effrayante de la métamorphose. Et les auteurs de la supercherie entendent bien la faire accepter au monde. Ils sont les plus forts. Ils peuvent imposer non pas seulement le droit, mais la vision. Il n’y a qu’un seul regard, désormais, à poser sur la planète, et il est américain. »

le samedi 15 février 2003

Voici une sélection de photos prises pendant la manifestation anti-guerre aujourd'hui à New-York. Le « New York Times » estime entre 200.000 à 400.000 manifestants dans les rues (il y avait des embouteillages monstre !). Il y en aura plus demain (si j'ai le temps de les afficher.) (Plus tard: les autres photos de la manifestation sont affichées ici.)


Le hall central de la gare Grand Central vers 11 h 30


Un slogan qu'on voyait souvent


La version américaine de la CRS


Les manifestants montant la 3e avenue (pour se joindre aux manifestants dans la 1ère avenue) font une pause ordonnée par la police

le vendredi 14 février 2003

C'est bête, enfantin, et trop drôle, et je ne peux pas résister à afficher ce lien, qui donnent des images ahurissantes telles que celle-ci. (Merci à Puck de Ocean Pacific à San-Francisco.)


Elle est belle, non?

Ah la la, George Junior, Condoleeza, Colin et Rummy doivent être tous fous furieux cet après-midi ! Leur cher M. Blix les a vraiment laissés tomber. On a applaudi M. de Villepin ! O, le culot de l’ONU ! Même la Bulgarie, qui fait partie, comme tout le monde sait, de la Nouvelle Europe vigoureuse, s’est déclarée en faveur du plan franco-allemand. Et le Mexique, aussi ! Quel échec pour le président qui se vante de parler l’espagnol. Oserais-je croire que les jeux ne sont plus faits ? Je ne sais pas, mais c’est certain qu’il est maintenant plus important que jamais que les gens manifestent contre une action militaire américaine en Irak. On prévoit la neige ce soir — bon, on portera des bottes demain.


La rue Greenwich à Tribeca

Ce matin j’ai accompagné Betty chez le vétérinaire — il lui a fallu se faire vacciner contre la rage et tout le reste. Le vétérinaire se trouve à Tribeca, on y est allé à pied. Il faisait froid ce matin (-8 C) et il y avait du vent. On était le premier rendez-vous. Betty se porte bien, si un tout petit peu trop grosse. Là-dessus je n’ai pas le droit de critiquer.


Le parc Duane à Tribeca


L'entrée au Holland Tunnel dans le Canal Street

Il y avait beaucoup de policiers aux environs de l’entrée au tunnel Holland. On est toujours au code orange.

le jeudi 13 février 2003

Il m’a fallu une journée entière de récupération (léthargie mentale, douleurs physiques (pas graves), sensation de ne pas être complètement présent) pour me remettre tout à fait des excès de mardi soir, mais ça y est. On est debout ! C'est vrai qu'on s’est couché de bonne heure hier soir et j’ai dormi jusqu’à 7 h 30, quand le copain a dit à Betty d’aller me réveiller, ce qu’elle a très bien fait.

L’hystérie sur l'éventualité d'une attaque terroriste monte d’heure en heure, renforcée par tous les médias criards. Il est conseillé qu’on ait assez de bouteilles d’eau pour trois jours, une radio à piles, une lampe de poche, de quoi manger, et des médicaments. On nous explique en plus comment calfeutrer les fenêtres avec le ruban adhésif industriel au cas où il y aurait une attaque chimique ! C’est bien gai, non ?

Oh, la « francophobie », oui, on se marre bien ici. Mais à mon avis il ne faut pas prendre toute la soi-disant « francophobie » américaine trop au sérieux. Le New York Post, sous l'emprise du mégalo médiatique Rupert Murdoch, auquel appartient aussi la chaîne Fox, ne compte pas pour grand chose, après tout (on le lit surtout pour la fameuse Page Six, recueil quotidien de commérages amusants (et souvent vrais), rédigée par Richard Johnson). Les journalistes et les commentateurs pro-Bush font de la France le bouc émissaire d’abord parce que c’est facile. Il est vrai que pour l’Américain moyen la France représente une élégance et une mode de vie qui leur semblent très étrangères, même opposées au « work ethic » d'origine protestante — il est peut-être utile à se rappeler que la majorité de la population américaine est toujours d’origine allemande, surtout dans le Midwest, et comme les Allemands européens, ils ressentent des opinions très complexes, voire contradictoires, vis-à-vis des Français, qu’ils trouvent hautains, snobs, xénophobes, frivoles, trop sophistiqués, amoraux. On dit que les Français ne sont pas sympas, mais on dit la même chose des New-Yorkais, censés être brusques et froids — et au fond c’est probablement plutôt une différence de caractère entre citadins (Parisiens ou New-Yorkais) et les gens de la banlieue ou de la province.

En plus, en s’en prenant aux Français, on ne court aucun risque d’offenser une partie importante de la population américaine. Il n'existe pas de bloc franco-américain dans l'électorat. Les Italiens et les Irlandais par contre sont intouchables (nous aurons bientôt l’énorme défilé annuel de la Saint-Patrick, toujours politique, mais ils ont refusé l’autorisation de manifester contre la guerre devant l’ONU ce samedi pour « raisons de sécurité » — on n’ose pas contrarier les Irlandais.) On ne peut pas insulter les Noirs ou les Hispaniques ou les Juifs, parce que ces gens-là votent. (On s’en fout un peu des Anglais, appréciés un peu comme des cousins à l’accent drolatique — il faut remarquer que les méchants impériaux ont toujours un accent anglais, implicitement « vieux monde » et décadent, dans les films de la série « La Guerre des étoiles » et les rebelles sympas, tout comme la princesse Leia, parlent avec un accent purement américain, donc « nouveau monde » et bien — excepté Obi Wan, joué par l’acteur anglais Alec Guinness, mais là on n’y pouvait rien). Mais les Français, on sait (en principe) qui c’est (ça mange des cuisses de grenouilles et du fromage, ça boit du champagne), mais on n’en voit pas, donc cela ne gêne à personne si on les accuse de n’importe quoi. Mais ce n'est pas très important. Malgré tout le bruit, toute la rhétorique grandiloquente, il n’y aura pas de manifestations devant le Lycée français de New-York, il n’y aura pas moins de monde à déjeuner aux restaurants Balthazar et Lespinasse, les femmes chic ne se détourneront pas des boutiques de Chanel, d’Ungaro ou d’Hermès, on continuera à faire des achats chez Fauchon (il y a maintenant trois succursales de l’épicier de luxe parisien à Manhattan). Non, cette vague de « francophobie », c’est là seulement pour divertir les esprits des vrais problèmes qui n’ont pas de solution facile, rapide et sûre. C’est fait exprès pour vendre des exemplaires de journaux, c’est tout. Ça fait du bien à certains de pouvoir gueuler contre ces Français non-coopératifs dont on se sent peut-être un tout petit peu méprisé. Pour les Français, c'est pareil — il doit être agréable de temps en temps de pouvoir se plaindre tout fort de la maladresse politique des États-Unis, dans un monde où la France n'a plus les moyens de s'imposer comme elle l'a fait autrefois.

Cet après-midi je vais aller acheter plusieurs bouteilles d’Evian pour stocker chez nous. Y a-t-il des piles françaises ? On en trouve qui ont été fabriquées au Mexique et en Malaisie, mais des françaises ? On va voir.

Beaucoup de boutiques dans le Village ont collé aujourd'hui des affiches à leurs vitrines pour la manifestation contre la guerre de samedi. Même le restaurant chinois du coin a mis une affiche.

le mercredi 12 février 2003

C’est sûrement l’omniprésente dangerosité (j’adore ce mot, pour moi nouveau, que j’ai remarqué pour la première fois dans un numéro récent de « Le Monde ») de l’Irak qui m’a forcé à me saouler hier soir. Ou la dépression nerveuse causée par ces méchants Français, Allemands et Belges, tous ingrats, avec leurs vetos,ce qui m’a obligé de faire quand même un petit effort pour remonter le moral. Qui pourrait douter que ce ne soit la faute à Oussama que j’ai accepté l’invitation de boire la première vodka martini chez le décorateur hier soir ? N’ayant pas de kit pour me protéger contre tous les maux (nucléaires, biologiques, chimiques, explosifs, etc) que les Irakiens et leurs amis vont nous balancer selon notre cher président et ses conseillers, je me suis décidé à me fortifier contre nos ennemis (y compris les Français, les Allemands et les Belges) en me saoulant la gueule. Aujourd’hui il me semble qu’en dépit d’un léger mal de tête j’avais bien raison de le faire, avec les nouvelles de la bande sonore enregistrée par M. bin Laden lui-même (hé bien, on croit qu’il l’a fait, mais on n’est pas sûr, et on n’explique pas comment la Maison Blanche a pu connaître le contenu de l’enregistrement avant qu’il ne fût livré à la chaîne Al-Jazira).


Le côté de Manhattan du pont de Queensborough (à la 59e rue)

Heureusement que la vodka chasse les intégristes islamistes venus d’on ne sait pas très bien où ainsi que les fondamentalistes chrétiens locaux — c’est comme l’ail qui éloigne les vampires. (Le côté pédé ne leur plaît pas non plus mais hier soir on était avec beaucoup de femmes, toutes, hélas, sans voile, excepté quelques foulards de chez Hermès). L’appartement du décorateur, un petit studio très élégant, se trouve dans un grand immeuble au 16e étage dans la 60e rue. Le balcon donne sur le sud et sur l’ouest, et les vues sont impressionnantes, surtout pour des ploucs comme le copain et moi qui habitons dans le Village, si mignon avec ses petites maisons pépères de 5 étages maximum. Je me suis comporté en touriste et j’ai pris des photos (pas super — il y aurait peut-être de la poussière sur la lentille — mais pour donner une idée des vues).


Vue du balcon vers l'ouest


Vue vers le sud


Vue vers le sud-ouest


Embouteillage dans la 2e avenue devant le tramway de l'île de Roosevelt

Ayant décliné uneinvitation à dîner (trop de monde), le copain, une amie et moi, nous sommes descendus la 1ere avenue vers l’hôtel Beekman Tower, tout près de l’ONU, où il y a un bar tout en haut.


La première avenue vers le sud

Le copain connaissait l’endroit, moi pas. En effet, les vues sur la rivière Est, l’île de Roosevelt, et le Queens (on était assis à une table sur le côté est de la salle) sont extraordinaires, comme celles de l’autre côté sont tout ce qu’il y a de plus new-yorkais classique. On regardait atterrir les avions à l’aéroport de La Guardia — tout cela me rappelait le restaurant en haut du World Trade Center, Windows on the World , d’où on voyait les avions décoller et atterrir à l’aéroport de Newark comme des abeilles autour de la ruche.


Un immeuble de 100 étages proche de l'ONU dans la 1ère avenue

On a continué à se fortifier en buvant de la vodka (la serveuse, agréable, aux cheveux blonds très mal teints et surmaquillée, avait un accent russe si fort, on aurait pu se croire dans une boîte un peu démodée à Moscou). On a finalement commandé de quoi manger (le bar est aussi un restaurant) — on ne s’attendait pas à grand chose mais le thon au poivre que j’ai pris était bon.

Le repas terminé, on a quitté le Upper East Side dans un taxi avec télé (qui ne marchait pas,à la vive déception du copain, qui adore tous les gadgets, surtout les plus inutiles — je me demande si regarder la télévision dans le siège arrière d’un taxi ne me rendrait pas malade, comme la lecture) pour nous retrouver dans notre bled, où l’amie nous a persuadés de prendre un dernier verre (il n’était pas tard et on n’était pas difficile à convaincre) avant de rentrer. Bon, on est donc entré dans une petite boîte gay de la rue Grove au nom de Marie’s Crisis que l’amie aime bien. Cela fait des années que je ne suis plus entré dans ce bar — dans les années 80 j’y allais assez souvent avec un ami anglais, avocat de profession mais « showgirl » de cœur. Il connaissait toutes les chansons de toutes les comédies musicales et comme il avait un accent anglais très prononcé et une belle voix résonnante (avec pourtant trop de vibrato, ça faisait « music-hall » anglais des années folles), on l’appréciait surtout pour ses interprétations cockney de chansons de « Oliver » ou de « My Fair Lady ». On restait là pour des heures, à chanter (moi, je chante très mal, c’est pénible, moi-même je ne peux pas supporter le son de ma voix), à boire (à excès, bien sûr) et à draguer et être dragués nous-mêmes (on était jeune, alors). Il y avait souvent des professionnels qui venaient chanter, ou des acteurs âgés qui avaient joué dans des comédies musicales des années 50 et 60 — des experts, quoi ! Il y avait aussi un serveur très gros, aux longs cheveux noirs et bouclés, qui, vers une heure du matin, quand le bar était plein à craquer, se dresserait devant le piano et chanterait un aria d’opéra dans une voix de fausset exquise ! Tout le monde resterait stupéfait par la beauté insolite de ce qu’on entendait. Sa chanson terminée, il reprendrait son plateau comme si de rien n’était, et l'assemblée éclaterait de cris de bravo et d'applaudissements.


Mon kit « anti-terroriste » à moi

Hier soir, comme il était relativement tôt, il n’y avait que très peu de monde — un homme aux cheveux gris qui attendait patiemment l’arrivée du pianiste pour pouvoir chanter (il chantait très bien, style Broadway, protestait qu'il n'était pas un pro). Il y avait ensuite un homme d’une trentaine d’années qui a interprété une chanson de Jacques Brel (en anglais) et finalement un jeune homme, très beau, avec un ami latino, qui a chanté comme un ange une chanson que je ne connaissais pas. C'était vraiment formidable d'écouter tous ces gens. Le pianiste m’a donné un CD quand on s'est levé des tabourets pour partir — c’est toujours dans la poche de mon manteau.


Détail d'un tableau « provocateur » du peintre Kathe Burkhardt dans une exposition qui ouvrira demain soir

le mardi 11 février 2003

On est en train de semer la terreur psychologique chez nous en nous expliquant, dans les journaux, à la radio et à la télévision, ce qu’il faudrait faire au cas où il y aurait une attaque biologique ou chimique à New-York. Il n’y a pas, bien évidemment, grand chose à faire. Mais ce n’est pas très gai ou rassurant d’écouter les voix monotones des médecins qui recommandent qu’on devrait avoir chez soi, dans l’armoire de toilette, des pansements, des crèmes antibiotiques, et des rince-yeux contre les gaz nocifs ! Chez nous il n’y a que quelques sachets d’Alka Seltzer périmés, des petites bouteilles d’eaux de cologne gratuites qu’on n’a jamais essayées, et de vieux sparadraps. Faudrait que j’aille à la pharmacie tout de suite trouver un « disaster kit » pour un « WMD event » (prononcé sans aucune ironie, comme s'il ne s'agissait que d'une incommodité à peine remarquable ). Et je vous laisse deviner ce que signifient ces lettres. Ouf.


Ce bâtiment est en train d'être réaménagé en hôtel de luxe dans la 9e avenue à la 16e rue — autrefois c'était une résidence pour marins retraités, donc les fenêtres en « hublot ».

L’amie écrivain en est dégoûtée. Elle pense que les États-Unis subissent une crise de nerfs collective, et d’après ce qu’on voit, elle a peut-être raison. Toutes les nuances politiques ou idéologiques sont devenues anti-américaines — il faut avant tout faire quelque chose, même si cette chose est mal comprise, égoïste ou idiote. Agir au lieu de réfléchir, voilà le nouvel « American Way ». C'est bien fatigant. Comme d’autres bien plus intelligent que moi l’ont déjà remarqué (le journaliste H L Mencken, par exemple, qui a écrit le très connu « There's no underestimating the intelligence of the American public »), l’ignorance agressive de la population américaine n’est pas à sous-estimer.


Partie du « High Line », un chemin de fer élevé désuet qui va maintenant devenir un parc municipal

Je viens de rentrer de Chelsea, où j’ai traîné quatre personnes dans de galeries diverses, telle Paula Cooper, Gagosian et PaceWildenstein. Pas mauvais. On a déjeuné assez bien aussi — notre serveur était bien mignon et charmant, on y voyait quelques amis et connaissances, la cuisine était bonne.


Panneau publicitaire au texte suggestif à Chelsea. Aucune idée de ce que ça veut dire ou de pourquoi c'est là

Ce soir on va prendre un verre chez un décorateur qui vient d’acheter un appartement à New-York. Il habite le Upper East Side, donc pour nous, c’est comme faire un voyage à l’étranger.

le lundi 10 février 2003

Il neige encore. Est-ce pour cela que je n’arrive pas à me concentrer sur quoique ce soit ? N’importe, j’ai gaspillé la journée.

C’est quand même drôle d’imaginer les réactions de Bush et Cie aux déclarations de M. Poutine à Paris — ça doit les embêter beaucoup. Sans parler du veto à l’OTAN.

Le juge, une femme, (est-il permis d'écrire « une » juge) à New-York a refusé aux organisateurs de la manifestation contre la guerre en Irak prévue pour ce samedi la permission de passer devant l’ONU pour raisons de « sécurité ». Donc, si les autorités fédérales annoncent une « alerte de sécurité élevée », ils peuvent aussi enlever aux citoyens le droit de se réunir. Comme c’est commode, n’est-ce pas ?

Du moins on a commencé à parler de la manifestation à la radio — le Times n’en dit pas mot. Le maire, est-ce qu’il leur aurait demandé de ne pas en parler ? Possible. J’ai l’impression qu’une lutte interne divise les journalistes du quotidien — on sent la schizophrénie des reportages et des éditoriaux sur le sujet de la guerre. (Tout comme « The Economist », d’ailleurs, et le « Wall Street Journal ».) Il est intéressant aussi de noter combien de temps il leur faut avant de publier un article sur une révélation découverte ailleurs (le plagiat du rapport sur l’Irak des services secrets britanniques, par exemple, dont on ne parle pas beaucoup ici dans les journaux. Qu'est-ce qu'ils sont timides.

On va manger « minceur » ce soir — une salade mixte avec un peu de poulet, peut-être du pain, rien de plus. Faut que j’aille l’acheter.

le dimanche 9 février 2003

Malgré la torpeur extrême de ce week-end, je suis content de noter que j’ai réussi à aller au gym hier et encore ce matin. Cette discipline renouvelée est la suite d’une assez/très mauvaise découverte faite à l’aide du pèse-personne la semaine dernière. Bon, ça y est, on ne blague plus, il faut que je me remette à faire au moins un minimum d’exercice chaque jour. Sinon, il y aura très bientôt des conséquences graves.

Ce matin j’ai dû sourire quand j’ai appris, en écoutant la station de radio locale qu'on met dans la salle de musculation (en général, du côté musique, c'est très démodé — genre tubes metal des années 70 et 80, mais le week-end il y a une émission qui vient de Los-Angeles avec un palmarès des chansons de la semaine passée), que la chanson « Beautiful » de Chrisitna Aguilera était le numéro un de la semaine (ça fait maintenant un mois !). Oui, je sais, ce n’est pas très original comme chanson, c’est même très mièvre, mais je l’aime bien malgré tout.

On rentre à New-York ce soir.

le samedi 8 février 2003

Du point de vue politique, cela va de mal en pire. Il paraît qu’on a divulgué un projet de « raffermissement » du soi-disant « Patriot Act » promulgué sans discussion juste après les attaques sur le WTC. Hier soir on l’a discuté à la télévision publique (on était dans la voiture à cette heure-là) mais la transcription est étonnante. Selon certains commentateurs cela rappelle les premières années de la dictature hitlérienne. Voici un lien qui s’appelle « They Thought They Were Free » sur la disparition, lente et graduelle, des libertés politiques et personnelles au Troisième Reich. Effrayant, c’est tout dire.

Il y a un journaliste à San-Francisco qui s’appelle Mark Morford. Il écrit des articles pour le « San Francisco Chronicle » et je suis tout à fait d’accord avec ce qu’il écrit sur notre guerre à venir (et il l’exprime une éloquence véhémente que j’admire.) Voici un extrait qui montre combien on n’est pas unanime aux Etats-Unis sur la justice de cette opération militaire.

Environmental atrocities? Logging in national forests? Massive unemployment? Gouging women's rights? Weakening the Clean Air Act? Bigger tax breaks for buying gluttonous SUVs? Failed economic stimulus? Record deficits? A trillion-dollar national debt? No wonder ShrubCo is positively salivating over this war. What a wonderful way to distract the populace from the Enron President's other ongoing failures and embarrassments and cultural molestations.

Pour lire l'article en entier, cliquez ici. C'est vraiment très bien.

Les autorités new-yorkaises essayent toujours d’interdire la manifestation contre la guerre prévue pour le samedi prochain. Les organisateurs leur ont intenté un procès — l’adorable M. Ashcroft a envoyé des représentants du Département de la Justice à l’audition judiciaire. On verra.


L'électroménager à la campagne

Aujourd’hui on est allé faire des recherches sur les frigos — le copain veut en acheter un nouveau pour la maison.


la rue Perry

Quelques photos de la tempête de neige d'hier à New-York. (Non, elles ne sont pas aussi jolies que ces photos de Tahiti, c'est tristement vrai.)


L'entrée enneigée d'un « brownstone »


La 7e avenue au coin de la rue Charles

Betty, qui ne s’intéresse pas beaucoup à la politique, malheureusement.


Mais j'en ai raz le bol de ces histoires de Bush et Cie

le vendredi 7 février 2003

On est maintenant au « code orange » sur l'échelle de danger d'une attaque terroriste. Mais j'ai appris que New-York se trouve « à l'orange » depuis toujours. Une (fausse) raison de plus pour une guerre « préemptive ».

Cette guerre unilatérale paraît maintenant inévitable, fixée d’avance par les mêmes forces politiques qui ont fait gagner l’élection présidentielle à leur marionnette complaisante.

Voici un extrait révélateur d’un article paru dans le Independant (Londres) d'aujourd’hui :

And politically, a war cannot be delayed a year to early 2004. By then the presidential primaries will be in full swing. A war of self-defence is one thing. For George Bush to launch an unprovoked war months before he comes up for re-election is another. It is now or never.

L’acceptation béate par la majorité du public américain des mensonges sur les raisons justifiant cette guerre prônés par l’administration Bush démontre une grande faiblesse de la démocratie contre l’influence prééminente des médias subornés. (Notons en passant l’excellente interview télévisée qu’a faite le journaliste Jeremy Paxman avec le premier ministre britannique Tony Blair à la BBC jeudi soir. Il est impossible à imaginer, pour nous, Américains, un interrogatoire pareil de notre président par notre presse lâchement asservie.) Ne sachant plus réfléchir pour soi, terrorisé par la possibilité d’une nouvelle attaque sur le territoire américain, ne voulant pas croire à l’hypocrisie sans bornes de son gouvernement, le peuple américain suit plus ou moins aveuglément les directives qu’on lui donne, dans l’espoir qu’on ne le trompe pas.

Quelques possibilités désagréables que je n'aime pas trop contempler : les troupes américaines et britanniques réussissent l’invasion de l’Irak. Quel pays deviendra la cible suivante ? La Coree du nord ? Jusqu'où s’arrêteront-ils, ces nouveaux flics mondiaux ? Les hommes tels Rumsfeld décideront l’avenir de la planète. Ah, c'est du joli !

Autre possibilité : l’invasion tourne mal (résistance irakienne, déstabilisation d’un autre pays au Moyen-Orient, intervention israélienne, bombe nucléaire — hélas, oui). L’administration s’excusera de toute responsabilité (bien sûr) tout en instaurant une répression de tous côtés (censure, arrestations « militaires » secrètes) de ses adversaires politiques aux USA pour raison d’État. Voilà la dictature.

J’espère que j’ai tort d’avoir ces inquiétudes sur l’avenir. J’espère que j’exagère les aspects négatifs éventuels d’une intervention en Irak.

Tout n’est pourtant pas désespéré. D’abord, il neige et c’est beau, la neige (pourvu que ça ne dure pas trop longtemps). Et voici un site fait par quelques travestis et « club kids » new-yorkais contre la guerre en Irak. Après tout, il ne faut pas s’arrêter de rire.

le jeudi 6 février 2003

Hier quand j'ai essayé de lire quelques carnets, j’ai eu du mal à me connecter à plusieurs sites. Ce matin j’ai lu, dans un carnet américain, que le site de Haloscan, qui s’occupe de commentaires, avait été en panne, ce qui expliquerait mes difficultés.


La première boutique d'antiquités « Pierre Deux » au coin des rues Charles et Bleecker
Les deux Pierre sont morts du sida après avoir vendu la société qu'ils avaient fondée, à l'exception de la boutique au Village

Ce matin il y avait dans le New York Times un article intéressant intitulé « Vive l’Histoire » sur l’alliance franco-américaine.


Vue vers le sud de Manhattan, sans les deux tours, qui auraient figuré plus ou moins au centre

L’éditorial dans Le Monde exprime les doutes considérables que je ressens, comme beaucoup d'autres Américains, vis-à-vis le discours prononcé hier à l'ONU par le secrétaire d'état Colin Powell. Pas de preuves, seulement des « soupçons ».


Quelques immeubles « pittoresques » du Village

A New-York on est en train d’organiser une manifestation importante contre la guerre pour le samedi 15 février. Les organisateurs n’ont pas encore reçu l’autorisation du maire ou de la police pour manifester mais sur leur site ils disent que cette manifestation en tout cas va avoir lieu. Il y aura d’autres manifestations partout dans le monde. Une des plus grandes sera probablement celle de Londres, où l’on prévoit 500.000 personnes à Hyde-Park.


Charles Street à Greenwich-Village

La galerie est fermée aujourd’hui. On accroche les tableaux de la prochaine exposition.


La 9e avenue à Chelsea

Je suis tout de même allé à Chelsea d'abord parce qu’il faisait assez beau et ensuite parce qu'il me fallait faire quelques préparations pour un soi-disant « tour guidé d’initié » de galeries d’art de Chelsea, un truc que j’ai offert pour une vente aux enchères au bénéfice d’un petit musée de Connecticut. Donc, le mardi prochain,je dois introduire quatre personnes dans les « coulisses » de quelques galeries chic.


Vue de la salle d'exposition principale de la galerie Paula Cooper, avec une sculpture de Robert Grosvenor

J’ai évidemment choisi des galeries dans lesquelles j’ai des amis — on ira donc chez l’excellente Paula Cooper, dans la 21e rue ; chez Larry Gagosian, énormément branché mais queje ne connais pas ; chez l’ami galeriste ; chez Pace Wildenstein (où je connais la directrice) et finalement chez moi, où on a une exposition tout à fait dingue qui va les ahurir !


Une (petite) partie de l'exposition actuelle à la galerie Gagosian à Chelsea (je ne connais pas l'artiste)

On ira déjeuner dans un restaurant italien du coin (un petit peu prétentieux, hé oui, mais il faut bien éblouir les visiteurs de la campagne, non ?) — et voilà, j’aurai rempli mon devoir. En effet, on ne trouve pas beaucoup de restaurants vers l'ouest de Chelsea. The Park, en bas, en est un autre, mais l'été passé on m'a fait un margarita infect — tiède, sucré et trop cher ! Je n'y suis jamais retourné.


La cour du restaurant The Park, dans la 9e avenue

le mercredi 5 février 2003

Ce ne s’est pas mal passé hier soir — on a pris rendez-vous avec nos amis parisiens dans un bar gay de Chelsea. En principe c’est un endroit plutôt calme, avec une clientèle un tout petit peu plus âgée que d’habitude, souvent en costumes et cravates, puisqu’on y arrive directement du bureau. Bon, mais, hier soir, à 19 heures, le dj jouait très fort la musique (pop, des années 80 — il y avait du Blondie dedans !) et on avait du mal à s’entendre. Les amis avaient déjà deux « cosmos » sur la petite table, le copain et moi nous les avons suivis précipitamment sur ce chemin du mal.

On a dîné dans un restaurant à deux pas du bar dans la 7e avenue— cuisine médiocre, encore des cosmos. Soirée somme toute très sage, puisqu’on est rentré chez nous vers 20 h 30. Ah, la vie en couple (plus ou moins) marié. J’écris « plus ou moins » parce que le copain et moi nous nous sommes faits « enregistrer comme partenaires domestiques » (c’est beau, hein ?) il y a des années à l’hôtel de ville de New-York, avec tout un tas d’autres couples, homos et hétéros, le premier jour qu’on a proposé cette « reconnaissance ». Ce statut, qui n’est valable que pour les autorités municipales, nous permet de nous rendre visite dans un hôpital ou une prison municipale. Ça réconforte, non ?

On commence à préparer notre prochain voyage à Londres en compagnie des parents du copain (on est de très bons enfants). Betty ira chez sa grande amie Katherine, qui habite tout près. Autrefois on avait mis Betty dans un chenil dans le comté de Westchester, très bien, très propre, mais où elle n’était pas du tout gâtée côté nourriture et biscuits. Rentrée chez nous, elle avait, tout naturellement, une faim de loup. On a vite nommé le chenil « Le Spa ». Mais chez Katherine, le régime est disons différent. Là, Betty est très bien nourrie, et puis elle participe aussi au dîner que Katherine se prépare. Sans parler des biscuits ! Ah la la, c’est bien le paradis canin, c’est sûr. Chez Katherine, c’est surtout le Club « Fed » par excellence.

On attend incessamment le discours du secrétaire Powell à l’ONU. Je l’écouterai à la radio.

le mardi 4 février 2003

Fatigué d’une nuit sans repos — je me suis pourtant couché vers 22 h 30 et j’ai éteint la télévision à 23 heures, à la fin d’une émission « quasi-officielle » britannique sur le prince de Galles. J’ai pris un comprimé fondant de mélatonine et en général ça marche assez bien, surtout quand je suis fatigué comme je l’étais hier soir. Mais non, au lieu de dormir comme un loir j’ai eu un sommeil tout à fait agité, qui a duré jusqu’au petit matin. Le réveil a sonné à 6 h 20. J’ai sorti les poubelles avant l’arrivée des éboueurs aux environs de 7 h 30 et j’ai lavé à la main les verres à vin en cristal, aux pieds ultra-fins et donc ultra-cassables qu’on avait ramenés (avec difficulté) des Puces il y quelques années et dont on s’est servi samedi soir (oui, il me faut du temps pour faire la vaisselle). J’ai monté les nouvelles plaques d’immatriculation sur le devant et le derrière de la voiture (pas tout à fait facile, en fait, à cause de boulons rouillés).Un peu plus de ménage et j’étais prêt à partir pour New-York. Il a commencé à pleuvoir, il y avait plein de camions, et moi j’avais les yeux qui fermaient pendant que je bâillais. Malgré tout, on est arrivé sain et sauf.

Sortie ce soir avec des amis de Paris qui rentrent en France demain soir. Ils ont envie de faire quelque chose à Chelsea.

On se demande ce que Colin Powell va faire demain à l’ONU. On parie sur la date de l’intervention américaine en Irak : la Saint-Valentin obtient la majorité des paris à l’heure actuelle.

le lundi 3 février 2003

Très content d’être de retour chez moi, je suis toujours sous le coup de la visite curieuse à Atlanta, d’où je suis rentré samedi après-midi. Le copain était à l’aéroport, ainsi que ma sœur cadette, (avec qui je me suis brouillé il y plusieurs années quand elle nous avait tout d'un coup décommandé un week-end de ski au Vermont parce que ses enfants, comme elle nous l'avait expliqué au téléphone, ne se sentaient pas à l’aise avec l’idée de deux homos dans la même chambre à coucher dans leur châlet. Je signale ici que l’autre sœur cadette en a été tout à fait choquée et j’ai reçu, il est vrai, une sorte de lettre d’excuse quelques jours après l’incident, mais j’ai préféré agir selon mes instincts et donc éliminer de ma vie tout ce qui aurait rapport à elle ou à sa famille. Le plus intéressant, à mon avis, c'est qu'elle ne me manque pas. Et c’est toujours ce manque d’intérêt que marque la fin de l’amour, dans les familles comme dans les couples.) Bon, on se dit bonjour comme ça, tout poliment, et le copain bavarde avec elle (pour lui, cette histoire lui laisse indifférente, en effet — il pardonne beaucoup plus facilement que moi.et sa famille à lui sait faire des bêtises aussi expertes que celles réalisées par la mienne. ) Ma sœur va chercher le chien, qui a fait le voyage en cage en plastique, et nous attendons les bagages. On se rend tous les quatre chez ma mère, à 45 minutes d’autoroute de l’aéroport, où le copain ouvre une bouteille de champagne pour « fêter » le déménagement réussi. En réalité personne, surtout ma mère, n’est tout à fait certain qu’elle ait fait le bon choix en quittant son ancienne maison à Atlanta, mais on trinque sans pourtant se regarder dans les yeux, comme il aurait fallu. Tout le monde un peu gêné, ça faisait « comédie de manières » mélancolique à la « The Ice Storm » . Le copain et moi, nous sommes rentrés chez nous sans parler. Heureusement qu’il y avait des amis qui venaient dîner — le mari du couple avait enterré le père à lui il y a une semaine — le père et le fils, notre ami, ne se sont jamais bien entendus. On a commencé à boire du vin rouge et finalement on en a vidé pas mal de bouteilles pendant la soirée, qui s’est terminée vers 2 heures du matin.

On parlait familles, bien sûr. On se demandait où l’on irait si, par hasard, on entamait une chasse domestique aux « ennemis de l’Amérique » — c’est-à-dire, toutes ces gens qui se sont prononcées contre la politique actuelle de M. Bush. Le mari croyait pouvoir se réfugier quelque part en Amérique du sud. Le copain et moi, nous avons choisi la France, où on a du moins quelques amis.

Hier il faisait froid et comme je n’avais pas l’intention de quitter la petite maison, je ne me suis même pas habillé. Je lisais et je regardais la télévision toute la journée. Le copain s’est amusé à graver des disqu